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Statistique du département de la Meurthe, par H. Lepage

DE FROUARD A METZ.

vèant , entre ses deux collines , avec son pont suspendu et son château à tourelles? Et ne serait-on pas heureux d'y couler doucement le reste de son existence, fût-ce dans la plus humble de ses habitations ?

A peine a-t-on eu le temps de former ce vœu qu'on le renouvelle devant cet autre village non moins frais, non moins coquettement bâti, qu'on appelle An-sur-Moselle , ou mieux Arches-sur-Moselle. Ce nom lui vient des

Aqueduc de Jouy.

restes d'un aqueduc, qu'on a vus sur la rive gauche de la Moselle , quelques instants avant d'arriver à cette station. Cet aqueduc, nommé dans le pays Pont du Diable , et qui va , sur la rive droite , former de majestueuses arcades jusqu'au village de Jouy , fut , dit-on, bâti par Drusus ; il avait 57 pieds de hauteur, sur une longueur de 3420. Sa destination était de conduire dans l'antique Divodurum les eaux nécessaires aux bains et à la naumachie.

Mais la rapide locomotive, inexorable comme le temps, emporte et le voyageur et ses désirs et ses regrets ; une nouvelle

station se présente; celle-ci n'offre rien d'attrayant aux regards : une ceinture de remparts , une porte qui , pour être toute neuve, n'en ressemble pas moins à l'entrée d'une prison , voilà pour le coup d'œil ; et pourtant on s'empresse de descendre , on court vers ces remparts , on s'engage dans la courbe de cette porte : c'est qu'il se trouve au delà une ville qui fut une grande cité gauloise du temps des Romains, qui devint, sous les rois Francs, la capitale de l'Austrasie , et qui tient aujourd'hui le premier rang parmi les places fortes de la France.

Ruines de la forteresse de Mousson.

Vue de Metz.

Les souvenirs historiques de la ville de Metz remontent à environ deux mille ans; elle portait le nom de Divodurum, lorsque César entra dans les Gaules , et elle appartenait aux Médiomatriciens ( Mediomatrici ) qui faisaient partie de la Gaule belgique. L'armée de Vitellius , commandée par Valens, y égorgea 4000 habitants , en Tannée 69 , et le farouche roi des Huns y signala sa fureur, en 451 , par un massacre encore plus considérable. Après la bataille de Tolbiac , Metz, que déjà Ton appelait Mettis , embrassa le parti de Glovis , et devint, quelques années plus tard, la résidence du fils de

il 4 ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.

ce prince, Thierry, qui en fit la capitale du royaume d'Austrasie. Loute le Débonnaire y mourut en 840 , et fut inhumé avec la reine Hildegarde , sa mère , dans l'église de Saint- Arnould. Prise en 923 par Henri l'Oiseleur , en 945 par Othon le Grand , pillée par les troupes de ce dernier en 955, cette viîle, où avaient été reconnus rois de Lorraine Charles le Chauve en 869, et Lothaire IV en 968, s'affranchit -de ses souverains, et se constitua ville libre et impériale. Son gouvernement , basé sur l'élection , devint républicain ; elle fut administrée par un maître échevin choisi dans les familles de paraiges , sortes de tribus au nombre de six , composées , les cinq premières de nobles , et la sixième de bourgeois et d'artisans. Chaque paraige avait un chef d'hôtel; la bourgeoisie nommait quarante députés ; et ces députés, réunis aux chefs d'hôtel , procédaient tous les cinq ans à l'élection du conseil des treize, qui avait dans ses attributions la police , la justice criminelle et civile , et , de concert avec le maître échevin , la confection des ordonnances et des statuts particuliers. Pour la rédaction des lois ils étaient obligés de s'adjoindre les députés et les commissaires de . quartiers, nommés com tes jurés. Venaient ensuite les sept du trésor , les sept de la monnaie , les sept de la guerre, etc., sortes de comités présidant autant de départements ministériels , et dont les cinq paraiges nobles fournissaient cinq membres , tandis que le paraige de la bourgeoisie en fournissait deux.

Mais la liberté , la grandeur et la prospérité de Metz devaient avoir un terme. Harcelée, tantôt par les empereurs, tantôt par les rois de France, qui lui faisaient payer la paix au poids de l'or ; ravagée par les compagnies franches et par les ducs de Lorraine; ruinée parle siège qu'elle eut à soutenir, en 1444, contre les armées réunies de Charles VII et de René d'Anjou ; dévastée par les inondations de la Moselle, décimée par la famine et par la peste, la république

messine songea à se donner un protecteur, et, en 1552, elle se jeta entre les bras de la France. Cette même année fut pour elle une époque glorieuse : Charles-Quint, commandant en personne une armée de 100 000 hommes, vint épuiser, devant ses murs, soixante -cinq jours d'efforts inutiles, et se vit forcé à une retraite humiliante par la belle et vigoureuse défense du duc de Guise.

Au lieu d'un protecteur qu'elle avait cherché, Metz trouva un maître dans la France; en peu de temps elle vit disparaître ses institutions républicaines, et s'élever une citadelle pour réprimer ses tentatives de révolte. Le jour où, pour la première fois, on lui enleva le droit d'élire son premier magistrat, Audrouin Roussel, ancien maître échevin, se tua de désespoir. Réduite de 60 000 habitants à 20 000, elle tomba dans un état d'anéantissement et de pauvreté d'où Henri IV, Turgot et le maréchal de Belle-Isle essayèrent à diverses reprises de la faire sortir.

Resserrée aujourd'hui dans des limites plus étroites, la ville de Metz a vu remplacer par d'immenses fortifications une partie de ses monuments, de ses abbayes, de ses églises. Elle est devenue une des places de guerre les plus fortes de France. Ses armoiries font allusion à son plus beau titre de gloire, qui est de n'avoir jamais été prise, depuis qu'elle a été garnie d'une enceinte : elles se composent d'un écusson partie d'argent et de sable, surmonté d'une pucelle couronnée de tours, tenant une palme de la main gauche. Ce fut pour ne point déroger que la fière cité refusa le passage aux armées de la sainte alliance, lorsqu'elles évacuèrent le territoire français ; elle leur fit traverser la Moselle sur un pont qu'elle construisit sous ses remparts, afin d'épargner à son enceinte, vierge du joug étranger, la honte et la douleur d'un tel spectacle.

L'enceinte fortifiée de Metz, à laquelle on ne cessa de travailler depuis la domination française, et que modifia pres-

que entièrement le célèbre Cormontaigne, il y a uti peu plus de cent ans, est tellement importante par sa force et par son étendue, qu'il faudrait, avec un matériel extraordinaire, au moins une armée de 120 000 hommes pour en entreprendre le siège. Il ne reste de l'enceinte du xvi e siècle que le retranchement de Guise, la tour Serpenoise, la porte des Allemands et la tour d'Enfer. La porte des Allemands semble avoir été conservée pour donner une idée de toutes celles qui existaient alors, et qu'on a démolies comme inutiles, depuis le nouveau système de fortifications ; c'étaient autant de châteaux forts, à quatre tourelles surmontées de batteries, et qui avaient chacun un châtelain. On remarque , sur les murailles de la tour d'Enfer, les traces des boulets espagnols, et l'on y montre le cachot où, pendant six mois, furent enfermés les cordeliers qui avaient comploté de livrer la ville aux troupes impériales.

Les abords de la ville sont défendus par deux forts , six lunettes et une redoute en terre. Les deux forts sont dus à Cormontaigne. Celui de Belle-Croix qui , avec la lunette du cheneau , présente un développement de galeries de mines d'environ 10 000 mètres, couronne, k l'est, les hauteurs d'où l'on pourrait plonger dans la ville. L'autre, nommé fort Moselle, ou de la Double-Couronne , est situé à la partie septentrionale; son enceinte, formée de fossés pleins d'eau et de fortifications rasantes, le rend de difficile atteinte pour le canon de l'ennemi.

Construite en 1737, la redoute, nommée redoute du Pâté, occupe l'emplacement de l'ancienne Naumachie, et forme, lorsqu'on élève les eaux de la Seille, une île dans laquelle on pénètre, de la place, par une galerie souterraine.

On entre dans Metz par neuf portes, qui sont les portes de France, de la Citadelle, Saint-Thiébault, Mazelle, des Allemands, Chambière, de Thionville, du Saulcy, Sainte-Barbe et Serpenoise.

Un magnifique édifice gothique s'élève au centre de la ville : c'est la cathédrale, dont les fondements furent jetés, au commencement du xn e siècle, par l'évoque Thierry III. La

construction , souvent interrompue, de celte basilique dura plusieurs siècles; les nefs , commencées en 1170, n'étaient

point terminées en 1330; ce fut seulement sous l'épiscopatde Thierry Bayer de Boppart, mort en 1383, que les voûtes furent fermées et que l'intérieur s'embellit, ainsi que l'extérieur, de galeries, de sculptures et de peintures. Cent ans plus tard, on s'occupa de la construction d'un clocher; et le chœur, entrepris, à la fin du \v e siècle, par le chanoine Jacques Damange, ne fut achevé qu'en 1519. La bénédiction de l'édifice entièrement terminé se fit le 24 mai 1546.

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La cathédrale a 122 mètres 25 centimètres de longueur dans œuvre, et, hors d'oeuvre, 128 mètres 62 centimètres. Sa hauteur est, sous voûte, de 41 mètres 70 centimètres. La nef est large de 14 mètres 56 centimètres ; les collatéraux, élevés seulement de 14 mètres, ont une largeur de 8 mètres 10 centimètres. La flèche, légère, hardie, taillée à jour, entourée de petites flèches en forme d'obélisques , s'élève dans les airs à une hauteur de 85 mètres 50 centimètres ; elle est l'œuvre d'un habile architecte messin, nommé Ranconval, qui n'employa pas plus de trois ans k la construire. La cloche que renferme cette tour pèse 13 000 kilogrammes; on lui a donné le nom de la Muiie. Lorsqu'on la met en branle, elle fait éprouver un balancement sensible à la grande et aux petites flèches. Elle porte celte inscription :

malgré tout le talent dont a fait preuve l'architecte Blondel, on regrette certainement de voir ce lourd portail moderne, d'ordre dorique^ appliqué a un chef-d'œuvre de l'architecture gothique. L'idée en appartient à Louis XV, qui le fit construire en 1765, à la suite d'une maladie dont il faillit mourir à Metz. Mais c'est une fâcheuse impression bien vite effacée lorsque, à l'intérieur, on contemple ces masses colossales , ces longues ogives , cette colonnade

Aux jours des grandes solennités:

Dame Mutte suis baptisée, De par la cité ci-po.-ée, Pour servir k h cité

Et aussi pour crier justice,

Prendre ban de bonne police;

Les contredire quand bon me semble,

Et pour convoquer gens ensemble.

hardie qui commandent l'admiration , cette rose d'une étonnante dimension, si délicatement travaillée, ces vitraux du chœur dont le dessin est si beau, dont les couleurs sont

f r rrc*n,

Intérieur de la cathédrale.

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