‹ De Paris à Strasbourg à Reims et à ForbachChapitre 9 sur 24 · P0U3EL · texte numérisé non relu

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encore si vives. Cependant on se sent tout à coup saisi d'un sentiment de tristesse; on devine, à de nombreuses traces de mutilations, que le vandalisme des révolutions a passé par H\

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« A peine la cathédrale fut-elle terminée, qu'une secte ennemie des images ( les luthériens ) vint insulter aux conceptions originales des artistes qui l'avaient embellie; ses murailles, respectées jusqu'alors, se couvrirent de devises outrageantes, de caricatures, de signatures diverses; une partie de ses vitraux furent brisés ; et, quand cette fièvre religieuse, dont les accès ont été si fatals, eut amoindri ses fureurs, l'indifférence qui succéda compromit les beautés de notre cathédrale. On y lit peu d'attention, on les oublia même pour d'autres intérêts; mais, quand le goût des conceptions artistiques se réveilla, il était trop tard pour que l'on fût à la hauteur du génie des grands travailleurs du moyen âge. On scruta donc leurs intentions, on épilogua leur faire, on blâma leur libretto; on vit de l'irréligion, de l'impiété dans ce qui n'était peutrêtre que des folies d'imagination ; et l'on opéra la destruction de tous les objets qui semblaient offenser la morale. Ainsi disparurent les stalles ornées de têtes d'animaux habillés en chanoines; ainsi fut détruit le jubé, assemblage bizarre de scènes prises dans la mythologie païenne, dans l'enfer du Dante, ou dans les contes populaires de l'époque. On construisit k la place un avant-chœur uniforme, compassé , lourd comme le portail de Louis XV , et jurant avec le reste de l'édifice.... Avant la révolution de 1789, près de cenl cinquante tombeaux exécutés en pierre, en marbre^ou en bronze,, couvraient le parvis ou décoraient les bas côtés de cet immense édifice; deux jeux d'orgues, l'un complet, d'une grande portée, placé vers le milieu de la nef, l'autre beaucoup plus petit, ouvrage de la même époque, que l'on voit encore à l'entrée de l' avant-chœur , se mariaient à la voix retentissante d'un nombreux clergé ; et de riches draperies , des bannières faites d'un tissu d'or, d'élégants flambeaux, des étendards flottant au-dessus du grand autel, ajoutaient k la majesté pompeuse des cérémonies du culte. Aujourd'hui , tout a pris un aspect mesquin ;

METZ. i8l

avec la foi s'est évanouie une féerie religieuse que rien ne peut imiter *.* •»

On conserve dans la cathédrale une belle baignoire antique en porphyre rouge, tirée des bains publics des Romains, et convertie en fonts baptismaux; la chaire de Saint- Clément, en marbre cipolin , taillée dans le fût d'une colonne romaine , la chape de Gharlemagne , deux belles crosses en ivoire du xi* et du xv e siècle.

La place Napoléon est belle, régulière, décorée de bâtiments dont l'architecture sévère fait honneur au talent de Blondel ; sur son emplacement étaient, avant 1755, le cloître de la cathédrale, les logements des musiciens, plusieurs chapelles, le grenier du chapitre et quelques maisons, qu'il fallut supprimer ; on fut obligé aussi d'abaisser le sol de r> mètres. Les chanoines, les échevins , les particuliers intéressés s'opposaient à ces travaux; chaque jour, c'étaient de nouvelles difficultés : M. de llelle-Isle les trancha toutes en vrai militaire. Dans la nuit du 9 août la garnison accourut par son ordre sur la place, et se mit à l'œuvre aux flambeaux. Le lendemain matin , k la grande surprise des opposants, les déblais étaient terminés. L'état-major et le commandant de la place occupent l'un des deux pavillons élevés sur la place Napoléon; l'autre, habité par des particuliers, a remplacé l'ancien palais du Parlement.

Ce fut encore sur les dessins de Blondel que l'ingénieur Gardeur- Lebrun fit construire l'hôtel de ville, commencé en 1766 et terminé en 1771. L'architecture en est simple et noble; la façade est ornée de deux frontons, et de belles grilles en ferment l'entrée ; un beau portique conduit à l'escalier, qui est grandiose ; en face de la rampe principale, on remarque un bas-relief en marbre blanc, de Louis

i . Bégin , Guide de l'étranger h Met 7.

Leroux de Thionville, sous lequel on a gravé ces vers d'Ausone :

Salve, magne parens frugumque virumque Mosella : Te clari proceres, te bello exercita pubes, iEmula te Latiae décorai facundia lin!>uae.

Quinetiam mores , et laetum fronte severa Ingenium, natura tuis conressis alumnis.

Salve, amnis laudate agris, laudate colonis.

L'intérieur de l'édifice renferme, outre les bureaux, de vastes salles destinées aux fêtes, aux séances publiques de l'académie, aux cours de la ville, etc. On y voit peints et sculptés les portraits de quelques-uns des hommes remarquables auxquels Metz se fait honneur d'avoir donné le jour.

A côté de la place Napoléon , entre fa cathédrale , la place de la Cathédrale et la place de Chambre, s'élève une construction imposante, qui a toutes les apparences extérieures d'un palais. C'était, en effet, pour en faire son palais épiscopal que M. de Montmorency, en 1783, avait ordonné d'en commencer les travaux, d'après les dessin.s et sous la direction de Blondel. Mais la révolution ne permit point de réaliser le projet de l'évéque de Metz; les travaux furent suspendus, et, après quarante années d'interruption, le conseil municipal eut l'idée de les faire reprendre : seulement, au moyen de quelques modifications dans le plan, le palais épiscopal est devenu marché couvert. Remarquable par son étendue et par sa charpente d'une grande élégance, ce marché est cité comme le plus beau qui soit en France. Les trois galeries dont il se compose forment un pourtour dont la longueur est de 380 mètres; chacune d'elles a une largeur de 9 m ,18.

De la place de Chambre on arrive, soit par le pont de la Préfecture, soit par le pont des Roches, à une petite île appelée jadis le Grand-Saulcy, qui renferme la préfecture, construction toute moderne, et le théâtre, qui, depuis sa restauration, ne laisse rien à désirer , quant h sa distribution intérieure.

Si Ton sort de l'île par le pont Saint - Marcel , on gagne, par la rue du même nom, le lycée impérial, un des plus vastes et des plus beaux de France, et l'église Saint-Vincent , qui , pour donner une idée de son ancienne beauté , a conservé sa nef élancée et son chœur d'une régularité majestueuse. Son portail, orné d'un triple rang de colonnes, rappelle le portail de Saint-Gervais, à Paris.

Traversons la Moselle par le Moyen-Pont, revenons vers la partie sud de la ville, arrivons à l'Esplanade , et là nos yeux seront frappés d'un magnifique spectacle. Du milieu d'un jardin long de 400 mètres, large de 320, planté et dessiné avec goût , la vue embrasse à la fois et la Moselle et les constructions du fort de la Double-Couronne , et la plaine qui fuit vers l'ouest, et un encadrement de coteaux où [sont pittoresquement assis de riches villas et de riants villages. Commencée vers le milieu du xvni e siècle, terminée

Kiosque <!<• l'Esplanade,

seulement en 4813, l'Esplanade, qui couvre en grande partie le terrain consacré aux abords défensifs de ce côté de la ville, est la seule promenade vraiment belle de Metz et l'une des plus remarquables de France.

Dans le voisinage de l'Esplanade, on rencontre quelques monuments ou restes de monuments qui ne sont pas sans intérêt : au petit arsenal d'artillerie, les restes d'une peinture à fresque du temps de Louis IX ; dans un chemin assez escarpé , vis-k-vis d'une plantation d'arbres, un ancien oratoire des Templiers, qui date du xiu e siècle , et qu'on reconnaît à la croix épatée qui surmonte sa porte d'entrée; et tout près de là, au fond d'une cour, les restes d'une muraille romaine.

En traversant l'Esplanade, le long de la Moselle . on aperçoit un charmant jardin, qui est le jardin de Boufflers, et une belle façade qui est celle du palais de justice, construction (l'une architecture imposante. A la place de ce monument, dont il faut plutôt examiner l'ensemble que les détails, il y avait autrefois un hôtel appelé hôtel de la Haute- Pierre, que le chapitre de la cathédrale avait laissé k vie au duc de Suffolk , amant de la reine Marie d'Angleterre, à charge par lui de le reconstruire. Le marché ne reçut point son entière exécution, le duc ayant quitté Metz pour aller 0 s'établir à Toul, par suite de ses intrigues scandaleuses avec la femme d'un orfèvre. « Et dès incontinent le marché fait (raconte Philippe Gérard, dit de Vigneulles, année 1548, page Cl 7), le duc fit tout abattre cette maison de la Haute- Pierre, et furent mandés ouvriers de toutes parts, et tellement que en l'espace de environ un an et demi le duc y mit en ouvrages la valeur de 2000 florins d'or et de poids, et ne fut pas encore l'ouvrage achevé, pour ce que pour certaine occasion il abandonna la cité et s'en alla tenir • à Toul. »

L'hôtel de Suffolk devint plus tard l'hôtel du Gouvernement, et ce fut seulement en 1776 que le palais de justice fut commencé sur son emplacement, d'après les dessins de Clairisseaux. On y admire les belles rampes de fer du grand escalier, dues au talent d'un artiste messin, nommé

Guise; dans la cour intérieure sont deux bas-reliefs, dont l'un rappelle l'humanité- du duc de Guise portant des secours au* soldats du duc d'Albe, après la levée du siège, et l'autre, sculpté par Lemasson, consacre la paix de 4 783 , conclue entre l'Angleterre, la France, l'Espagne, les États-Unis d'Amérique et la Hollande.

A côté de l'Esplanade est la place Royale, plantée d'arbres et décorée de bâtiments réguliers ; elle semble, par son étendue, destinée tout naturellement aux revues et aux parades militaires.

Sur la place d'Austerlitz, à quelques pas de là, se trouve le marché aux légumes, œuvre distinguée de M. Vandernoot. Dans les fouilles que nécessita cette construction, on rencontra d'anciennes maçonneries, d'origine romaine, suivant les uns, et qui, suivant les autres, avaient appartenu à une église fondée par l'évêque Wala, en 880. On découvrit aussi une certaine quantité, de cercueils de pierre. « L'un d'eux, dit M. Bégin, situé vers le centre et au-dessus du massif de maçonnerie, avait des cheveux blonds et fins, et la tête Couverte d'une calotte d'un grossier tricot de laine verte ; ses mains, croisées sur sa poitrine, conservaient des vestiges de gants d'une étoffe à peu près pareille; un éboulement de terre empêcha de reconnaître le reste du cercueil. »

Un peu plus loin, vers le nord, une place triangulaire, la place Sainte-Croix, est digne d'intéresser la curiosité par l'ancienneté de ses constructions, assises sur des aqueducs, des voûtes , des débris de murailles romaines. A l'un des angles de cette place est le temple protestant, autrefois l'église des Trinitaires, bâti sur une partie de l'emplacement de la cour d'Orme ou cour Dorée, qu'on croit avoir servi de résidence aux rois d'Austrasie.

Plus loin encore, l'église Sainte-Ségolène, avec ses longues et étroites croisées, terminées en fer de lance, et presque toutes géminées, invite à venir contempler son portail,

les vitraux coloriés de ses deux chapelles latérales, et sa tri- • bune décorée d'une galerie à jour du travail le plus délicat. Élevée sur le lieu même qu'occupait un oratoire fondé {ter sainte Ségolène, au vm* siècle, elle paraît avoir été construite vers la fin çlu xnr.

Près de Ik sont deux établissements où Ton ne peut se dispenser d'entrer : la bibliothèque et le jardin des plantes.

Dans un vaste local, qui fut autrefois l'église des Petits- Carmes , œuvre de Sébastien Leclerc, sont renfermés à la fois, outre les livres, un musée de sculpture et de peinture, un cabinet d'histoire naturelle, un cabinet de minéralogie, un herbier, des antiquités et des médailles.

La bibliothèque se compose de 29100 volumes ainsi ré-

partis :

Théologie 5500

Jurisprudence 2500

Sciences et arts 5500

Belles-lettres 7000

Histoire 8000

Ouvrages du xv e siècle 600

Elle possède un nombre considérable de pièces autographes, de titres, de cahiers relatifs à l'histoire du pays, et environ 800 manuscrits , parmi lesquels ceux de Paul Ferry, de dom Floret, de Philippe de Vigneulles, de Benoît Picard, de Dapré de Genest, de dom Jean François, de dom Tabouillot, etc. Ces ouvrages précieux des vieux annalistes du pays messin, relégués dans les combles de l'hôtel de ville, ont été, sur un vœu exprimé par le savant M. Bégin, transférés à la bibliothèque, au mois de juin 1834.

La collection de tableaux renferme plusieurs copies qui ne sont pas dénuées d'intérêt, et quelques originaux précieux. On admire, dans le nombre, une Marine , de Vernet ;

une Foire aux chevaux et une Foire aux bestiaux, de Verdussen; des Buveurs flamands, de Van Ostade; deux tableaux donnés par l'impératrice Joséphine : un Polonais, de Van Dyck, et un Porte-étendard espagnol, de Rembrandt; les Ruines du Colysée, de Salvator Rosa; une Esquisse d'une chasse, de Murillo; une Bacchante, de Greuze; une Madeleine, de Vouët; un Christ, de La Hire; un Berger gardant son troupeau, soleil couchant de Corot.

L'hôtel de la préfecture possède trois toiles précieuses : un tableau original de Rubens, et deux peintures de la même école.

Le jardin des plantes occupe l'ancien couvent des capucins, dont l'église forme aujourd'hui une magnifique orangerie. Il renferme neuf serres et plus de quatre mille plantes soigneusement classées.

Près de la porte des Allemands, l'église Saint-Eucaire , monument du xiir siècle, conserve, dans une chapelle dédiée à saint Biaise, très-élégamment sculptée, une remarquable petite statue du moyen âge, et, à l'une des parties latérales de l'église, du côté de la rue des Allemands, un précieux reste d'architecture ogivale , style fleuri.

Le séminaire , qui forme presque tout un côté de la rue Asfeld, est une vaste construction d'architecture simple; on y voit, au-dessus de l'autel de la chapelle , Jésus-Christ donnant les clefs du paradis à saint Pierre, tableau attribué au Poussin. Construit en 17i3, converti en hôpital pendant la Révolution , en maison de . détention pour les prisonniers russes sous l'Empire, rendu au culte sous la Restauration, menacé d'incendie en 1830, il conserve pour l'histoire un souvenir assez singulier : avant 89, il comptait , parmi ses élèves tonsurés et portant la soutane, quatre jeunes gens qui devinrent : le maréchal Molitor, le général Villalte, le général Guillaume de Vaudoncourt, et Michaud, l'auteur de Y Histoire des croisades.

L'hôpital Saint-Nicolas , qu'on croit avoir été fondé dès le i\ e siècle, et qui existait certainement au xn% puisque Gérard Baudouin lui fit, en 1162, abandon du quart de la terre de Fleury pour l'entretien de six lits, se compose d'un pâté considérable de maisons formant un ensemble trèsirrégulier. On y entre par un élégant portail , exécuté en 1 54 8. Destiné à recevoir les vieillards pauvres ou infirmes des deux sexes, les orphelins, les enfants abandonnés, les idiots, les scrofuleux et les épileptiques , il compte habituellement une population de cinq cent cinquante personnes.

Après avoir jeté un coup d'œil sur l'église Saint-Martin, où se reconnaissent cinq époques d'architecture: l'âge roman, le xiii°, le xn% le xv e et le xvi e siècle , on gagne la place Saint-Louis ou place du Change. Ce dernier nom lui venait de soixante étaux de changeurs dont vous vovez encore les maisons avec leurs créneaux, leurs arcades ogivales ou k plein cintre, leurs croisées trilobées ou longitudinales, et plusieurs balcons de la renaissance. Quant au nom de Saint-Louis, il lui vient d'une statue de Louis XIII, trouvé^ dans les ruines de la citadelle, et dont il plut k un curé de Saint-Simplice de faire un Louis IX pour en décorer la fontaine. Les premiers mystères, dont les représentations attirèrent k Metz un grand concours d'étrangers, furent joués sur la place du Change. Plus tard , elle devint le lieu des exécutions criminelles. Aujourd'hui, on y tient le marché au blé.

Notre-Dame est à deux pas de la place Saint-Louis, dans la rue de la Chèvre. Commencée par les jésuites, en 1665, terminée en 1739, consacrée le 1 er octobre 1741 , elle fut érigée en paroisse en 1803. Son architecture est d'ordre dorique; on y admire, dans le sanctuaire, une statue de la Vierge représentée au moment de son assomption , sur laquelle un dôme vitré laisse tomber des rayons de lumière ; un maître autel en marbre blanc et à pilastres ; de beaux

bas-reliefs de bronze; une grille en fonte d'un travail trèsélégant, servant de soutien h la table de communion.

Dans une place forte aussi importante que Metz, on doit s'attendre à rencontrer un grand nombre de monuments militaires : cette ville renferme en effet des arsenaux, des

écoles, des casernes, des magasins. Plusieurs de ces établissements, remarquables par leur étendue et par leur construction, appellent l'attention et satisfont la curiosité du voyageur.

Il faut placer au pemier rang l'arsenal, qu'on peut visiter, si Ton est accompagné d'un officier d'artillerie ou du génie. Situé dans le retranchement de Guise , à l'est de la ville, cet établissement, l'un des plus riches de France, est surtout remarquable par ses ateliers de menuiserie et decharronnage, par ses forges et par ses vastes magasins. La salle d'Armes présente un coup d'œil magnifique : on y voit, rangés avec goût, 50 000 fusils ou mousquetons, 7 ou 8000 pistolets, des sabres , des lances , en un mot , près de 80 000 armes de guerre.

C'est dans l'arsenal qu'est déposée celte fameuse coulevrine d ' Ehrenbreitstein , tombée au pouvoir des Français k la prise de la ville de ce nom , en pluviôse an vu.

A la citadelle, ôu plutôt sur l'emplacement de cette imposante citadelle dont il ne reste presque plus rien aujourd'hui, on admire, dans le petit arsenal, outre une salle renfermant 60 000 armes, un des plus curieux monuments qui soient dans Metz : c'est un magasin qui , au xm e siècle, dut servir de salle de réception ou de réfectoire; les murailles sont ornées de peintures en détrempe extrêmement curieuses, qu'on croit être du milieu du xin* siècle. Un autre objet intéressant est la forge, dont l'architecture présente un assemblage singulier des styles romain, roman et ogival. \\

L'arsenal du génie , rue d'Asfeld , renferme une belle salle

de modèles; on y conserve le ballon qui, lors de la bataille de Fleurus, en 1794, servit k reconnaître les positions des armées prussienne et autrichienne.

L'ancienne abbaye de Saint-Arnould , occupée successivement par les dominicains et par les bénédictins, possédait depuis 1552, époque où avait été détruite la basilique de Saint-Arnould, les restes de ce saint, de la reine Hildegarde, de Louis le Débonnaire, de trois autres enfants de Charlemagne, de deux filles de Pépin, du roi Zuentibold, de deux Olhon, empereurs d'Allemagne, et de plusieurs seigneurs du royaume d'Austrasie. Le mausolée de marbre qui les recouvrait avait été, par ordre d'Henri II, composé de bas- reliefs et de colonnes, débris de l'ancienne église. Aujourd'hui, le mausolée, vendu à un marbrier en 1794, 'se trouve converti en cheminées , et l'abbaye est devenue une école d'application de l'artillerie et du génie. Elle est

située rue aux Ours, dans le voisinage du palais de justice. On y entretient ordinairement 120 élèves sous-lieutenants , qui y trouvent réunis tous les moyens d'instruction ."une belle bibliothèque, une salle contenant des modèles d'armes de tous les peuples et de toutes les époques , une collection de modèles en relief de machines, de ponts, de constructions militaires, un cabinet de minéralogie et de physique, où sont les instruments de l'abbé Nollet, deux ateliers de précision , des cour.s de physique, de mathématiques, de mécanique, de fortification , de construction , de géodésie , de topographie , de chimie , de langue allemande et d'hippialrique.

M. Bégin possède un manuscrit de Jacques Baltus , intitulé : Anecdotes secrètes à l'occasion de l'arrivée et séjour

du roi à Metz en 174 4; il y a trouvé ce fait peu connu, qui se rattache au séjour que fit alors, dans l'ancien hôtel abbatial de Saint-Arnould, la duchesse de Chateauroux, surintendante de la maison de la dauphine et maîtresse du roi : « Louis XV occupait le premier étage de l'hôtel du Gouvernement (maintenant le palais de justice); la municipalité d'alors, par une attention que l'on qualifiera comme on voudra, avait fait construire une galerie de bois bien fermée, qui, traversant les allées de tilleuls du jardin de Bouf- 11ers et la rue de la Garde , communiquait de l'appartement du roi a celui de sa maîtresse. Malheureusement cette prévenance si délicate ne porta pas grand fruit ; car, Louis XV étant tombé malade, on lui lit un cas de conscience de sa vie scandaleuse, et il consentit au renvoi de Mme de Chàteauroux, qui passa par Gorze , et traversa la Lorraine pour ne pas rencontrer la reine et le dauphin arrivant de Paris en toute hâte. Elle partit le Kï , et , le même jour, la galerie fut détruite. »

L'hôtel de l'école régimentaire d'artillerie est un magnifique édifice de construction moderne; commencé en 1827, il a été terminé en 1832. Les travaux en ont été dirigés par MM. Michaud et Platel , capitaines, sur les dessins de MM. Bonneton, Pernet, Ducamp et de Ligneville. Il est situé en face de l'arsenal , dans la rue du Rempart-del'Arsenal. On voit dans cet hôtel, a l'un des angles du jardin, quelques ogives qui sont un souvenir de l'église des Carmes.

Cette école renferme, pour les officiers, des salles de dessin, de mathématiques, de physique, de lecture, une bibliothèque, un dépôt de cartes et de plans, un laboratoire de chimie; et pour les sous-officiers des salles de dessin, de mathématiques , de lecture, et une bibliothèque.

Aux édifices dont il vient d'ôtre parlé, il faut ajouter de belles casernes et un bel hôpital militaire.

Si Ton entre dans Metz par la porte de la Citadelle , on remarque tout d'abord , avant d'arriver à la place Royale, une immense construction , nouvellement terminée , d'un goût sévère , divisée en trois corps de logis; c'est la caserne du génie.

Les casernes Goislin , situées près de l'hôpital Saint- Nicolas et de l'arsenal du génie, occupent la place de l'ancien Forum de la république, où avaient lieu les grandes représentations, les tournois, les joutes, où se tenaient les plaids annaux, où plus tard fut établi le champ de foire. Elles se composent de quatre bâtiments formant un carré long, dont les angles sont fermés par de grandes grilles en fer. Entourés par quatre rues , ces bâtiments entourent euxmêmes une vaste cour.

Les casernes de Chambière, à la pointe nord de la ville, sont d'immenses et beaux bâtiments qui peuvent loger 3 bataillons d'infanterie et 16 batteries d'artillerie avec leurs chevaux.

Construit de 1732 à 1734, sur la demande du maréchal de Belle-Isle, presque entièrement incendié en février 1771, et immédiatement reconstruit, l'hôpital militaire est situé sur le bord de la Moselle , au nord-ouest de la double» couronne de Moselle , a l'extrémité du pont Tiffroy. Il se compose de vastes corps de logis et de belles cours plantées d'arbres. Ses bâtiments couvrent une superficie de 1 2 2C4 mètres. On peut y recevoir, en temps de paix, 912 malades a la fois, et jusqu'à 1800 en temps de guerre.

Enfin , dans la rue du Pont-Tiffroy , se trouve le magasin des lits militaires, c'est-k-dire l'ancienne abbaye de Saint - Clément , magnifique monument architectural du xvn e siècle, bâti sur les dessins de Spinga, artiste italien , dont vous admirerez surtout le beau portail , commencé en

4715 seulement par les architectes Barlet et Louis, toujours d'après les dessins de Spinga, et terminé vingt-deux ans plus tard , en 1737.

La ville de Metz n'avait été, jusqu'en 1728, qu'un assemblage de rues étroites , sales, mal percées, mal bâties; ce fut sous l'active administration du maréchal de Belle-Isle qu'elle commença à se rajeunir et à s'embellir. L'impulsion une fois donnée ne s'arrêta plus; peut-être même alla-t-elle trop loin ; plus d'un souvenir des anciens siècles eût pu nous être transmis par quelque débris précieux dont on chercherait vainement la place aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que, dans l'espace d'un siècle, Metz s'est complètement transformée à son avantage. Ses rues sont droites et bien pavées; ses maisons sont belles et d'un aspect riant; elle a 27 places, dont quelques-unes sont remarquables, des quais propres et bien bâtis, de jolies promenades, plusieurs ponts sur la Moselle et sur la Seille.

C'était sur un de ces ponts , nommé le pont Saint-Georges, qu'avait lieu autrefois une cérémonie assez singulière, dont il faut sans doute attribuer l'origine à quelque usage du paganisme.

« Le 23 avril, jour de saint Georges, époque vers laquelle la Moselle redevenait navigable, le chapitre de la cathédrale, après une station dans l'église Saint-Georges, se rendait processionnellement sur le pont. Le coutre prenait alors une étole des mains d'un marguillier, et plaçait le bénitier d'argent sur le garde-fou, pendant que les chantres psalmodiaient un Sedit angélus. Ce répons terminé, le coutre répétait trois fois, d'un ton solennel : Vox Domini super aquas; le chœur répliquait : Deus majestatis intonuit; puis venaient d'autres versets, à la suite desquels le coutre jetait , en faisant le signe de la croix , l'eau bénite prise aux fonts de la cathédrale, et s'en retournait à l'église Saint-Georges, où se chantait une grand'messe en musique. » ( Guide de l'étranger à Metz.)

A l'entrée du Moyen-Pont, .se voient les restes d'une tour crénelée du xr siècle.

Metz possède plusieurs fontaines ; elles n'offrent rien de remarquable ; une seule peut être citée , celle du Moyen- Pont, exécutée, en 4733, sous la direction de M. Oger. Elle est ornée d'une statue en pierre, représentant une vierge, que les habitants regardent comme la pucelle symbolique de leur ville.

Quelques rues , sur la rive droite de la Moselle , sont très-escarpées et impraticables pour les voitures. Les maisons, bâties solidement en pierres de taille, sont en général d'une architecture très-simple, et présentent rarement quatre étages ; un grand nombre sont accompagnées de jardins. Les habitants sont presque tous catholiques ; on compte tout au plus 3000 Israélites, et encore moins de protestants. Les israéliles ont, depuis longtemps déjà, cessé d'occuper un quartier spécial, et l'on n'en voit plus qu'un très-petit nombre avec la culotte de velours, le chapeau à trois cornes et la barbe effilée au menton.

Économes et laborieux, les Messins méritent bien un peu le reproche qu'on leur a fait d'aimer la bonne chère ; cependant personne aujourd'hui ne pourrai!, en traversant leur ville, s'étonner, comme le fit Voltaire, d'y voir un seul libraire au milieu d'une foule de pâtissiers et de confiseurs. <

Ville de guerre , Metz se glorifie de compter parmi ses enfants le maréchal Fabert,dont les succès étaient si merveilleux qu'on les attribuait au diable. Né en 1599, il était petit-fils du directeur de l'imprimerie de Charles III, duc de Lorraine. Entré de bonne heure au service, il ne tarda pas à s'y faire une haute position. Également recommandable par son humanité, par son courage et par ses talents, il s'éleva jusqu'au grade de maréchal de France. A la suite d'une blessure reçue, en 1640, au siège de Turin, les chirurgiens étaient

d'avis de lui amputer la cuisse ; Turenne et le cardinal Lavalette le pressaient de consentir à l'opération : * Il ne faut point mourir par pièces, leur répondit-il; la mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien. » Mazarin avait, dans l'armée, un grand nombre d'espions; parmi eux se trouvaient de grands personnages, qui couvraient leur infâme métier du nom de dévouement au roi ; le ministre osa faire des propositions à Fabert, qui répondit avec dignité : « Peutêtre faut-il à un ministre des gens qui le servent de leurs bras, et d'autres de leurs rapports ; souffrez que je sois des premiers. » Fabert mourut k Sedan, le il mai 1662; il était âgé de soixante-trois ans. Le calme et le courage dont il avait fait preuve tant de fois sur le champ de bataille ne l'abandonnèrent pas dans ses derniers instants : « Ce monde, disait-il, est semblable à une galère; je suis sur le point d'en sortir. Si quelqu'un me rappelait à la vie, je croirais qu'il voudrait me remettre à la chaîne. *

Bouchotle , ministre de la guerre sous la Convention ; Custinesj La Salle, Richepance avaient aussi reçu le jour à Metz.

A ces noms célèbres dans les fastes de la guerre se joignent des noms de magistrats, de savants, de littérateurs, d'artistes. Nous citerons Barbé de Marbois, le grand chirurgien Antoine Louis , les naturalistes et voyageurs Buchoz , Levaillant, Tschudy, de Bourdon, de Chazelles, l'aéronaute Pilatre de Rozier, le chroniqueur Philippe Gérard de Vigneules, l'historien Lacretelle aîné, les architectes Perrot et Rancoval, le sculpteur Chassel, Leprince, peintre et violoniste.

On raconte que Leprince , ne s' accordant point avec l'humeur acariâtre de sa femme, prit le parti de la fuir, et s'embarqua en Hollande pour aller rejoindre ses frères, qui s'étaient établis à Saint-Pétersbourg* Dans la traversée, un corsaire s'empara du vaisseau qui le portait. Au mo-

ment du pillage , voyant que Ton commençait à se partager ses effets , il lui vint tout à coup k l'esprit de prendre son violon et de se mettre à préluder. Aussitôt les pillards s'arrêtent, l'écoutent dans un profond silence qu'interrompent seulement de temps k autre de vifs témoignages d'une satisfaction non équivoque ; enfin, dans leur ravissement, non-seulement ils cessent le pillage des effets de Leprince, mais encore ils lui font une restitution scrupuleuse de tout

Porte «les Allemands.

•Stalion (!<• Hoiubourg

DE METZ A F0RBAC1I.

Quelques jolies plantations sont les seuls objets qui , de Metz à Peltre , méritent d'attirer un moment les regards. A Peltre, un beau château devenu fabrique de poterie et de quincaillerie s'est, depuis quelques années, transformé en couvent. Ce petit village fut longtemps, en 1815, le quartier générai des puissances coalisées. On serait tenté de croire que la présence de l'étranger a frappé tout ce pays d'une éternelle tristesse : jamais on ne vit route moins séduisante

que celle qui conduit aux collines de Courcelles. Là seulement commence à reparaître cet ensemble toujours varié de coteaux, de vallées, de villages et de ruisseaux, qui a déjà fourni tant de gracieux paysages.

Courcelles-lez-Chaussy, près de la Nied française, avait autrefois un château, rasé depuis longtemps, et dont on ne voit plus aucune trace. En i 509 s l'exercice de toute autre religion que la religion catholique ayant été défendu par Charles IX dans la ville de Metz, les protestants obtinrent la permission de faire leurs baptêmes et leurs mariages au village de Courcelles; mais il était défendu au ministre, sous peine de la vie , d'y prêcher et d'y faire la cène , et les mariages ou les baptêmes ne devaient jamais réunir ensemble plus de dix personnes.

Remilly et Herny sont deux pays assez agréables, mais dont il n'y a rien à dire et où il n'y a rien à voir, si ce n'est l'élégant clocher du premier, construit nouvellement dans le style gothique.

Favlqucmonl (Mons Falconis), en allemand Falkembourg ou Falkemberg, situé sur la rive droite de la Nied allemande, est aujourd'hui chef-lieu d'un des cantons de l'arrondissement de Metz. C'était autrefois un bourg entouré de murailles et de tours ; un château fort complétait son système de défense. Il n'eut longtemps qu'une seule porte, qui servait à la fois à l'entrée et à la sortie; le marquis de Bissy, devenu propriétaire du pays, en 1743, fit faire une seconde porte du côté de Nancy. Faulquemont, érigé en comté par l'empereur

Clocher de Remilly.

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