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I. Appelée le Schicsrain, aujourd'hui le Contades

i42 ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.

Fischart (mort en 1589), qui s'est acquis tant de renommée par sa spirituelle traduction de Rabelais. »

Il est une autre promenade que les Strasbourgeois aiment à fréquenter le dimanche , et où ne manquent jamais de se rendre les personnes qui vont visiter Strasbourg , ne fût-ce que pour y passer le temps de fumer un cigare d'assez médiocre qualité et de boire une chope de bière excellente. Mais cette promenade n'est pas seulement hors de la ville , elle est hors de la France; il faut traverser le Rhin pour y arriver. Cette promenade, c'est la petite ville, ou plutôt l'interminable ville de Kehl; car, si ellé se compose d'une seule * rue, il est juste de dire que c'est une rue dont on ne voit jamais la fin. Dans ce pays, il est inutile de chercher, comme chez nous, un débit de tabac; on entre tout bonnement chez le premier marchand de nouveautés venu, et là, entre une pile de pièces de drap et un assortiment de merceries, on fait choix d'un paquet de cigares à sa convenance.

Ce fut à Kehl que Beaumarchais établit, pour l'exploitation des œuvres de Voltaire, une des plus vastes entreprises typographiques qui aient jamais été formées.

A droite, en allant à Kehl, on voit sur la grande île du Rhin un monument carré, de forme antique, orné de sculptures , supporté par un piédestal , entouré de bornes de granit que réunissent des chaînes de fer : c'est le tombeau de Desaix. Il porte cette inscription :

Au général Desaix , V armée du Rhin , 1800.

Le buste et les bas-reliefs ont été exécutés par Ohmacht.

L'habitant du Bas-Rhin est laborieux, brave, et ne manque pas d'esprit. Il se distingue surtout par son esprit de sagesse et de justice. Il est grand, d'une constitution robuste, plus souvent brun que blond, quelquefois roux, rarement noir; il a le teint coloré , les traits prononcés. Une taille moyenne,

des yeux bleus ou bruns, des dents blanches, une belle chevelure, tels sont les avantages caractéristiques de la femme, qui , de plus, est excellente nourrice. Le paysan est bien nourri, bien logé; il est bon cavalier, et se distingue par sa passion pour les chevaux. La danse et la musique sont ses divertissements favoris; dans le plus petit hameau, vous pouvez être sûr de trouver au moins un ménétrier.

• Brasserie du Dauphin.

A Strasbourg, on se réunit le soir dans les brasseries pour y goûter deux plaisirs allemands qui tendent de plus en plus

à devenir français : boire de la bière et fumer. Une des brasseries les plus curieuses à visiter est celle du Dauphin.

Les habitants de la campagne, les femmes surtout, ont fidèlement conservé le costume national. Vous rencontrerez à Strasbourg, les jours de marché, une multitude de paysans coiffés d'un grand chapeau k cornes, rabattu d'un côté pour garantir le visage du soleil ; vêtus d'un ample habit carré , noir ou brun, d'un long gilet rouge, de culottes courtes recouvertes d'un demi-tablier blanc; chaussés de bas 'gris ou bleus et de forts, souliers.

Les femmes sont plus coquettes ; leur costume est riche et élégant; elles affectionnent de préférence les couleurs vives, les. oripeaux d'or et d'argent, les dentelles. Elles portent un large chapeau de paille, presque plat, orné de cocardes et de rubans; leurs tresses sont flottantes et terminées par des nœuds de ruban , comme celles des femmes de la Suisse. Elles ont autour du cou une cravate de soie noire qui tombe sur la poitrine. Leurs larges manches , de toile blanche et fine, se terminent par des poignets à manchettes plissées. Le costume est complété par un bas blanc soigneusement tiré , et par un soulier à haut talon, garni d'une boucle d'argent. Quelquefois le chapeau est remplacé par une longue flèche d'or, retenant les tresses relevées. Les traits distinctifs du vêtement des femmes , aux environs de Strasbourg, sont une jupe d'un rouge vif et un bonnet en étoffe noire richement brodée d'or ou d'argent.

Outre les catholiques, les protestants et les juifs, il s'est conservé en Alsace une secte religieuse dont les membres occupent des fermes isolées sur les montagnes. Ces hommes, qui ne ressemblent aux autres habitants ni par les mœurs ni par le costume, sont des anabaptistes, pour la plupart originaires de la Suisse. Grands, vigoureux, au teint vermeil, laissant croître leur barbe, d'une simplicité de costume qui peut être comparée à celle des quakers anglais , d'une pro-

prêté recherchée, francs et hospitaliers, ils s'occupent principalement de l'éducation du bétail.

Parmi les personnages remarquables que Strasbourg a produits, nous citerons : Jean Scheffer , qui fut , sous la ' reine Christine, professeur d'éloquence et de politique à Upsal, puis bibliothécaire de l'université de cette même ville; Ulrich Obrecht, que Bossuet appelait un abrégé de toutes les sciences et un homme de tous les peuples ; le savant médecin Lobstein; l'historien Lorentz ; l'antiquaire Oberlin; Nicolas Wurmser, qui peignit un des premiers à l'huile, et fut peintre de l'empereur Charles IV; Kléber, qui promettait d'être un habile architecte, et qu'un hasard assez curieux conduisit à devenir un de nos plus grands généraux. Pendant qu'il étudiait à Paris, se trouvant un jour dans un café , Kléber prit la défense de quelques étrangers qu'on y insultait. Ceux-ci l'emmenèrent à Munich, où le fils du ministre de l'empereur, Kaunitz, le fit aussitôt admettre comme lieutenant dans son régiment. Ce fut ainsi qu'il fit parmi les Autrichiens ses premiers pas dans la carrière militaire.

Cathédrale de Reims.

D'ÉPERNÀY A REIMS.

L'embranchement de la ligne de Strasbourg sur Reims n'est encore qu'en voie d'exécution. Pour visiter l'ancienne capitale de la Gaule Belgique, il faut donc abandonner à Épernay le rapide wagon du chemin de fer, subir le berce-

ment mêlé de soubresauts de la lourde et lente voiture de nos pères, gravir une montagne d'où le regard embrasse un vaste et beau panorama , traverser ensuite, sur la plus monotone des routes, sept ou huit kilomètres de forêt, et suivre enfin une longue route parfaitement droite, à travers une large plaine d'un aspect passablement uniforme. Mais Reims vaut bien la peine qu'on se résigne à faire ce trajet qui, après tout, n'est guère que de vingt-cinq kilomètres.

L'histoire est muette sur l'origine de cette ville; on sait seulement qu'elle existait , et qu'elle était même une des principautés des Gaules, avant l'invasion de ce pays par les Romains. Alliée fidèle du peuple conquérant , elle acquit une grande influence et joua souvent le rôle de médiatrice entre lui et les Gaulois. Son nom était alors Durocortorum ; elle prit plus tard celui de Reims, des Remi ou Remigi , ses fondateurs. Son territoire comprenait tout le pays situé entre la Seine, la Meuse et la Marne. Elle professait la religion druidique. Saint Sixte et saint Sinice vinrent y prêcher l'Évangile, vers l'an 360, et Jovinus, consul rémois, engageait par son exemple, en 366, le plus grand nombre de ses concitoyens à embrasser le christianisme. La ville de Reims , en 406 , tombe au pouvoir des- Vandales, qui massacrent saint Nicaise sur le seuil même de la cathédrale qu'il venait de fonder. Saint Rémi , l'un des successeurs de cet évêque, convertit Clovis et le baptise, en 496, après la bataille de Tolbiac. Vers 577, Chilpéric, attaqué par les Rémois qui se sont armés pour venger la mort de leur roi Sigebert, les repousse, et s'empare de leur ville qu'il dévaste ; elle est de nouveau saccagée en 749 par Charles Martel, qui la prend d'assaut; Charles de Lorraine, rival de Hugues Capet , lui fait subir le même sort en 990 : elle avait eu à soutenir, dans le x e siècle, quatre sièges en cinquante -neuf ans. En 1359, investie par Édouard, roi d'Angleterre, qui envahit la France à U

tête de cent mille hommes, elle force ce prince à la retraite-, et bat son arrière -garde. Moins fidèle en 1421 , . elle traite avec les Anglais, et se trouve livrée à la fois aux horreurs du pillage, de la famine et de la peste. Mais Charles VII y est conduit vainqueur par la Pucelle, et sacré par Renauld de Chartres. Depuis Philippe Auguste, tous les rois de France avaient adopté l'usage de se faire sacrer à Reims, dont l'église avait cessé d'être épiscopale en 774, pour devenir archiépiscopale. Sous Louis XI, en 1429, l'impôt sur le sel occasionne dans Reims une révolte , à laquelle on a donné le nom de Mique-maque ; la sédition apaisée, Louis XI fait punir deux cents coupables : six ont la tête tranchée ; trois sont pendus ; plusieurs ont les oreilles coupées; le reste est banni ou emprisonné. En 1585, la ville de Reims, à l'instigation de son archevêque Louis de Guise, embrasse le parti de la Ligue, et ouvre ses portes au duc de Mayenne ; elle se soumet à Henri IV, après la bataille d'Ivry. La milice rémoise, commandée par le comte de Grandpré, remporte, en 1657, une victoire sur Montai, qui commandait Rocroi pour les Espagnols. Pendant la campagne de 181 4, occupée tantôt par les armées étrangères, tantôt par les troupes françaises, soutenant des sièges sans être fortifiée, prise et reprise plusieurs fois , pillée et rançonnée , la ville de Reims eut à subir, en deux mois, toutes les alternatives et tous les désastres de la guerre.

Lorsque César entra dans les Gaules, Reims était une sorte de république aristocratique. Cette forme de gouvernement se maintint sous Clovis , avec quelques modifications ; le pouvoir exécutif fut confié à un comte nommé par le roi, et les sénateurs furent remplacés par des échevins. Ces derniers virent peu à peu diminuer leur influence , surtout lorsque Louis d'Outre-Mer, en donnant à l'archevêque Artaud le comté de Reims , eut réuni dans les mêmes mains le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Mais ,

forcés longtemps de céder à la puissance de leurs seigneurs, les Rémois, dans le xn e siècle, relevèrent enfin la tête, et engagèrent, pour le maintien de leurs privilèges, une lutte qu'ils soutinrent avec une courageuse persévérance. En 11 39, ils obtinrent de Louis le Jeune des lettres de commune ; en 1161, ils abandonnèrent deux fois leur ville, plutôt que de céder aux exigences de l'archevêque Henri de France , qui fut obligé de rabattre beaucoup de ses prétentions. En 1182, leur droit de commune fut reconnu par une charte de Guillaume de Joinville. Le peuple de Reims, en 1358, confia a dix notables la garde des remparts et des fortifications; ce fut l'origine du conseil de ville, dont l'archevêque Renauld de Chartres et le connétable de France , munis des pouvoirs du roi, arrêtèrent ainsi la composition, sous le règne de Charles VIÏ : un président, un vicaire général, député de l'archevêque, deux sénéchaux du chapitre , les trois, abbés ou les trois députés des abbés de Saint-Remi , Saint- Nicaise et Saint-Denis, deux échevins nommés par l'échevinage, et seize conseillers élus par le peuple. L'échevinage fut réuni au conseil de ville en 1G3G.

A cette époque existait la compagnie des arquebusiers, fondée en 1327 par François I er , et qui ne fut supprimée qu'a la Révolution. « Cette compagnie était composée de deux capitaines, d'un enseigne et de soixante chevaliers en uniforme écarlate. Le capitaine en chef pouvait, sans payer aucun droit, vendre soixante pièces de vin par an; le capitaine en second, cinquante , et l'enseigne, quarante ; mais ce dernier fut privé de ce droit, que l'on affecta aux écoles de dessin , d'après les conclusions du conseil de ville , des 25 et 28 avril 1746. Chaque année, le lendemain de la Trinité, on dressait , au haut de la porte de Cérès et ensuite de Mars, une longue perche au bout de laquelle était . attaché un oiseau en fer-blanc, rempli de sable. L'arquebusier qui le perçait était nommé roi de V oiseau, et conduit en triomphe au château de PAr-

quebuse. Il pouvait, pendant Tannée, faire entrer quatrevingts pièces de vin, ce qui lui valait cent pistoles. Les arquebusiers avaient, au bout de la rue Large, près des remparts , un château bâti en 4568 , et ûn beau jardin servant de promenade. Ce château, vendu en 1793 , appartient à un particulier, et la promenade est devenue un jardin potager. Le chevalier qui atteignait l'oiseau trois années de suite se nommait empereur, et pouvait faire entrer sans droit, pendant toute sa vie, trente pièces de vin par an 1 ....»

Depuis il79 jusqu'à la Révolution, les archevêques de Reims ont été en possession du droit de sacrer les rois de France; un seul, Henri IV, ne fut point sacré dans cette ville, parce qu'alors les ligueurs y étaient en force.

La sainte ampoule , dont les archevêques se servaient pour oindre le nouveau roi , était conservée dans l'abbaye de Saint-Remi , où des chevaliers restaient en otage , le jour du sacre, pendant que l'abbé, monté sur une haquenée blanche, portait l'huile miraculeuse a la cathédrale. Les habitants d'un village nommé Chêne-le-Pouilleux, vassaux de l'abbaye , étaient tenus autrefois de se rendre armés au sacre , afin de défendre la sainte ampoule contre ceux qui auraient tenté de l'enlever. Quand Jeanne d'Arc eut amené Charles VII à Reims pour l'y faire sacrer, ce fut elle qui lui présenta les clefs de la ville, en lui récitant ces vers attribués à l'archidiacre Coquillart :

Notre roi , prince et souverain seigneur, Très-chrélien nommé par excellence, À qui est dû gloire, louange, honneur, Subgestion, amour et révérence :

Votre cité de Reims, obéissance Vous fait par moi qui ci vous la présente.

Et de franc cœur, en vraie conBdence,

K. Description de Reims, par M. Géruzez.

D'ÉPERNÀY A REIMS. 151

Les clefs des portes humblement vous présente Tradogon.

Roi très-puissant , mon souverain seigneur, Reims très-ancienne, par grande humilité, Son cœur vous ouvre, par excellent honneur, Vous prometlant garder fidélité.

En 1484 , Charles VIII, venant à Reims pour son sacre , fut reçu, à la porte de la ville, par une jeune fille vêtue de soie , ornée de fleurs , qui descendit du haut de la porte par une machine, et lui présenta les clefs, en lui récitant les vers de Goquillart.

A l'entrée d'Henri II, en 1547, on vil, sur un théâtre, à la porte de la ville , un soleil s'ouvrir et donner passage a un cœur qui , se séparant en deux , laissa paraître une jeune fille d'environ 10 ans , vêtue d'or et d'argent : celle-ci présenta au roi les clefs de la ville , et récita six vers ; puis le cœur se referma et retourna prendre sa place dans le soleil, qui s'entr'ouvrait de temps en temps comme une fleur.

Reims possède des monuments intéressants. Ceux qui remontent au temps des Romains ne sont ni nombreux ni bien conservés ; le plus remarquable est la porte de Mars, élevée par les Rémois en l'honneur de César et d'Auguste, lorsque le gouverneur des Gaules , Agrippa , fit faire les grands chemins qui traversaient leur ville. Cette porte est composée de trois arcades et de huit colonnes d'ordre corinthien L'arcade qui est à gauche , en entrant dans la ville , représente , à la voûte , Romulus et Rémus sous une louve , entre Faustulus et Acca Laurentia :*on l'appelle arcade de Rémus ; elle est entière, sa hauteur est de 30 pieds et sa largeur delà. L'arcade de droite est nommée arcade de Léda, parce qu'on y voit Léda couchée , ayant un cygne sur elle , pendant que l'Amour descend du ciel, tenant une torche allumée; cette partie du monument est loin d'être aussi intacte que la précédente. L'arcade du milieu est plus large et plus élevée

que les deux autres; elle se divise en douze cadres, représentant les douze mois de Tannée; cinq de ces cadres sont entièrement détruits. Cet arc de triomphe servit de porte à la ville jusqu'en 1544; alors on en ouvrit une autre, et la porte de Mars, complètement enterrée jusqu'en 1595, retrouvée à cette époque, puis oubliée jusqu'en 1677, ne fut à peu près dégagée qu'en 1812.

On voit dans la cathédrale, au côté droit de la nef, le tombeau de Jovinus, qui, avant 1790, était dans l'église Saint-Nicaise. C'est un des plus beaux sépulcres antiques que possède la France ; le bas-relief représente une chasse aux lions d'un très-beau travail , sur laquelle les savants n'ont pas manqué d'entasser mémoire sur mémoire. Ce monument a 2 n, ,73 de longueur, et l m ,46, tant de largeur que de profondeur. On l'ouvrit en le déplaçant, en 1793; il ne renfermait que quelques cendres, un objet qui avait la forme d'un pain , un vase et deux restes de bottines.

Les diverses fouilles faites à Reims ont amené la découverte d'un certain nombre de médailles romaines; en 1806 , on a trouvé , près du moulin de l'Archevêque , en creusant un fossé , une petite statue en bronze , d'environ 8 pouces de hauteur , représentant le dieu Mars.

Parmi les monuments du moyen âge , celui qui tient le premier rang est la cathédrale , édifice du xm e siècle , construite au même endroit où furent celle du v e siècle, bâtie par saint Nicàise , et celle du x e siècle , commencée par Ébon et achevée par Hincmar. Robert* de Coucy , célèbre architecte rémois, consacra trente années à cet immense travail. En 1241 , on y célébra le service divin pour la première fois , la veille de la Nativité de la Vierge. Elle n'est pas tout à fait aujourd'hui ce qu'elle était alors. Le feu prit à la croisée, le 24 juillet 1481, consuma cinq clochers placés au-dessus, et fit fondre onze cloches pesant 33 000 livres.

D'ËPERNAY A REIMS. 153

La croisée fut restaurée, mais on ne rétablit point les clochers.

La cathédrale a 146 mètres de longueur, 30 mètres de largeur dans œuvre , à la nef, et 50 à la croisée , 36 mètres de hauteur sous voûte, et 80 du pavé de l'église au sommet des tours. Le portail, de forme pyramidale, se compose de trois arcades ; celle du milieu a 28 mètres d'ouverture. Il est orné de plus de cinq cent cinquante statues, en grande partie mutilées et tombant de vétusté; l'arcade du milieu représente le couronnement de la Vierge ; celle qui est à droite, le jugement dernier , et celle qui est à gauche, la passion. Au-dessus de la rose, entre les tours , est le baptême de Glovis; plus bas se trouve le combat de David avec Goliath. Les deux tours, formées d'arcades, de piliers, de chapiteaux et de pyramides, sont richement découpées, et sculptées à jour; au lieu de porter des flèches, elles sont terminées par de petites pyramides à plusieurs pans. Autour du premier étage sont trentecinq statues d'éveques , d'une exécution médiocre. On monte, par quatre cent quatre-vingts degrés , à la tour méridionale, qui est un peu plus basse que l'autre, et qui renferme la grosse cloche appelée Charlotte, fondue en 1570 et pesant 11 500 kilogrammes. L'église est couverte en plomb; sa charpente est en bois de châtaignier. Un clocher dont la hauteur est de 18 mètres, et le plus grand diamètre de 4 , est placé à l'extrémité de la toiture et supporte un ange doré. Partout , à l'extérieur, ce ne sont que statues et bas-reliefs , aux arcsboutants aussi bien qu'aux portes latérales. L'église est éclairée par un grand nombre de fenêtres , la plupart à vitraux peints , et par des rosaces d'un très-bel effet.

Les statues ont été prodiguées à l'intérieur comme à l'extérieur.'On en compte cent vingt-deux, au pourtour des portes seulement ; il y faut ajouter le martyre de saint Nicaise , qui couronne le pourtour de la grande porte. L'église est partagée en trois nefs, que séparent des colonnes et des colonnettes ;

la voûte de la grande nef est remarquable par sa hardiesse. Le chœur, entouré de cinq chapelles, est divisé en deux parties. Un des autels est orné d'un magnifique baldaquin qui appartenait autrefois à l'église Saint-Nicaise, superbe monument que la Révolution a détruit. Parmi les autres richesses de la cathédrale, il faut encore citer un orgue fait en 1481 ; l'autel des fonts baptismaux, dont la cuve servit, dit-on, au baptême de Clovis ; les vitraux des croisées du rond-point ; et trois tableaux de grands maîtres : le Lavement des pieds, parMucian, la Nativité, par le Tintoret, l'Apparition de Notre Seigneur à la Madeleine, par le Titien.

La plus ancienne des églises de Reims est Saint-Remi,qui date du xi e siècle. Elle fut commencée en 1041 par Thierry, abbé de Saint-Remi , et terminée par un autre abbé, Hérimard.LéonlXen fit la dédicace, en 1049, le jour de la Saint- Michel. Le rond-point , le portail et les deux clochers furent ^>âtis par Pierre de Celles, en 1162. Sous Jean Conard , en 1388, on couvrit de plomb la toiture, et le petit clocher fut construit. La longueur de ce monument est de 110 mètres. L'intérieur est d'architecture romane ; deux clochers à flèches surmontent la façade , qui est plus moderne.

L'église Sairit-Remi renfermait de grandes richesses et de précieux travaux ; la Révolution a tout dévasté. Il ne reste de l'ancien mausolée de saint Remi que douze statues représentant les douze pairs de France , et le groupe de saint Remi; ces sculptures, en marbre blanc et d'une belle exécution , font aujourd'hui partie d'un nouveau mausolée , érigé en 1803 et placé dans le chœur, derrière le grand autel. On voit aussi , à l'entrée de la croisée , un monument qui était autrefois dans l'église du Temple : c'est un saint sépulcre composé de sept personnages sculptés en pienre.

Au milieu du xvi 6 siècle , il existait un usage bizarre , la procession du hareng. « Le mercredi saint , dit M. Géruzez , après les ténèbres , tout le clergé de la cathédrale allait

faire une station dans l'église de Saint-Remi. Précédés de la croix, les chanoines , rangés sur deux files , comme dans les processions ordinaires , traînaient derrière eux un hareng attaché à une corde.... Chaque chanoine s'efforçait de

Sainl-H< mi , à Ik'ims.

marcher sur le hareng de celui qui le précédait, et n'oubliait rien pour empêcher celui qui le suivait de marcher sur le sien. »

Près de la cathédrale se trouve l'hôtel de la Maison- Rouge, sur la porte duquel on lit cette inscription : « L'an 1429 , au sacre de Charles VII, dans cette hôtellerie, alors nommée Y Ane-Rouge , le père et la mère de Jeanne d'Arc ont été lo-

gés et défrayés par le conseil de la ville.» La dépense s'éleva à 24 livres parisis.

Deux places fixeront un moment l'attention du curieux; la place Royale et la place de l'Hôtel-de-Ville , qui communiquent par une rue , la mieux bâtie de Reims , lorsqu'elle sera terminée. La première se fait remarquer par sa régularité, par les bâtiments qui l'entourent, et par le monument de Louis XV qui en décore le centre. Toutes les maisons, sauf une qui malheureusement reste à bâtir, y ont des façades à soubassement percé d'arcades avec refends, ornées d'un ordre dorique qui embrasse deux étages, et couronnées d'une balustrade sans comble apparent. L'ancien hôtel des Fermes, occupé aujourd'hui par le bureau de mesurage des toiles et tissus, a un avant -corps formé de quatre colonnes surmontées d'un fronton. La statue de Louis XV, œuvre du célèbre Pigalle, représentait ce prince debout , vêtu d'un costume romain , sur un cippe entouré de figures allégoriques; détruite pendant la Révolution, elle a été exécutée de nouveau d'après l'ancien modèle.

Plus petite et moins belle, la place de l'Hôtel-de-Ville n'a de remarquable que le monument dont elle a pris le nom. Cet édifice , bâti sous Louis XIII, dont la statue équestre figure au-dessus du péristyle central, se compose d'un corps à frontispice et de deux ailes terminées par un pavillon. Il y a malheureusement, quant aux détails, une disparate choquante entre ces deux ailes, dont l'une est neuve. Les pavillons ont deux étages , tandis que le reste du bâtiment n'en a qu'un. Au-dessus du vestibule, dont la colonnade est d'ordre dorique, règne un balcon en pierre; plus haut est le bas -relief colossal de Louis XIII, et plus haut encore la tour de l'Horloge, dont la structure est élégante et légère.

Dans une des salles de l'hôtel de ville est placée la bibliothèque publique , composée de 32 000 volumes , dont la plupart concernent la théologie, l'histoire et les conciles, et d'en-

viron 1500 manuscrits, dont un certain nombre ne sont pas dénués d'intérêt.

Longtemps la ville de Reims manqua d'eau ; la Vesle coulait auprès d'elle sans contribuer ni à son embellissement ni a sa commodité : la bienfaisance du chanoine # Godinot, vieillard

Hôtel de ville de Reims.

de quatre-vingts ans, et la persévérance de M. de Pouilly, lieutenant ou maire de la ville, surmontèrent tous les obstacles; une machine fut construite de 1746 à 1753, sous la direction du père Féry, minime, habile mécanicien , et dixsept fontaines distribuèrent l'eau dans les divers quartiers. Ces fontaines, dont quelques-unes auraient pu justifier la curiosité du voyageur, ont fait place , dans ces derniers temps, a des bornes-fontaines comme celles que Ton voit dans les rues de Paris. Les Rémois reconnaissants ont élevé à la mémoire de leur bienfaiteur une fontaine monumen-

taie au milieu d'une place a laquelle ils ont donné le'nom de Godinot.

Les monuments , comme

on le voit, sont moins nombreux à Reims que ne semblent le comporter l'importance et surtout l'ancienneté de cette ville ; il ne faut pas oublier que la plupart de ceux dont elle se faisait honneur ont été déruits ou dégradés par le vandalisme révolutionnaire. Cependant il en était un , l'église d< Saint-Nicaise, plus intéressant encore que la cathédrale par son architecture et par ses souvenirs his-

Fontaine Godinot. toriques, qu'on aurait pu

conserver en j faisant quelques réparations , et dont on a laissé disparaître l'un après l'autre jusqu'au dernier débris.

Située au milieu d'une vaste plaine, la ville de Reims était entourée de remparts dont les murailles étaient en pierre de craie ; il n'en reste plus que quelques débris. Sa forme est à peu près celle d'un soulier. On y entrait par cinq portes, dont deux voûtées, celles de Dieu-Lumière et de Mars; la porte Fléchambault est en bois; celles de Cérès et de Vesle ont des grilles. On admire cette dernière, qui a été faite en 1774, pour le sacre de Louis XVI, par un serrurier rémois, nommé Masson. C'est à la porte de Vesle que commence le Grand- Cours, promenade qui s'étend jusqu'à la porte de Mars, entre les remparts, la plaine que bornent des montagnes couvertes de vignes, et la Vesle qui coule le long d'un petit

bois appelé le Bois d'Amour. L'espace occupé par la ville est proportionnellement plus grand que ne l'exige le chiffre de sa population ; mais il faut remarquer que les rues sont larges et que la plupart des maisons n'ont qu'un étage.

Parmi les hommes remarquables qui ont reçu le jour à Reims, on distingue :

Guillaume Baussonnet, poète du xvn« siècle , qui fit pour Henri IV l'inscription suivante, quand ce prince vint à Reims :

Si Reims ne vit son roi , ce grand Mars des guerriers ,

Lorsqu'il plantait l'olive en plantant des lauriers ,

Aussi ne le vit elle assaillir sa campagne :

Mais, prévoyant le fruit de ces deux plants divers,

Le roi n'a voulu voir l'honneur de la Champagne

Que quand il se verrait l'honneur de l'univers.

Le surintendant des finances Colbert, sorti d'une famille de marchands de vins et de marchands de draps. «< Ayant voulu , dit M. Géruzez , faire un de ses fils grand bailli de l'ordre de Malte , voici comment il s'y prit pour avoir les quatre quartiers de noblesse qu'on lui demandait. Il fit fabriquer une épitaphe pour un de ses ancêtres prétendus, né dans le xiii* siècle, et nommé Richard Colbertly, Écossais. Il s'agissait de la placer dans l'église des Gordeliers , où était la sépulture de plusieurs de ses aïeux. On promit au père Valéry, alors gardien, un évêché qu'il n'eut pas, et l'épitaphe fut mise, la nuit, dans cette église, où on la voyait encore avant la Révolution. »

Gobelin, teinturier de Reims, au xvn e siècle ; il fit bâtir, à Paris, une maison qu'on appela d'abord Folie Gobelin, et que Colbert acheta pour y établir cette manufacture de tapisseries qu'on connaît encore aujourd'hui sous le nom de manufacture des Gobelins ;

Jean Lethinois, avocat au conseil, littérateur agréable. Chargé de copier le Catilina de Voltaire , pendant le séjour

de ce grand poète à Reims , en 1749 , il le lui renvoya avec les vers suivants :

Enfin le vrai Catilina

Sur notre scène va paraître ;

Tout Paris dira : Le voilà!

Nul ne pourra le méconnaître.

Ce scélérat par sa fierté ,

César par sa valeur altière ,

Cicéron par sa fermeté ,

Montreront leur vrai caractère ;

Et, dans ce chef-d'œuvre nouveau, Chacun reconnaîtra , par les coups de pinceau , César, Catilina, Cicéron et Voltaire.

Nicolas-Henri Linguet, écrivain fécond et original , historien, orateur, poète*, publiciste , critique, journaliste; mort sur Féchafaud , le 8 thermidor 1 793 ; Antoine Pluche , auteur du Spectacle de la nature, de la Mécanique des langues, etc.; le célèbre bénédictin dom Thierry Ruinart , collaborateur de dom Mabillon ; Drouet d'Erlon ; le célèbre graveur Robert Nanteuil.

Vue de Pont-à-Muusson.

DE FROUARD A METZ.

C'est k Frouard, ainsi que nous l'avons déjk dit , que le chemin de fer se bifurque en deux lignes dont Tune conduit à Strasbourg, et Vautre à Metz et à Forbach. Sur cette dernière ligne , il se présente , sans compter l'antique capitale du pays messin , plus d'une station intéressante par des ruines, par des monuments et par des souvenirs. La première est Marbache , village situé dans une vallée, entre des coteaux boisés, et dont l'ancienneté est établie par des titres de donation qui datent des xi e et xu e siècles. Vis-à-vis l'ancien château de Condé , sur le chemir 63 k

de ce village k Frouard, on a trouvé des ossements entourés de pierres. En 1810, on a découvert, sur la route de Nancy à Saint-Mihiel , des cercueils en pierre , percés aux extrémités, renfermant des cadavres à côté desquels se trouvaient une Vierge en plâtre et un Christ en cuivre sur une croix de bois noir. Il y avait, auprès de ces cercueils, des ossements enfermés dans des pierres murées. Treize ans plus tard , en travaillant de l'autre côté de la route , des maçons rencontrèrent, k une profondeur de deux mètres , un pavé formé de dalles, sur quelques-unes desquelles étaient gravées des lettres. L'église est toute moderne; elle a été construite en 4825.

De Marbache k Dieulouard, on suit, en passant devant Belleville, une vallée bien cultivée, entre des coteaux couverts de bois et de vignes , le long de la Moselle, qui depuis Frouard est navigable. C'est sur la rive gauche de cette rivière qu'est situé le bourg de Dieulouard, auquel s'appliquent les différents noms de D&i-Custodia , Dieulewart , Deslovareth, Desluardum, Deu-Louvart et Deus-Louvart. Les historiens ne sont point d'accord sur son origine : les uns veulent qu'il ait autrefois fait partie de Scarpone, la troisième ville du pays des Leucquois; d'autres le font s'élever avec son château, de 997 à 1020, sur une partie des ruines de Scarpone. A cette époque , il était la propriété des évêques de Verdun. Le château de Dieulouard fut souvent pris, rasé, incendié et rebâti, jusqu'au moment où, sous Louis XIV, il fut enfin démantelé pour ne plus se relever. Le bourg était assez important pour que les évêques de Verdun y eussent fondé une collégiale , vers la fin du x e siècle ; on prétend même qu'ils y firent battre monnaie. On remarque, dans le voisinage, les vestiges d'une voie romaine conduisant aux ruines de Scarpone.

Les ruines du château sont curieuses à visiter : les fossés , aujourd'hui comblés , avaient 60 mètres de largeur ; l'épaisseur des murs est presque partout de 2 à 3 mètres ;

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on voit encore le logement du prévôt , les culs de bassefosse, trois citernes, l'endroit où était le pilori de la justice épiscopale, une porte au-dessus de laquelle est la statue de la Vierge, avec cette inscription : Sub tuv m praesidium.

Dieulouard possède une belle église du xv e siècle , dont les stalles et la chaire sont en bois et décorées de riches sculptures ; on admire également, au-dessus de la boiserie du chœur, des sculptures représentant l'arche sainte et les attributs du culte de l'Évangile. Sous le chœur est une chapelle souterraine, taillée dans le roc et dédiée à la Vierge ; c'était autrefois, et c'est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage. Les fenêtres de cette chapelle paraissent dater du xi e siècle.

A Dieulouard naquit , en \ 440 , le capitaine Krantz , qui , pour surprendre Metz , se présenta aux portes de la ville déguisé en marchand et conduisant plusieurs charrettes chargées de tonneaux où étaient cachés des soldats. Cette ruse n'eut pas le succès qu'il en avait attendu; les troupes qui devaient le soutenir n'arrivèrent pas à temps, et il tomba au pouvoir des Messins, qui le tuèrent.

Sur le bord de la Moselle , en face de Dieulouard , est une maison isolée sur laquelle ne s'arrêterait certainement pas le regard du voyageur, si l'on n'y appelait sérieusement son attention. Là pourtant est pour le savant comme pour le curieux une mine aussi intéressante qu'inépuisable; là florissait jadis une ville considérable , fondée, selon les uns, par une colonie de Troyens fugitifs , et dont l'origine , selon les autres, quoique moins ancienne, doit en tous cas être reportée jusqu'aux premiers temps delà domination romaine. Cette ville était Scarpone (Scarpona, Sarpona, Serpanne , Charpaigne, Charpagne). On lit dans une savante notice de M. Beaulieu :

« Autant qu'il est possible d'en juger par les ondulations

du sol, et par ce que Ton connaît des ponts qui joignaient

ensemble les divers quartiers de Scarpone , cette ville était

,jign

bâtie sur cinq îlots, dont les deux premiers avaient 500 mètres de longueur du sud au nord , et les trois autres 400 du nord-ouest à l'est. C'est entre ces derniers et les vignes de Dieulouard qu'étaient les principaux édifices : les temples , les bains et le fort , devant lequel s'élevaient trois grands monuments de forme pyramidale. Les autres îlots, qui communiquaient entre eux par quatre ponts en pierre , étaient couverts d'habitations particulières. Des tuiles plates à rebord, des briques et diyers débris indiquent qu'un grand nombre d'habitations s'étendaient encore dans la plaine, à partir du coteau de Sainte-Geneviève jusqu'à celui de Gellamont , au pied duquel est bâti le village de Dieulouard. Cette ville avait donc une immense étendue , bien que n'embrassant pas les sept lieues de tour que la tradition lui attribue. Elle était protégée contre les crues de la Moselle par une digue de 1 20 mètres de long sur 2 de large , élevée au nord-ouest ; au nord par une seconde digue , et enfin par une troisième le long de la rive du fleuve , au lieu dit Saulcy des Vannes. Les pilotis de cette dernière digue se voyaient encore en 1730.

« Les maisons de Scarpone, bâties pour la plupart en pierres, étaient divisées en chambres de 4 à 5 mètres en carré, dont l'aire, formée d'un blocage cimenté et recouvert d'un vernis rouge , adhérait si bien aux murs et était d'une dureté telle, que les eaux qui filtraient au travers des terres ne pouvaient la pénétrer. Plusieurs pans de murs avaient encore 3 mètres de hauteur, et étaient ornés de peintures à fresque. »

A l'époque de l'établissement des Francs dans le pays, Scarpone avait déjà perdu de son importance. On voit pourtant cette place résister, en 954 , aux attaques des Hongrois, et fermer , en 970 , le passage k Lothairé, qui voulait pénétrer dans la Lorraine. Puis elle fut pillée, ruinée, brûlée , abandonnée; en 1734, la Moselle, en se creusant un nou-

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veau lit , la sépara de Dieulouard et renversa une partie des murs du fort; il restait encore quelques maisons et une église; celle-ci tut démolie en 1834; une seule des maisons subsiste et semble n'être restée là que pour indiquer la place où fut la florissante cité.

On a trouvé, à différentes époques , en fouillant les ruines de Scarpone , une grande quantité de médailles , de tombeaux , de bas-reliefs et de statues.

Suivant une tradition populaire qui s'est conservée dans le pays , la reine Dahoud ou Hordal (on désignait sous ce nom la reine Brunehaut) aurait péri en cet endroit , et d'une autre façon que celle qui est racontée par les historiens. On dit, rapporte dom Calmet, que cette princesse, étant à Scarpone , ordonna à son cocher de faire passer sa voiture, traînée par des bœufs, dans la rivière, s'imaginant que les eaux se durciraient et formeraient un chemin ferré devant elle.... Mais le cocher, s'étant aperçu que l'eau ne se durcissait point, représenta à Brunehaut que c'était aller contre la volonté de Dieu d'entreprendre de passer par un endroit où il ne voyait plus de route; à quoi elle répondit: Veuille ou non veuille, passe toujours. Et aussitôt elle fut submergée en punition de son blasphème.

Après une course de 7 kilomètres dans une belle vallée semée de beaux villages, on voit se dresser une montagne dont quelques ruines et un village couronnent le sommet, et au pied de laquelle s'étend une petite ville que dominent deux tours surmontées de couronnes; là se trouvent encore réveillés en .foule les souvenirs du savant et de l'historien. Cette humble cité, satisfaite de jouer aujourd'hui le tout petit rôle de chef-lieu de canton, posséda autrefois une université « jà tant célèbre et florissante, disait Pantaléon Thévenin, qu'il n'y avait académie en Allemaigne, ni ceste ancienne et fameuse université de Cologne mesme , ny en France (excepté celle de Paris) , qu'en fréquence de bonnes leçons, tant en

humanité et philosophie que théologie et loix , et affluée de disciples, tant du pays et du lieu que d'Allemaigne et autres régions circonvoisines , elle ne surmonte et ne désavance. »

Mousson est le nom de la montagne; Pont-à-Mousson est celui de la ville.

Une querelle très-vive s'éleva , dans le xvi 6 siècle, au sein de Pont-à-Mousson , entre les professeurs de l'université et ceux du collège des jésuites , sur la question de savoir si le nom latin de la ville devait être Ponti-Mussum ou Mussi- Pontum; il ne fallut rien moins , pour mettre fin à la discussion, qu'un décret du duc Charles III, lequel décida, contrairement à l'opinion des jésuites, que Poxtti-Mussum serait le nom définitivement a'dopté : ce qui toutefois n'empêche pas les habitants de Pont-à-Mousson de s'appeler encore les Mussipo^tains.

Sans avoir été précisément fondée, comme on l'a prétendu , par une colonie de Troyens, la ville de Pont-à-Mousson n'en jouit pas moins d'une ancienneté suffisamment respectable; il existe dans les archives de Toul des titres de 896 et de 905 , dans lesquels elle est ainsi désignée : villa Pontus sub Castro Mont ionis, « la ville du Pont sous le camp de Monçon. » On disait autrefois Monçon , et en latin Montio, Montiacum; on trouve aussi le nom de Mons Jovis, d'où l'on a conclu que sur cette montagne il y avait eu un temple de Jupiter.

La montagne s' appelant Mousson, la ville se nommant Pont, du pont qui conduit à la montagne, on comprend aisément l'origine du nom actuel de Pont-à-Mousson.

Cette ville , affranchie en 1263 par Thiébaut II , comte de Bar, fut érigée en marquisat par l'empereur Charles IV en 1355, et obtint, l'année d'ensuite, les droits et privilèges des villes impériales. Prise en 1476 par Charles le Téméraire , elle fut reprise par le duc René ; mais celui-ci , obligé de se retirer par suite de la désertion de ses troupes suisses, laissa la ville retomber au pouvoir du duc de Bourgogne.

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Ce fui en 1572 que Charles III fonda la célèbre université de Pont-à-Mousson ; le collège des jésuites existait déjà et jouissait aussi d'une très-grande renommée. Charles III et sa cour assistèrent, le 7 septembre 4580, à la représentation

d'une tragédie de Jeanne d'Arc, composée par Fronton du Duc, professeur h l'université. Vers la même époque, l'imprimerie venait ajouter encore à tant d'éclat; les bibliophiles de nos jours recherchent les ouvrages qui sortirent alors les presses des Marchand et de Melchior Bernard. Toute cette gloire devait disparaître avec l'université, qui fut transférée à Nancy en 1768.

Pont-à-Mousson est divisée en deux par la Moselle : la partie située entre la montagne et la rivière est appelée ville haute; on nomme ville basse celle qui est sur la rive opposée.

Un beau pont en pierre établit la communication de l'une à l'autiv.

L'église Saint- Martin , qui sert de paroisse à la ville haute, fut bâtie dans le xin c siècle et reconstruite dans le xiv ; à l'extérieur , elle est en style ogival fleuri; l'architecture intérieure paraît être d'une date plus ancienne. On y reconnaît • avec peine les nombreuses dégradations que les jésuites tirent à l'édifice, sous prétexte d'en changer la distribution.

Plusieurs des tableaux qu'on vue du pont. y voit sont attribués à Claude

Charles. Dans une des chapelles se trouve, cachée par une boiserie, une table en pierre qui couvre les statues d'une femme et d'un guerrier revêtu

Digitizcd by

d'une cotte de mailles. On croit que ce mausolée est celui du comte Thibaut, fondateur de l'église.

Saint-Laurent, église paroissiale de la ville basse, n'offre de remarquable qu'un tableau à* vantaux, du xvn* siècle, représentant le baptême de Jésus, la résurrection du Lazare, la guérison des aveugles k la piscine, et la transfiguration.

Place de Ponl-à-Mousson.

On remarque encore , à Pont-à-Mousson , l'hôtel de ville sur une grande place entourée d'arcades; de vastes casernes de cavalerie, élevées sur l'emplacement du château, ou mai"

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son forte, que René II avait fait construire sur la rive gauche de la Moselle; un bel hôpital civil; une assez jolie fontaine; un collège qui occupe les bâtiments où les jésuites avaient le leur; des boulevards qui forment une agréable promenade; l'ancienne abbaye de Sainte-Marie, magnifique édifice où est actuellement le petit séminaire , et dont le portail est malheureusement surchargé d'ornements d'un goût douteux.

Cette ville a vu naîtrç le chanoine Laurent Pilladius, auteur d'un poëme latin sur la guerre des rustauds; le jésuite Pierre Beauregard , orateur remarquable ; le conventionnel Mallarmé ; et une foule d'officiers distingués de notre époque : le maréchal Duroc , les généraux de La Barolière, Hardy, Bourcier, de Niceville, Fabvier, Jacquinot, Fririon.

A 9 kilomètres de Pont-à-Mousson , toujours dans cette belle vallée que parcourt la Moselle , on s'arrête devant le village de Pagny, au pied d'une côte dont le sommet porte les ruines d'un des plus célèbres châteaux du moyen âge ; un peu au-dessous de ces ruines, est un autre village, aujourd'hui peu considérable, qui porte, comme le château , le nom de Prény (Prigney,Priny, Perny). Ce château, que Bouchard d'Avesnes, évêque de Metz, ne put prendre, en 1286 , avec 4000 fantassins et 1000 cavaliers, était « un carré flanqué de hautes et fortes tours , liées entre elles par d'épaisses murailles et des galeries souterraines creusées dans le roc vif. A l'une des extrémités de ces constructions , qui formaient le château proprement dit , s'élevait un second édifice entouré de fossés , flanqué également de tours sur l'une desquelles était placée la fameuse cloche nommée Mande-Guerre. Cette tour, la plus grosse , porte encore aujourd'hui ce nom. Ce pâté de bâtiments, qu'on appelait le donjon, contenait la chapelle castrale et les grands appartements. On remarque une ruche immense dans l'une de ces tours, où l'on pénètre par une issue pratiquée nouvellement dans l'épaisse muraille ; les

prisonniers y étaient descendus par une ouverture à la voûte supérieure. Une place d'armes, les logements de la garnison, les bâtiments où se réfugiaient les paysans de la seigneurie en temps d'invasion , occupaient l'espace compris entre le donjon et le château , dont un double rang de fossés et trois fortes portes complétaient les moyens de défense 1 . »

Les ducs de Lorraine tiraient leur cri de guerre du nom de cette forteresse ; on lisait encore, avant la Révolution, cette inscription sur le Mande-Guerre :

Ils criaient : Priny, Priny!

L'enseigne au riche duc Ferry !

Marchis entre les trois royaumes.

Quant au village, qui est tout k fait au bas de la côte , il est nommé tantôt Pagny-sous-Prény , tantôt Pagny-sur-Moselle; il existait dès le xn e siècle. Des laboureurs y ont trouvé, en 1842, des cercueils en pierre, avec des squelettes bien conservés ; l'un de ces squelettes avait la tête séparée du tronc , et déposée vers la région du sacrum. On suppose qu'il existait anciennement, en cet endroit, un cimetière que la Moselle , en se déplaçant , aura fait entièrement disparaître.

Le mécanicien Bernard Joyeux , qui mourut en 1778 , et le comte de Serre, ministre de la restauration, mort en 1824, ont vu le jour à Pagny.

Pour donner du charme et de l'intérêt à cette contrée qui passe si rapidement devant les yeux , la nature ne s'est pas mise moins en frais que l'histoire; nulle part on ne trouverait des paysages plus variés , des sites plus pittoresques , ni de plus coquets villages aussi gracieusement suspendus aux flancs des coteaux, ou se mirant dans une onde aussi fraîche que celle de la Moselle. Quoi de plus joli que No-

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