‹ De Paris à Strasbourg avec les embranchements de Reims, de Gray, deChapitre 10 sur 21 · HOSTIUM TERROR · texte numérisé non relu

HOSTIUM TERROR

• FŒDERUM CULTOR ,

GENTISQDB DEÇUS ET AMOR.

• Terrible à ses ennemis , fidèle à ses alliés , l'honneur et l'amour de sa nation. »

Des trophées d'armes sont à côté de la Lorraine et du Génie. Sous l'inscription règne , dans toute la largeur du grand portique, un bas-relief en marbre blanc : Mercure et Minerve assis sous un dattier. A droite, second bas^relief : Apollon jouant de la lyre en présence des Muses et d'un groupe en extase , avec cette inscription ;

PRINaPl PACIFICO.

a Au prince pacifique. »

A gauche : Apollon lançant une flèche contre un dragon

ailé qui enlace un bosnme dans ses replis , avec cette inscription :

PRINCIPI YlCTORl.

« Au prince victorieux. »

Sur la corniche s'élèvent les statues colossales de Cérès , de Minerve , d'Hercule et de Mars.

Les pavillons, d'ordre corinthien à pilastres, ont des croisées, ornées d'agrafes et de balcons, à plein-cintre au premier étage, bombées au second. L'entablement de toutes les faces est surmonté d'une balustrade que décorent des groupes d'enfants, des urnes et des vases. Le plus grand et le plus beau de ces édifices, l'hôtel de ville, fait face à l'arc de triomphe. On y entre par un vestibule que. soutiennent deux rangs de colonnes : les bureaux et la salle des Redoutes, destinée aux bals et aux concerts , occupent le rezde-chaussée. On arrive au premier étage par un escalier divisé en deux rampes, garni d'une belle grille en fer, et dont Girardet, le meilleur élève de Claude Charles, a peint la cage et le plafond. Là se présente d'abord le grand salon, autrefois appelé salon de l'Académie, où, après avoir admiré deux belles cheminées en marbre, on s'arrête quelques instants devant les grandes fresques de Girardet; puis on entre au musée, dont les trois salles renferment des tableaux remarquables des diverses écoles *.

4 . Parmi ceux de l'école italienne, on distingue : Jésus^Ckrist apparaissant a une sainte femme ^ par Auguste Carrache; — la MoH de Cléopatre^y par le Guide ; — le Sauveur du monde , par Léonard de Vinci ; — la Fierge a genoux , V Enfant Jésus , saint Jean et deux anges en adoration , par le Pérugin ; •— le jeune Tobie, par André del Sarto ; — /« ^Jape Sixte-Quint porté sous un dais le Jour de la Fête-Dieu, par An^ré Sacchi; — divers tableaux du Bassan, du Péli ; — un Christ au pied de la croix, par Michel-Ange de Caravage ; — une esquisse du Christ au tombeau, par Annibal Carrache, etc.

La Transfiguration f toile gigantesque de Rubens , — un Intérieur de ferme, par Téniers; — deux tètes de vieilles, pair Jordaens ; — une Fête de village ,

. NANCY. li

On ne doit pas sortir du musée sans avoir donné un regard au buste de Grégoire , par notre célèbre sculpteur David.

Les quatre autres pavillons de la place Stanislas, sont :

Le pavillon de la Comédie, occupé d'abord par le collège de médecine , puis par le musée , aujourd'hui par le théâtre, le café de la Comédie et le cercle du Commerce ;

Le pavillon de l'Évêché, destiné par Stanislas k l'hôtel des Fermes, et affecté, par un décret de 1805, à la demeure dés évéques diocésains;

Le pavillon de l'École de musique, qui servit successivement de logement à l'intendant de la province , à l'administration départementale et au préfet, jusqu'au moment où la préfecture fut transférée à l'hôtel du Gouvernement ;

Le pavillon Jacquet, occupé par des marchands et des particuliers.

Des grillages en fer du serrurier Lamour, œuvre d'un riche travail et d'une exécution délicate, occupent les quatre angles de la place. A droite et à gauche de l'hôtel de ville ils forment des espèces de portes flamandes ; les deux autres sont ornés de fontaines, surmontées, l'une d'une Amphitrite, l'autre d'un Neptune, dont le char, tiré par des chevaux marins, est accompagné d'un Fleuve, d'un dragon et d'une Naïade.

par Breughel ; — un Paysage, par Paul Bril ; — la Peste de Milan, par Gaspard de Grayer , et plusieurs autres tableaux de différents maîtres, composent la galerie de Técole flamande.

On remarque, dans la galerie de l'école française : le Triomphe de Flore, par Jean Jouvenet ; — une Fierge , par Pierre Mignart ; — une Nymphe foulant ftux pieds les armes de V Amour, par Simon Vouet ; — Silène assis sur un tonneau^i^ Carie Yanloo ; — V Aurore et Céphale, par François Boucher; — La Charité et un Ecce homo, par Philippe de Champagne; — une sainte Famille, par Charles Coypel , etc.

Au nombre des œuvres contemporaines, figurent : la Mort du duc de Boutgogne^Charles le Téméraire, par M. Eugène Delacroix ; — la Mort de Gilbert, par M. Monyoisin; — Saint Georges terrassant le dragon, par M. Ziégler.

n ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.

Enfin , au milieu de la place, se dresse la statue de Stanislas , sur un piédestal en marbre blanc. De ce point on aperçoit, aux extrémités de deux longues rues tirées au cordeau, les portes Stanislas et Sainte-Catherine, bâties en arcs de triomphe.

Parmi les corvées imposées aux paysans >par le régime féodal , il en était une assez bizarre : des vassaux étaient tenus , pendant la première nuit des noces de leurs seigneurs , de venir battre à coups de gaules une mare peuplée de grenouilles , afin de faire cesser le concert désagréable qui résultait du coassement de ces animaux. Ces vassaux étaient les habitants de Laxou; ces seigneurs étaient les ducs de Lorraine; cette mare, depuis longtemps desséchée, est aujourd'hui la place qu'on nomme la Carrière.

Séparée de la place Stanislas par Tare de triomphe, la Carrière, où se tient la foire annuelle de Nancy, est décorée d'une colonnade qui aboutit à l'ancien hôtel du Gouvernement , aujourd'hui la Préfecture. Au milieu est une promenade plantée d'arbres, entourée d'un parapet surmonté d'urnes et de statues , et ornée de jolies fontaines aux quatre angles. Sur les côtés s'élèvent la Bourse et le palais de Justice, où est exposée la fameuse tapisserie trouvée, après la bataille de Nancy, dans la tente de Charles le Téméraire.

Cette tapisserie, ou plutôt ce qui en reste, présente une longueur d'un peu plus de 25 mètres, sur environ 4 mètres de hauteur. Elle se divise en deux sujets. L'un est l'histoire d'Assuérus révoquant son édit contre les Juifs. On y voit Esther assise sous un pavillon , au milieu de ses dames d'honneur, ayant à ses pieds Aman et sa suite., tête nue, et Assuérus assis sur son trône , entouré de ses conseillers , de Mardochée et de plusieurs Juifs dont la tête est couverte, pendant qu'au pied du trône un greffier, lunettes sur le nez, taille sa plume et se prépare à écrire. L'autre sujet

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a pour but de représenter les inconvénients de la bonne chère.

A droite de la Carrière , et par un des grillages de la place Stanislas , on entre dans la Pépinière , belle et vaste promenade qui se compose d'une terrasse et d*un jardin.

A gauche de la Carrière , au milieu de l'espace qui sépare la pépinière d'une autre grande promepade, le cours Léopold, la vieille ville est traversée par la Grande-Rue, où sont réunis les plus curieux monuments historiques de Nancy : le palais ducal , l'église des Cordeliers et la chapelle Ronde.

Commencé par le duc Raoul, qui régnait en 1329, le palais ducal fut achevé par René II, qui, le soir de la bataille de Nancy, y fit son entrée sous un arc de triomphe construit avec les ossements des animaux dont les habitants s'étaient nourris pendant le siège. Antoine et Charles III accrurent et embellirent cette résidence, qui reçut, en 1673, Louis XIV avec la reine et sa suite. Stanislas la fit démolir, à l'exception de la face qui donne sur la Grande-Rue, et d'une salle qui servait à la tenue des états. Un très-bel escalier conduit à cette salle , nommée galerie des Cerfs , parte qu'on y déposait les bois des cerfs tués à la chasse par les ducs.

On célébrait anciennement dans la cour du palais ducal une cérémonie dite la fête des brandons: elle est décrite Jans les Mémoires pour servir à V histoire de Lorraine z « Les mariés de l'année, de quelque qualité et condition qu'ils fussent , étaient obligés, sous peine d'amende , d'aller, hors de la -porte Notre-Dame , au bois de Boudonville , prendre un fagot de bois mort ou de fascine ; les sergents de ville, pour épargner aux mariés la peine de monter jusqu'au bois, leur offraient, hors de la porte, des fagots tout faits, moyennant une rétribution volontaire qui ne pouvait être moindre de trois sols. Il s'établissait, hors de cette porte Notre-Dame, une espèce de foire oU les sergents de ville avaient le privi

lége de vendre ces fagots; d'autres vendaient de petites serpes en bois blanc, des rubans et des joyaux représentant des quenouilles, des rouets, des berceaux et autres attributs des devoirs des femmes dans leur ménage. Les mariés se rendaient, en se donnant le bras, à la galerie des Cerfs, le mari tenant son fagot orné de rubans et ayant une serpette pendue à sa boutonnière, sa femme, un bouquet et un attribut de femme au corset.

« La procession sortait de la galerie des Cerfs, faisait le tour de la Carrière, puis venait sur la place de FHôtel-de- Yille, maintenant place du Marché, où l'on déposait les fagots et les bouquets en tas pour faire une bure. Les nouveaux mariés se faisaient inscrire à l'hôtel de ville, et recevaient le privilège de certaines exemptions pendant toute l'année. On dansait dans la cour du palais ducal, où les jeunes gens avaient coutume de jeter des pois desséchés. Ces pois assez durs occasionnaient souvent des chutes aux danseurs, et provoquaient par là l'hilarité des spectateurs. A sept heures, il y avait grand souper à. l'hôtel de ville; après ce repas , on mettait le feu à la bure , et , en outre , il y avait souvent encore feu d'artifice. C'était pendant ces feux que les nouveaux mariés avaient le droit de proclamer du balcon de l'hôtel de ville les Valentins et les Valentines ; proclamation qui se faisait ainsi : « Qui donne- t-on à M. A... ? — Mlle B.... » Ces proclamations étaient répétées par la foule, qui toujours manifestait une approbation ou une improbation. Le Valentin devait, dans la semaine, envoyer un bouquet ou un cadeau k sa Valentine ; si le cadeau était agréé, la Valentine s'en parait le dimanche suivant, et se présentait, ainsi parée, à la toilette de la duchesse; si le cadeau n'avait point été fait, les voisins du Valentin allumaient, le dimanche, un feu de paille devant la porte de sa maison, en signe de mépris. Les Valentines devaient donner un bal à leurs Valentins ; si elles l'oubliaient , ou si elles ne

faisaient point une honnêteté pour tenir lieu de bal, on brûlait de la paille devant leur demeure. Ces feux s'appelaient brûler le Valentin ou la Valentine , et étaient une protestation contre le choix fait par les nouveaux mariés. »

Le palais ducal, quoique mutilé, conserve encore une belle corniche, de riches balcons, une grande porterie^ de style ogival tertiaire , et une petite porterie , moins ancienne, que le peuple appelait, sous Léopold, porte Masco y du nom de Tours qui avait sa huche sous une galerie voisine.

Cet ours Masco occupa un moment la ville et la cour. L'historien Lionnois raconte l'aventure dont il fut le héros.

Pendant Thiver de d709, un petit Savoyard, mourant de froid dans la grange où une bonne femme le couchait avec quelques-uns de ses camarades, s'avisa d'entrer un soir dans la huche de Masco, ne pensant pas au danger qu'il pouvait courir en se livrant à la merci d'un tel hôte. Masco, bien loin de faire aucun mal à cet enfant, le prit entre ses pattes pour le réchauffer, et le serra près de sa poitrine jusqu'au lendemain matin , qu'il lui laissa la liJâerté d'aller courir par la ville. Le Savoyard retourna le soir à la huche, et fut reçu avec la même affection. Les jours suivants , il n'eut pas d'autre retraite; mais il fut bien plus joyeux de voir que l'ours lui avait réservé une partie de sa portion. Plusieurs jours se passèrent sans qu'on s'aperçût de rien. Un soir que le valet chargé de prendre soin de Masco vint lui apporter le souper plus tard que de coutume, il fut fort étonné de voir l'animal rouler des yeux furibonds et lui indiquer de faire moins de bruit, de peur d'éveiller un enfant qu'il tenait sur sa poitrine. L'ours, fort glouton d'ordinaire, ne parut aucunement touché des mets qu'on lui présentait. La nouvelle s'en répandit k la cour et parvint aux oreilles de Léopold , qui voulut être témoin , avec une partie de ses courtisans, de l'acte de générosité de Masco. Plusieurs y passèrent la nuit et virent avec surprise que l'ours ne remua

pas tant que son hôte put dormir. Au point du jour, TenfiaDt, éveillé, fut tout honteux de se voir découvert , et , craignant d'être puni de sa témérité, il demandait pardon. Masco le caressait et l'engageait à manger ce qu'on lui avait apporté la veille, ce qu'iWfit sur l'invitation des spectateurs, qui le conduisirent ensuite au prince. Ayant appris cette singulière alliance et le temps qu'elle avait duré, Léopold prit soin de ce petit Savoyard, qui sans doute aurait fait fortune, si la mort ne l'eût enlevé peu de temps après.

Masco ne survécut point à son enfant d'adoption.

La grande porterie, dite porterie d'Antoine, achevée en i512, a été restaurée en 4848; elle est surmontée d'une statue équestre du duc Antoine, sculptée en 1851 par Jiomé Viard , pour remplacer une statue du même duc,. par Mansuy Gauvain, qui avait été brisée en 1*292. Un musée lorrain, inauguré en 1851 , a été provisoirement installé dans le vestibule qui fait suite à la porterie d'Antoine.

Dans l'église des Cordeliers , bien qu'elle soit considérablement déchue de son ancienne splendeur, on trouve encore quelques monuments dignes d'intérêt, entre autres le mausolée que la veuve de René II fit élever en mémoire de ce prince, vers l'an 1515. Un Père éternel planant au-dessus de la voûte , les statues coloriées de la Vierge , de l'archange Gabriel, de saint Georges, de saint Nicolas, de saint Jérôme et de saint François, placées au fond de petites niches délicatement travaillées ; des anges soutenant les écussons des blasons des ducs de Lorraine, des pilastres et des corniches peints en azur et en vermillon , avec des arabesques d'or en demi-relief : telles sont les principales beautés de cette curieuse sculpture de la renaissance des arts au xv" siècle. On remarque aussi le tombeau de Charles de Lorraine, cardinal de Yaudémont, que l'habile ciseau de Nicolas Drouin a représenté si majestueux et si recueilli, celui de Jacques Callot, dont les restes ont été retrouvés en 1825, et le mausolée de

Philippe de Gueldres, veuve de René tl ; la statue qui décore ce dernier monument est du célèbre Ligier Richier de Saint- Mihiel.

Porte du palais ducal.

Si le sacristain ne laisse pas au visiteur tout le loisir dé-

78 ITHfËRAIBE IHS PàXt& A STRASBOURG.

sirable pour contempler ces intéressants morceaux, il lui fera, en revanche, minutieusement examiner une tête de mort dont la nature a voulu que, par un jeu bizarre, les veines du marbre de Fautel offrissent le dessin k peu près régulier.

A gauche du chœur de l'église des Cordeliers, est un portique en marbre blanc et noir, dont la frise porte cette inscription :

SISTE MIRANS, VlÂTOR, QOOT LOTHARINGIE DOC.ES HIC SEPULTI, TOT HEROCS, QUOT DUClSSiE, TOT MULIERES FORTES, QCOT EORCM LIBERl, TOT PRINaPES IMPERIO NATI CCELO DI6N10RES.

« Passant , arrête pour admirer ensevelis ici autant de héros que de ducs de Lorraine, autant de femmes fortes que de duchesses , et dans leurs enfants, autant de princes nés pour régner, plus dignes encore du ciel. »

Après avoir traversé un espace très-étroit où l'œil s'arrête sur un monument fort ancien , surmonté d'une statue qu'on prétend être celle de Gérard d'Alsace , premier duc héréditaire de Lorraine , on arrive k une large porte grillée en fer doré, au-dessus de laquelle sont les armes d'Autriche et de Lorraine. C'est l'entrée de la chapelle ducale , plus connue sous le nom de Rotonde ou chapelle Ronde. Ce monument , cêlistruit sur les dessins de Baptiste Stabily, fut commencé sous Charles III ,. terminé sous le duc Henri , restauré par l'empereur François I*", dégradé pendant la Révolution , et enfin restauré une seconde fois, en 1822, aux frais de la France et de l'Autriche. Il forme un octogone régulier, percé de cinq fenêtres dont les vitraux sont violets. Dans lés vides que laissent entre elles seize colonnes d'ordre composite, dont les fûts en marbre noir sont surmontés de chapiteaux blancs , on voit rangés , au nombre de sept , les mausolées en marbre noir érigés à la mémoire des ducs de Lorraine et de leur famille. Au-dessus de la corniche sont les seize mé-

(taillons des ducs de Lorraine , séparés par des trophées mi« litaires. Des rosaces en vitraux de couleur décorent la coupole, que domine une lanterne percée à jour. Au milieu de la chapelle s'élève un autel en marbre blanc, dont le dessus porte une Vierge entre deux anges adorateurs , et dont le devant représente le Christ sur son linceul. Sous la chapelle règne un caveau sépulcral , avec un gros pilier creux au milieu. Ce fut en 1744 qu'on y déposa les restes des princes morts depuis 1 390.

A l'extrémité de la Grande-Rue , se voit encore la citadelle que fit construire Louis XIII^ non pour défendre la ville, mais pour la tenir en respect et y garantir la sécurité de ses troupes. Cette citadelle est séparée de la ville par les tours de la Crafféy aujourd'hui nommées tours Notre-Dame. Une ouverture circulaire éclaire la voûte construite en briques , sous laquelle on passe eutre les deux tours. Sur la campagne s'ouvre une porte, aussi appelée Notre-Dame , dont la face intérieure est ornée de trophées d'armes et de bas-reliefs sculptés par Florent Drouin. Sur la face extérieure, qui est d'ordre dorique , on admire une riche disposition de trophées, de cottes d'armes et de statues, ainsi que la belle façon dont les quatre pilastres sont rustiques. Ce fut par cette porte que Charles le Téméraire entra victorieux dans Nancy, et c'était aussi par elle que les ducs de Lorraine faisaient leur entrée, avant la construction de la porte Saint-Nicolas dans la ville neuve.

De la Grande-Rue on peut aller, dans la rue Callot, visiter une maison bizarrement bâtie, à tourelle proéminente, où l'on dit que mourut le célèbre dessinateur et graveur Jacques Callot. Ce Callot n'était pas seulement un grand artiste; il était encore bon patriote. Louis XIII , après s'être emparé de Nancy, le pria de graver le siège de celte ville : « Je me couperais le pouce, dit-il, plutôt que de rien faire contre l'honneur de mon pays. »

Par là ruB du Maure qui irompe^ ainsi nommée d'une enseigne d'hôtellerie qui représentait un Maure sonnant de la trompette, on arrive à la plus ancienne des places de Nancy, la place Saint-Epvre, où est située l'église du. même nom. Dans la tout de cette église étaient placées six cloches , dont les sons paraissaient si harmonieux à Louis XIV qu'il les préférait à la. musique de la cour, et qu'il les fit sonner pendant son dîner, tout le temps que dura son séjour dans le palais ducal. Des niches sculptées avec soin, quelques restes d'anciens vitraux coloriés,,, une Cène scvlpiée par Drouin, une vaste peinture à fresque, attribuée par erreur à Léonard de Vinci, un tableau représentant la Vierge' et r Enfant, qu'on a tout lieu de croire un original de Van Dyck, une Annonciation du Guide, et une scène de la Passion,, attribuée k Jacques Callot , tels sont les principaux objets que présente l'église Saint-Epvre à la curiosité du voyageur.

La cathédrale, située dans la ville neuve, tout près de la porte S^int-Georges, et construite sur le plan de l'église Saint-André du Val, de Rome, est un monument qui ne date que du xviii* siècle. Commencée en 1703,, sous le règne de Léopold, elle fut achevée en 1742. La façade, large de 50 mètres, est d'ordre corinthien dans le soubassement, et, au-dessus, d'ordre composite^ ainsi que les tours, décorées de pilastres et de balustrades que surmontent des dômes terminés par une lanterne en pierre de taille, ouverte de toutes parts et entourée d'un balcon en fer. Parmi les décorations intérieures de l'église, on remarque la coupole peinte par Claude Jacquart; la boiserie du sanctuaire; la stalle de ï'évéque, surmontée d'une Vierge sculptée par Bagard; deux grands tableaux de Claude Charles : le Couronnement de saint Sigisbert^ et un Banquet de pauvres servis à table par ce roi; les grillages des chapelles de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Charles, exécutés par Laniour; les statues des

quatre docteurs de TÉglise , sculptées par Drouin ; un petit Christ, en face de la chaire; des tableaux de Nicolas de Bar, deBellange, deGirardet, etc.; une grosse lampe d'ar^ gent donnée par un prince espagnol prisonnier à Nancy, en

La cathédrale de Nancy.

1809, et un magnifique jeu d*orgues qui date de 4758. Le maître autel est d'un très-bel effet, lorsqu'un rayon de lumière vient k passer derrière la statue de la Vierge, placée à l'extrémité du chœur. Cette église possède les reliques de saint Sigisbert, qu'on y a apportées de l'abbaye Saint-Mar-

tin de Metz, et qu'on y expose dans les calamités publiques; elle compte aussi dans son trésor le calice, la patène et révangéliaire de saint Gauzelain. Saccagée et transformée en temple de la Raison , il s'en fallut peu que, pendant la Révolution, la cathédrale de Nancy ne fût adjugée, pour la somme d'un million, à un acquéreur de biens nationaux.

En sortant de la cathédrale , on n'a que quelques pas à faire pour donner un coup d'œil à la place d'Alliance. Construite pendant le règne de Stanislas, elle se distingue par ses bâtiments réguliers , par ses allées d'arbres et par une belle fontaine érigée en souvenir du traité passé le 1" mai 1756 entre Louis XV et Marie-Thérèse.

Dans la rue des Dominicains vit encore un souvenir de Gilbert : « Lorsqu'il vint à Nancy, dit M. Lepage, il occupait une petite chambre au second étage d'une maison voisine de la pharmacie Villemet , et partageait son temps entre l'étude , quelques leçons en ville et les soirées du comte de Lupcourt. Ce fut dans une de ces soirées que Gilbert fit cette anagramme : Tu mourras fou. Le poète, ayant refusé une place que lui avait offerte le comte de Lupcourt, ouvrit dans une des salles de l'hôtel de ville un cours de littérature auquel n'assistèrent longtemps que quelques personnes. Enfin un soir Gilbert, arrivant pour faire son cours accoutumé, trouva la salle remplie d'auditeurs. Déjà il montait en chaire, rayonnant de joie, lorsqu'une personne lui demanda si le spectacle commencerait bientôt. Le public s'était trompé; il accourait voir des figures de cire placées dans un autre salon. Gilbert, découragé et humilié, quitta Nancy quelque temps après. »

Un magnifique marché couvert occupe le milieu d*une vaste place, au centre de la ville neuve.

Sur une petite place, près de l'Académie, s'élève la statue de Mathieu de Dombasle.

Ce n'est pas seulement pour le nombre et la richesse de

ses édifices publics que Nancy figure parmi les plus belles villes de l'Europe , mais encore pour la beauté de ses rues bien bâties, larges, aérées, tirées au cordeau, qui, d^ns la ville neuve, se coupent presque toutes à angle droit. Sept portes monumentales y donnent accès. Outre celles que nous avons déjà signalées, on remarque encore :

La porte Neuve, d'ordre ionique, située à l'extrémité du cours Léopold, ôl construite, en 178S, pour célébrer la naissance du dauphin et l'alliance de la France avec les États-Unis;

La porte Stanislas, d'ordre dorique, élevée par Stanislas, en 1752, et reconstruite dix ans plus tard, après s'être écroulée faute de fondations suffisamment solides ;

La porte Saint-Jean, contiguë à la place du même nom , où sont à la fois le temple protestant, un quartier de cavalerie, l'hôpital militaire, le mont-de-piété et la caisse d'épargne ;

La porte Saint-Georges , ainsi nommée de la statue que Charles III y fit placer , et dont l'exécution avait été confiée k Florent Drouin.

Sept faubourgs environnent Nancy; ils sont tous à mentionner pour les souvenirs qui s'y rattachent, ou parce qu'ils conduisent à des endroits qu'il n'est pas sans intérêt de visiter.

On arrive par le faubourg des Trois-Maisons à la côte de Flabémont, où était assis un camp romain, et au village de Lay-Saint-Christophe , où naquit saint Arnoul, qui fut la tige des rois de France de la seconde race; dans ce village avait été fondé, au x" siècle, un prieuré que gouverna dom Calmet avant d'être abbé de Sénones.

Boudonville, formé de jolies maisons de campagne entourées de riants jardins, et enrichi d'une église ogivale de récente construction , est le berceau de Nancy. On y visite la côte Sainte-Catherine , où l'on exploitait autrefois une car-

rière de marbre jaspé; la Croix* Gagnée, où le peuple de Nancy se rendait processionnellement en pèlerinage, et la côte des Chanoines , où se récoltent les meilleurs vins des environs de Nancy. Ce nom de côte des Chanoines lui vient dse ce qu'une partie des vignes dont elle est couverte appartenait aux chanoines de la collégiale Saint*Georges.

Le faubourg Saint-Pierre renferme le séminaire diocésain, autrefois la maison des missions royales, et la magnifique église de Bon-Secours , où sont les mausolées du roi Stanislas et de son épouse Catherine Opalinska. Élevée par Stanislas, cette église a remplacé l'ancienne chapelle de -Notre-Dame de la* Victoire et des Rois , que le duc René II avait fait bâtir en souvenir de sa victoire sur Charles le Téméraire. Près de là , 4000 Bourguignons avaient été inhumés dans un <îimetière où l'on voyait une croix avec celte inscription :

Mil quatre cent soixante et seize advint ,

Que Charles duc de Bourgogne icy vint,

Guidant Nancy surprendre à force d'armes,

Veille des Rois qu'on départ le gasteau ;

Il fut occis en passant un ruisseau,

Et la plupart de ses hommes de guerre

Furent occis et semés sur la terre,

Puis recueillis par le commandement

Du pieux René qui , vertueusement.

Obtint sur eux glorieuse victoire,

Dont les corps sont cy gisans ; en mémoire

De ce conflit. Renée de Bourbon ,

Noble princesse, ayant vouloir très-bon,

Femme du très-illustre duc Antoine,

Fils de René, noble duc de Lorraine,

A fait bâtir ce cimetière et croix,

L'an mil cinq cent avecque vingt et trois :

Priez à Dieu que, par sa sainte grâce,

Aux trespassez pardon et mercy fasse. Amen.

L*église de Bon^Secours a été depuis peu restaurée parles soins intelligents de M. Tabbé Morel , curé de cette paroisse;. On y. remarque la voûte peinte par Provençal , une statue de la Vierge très-ancienne et très-vénérée , et les statues polychromes qui ornent les pilastres.

Le faubourg Saint-Jean tire son nom de Tancienne comf manderie de Saint-Jean du Vieil-Âître (ordre de Saint-Jean de Jérusalem) ; on voit encore la tour de la Chapelle. Une croix de pierre, placée dans l'étang Saint- Jean, indique l'endroit où l'on croit que fut retrouvé le corps du duc de Bourgogne. Ce faubourg, dans le voisinage duquel est l'embarcadère du chemin de fer, possède le dépôt de mendicité, et conduit, par un de ses embranchements, k l'asile des aliénés de Maréville.

On trouve dans le faubourg Stanislas l'institut des sourdsmuets et la maison de la Chatte^ dite Cœur-en-Côte , parce qu'elle est située sur la côte de Toul, et que, le 22 septembre 1768, le clergé de Paris vint y faire au clergé lorrain la remise du cœur de la reine Marie Leczinska, morte peu de temps auparavant.

Par le faubourg Saint-Georges on se rend à Dommartemont {mons Martis), qui , au dire de quelques archéologues, tire son nom d'un camp romain.

Enfin , de beaux abattoirs ont été construits dans le faubourg Sainte-Catherine, à l'extrémité duquel sont les Grands- Moulins , dont l'existence remonte au xii* siècle.

Nancy, riche en monuments, riche en souvenirs, ne l'est pas moins en célébrités artistiques et littéraires : l'auteur des Lettres d*une Péruvienne , Mme de Graffigny ; Louis Maimbourg, le prédicateur aux saillies burlesques ; Palissot, qui rendit célèbre un moment sa comédie des Philosophes , dirigée surtout contre J. J. Rousseau ; le poète Saint-Lambert; le spirituel critique Hoffmann; Gilbert de Pixerécourt, un des créateurs du mélodrame ; Mme Élisa Voïart , auteur

de romans intéressants; Mme de Yannoz, poète, qui reçut les conseils et fut l'amie de Delille ; les deux Le Pois, médecins du duc Charles III; les sculpteurs Adam, Drouin et Bagard; les peintres Bellange, Herbel, Claude Charles, Jacquart, Isabey ; les graveurs Saint- Urbain et Israël- Sylvestre; Charles-François, inventeur de la gravure en dessin; Jacques Callot; Gardel, l'émule de Veslris; la célèbre tragédienne Mlle Raucourt, étaient des enfants de Nancy; N'oublions point le général d'artillerie Drouot , dont la statue figure au milieu du cours Léopold. Drouot suivit à l'île d'Elbe l'empereur Napoléon, qui l'avait surnommé le sage de la grande armée.

Église à Nancy, ^

Vue de Sainl- Nicolas.

Le voyageur, en sortant de Nancy, laisse à gauche une colline assez élevée, pour entrer, au milieu des champs, des bois et des villages, dans une belle plaine où il va traverser la Meurthe, en même temps que le canal de la Marne, sur un pont de i9 mètres de largeur ; puis il court au bas d'un coteau chargé de vignes, ayant h sa gauche le canal, jusqu'à la station de Varangéville-Saint-Nicolas.

La Meurthe seule sépare la petite ville de Saint-Nicolas du village de Yarangéville, dont elle était autrefois l'annexe,

et qui pourrait aujourd'hui passer pour son faubourg. Varangéville , d'une origine ancienne , appartenait dès 770 à l'abbaye die Gorze. C'était, dans le xvu* siècle, un bourg d'une certaine importance , puisqu'on y comptait un couvent de capucins, une maison de jésuites, trois congrégations de religieuses et un hôpital. Les bâtiments et l'église des capucins, situés près du pont, à gauche, sont devenus des habitations particulières. L'ancien prieuré, transformé en maison de ferme, présente encore quelques beaux restes d'une église du XI* siècle. L'église actuelle et la tour paraissent dater du commencement du xv* siècle.

Sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Saint-Nicolas , il n'y avait, en 900, qu'une chapelle dédiée à la Vierge, une métairie, dépendance de Varangéville, et un port, ce qui fit appeler l'endroit le Port et le canton le Portais, Vers 1007, la chapelle reçut d'un gentilhomme lorrain une phalange de la main de saint Nicolas. Il n'en fallut pas davantage pour faire accourir en foule les habitants des pays voisins. Le prieur de Varangéville se vit obligé d'attacher quelques-uns de ses religieux à ce lieu de pèlerinage. Bientôt même un prieuré s'y établit, et la chapelle fut remplacée par une église assez vaste pour contenir ses nombreux visiteurs. Cette église prit le nom de Saint-Nicolas, et devint de plus en plus célèbre par les miracles qui s'y accomplissaient, et dont la renommée se répandait en tous lieux. Au commencement 4u XIV* siècle, on voyait, suspendues aux piliers, des chaînes énormes qui avaient servi à lier les seigneurs chrétiens pris par les infidèles en Palestine. Voici ce que la tradition raconte à ce sujet : «Un comte de Richecourt, s' étant trouvé en Palestine dans les prisons, et chargé de fers, entre les mains des infidèles, invoqua saint Nicolas et se voua k lui ; aussitôt il se trouva miraculeusement transporté avec ses chaînes à la porte de l'église du saint. »> Le bénédictin dom Galmet, tout en racontant cette merveilleuse histoire, fait

observer avec un certain scepticisme qu*il est difficile de se persuader qu'un homme ait pu être transporté de la Palestine à Saint-Nicolas : « C'est, ajoute-t-il, un assez grand miracle que le seigneur de Richecourt ait obtenu sa délivrance , et ait apporté et déposé ses chaînes à Saint-Nicolas, comme un monument de la liberté qu'il avait obtenue par les mérites du saint, sans vouloir faire croire qu'il fut transporté , encore chargé de ses chaînes, à la porte de l'église du saint. Toutes les autres circonstances qu'on raconte de ce miracle peuvent être regardées comme des embellissements que la pieuse crédulité du peuple y aura ajoutés. »

Cependant Saint-Nicolas commençait à prendre de l'importance; le duc Ferry avait affranchi les habitants en 4265; dans la première moitié du xiv* siècle , il s'y établit des marchés qui furent organisés plus tard sous le nom de foires franches. Mais la véritable illustration de cette petite ville commence au xvi* siècle ; alors elle vit s'élever l'église monumentale qui la décore aujourd'hui ; alors elle posséda la première imprimerie connue en Lorraine. En i 503, Pierre Jacobi faisait sortir de ses presses les Heures de la Vierge , et, en 1518, la Nancéide, poëme de Pierre de Blaru. Quant aux pèlerinages, ils devenaient plus nombreux que j amais. Les plus hauts personnages venaient s'agenouiller devant l'autel du ^saint et faisaient des dons à l'église; c'était du roi René que venait le fameux bras d'or où était enfermée la précieuse relique. Ce reliquaire était orné de pierreries et de camées , dont quelques-uns représentaient des sujets fort peu orthodoxes.

Le duc Charles III ayant obtenu du pape que le jubilé durât toute l'année i602 à Saint-Nicolas, on y vit venir deux cent mille pèlerins ; six mille prêtres y dirent la messe ; vingt mille hérétiques y firent abjuration.

La ville de Saint-Nicolas , arrivée au plus haut point de prospérité, devait déchoir : le 4 novembre 1635, elle fut en-

90 ITINÉRAIRE DE PAlilâ A STRASBOURG.

vahie , pillée et incendiée par les Suédois , auxiliaires de la France. Cet événement lui ayant enlevé toute son importance, les commerçants de la Lorraine commencèrent à transférer leurs réunions à Francfort-sur-le-Mein.

L'église, commencée en i494 par le prieur Simon Moyset, fut achevée en 1544. On remarque avec surprise, dans le plan de ce monument, Tinclinaison de Taxe plus sentie qu'elle ne Test ailleurs. On donne plusieurs explications de cette singularité architecturale. Quelques - uns prétendent que, saint Nicolas étant le patron des gens de mer, l'architecte avait voulu donner à son église la forme courbe d'un vaisseau ; d'autres ont cherché le motif d'une pareille bizarrerie dans l'inclinaison de la tête du Christ. Il y a une troisième opinion plus simple et plus vraisemblable : Simon Moyset, n'étant pas maître du terrain, fut, dit-on, obligé de donner cette forme à l'édifice, par le refus que lui firent des propriétaires voisins de céder ou de vendre leurs maisons.

L'église de Saint-Nicolas renferme de beaux fonts baptismaux sculptés au XVI* siècle, quelques vitraux bien conservés, un jubé où est déposée la relique.

Le lundi de la Pentecôte, on y voit encore aller en pèlerinage bon nombre de personnes qui en reviennent avec des bouquets et des rubans au chapeau ou à la ceinture.

Saint-Nicolas-du-Port a vu naître le fondateur de son église, le prieur Simon Moyset; Didier Oriet, auteur du poème la Suzanne^ imprimé en i553; le médecin alchimiste Nicolas Guibert; le savant bénédictin Claude Petitdidier; André Joly, peintre du xviii* siècle.

Rosière'avX'Saiines, autre petite ville où on arrive en suivant la vallée de la Meurthe, est située au milieu d'un territoire fertile, et coupée en trois parties par deux bras de la Meurthe. Elle tirait autrefois sa principale richesse des salines qu'on y exploitait. Ces salines furent supprimées en i760 par mesure d'économie. Les bâtiments de l'exploita-

DE NANCY A STRASBOURG. 9i

tion , qui avaient été construits par Stanislas , utilisés d'abord x^omme caserne d'infanterie, reçurent ensuite un dépôt d'étalons, supprimé en 1789. On y envoya, en 1793, le haras du duc des Deux-Ponts, dont les Français venaient de s'emparer; ce haras y [est encore aujourd'hui, et on le regarde comme un des plus considerables.de France.

Dans ces dernières années, une saline, maintenant en pleine exploitation , a été rouverte entre Rosières et Varangéville.

On voit à Rosières beaucoup de maisons bâties au xv* et au xvi* siècles; il reste des anciennes fortifications deux tours , une portion de rempart de 1 00 mètres de longueur environ , et une porte surmontée d'un donjon où est l'horloge. Cette ville possède une très-belle église d'ordre dorique, bâtie en 4744 par l'architecte Claude-Nicolas Mique, un hôtel de ville qui sert aussi de maison d'école , une place au milieu de laquelle est une fontaine monumentale , un hospice dont la fondation remonte à 1437 , et une synagogue.

Vers le sommet du coteau qui domine Rosières , on a découvert, en 1843, dans les vignes, des traces d'une ancienne construction, une agrafe antique en bronze, et des monnaies du même métal, deDomitien et d'Antonin.

Sur la rive gauche de la Meurthe, vient ensuite Blain-^ ville-la-Grande ^ qu'on appelle aussi Blainville-sur-l'Eau ^ parce qu'elle possède un superbe cours d'eau qui fait mouvoir des moulins à blé, une scierie de marbre et une «belle filature de coton.

Blainville était autrefois un bourg considérable, et le cheflieu d'un marquisat. On voit encore l'enceinte du château , des vestiges de l'enceinte du bourg, et, aux extrémités de la grande rue, deux portes bien conservées, ornées de sculptures et de statues.

A l'entrée d'une belle plaine , au confluent de la Vezouze

et de la Meurthe , paraît Lunéville {Lunx villa , ville de la lune), ainsi nommée du culte que Ton rendait autrefois à Diane sur le mont Léomont, à une lieue de là.

Suivant la tradition, il y avait sur cette montagne une fontaine, un bois et un temple consacrés à Diane : on n*a découvert aucune trace du temple ; mais en fouillant autour de la fontaine, alors presque ensevelie sous les terres, on trouva, il y a une centaine d'années, entre un grand nombre de médailles romaines , deux espèces de médailles en plomb représentant « la déesse Diane, fort bien faite, toute nue, ayant sur la tête le croissant , qui est sa marque distinctive, et qui lui sert comme de couronne. » (Dom Calmet, Notice de la Lorraine,) En creusant les fortifications de Lunéville, en i 559, on découvrit deux statues en pierre : Tune représentait^ un homme tenant à la main une sorte d'enseigne sur laquelle était un croissant; l'autre figurait une femme ayant la tête encadrée dans un croissant renversé.

Il ne faut pourtant pas conclure de tout cela qu'il soit nécessaire, pour connaître l'origine de cette Villa lunœ^ de remonter jusqu'aux temps de la Fable. Simple maison de chasse avant le x* siècle , ce fut à cette époque seulement que Lunér ville devint le chef-lieu d'un comté. Le comte Hugues fit, en 1265, la cession du comté à Matthieu II, duc de Lorraine. Dix-neuf ans plus tard, la ville était affranchie par Ferry III, en même temps que Nancy et Saint-Nicolas,

L'armée des protestants d'Allemagne ayant envahi la Lorraine, en 4587, pour venir au secours des protestants français, le baron d'Haussonvîlle, colonel de l'infanterie lorraine, fortifia Lunéville à la hâte, et fit si bonne contenance que l'armée ennemie passa sans oser l'attaquer.

De nouvelles fortifications, et/un château bâti en 1640 par le duc Henri , complétèrent le système de défense de celle ville. Successivement occupée par le maréchal de La Force, par Jean de Vert, par le duc Charles IV, elle tomba, vers la

fin de 1638, au pouvoir du duc de Longueville, qui l'emporta de vive force ; les officiers et les soldats furent faits prisonniers de guerre ; Louis XIII ordonna de détruire les fortifications , et la pauvre place démantelée se vit alors en proie à trois fléaux à la fois : la famine, la peste et la cruauté des Suédois. Louis XIV fit raser le château en 1678.

Vue de Lunéville.

Pour consoler Lunéville de tant de désastres , Léopold y fixa son séjour en 1702. Alors s'éleva par son ordre un magnifique palais , avec des bosquets ornés de belles statues dues au ciseau de Nicolas Renard. Aux masures bâties sur les ruines des remparts succédèrent de belles constructions. Les ponts de bois jetés sur la Vezouze firent place à des ponts de pierre. L'hôpital, ruiné pendant les guerres, fui

rétabli. Trois faubourgs sortirent de terre avec une rapidité merveilleuse : ceux de Nancy, de Villers et de Ménil. Enfin , pour donner un éclat plus vif au lieu qu'il avait choisi pour sa. résidence, Léopold y fonda une académie qu'illustrèrent bientôt les hommes les plus distingués de la province.

Le chàleau de Lunéviile.

Sous le règne de Stanislas , la splendeur de Lunéviile eut encore une période d'accroissement qui s'arrêta en 1766, à la mort de ce prince.

Devenue française à celte époque, ainsi que le reste de la Lorraine, cette place ne compte plus guère dans son histoire qu'un événement remarquable : le traité de Lunéviile, signé dans un hôtel de la rue d'Allemagne, le 9 février 4801.

Parmi les monuments que renferme Lunéviile , il en est qu'une nouvelle destination a malheureusement dépouillés d'une grande partie de leur ancienne splendeur; le château

de Léopold et de Stanislas, encore très-beau, quoique incomplet , a été , de même que celui de Commercy , converti en caserne ; c'est un régiment de cavalerie qui l'occupe.

L'église Saint- Jacques, àLunévilIe.

L'église Saint-Jacques a été construite par Romain , vers 1750, sur le terrain d'une ancienne abbaye. Le portail, surchargé de figures et d'ornements , est surmonté de deux tours

dont l'une porte la statue de saint Pierre , et l'autre , la statue de saint Michel terrassant le démon. A l'intérieur, on remarque deux tableaux de Girardet et la magnifique tribune où sont placée» les orgues. Dans cette église est le cœur de la marquise du Châtelet , dont le corps est inhumé dans la chapelle du cimetière.

Le manège couvert, où peuvent manœuvrer 200 cavaliers, est un des plus vastes de France; on admire sa belle charpente en bois de châtaignier, que ne soutiennent aucuns supports intérieurs. Cet édifice a 100 mètres de longueur sur une largeur de 27.

La caserne de l'Orangerie, d'une architectwe simple, est remarquable par sa distribution intérieure.

Le champ de Mars a plus de 200 hectares de superficie. Les restes du jardin qui entourait le château forment une ravissante promenade qu'on appelle le Bosquet.

Signalons encore le joli clocher d'une nouvelle église dédiée à Saint-Maur, et dont l'inauguration a eu lieu en décembre 1854.

Lunéville possède une salle de spectacle , deux ponts sur la Vezouze, et un étang appelé l'étang de Mondon.

Féconde en personnages remarquables, cette cité a produit entre une foule d'autres : Charles Chéron , graveur de médailles de Louis XIV; Jean Girardet, successivement abbé, étudiant en droit, cornette de cavalerie, élève de Claude Charles , et enfin peintre de Stanislas ; le maréchal duc de Beauvau ; le chevalier de Boufflers , membre de l'Académie française et de l'Assemblée constituante , auteur de poésies agréables , et surtout du rapport célèbre qui assura aux auteurs et aux artistes le droit de propriété sur leurs œuvres ; Sonnini, le collaborateur de Buffon.

Lunéville a disparu, ainsi que sa forêt, sa plaine et ses rivières; le train contourne la vallée de la Vezouze, près du viHage de Marainvillers, dont il n'y a rien à dire, si ce n'est

que y dans l'histoire du xiii* siècle , on trouve quelques traces de son existence ; il glisse à travers des champs et des bois , sur un terrain clair-semé de villages ; il s'arrête quelques secondes à Emherménil ^ où le fameux abbé Grégoire était cusé, lorsqu'il fut député aux états généraux ; il vous laisse à peine le loisir d'apprendre que, dans le voisinage d^Avricourty il y a un lieu rempli d'ossements, qu'on appelle le camp des Suédois^ et un pré nommé pré des hosties^ dont le propriétaire, par suite d'un vieil usage qui s'est conservé jusqu'à nos jours, est tenu de fournir les hosties à l'église. D'Avricourt à Héming, il court le long d'une forêt, sur un sol ondulé, divisé en champs de différentes cultures soigneusement entretenus ; Réehicourtj Héming^ petits villages, dont le nom ne s'est pas plus trouvé sous la plume des historiens que sous celle des géographes, le laissent pénétrer enfin dans une jolie vallée baignée par la Sarre, où il ne s'arrête qu'en présence de Sarrebourg.

On rencontre , à ^ ou 5 mètres de profondeur dans le sol , des traces d'édifices qui ne permettent guère de révoquer en doute l'ancienneté de cette petite ville. Quelques savants, dont l'opinion du reste n'est point appuyée de preuves solides, prétendent qu'elle fut fondée par l'empereur Galba. Elle est désignée, dans l'itinéraire d'Antonin , sous le nom de Pons Saravi.

Brûlée entièrement en 1213, la ville de Sarrebourg fut reconstruite et fortifiée en 1240 par Jacques de Lorraine, évéque de Metz, sur un terrain moins étendu, dit-on , que celui qu'elle occupait auparavant. Vers ce même temps, les Lombards s'y établirent; un comptoir y fut ouvert pour le commerce d'Allemagne, et de là lui vint le surnom de Kauffmann (marchande). Les évéques de Metz demeurèrent paisibles possesseurs de Sarrebourg jusqu'en 1350, époque vers laquelle commença, entre eux et les bourgeois, une lutte qui devait, comme ailleurs, finir par l'affranchisse-

ment de la ville ; elle passa sous la domination des ducs de Lorraine en i464.

Le marquis Albert de Brandebourg incendia, en 1552, la forteresse, qui n'a jamais été rétablie. On voit encore une partie des murailles et des tours qui formaient Tenceinte de la ville.

En 1834, on a découvert, aux environs de Sarrebourg, des médailles de Pertinax, d*Ântonin le Pieux, de Faustine

Tunnel de Lutzelbourg.

et de Commode. Plus récemment, on a trouvé une petite statue équestre , représentant un guerrier triboque , et un bas-relief sur lequel est Apollon jouant de la lyre.

Sarrebourg est la patrie d'Antoine-Louis Levasseur, député à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, membre des Cinq-Cents, à qui l'on doit le décret sur l'organisation judiciaire, et du sculpteur Labroiise.

Au delà de Sarrebourg, et par une vallée arrosée de

DE NANGt A StRÀSBOURG.

nombreux ruisseaux , on atteint la chaîne des Vosges , que traverse le souterrain de Hommarting. Ce souterrain à 2678 mètres de longueur; l'ouverture par laquelle on y entre est à gauche du canal de la Marne au Rhin et au même niveaa, tandis que celle qui sert à en softir se trouve à droite de ce même canal et 12 mètres plus bas. Gela tient à ce qu'on s'est enfoncé sous la montagne, avec une pente de

jsror/iw.sc.

Ruines du château de Haut-Barr.

0",005 par mètre en croisant le canal et en passant pardessous. Ce travail, immense, difficile, est le plus remarquable de toute la ligne. En sortant du souterrain , on se trouve dans une gorge que forment des rochers déchirés , surplombants, étayés par des piliers en pierre. Un second tunnel, qui n'a que 245 mètres, conduit au village de Lut" zelbourg^ dont on aperçoit le château en ruines, sur une montagne qui domine une vallée nrofonde. On traverse en-

core quatre souterrains de 432, de 39S, de 500 et de 308 mètres ; à voir la forme extérieure de ce dernier, on dirait une forteresse féodale. Le canal, la Zorn, les montagnes, les ruines des châteaux de Haut-Barr et de Géroldseck , tout semble réuni pour donner à cette contrée un aspect des plus pittoresques.

Dans cette vallée de la Zorn , il y eut jadis, au pied d'une

Vue de Saverne.

montagne, une réunion d'hôtelleries servant de heu d'étape entre Strasbourg et Metz, ce qui avait fait donner à ce lieu le nom de Tabernx. Plus lard il s'y forma une ville qui prit le nom de Saverne; elle appartint d'abord aux évoques de Metz, et passa ensuite sous la domination desévêques de Strasbourg, qui y possédaient un très-beau château : c'était une de leurs maisons de plaisance. Saverne était fortifiée ; elle

iOi

fut prise et reprise plusieurs fois; on détruisit ses fortifications en 1696.

Le palais, l'iiôpital, l'église, l'ancien château des évêques de Strasbourg, tels sont les monuments remarquables de cette ville, qui ne forme, pour ainsi dire, qu'une seule rue.

La montagne au pied de laquelle est située Saverne présente un des plus curieux ouvrages de l'industrie humaine : c'est une route qui s'élève en spirale insensible. Du sommet,

Pont viaduc de la Zorn.

les regards embrassent le panorama de l'Alsace et voient s'élever majestueusement dans les airs le Munster, cette merveilleuse flèche de la cathédrale de Strasbourg.

De Saverne k Hochfelden , on ne quitte point la vallée de la Zorn ; on parcourt , au pied des Vosges, une plaine assez riante, coupée de ruisseaux, ombragée çàetlà par des saules et par des peupliers, et dans laquelle on rencontre deux stations : Steinbourg et Dettwiller,

Bœhfelden est un grog village» situé près de la ZorD,dans un pays fertile. C*est là que commencent à se montrer ces maisons d'une physionomie particulière, qui donnent aux villages de TAlsace un aspect si pittoresque.

A partir deHochfelden, le terrain s'aplanit, et la locomo* tiye s*élançe dans la vaste plaine au milieu de laquelle est Strasbourg ; elle passe devant Monmenheim ; devant Bru^ mathy petite ville sur la Zorn, célèbre par la victoire que les Français y remportèrent en \ 793 sur les Autrichiens ; elle laisse derrière elle Vendenheim , un de ces nombreux villages dont les chemins de fer ont révélé l'existence ; elle fait son entrée dans la vieille capitale de l'Alsace, dans la ville des souvenirs du moyen âge, au milieu d'un peuple qui a conservé son type, son caractère, et jusqu'à son costume.

Le château impérial de Strasbourg.

Il est impossible d'établir par une date l'origine de la ville de Strasbourg. On sait seulement qu'au i*' siècle de l'ère chrétienne elle était occupée par les Triboques, peuplade germanique ; qu'elle faisait partie du district des Médioma-* Iriciens, et qu'elle s'appelait ilr^en^ora^, d'un mot celtique qui signifie : ville à l'endroit où l'on passe l'eau. Ce nom lui venait sans doute de sa position sur l'Ill et du voisinage du Rhin. La conquête de César en ayant fait une ville romaine,

j0f: ^ITTWÉRAIRR DJET. PARIS A STRASBOURG.

elle fut fortifiée parDrusus, qui en fit une place importante. Il s'y établit alors de célèbres manufactures d*armes. Pillée par les Allemands dans une de leurs incursions , la ville d'Argentorat fut délivrée en 357 par Julien, qui battitxomplétement cette tribu germanique et fit prisonnier son roi Chrodomaire. En 407, elle fut ravagée par les Alains et les Vandales ; à ces bandes de barbares succédèrent des Francs qui s'y établirent et y apportèrent leurs lois et leurs coutumes.

L'Alsace , en 451 , fut envahie par Attila , et Argentorat n'échappa point à la fureur des Huns ; vers la fin du même siècle, la province et la cité, envahies de nouveau, tombaient au pouvoir des Allemands. Mais ceux-ci , vaincus à Tolbiac, se soumettent à Glovis, et Argentorat, devenue ville franque, ne tarde pas à prendre le nom de Straleburg, Stratisburg, Strasburg (ville d'argent), traduction mauvaise, mais que les Francs croyaient exacte, parce qu'ils regardaient Argentorat comme un mot d'origine latine.

Fortifiée, rebâtie par Glovis et par ses successeurs, la ville de Strasbourg fait alors partie du royaume d'Austrasie; les rois austrasiens y élèvent des palais et viennent y séjourner quelquefois.

Quoique l'on donne à l'évêché de Strasbourg une origine plus ancienne, il n'est guère possible d'en parler avant 673, époque vers laquelle Dagobert II fit diverses donations à Vévêque saint Arbogast. Vers la fin du vni* siècle, Charles magne accorde de nouveaux privilèges à cet évêché, qui devient de bonne heuce un des plus riches et des plus importants. Une semblable prospérité favorise le développement *de la ville, enrichie par le commerce considérable qu'elle fait avec les Frisons et les peuples maritimes.

Henri VI , en reconnaissant Strasbourg comme ville immédiate de l'empire, avait porté, en 1205, un coup mortel à la puissance épiscopale. Un homme entreprend de relever

ce pouvoir abattu : Wallher de Géroldseck, évoque en 1260. Une guerre intestine s*a11ume. Les bourgeois détruisent le château épiscopal de Haldenburg ; Wallher met la ville en interdit. Quelques prêtres seulement restent dans Strasbourg, ayant à leur tête le chantre du chapitre , Henri de Géroldseck. L*évêque rassemble une armée; la ville forme une alliance avec Rodolphe de Habsbourg , et demande du renfort k Golmar et à Bâle. Une bataille s'engage près de Hausbergen ; les archers de la ville décident de la victoire : soixante-dix nobles restent sur le champ de bataille ; les Strasbourgeois , dont la perte est insignifiante, rentrent dans la ville, traînant en triomphe soixante-seize seigneurs prisonniers. Walther meurt de chagrin ; il est remplacé par Henri de Géroldseck , qui fait droit à toutes les réclamations des Strasbourgeois. A partir de ce moment, Strasbourg est un État souverain, une ville libre, où Tévêque conserve seulement les droits de péage et de monnaie.

Les querelles de religion , ou plutôt les inquisitions religieuses, les divisions de Tempire, les dissensions intestines plongent Strasbourg dans une sorte d'anarchie, pendant la fin du xni* siècle et une partie du xiv*. A cette époque, la ville comptait trois classes d'habitants: les chevaliers ^ qui constituaient la noblesse; les ôoî/r^rco/s, qui comprenaient les propriétaires dont les propriétés étaient libres, les marchands et certains industriels ; les artisans , divisés en douze tribus. Le sénat n'était choisi que parmi les membres des deux premières classes, et le conseil se composait de vingtquatre membres pris uniquement dans la première.

Le 20 mai 1332, à la suite d'une rixe survenue dans un banquet entre les Zorn et les Mûlnheim , deux partis qui s'étaient formés dans la noblesse, les bourgeois, alarmés des dimensions que prend la lutte, s'emparent de la garde et de l'administration de la ville ; la grande bannière , le sceau, les clefs des portes sont remis entre leurs mains.

Bientôt une nouvelle constitution est établie; la troisième classe s'introduit dans le conseil, elle y domine : sur quarante-sept membres, vingt-cinq sont artisans. Les principes essentiels de cette constitution sont si solidement fondés, qu'ils restent en vigueur jusqu'à la révolution française.

Pendant près d'un siècle et demi , l'histoire de la ville de Strasbourg n'offre plus que de sombres tableaux. La peste noire la dépeuple ; les compagnies franches la dévastent ; les empereurs restreignent, suppriment et confirment tour à tour ses privilèges; les dissensions intérieures la déchirent ; les guerres de l'empire l'épuisenl; des bandes formées d'Anglais et des débris de la faction des Armagnacs s'abattent sur son territoire qu'elles ravagent. Cependant, au milieu de tous ces éléments de ruine, cette puissante cité, loin de succomber, se fortifie, s'embellit ; elle achète des seigneuries et des villages ; elle élève le plus beau monument de la fin du moyen âge , sa cathédrale ; elle produit l'imprimerie ; elle grandit en importance politique ; enfin elle achève , en 1482, sa constitution populaire, si heureusement commencée cent cinquante ans auparavant.

Alors se produit un fait immense , auquel Strasbourg va prendre une part active : la Réforme. Un curé de la cathédrale , Matthieu Zell, donne le premier signal ; le mouvement se propage avec rapidité. Une confession particulière est signée par les villes de Strasbourg , de Constance , de Lindau, de Memmingen, et présentée à la diète d'Augsbourg. Strasbourg entre dans la ligue de Schmalkalde, et se ménage l'amitié de François I*'. La paix de 1 555 lui assure définitivement la conquête de sa liberté religieuse.

Menacée au commencement du xvir siècle, l'Église protestante forme l'union évangélique ; la ville de Strasbourg n'est pas la dernière à y prendre part. La guerre éclate. Les résultats en sont désastreux pour l'Alsace. Strasbourg, amoindri par le traité de Westphalie qui a donné la plus

grande partie de la province à la France , n'a plus assez de force pour imposer h l'empereur et au roi de France le respect de sa neutralité. Sommé, après la paix de Nimègue , de prêter serment de fidélité à Louis XIV pour différents bailliages dont la ville est propriétaire et qui ont été compris dans les cessions faites au roi , le magistrat refuse. Mais Louis XIV appuie sa sommation de la présence d'une armée commandée par le baron de Montclar ; il faut céder : Strasbourg ouvre ses portes et déclare se mettre sous la protection du roi de France. Ses institutions, sa liberté religieuse lui sont garanties par la capitulation ; seulement on rend la cathédrale au culte catholique. C'est alors que Vauban construit de nouvelles fortifications et une citadelle.

A partir de ce moment, Strasbourg partage toutes les destinées de la France, et son 'histoire se perd dans celle de notre pays.

Riche en souvenirs , la vieille capitale, de l'Alsace ne l'est pas autant en monuments ; cependant elle possède le plus étonnant et en même temps l'un des plus beaux qui soient au monde : la cathédrale.

Sur l'emplacement qu'elle occupe, Clovis fit bâtir en terre et en bois une église que Pépin et Charlemagne reconstruisirent avec une grande magnificence. Incendiée deux fois , elle fut, en 1007, détruite par la foudre. L'évêque Wernher jeta, huit ans après, les fondements d'un nouvel édifice, et , durant treize ans , disent les chroniques , cent mille bras y.furent chaque jour employés. L'église de Wernher ne fut pas plus heureuse que celle de Charlemagne : quatre incendies la réduisirent, dans le xii*" siècle, à un tel état de dégradation qu'il fallut encore la rebâtir. L'évêque Conrad de Lichtenberg confia ce soin à maître Erwin de Steinbach , le premier des architectes de ce temps. Erwin acheva la nef en 1275. Alors commença l'érection des tours qui, selon le plan primitif conservé dans les archives du chapitre, de-

vaient être semblables et avoir une élévation de 594 pieds. Conrad lui-même en posa la première pierre, le 23 mai 1277. Les travaux, contrariés en 1289 par un tremblement de terre qui ébranla la cathédrale , et en 1298 par un incendie qui dévora la charpente , n'en furent pas moins poussés avec ardeur; Erwin les dirigea jusqu'en 1318, époque de sa mort. Son œuvre, continuée jusqu'en 1339 par son fils Jean, passa ensuite sous la direction de différents maîtres. La tour méridionale fut arrêtée à la plate-forme terminée en 1365. La tour du nord, seule achevée, n'atteignit point la hauteur primitivement déterminée ; on ne lui donna que 437 pieds. Jean Hûllz de Cologne, appelé pour finir l'édifice, posa en 1439 la dernière pierre de la flèche.

Une fatalité semblait peser sur ce magnifique ouvrage des hommes : en 1654, la flèche fut brisée parla foudre; Heckler la rebâtit en trois ans. Sous prétexte d'embellissement, on vit de véritables barbares abattre en 1682 Tadmirable jubé d'Erwin, tapisser le chœur, dix ans plus tard, de lambris en bois peint et doré, détruire en 1732 une partie de la nef pour agrandir le chœur, construire enfin des tribunes pour y placer les musiciens. En 1759 , la toiture de la nef, alors couvelrte en plomb, fut atteinte et détruite par le feu du ciel. Les hommes de 1793 y firent de nouvelles dégradations en abattant deux cent trente-cinq statues de saints et de rois ; pour sauver la flèche , il fallut coiffer la cathédrale d'un énorme bonnet phrygien de ferblanc peint en rouge. Enfin, de nos jours, en 1834, de grands dégâts furent encore causés par la foudre ; mais , pour prévenir de nouveaux accidents, on a surmonté la flèche d'un paratonnerre.

Trois portails décorent la façade. Celui du milieu, orné de colonnes et de quatorze statues représentant les prophètes de l'Ancien Testament, est le plus grand et le plus beau ; une porte I de bois remplace aujourd'hui la porte d'airain sculptée qui

le fermait autrefois, et que la Révolution a convertie en mon-

La cathédrale.

naie. Les statues qui ornent le portail de droite sont les dix

iiO ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.

vierges avec 1*Époux et TËpouse ; au portail de gauche , ce sont d'autres Vierges écrasant les péchés capitaux. Un grand nombre de figures plus petites et de bas-reliefs décorent les voussures et les tympans de ces trois portails , au-dessus desquels sont placées, sur la ligne où commence le second étage, les quatre statues équestres de Clovis, de Dagobert , de Rodolphe de Habsbourg et de Louis XIV : les trois premières datent de 1294 ; la quatrième fut érigée seulement en 1828. Au-dessus du portail du milieu est une rose en vitraux peints, aussi élégante que hardie, et dont la circonférence ne mesure pas moins de 50 mètres. Aux côtés nord et sud, les deux tours sont percées chacune d'une grande fenêtre ornée de belles rosaces. Ce sont encore des rosaces qui décorent les frontons des portails latéraux.

Les statues des apôtres remplissent une galerie qui règne au-dessus de la rose du milieu; plus haut on voit Jésus-Christ tenant une croix et une bannière. A chaque côté de ce même étage, les tours présentent une haute fenêtre ogivale devant laquelle sont de très-minces piliers.

Le troisième étage est occupé , entre les deux tours , par un clocher massif, d'une construction postérieure, qui renferme quatre cloches, dont la plus grosse, fondue en 1427 , pèse 9000 kilogrammes. Tout cet étage, à Texcepticm de la tour du nord , est couronné par la plate-forme , que dépare une maisonnette, utile peut-être ^ mais^à cottp sûr fort disgracieuse.

Si, de cette plate-forme, votre vue embrasse le vaste panorama qui se développe auteur de vous, vous admirerez avec Goethe « celte superbe Alsace, cette belle et grande ville, ces prairies qui l'entourent et qui sont couvertes d'arbres magnifiques et d'épais ombrages; cette végétation si riche qui décore les rives et les îles du Rhin, la plaine en pente du côté du sud, que l'Ill arrose, les enfoncements des montagnes, qui charment l'œil par un mélange agréable de bois et de leurres

STRASBOURG. i|i

cultiv^^es, les^collines du nord, coupées par une inanité de petits ruisseaux partout si favorables à la rapidité de la végétation.... l'excellente culture de ce pays si propre à la production, partout verdoyant, partout promettant d'abondantes récoltes ; les villages, les métairies qui en signalent les plus beaux sites ; enfin cette grande et immense plaine que bornent de toutes parts des montagnes boisées. »

C'est sur la tour du nord que s'élève le Munster ; tel est le nom donné à la flèche. £lle est supportée par une tour qui ^ de loin, paraît carrée» et pourtant est octogone : cela tient k ce que quatre des faces sont cachées par quatre escaliers tournants. Parmi les statues qud décorent cette tour, il en est une qui représente, dit-on, Erwin de Steinbach. Par les escaliers tournants, dont le travail réunit la hardiesse, Télégance et la légèreté, on arrive à une galerie où com^ mence la flèche. C'est un obélisque à huit pans, découpé h jour avec une incroyable délicatesse, et formé de six étages de petites tourelles, posés l'un sur l'autre en pyramide* Au-dessus du sixième étage est la lanterne, à laquelle conduisent huit escaliers tournants et à jour; de là on parvient, par des degrés pratiqués extérieurement, à la couronne; plus haut, au-dessus d'un autre évasement, appelé la rose, la flèche continue de s'élancer, en formant une croix de l^.TO : enfin cette croix se termine par un bouton surmonté d'un paratonnerre; le bouton a 0",460 de diamètre. Le Munster ne le cède en hauteur, dans le monde, qu'à la grande pyramide d'Egypte, qui le dépasse seulement de 2 mètres.

Couverte d'un toit en cuivre, depuis l'événement de 1759, la nef est percée de grandes fenêtres en ogive , ornées de rosaces ; de jolis clochetons, des statues, des gargouilles grotesques complètent la décoration extérieure du monument.

A l'intérieur, d'autres objets appellent l'admiration du visiteur : rien de plus imposant que cette nef, soutenue d^eha-f

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que cAté par sept faisceaux de colonnes , dont les deux premiers supportent également les tours ; rien de plus mystérieux que le jour auquel donnent passage les magnifiques vitraux exécutés en 1348 par maître Jean de Kirchheim. A gauche de la nef, deux chefs-d'œuvre : la chaire que Jean Hammerer sculpta d'une façon si délicate en i486 , et les orgues posées en 1714 par André Silbermann.

Deux piliers, dont les chapiteaux sont d'un style antérieur au gothique, joignent le chœur et la nef, entre lesquels règne une disproportion qui frappe au premier coup d'œil. Une des colonnes qui supportent la voûte du chœur, formée d'un faisceau de piliers et d'une construction évidemment postérieure , est attribuée à Erwyn : on l'appelle la colonne des anges. Dans l'aile méridionale, en face d'une statue de l'évéque Wernher, exécutée par M. Friederich , est placée l'horloge astronomique d'Isaac Habrech (1574), restaurée, ou plutôt reconstruite d'après un plan nouveau par M. Schwilgué,del838 à 1842.

Cette horloge" renferme un comput ecclésiastique avec toutes ses indications; un calendrier perpétuel avec les fêtes mobiles, tant celles qui dépendent du jour de Pâques que celles qui sont en rapport avec l'A vent ; un planétaire d'après le système de Copernic , présentant les révolutions moyennes' tropiques de chacune des planètes visibles à l'œil nu; lesl phases de la lune; les éclipses de soleil et de lune, le tempsi apparent et le temps sidéral, une sphère céleste avec la pré-l cession des équinoxes , les équations solaires et lunaires pour la réduction des mouvements moyens du soleil et de la luno en temps et lieux vrais , etc.

Toutes les indications de l'ancienne horloge, dont la pluî part n'étaient que figurées en peinture, et qu'on aurait d( renouveler à diverses périodes, sont ici reproduites à perpé tuité par des combinaisons mécaniques basées sur nos con< naissances actuelles.

Les statuettes, qui n'avaient pas d'articulations, sont présentement mobiles; le nombre de ces statuettes a été augmenté des douze apôtres , lesquels , malgré une croyance

L'horloge de la cathédrale.

populaire, n'ont jamais existé dans l'ancienne horloge. Le coq a été remplacé par un autre coq , dont les mouvements et le chant imitent la naturel La chapelle de Saint-André, dont les colonnes et les or-

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