AVANT-PROPOS
: :Dïk" années vônTMéîé "employées à la construction de cette ligne, que les voyageurs parcourent en entier depuis 1852.
Deux nouveaux embranchements ont été depuis peu livrés au public : celui de Metz à Thionville et celui de Blesme k Saint-Dizier, qui doit être poursuivi jusqu'à Gray, dans la Haute-Saône.
C'est à M. Duquesney, architecte, qu'est dû le beau travail de l'embarcadère, dont Vaspect grandiose et la confortable distribution attirent l'attention et méritent de la fixer jusqu'au moment du départ. A peine est-on entré dans la cour spacieuse qui l'environne, que les regards s'arrêtent d'abord sur un immense fronton au sommet duquel est la statue colossale de la ville de Strasbourg; puis, pénétrant sous un vaste demi-cintre, ils entrevoient la couverture de la gare, dont ils peuvent déjà admirer le jet hardi et mesurer avec étonnement les proportions non. moins légères que gigantesques. Cette gare a la forme d'un rectangle long; sur chacun des grands côtés s'étend une galerie à deux étages, terminée à chaque extrémité par un pavillon. Les deux pavillons antérieurs sont reliés à la façade par un péristyle avec colonnade extérieure. Bordée de larges trottoirs et sillonnée de dix rangées de rails, la gare n'a pas mains de iG6 mètres de longueur sur une largeur de 30 mètres. On y arrive par le magnifique boulevard du Centre, dont le prolongement doit, en traversant Paris , aller couper en deux les quartiers de la rive gauche jusqu'à la barrière d'Enfer.
Bien aérées en été, bien chauffées en hiver, les salles d'attente, à la fois riches et simples dans leurs ornements et commodes dans leur distribution, sont en parfaite harmonie avec le caractère de grandeur et de sévérité qui règne dans loutes les parties de l'édifice.
Vue intérieure de la gare.
Le convoi, après avoir passé sous plusieurs ponts dont la solidité n'exclut point Télégance, traverse la gare des marchandises , entre la Ghapelle-Saint-Denis et la Villelte, deux pont§ de trois arches, le premier sur le canal Saint-Denis, le Second sur la route de Paris à Lille, puis un viaduc de s^t arches, et se trouve bientôt hors de Tenceint*? fortifiée. Il côtoie Pantin, laisse k droite Romainville, assis d'une façon toute pittoresque sur le penchant d'une colline, franchit le canal de l'Ourcq, et s'arrête à Noisy-le-Sec y qui n'a de remarquable que son ancienneté. Une charte de l'empereur Lothaire fait mention de ce village sous le nom de Nucidvfm. Parmi les seigneurs de Noisy-le-Sec figurent deux
Ilotes célébrités : le premier ministre de Philippe le Bel , Enguerrand de Marigny, qui , pour ses exactions, fut pendu au gibet qu'il avait fait dresser lui-même à Montfaucon, et , selon l'expression de Mézeray, « comme maître du logis, eut rtionneur d'être mis au haut bout, au-dessus de tous les autres voleurs; »» Jean La Balue, cardinal, intendant des finances, dont Louis XI punit les trahisons par une captivité de onze années dans une cage de fer.
De Noisy on arrive en trois minutes à Bondy, qui avait une église dès le commencement du viii* siècle, et dont le château fut bâti, au xvir, par le père d'un trésorier de France, M. Triboulet, marchand de vin.
A peine sorti de Bondy, on entre dans la forêt du même nom, et, grâce à la rapidité de la locomotive , on songe peu à la mauvaise réputation que méritaient autrefois ces longues et verdoyantes avenues. C'était en effet un terrible bois que ce bois de Bondy ; les voleurs en faisaient leur repaire; on y pillait, on y tuait, on y assassinait jusqu'à des rois.
Childéric II voulait établir sur le peuple un impôt excessif; un des seigneurs de sa cour, Bodilon, lui. fit avec fermeté quelques remontrances. Furieux de cette contradiction, Childéric ordonne qu'on saisisse le donneur d'avis et qu'on l'attache à un pieu contr# terre ; dans cette posture , il le fait fottOtter jusqu'au sang. Bodilon, pour venger un si cruel outrage, ourdit une conspiration dans le but de placef sur le irbne le jeune prince Thierry, et assassina Childéric un jour qu'il chassait dans la forêt de Bondy.
A Villemonbley charmant village qui forme, de ce côté , la limite du département de la Seine, on entrevoit un^des plus beaux parcs qui soient aux environs de Paris : le Raincy. Le château, qui n'existe plus, fut bâÉ au xvn* siècle par un conseiller du roi , Jacques Bordier, à qui il coûta , dit-on , 4 500 000 livres. La distribution actuelle du parc est
due au duc d'Orléaris, qui fit, en i750, racquisition de cette vaste propriété.
Ravi de l'heureux mélange d'arbres et d'eaux vives que
Le chàieau du Raincy.
présente ce vaste jardin du genre paysager, Delille y fit ces vers :
Là j'aime à voir dans Tonde
Se renverser leur cime, et leurs feuillages verts Trembler du mouvement et des eaux et des airs. Ici , le flot bruni fuit sous leur voûte obscure ; Là, le jour par filets pénètre leur verdure; Tantôt dans le courant ils trempent leurs rameaux, Et tantôt leur racine embarrasse les flots.
Souvent, d'un bord à l'autre étendant leur feuillage, Ils semblent s'élancer et changer de rivage.
Ainsi Tarbre et les eaux se prêtent leurs secours; L'onde rajeunit l'arbre, et l'arbre orne son cours ; Et tous d#ux, s'alliant sous des formes sans nombre, Font un échange aimable et de fraîcheur et d'ombre.
Gagny est un village assez grand, assez riant, qui touche
Wlemonble. Arrivé dans le département de Seine-et-Marne, le train s'arrête à Ckelles , au pied d'une colline que cou* ronne Montferiheil, pays célèbre par ses délicieuses prooienades.
Chelles est sur la rive droite de la Marne, au milieu de riches prairies arrosées de nombreux ruisseaux. L'ancienneté de ce bourg ne saurait être mise en doute ; les rois de la première race y avaient un palais. Ghilpéric I", époux de Frédégonde, y fut assassiné en S8*.
Frédégonde avait pour amant Landri, maire du palais. Un matin, avant de partir pour la chasse, Ghilpéric, traversant un appartement voisin de celui de la reine, la trouva occupée à se laver les mains ; comme elle avait la tête baissée et le corps incliné, il lui donna, en plaisantant, un léger coup de baguette par derrière. « Est-ce vous, Landri? dit la reine sans se retourner; le roi est-il donc déjà parti pour la châsse? » Ce fut un trait de lumière pour Ghilpéric, qui s'éloigna la rage dans le cœur. Mais à peine fut-il parti que Frédégonde envoya chercher Landri et lui conta de quelle manière elle s'était trahie. La mort du roi fût aussitôt résolue; Ghilpéric, descendant de cheval à son retour de la chasse, au commencement de la nuit, tomba frappé de plusieurs coups de couteau ; il expira sur-le-champ. Ge ne fut pour Frédégonde qu'un crime de plus à ajouter à tant d'autres.
Ghelles possède encore quelques ruines d'une abbaye célèbre, fondée par Glotilde au commencement du vi« siècle, et rebâtie, au vu*, par la reine Bathilde, épouse de Glovis IL Gette princesse y mourut religieuse , en 680. L'abbaye eut souvent pour abbesses des femmes du plus haut rang. Parmi les plus remarquables, il faut citer Hégilwich, mère de l'impératrice Judith de Bavière. Louis le Bègue, dit-on dans le Recueil des historiens de France^ enleva de ce monastère, en 877, une religieuse qui devint sa femme. La maiâon
DE PARIS A CHÂLOriS-SUR-MARNE. 7
royale, située derrière Fabbaye, sévit peu à peu délaissée par les rois; Robert et la reine Constance y séjournèrent les derniers ; bientôt elle tomba tout à fait en ruine, et Charles V, lorsqu'il vint à Chelles, n'étant encore que régent de France, fut obligé de coucher dans l'abbaye. Ce monastère , après avoir passé par une foule de vicissitudes, pris et ravagé par les Anglais en 1358, détruit en partie par la foudre au cornmencem'ent du xv* siècle, pillé de nouveau par les Anglais en 1429, presque entièrement renversé en 1359 par un horrible ouragan, se vit encore dirigé, comme k son origine, par des princesses et même par une fille de roi, Marie-Henriette de Bourbon, fille bâtarde d'Henri IV. En 1719, il eut pour abbesse une fille du régent, Louise- Adélaïde de Chartres, âgée de quatorze ans, laquelle, au dire de sa grand'mère, Elisabeth-Charlotte, avait de vrais goûts de garçon, aimait les chiens, les chevaux, les cavalcades, maniait toute la journée la poudre , faisait des fusées , et avait une paire de pistolets avec lesquels elle tirait sans cesse.
De Chelles à Lagny, on traverse la Marne sur un pont qui a 70 mètres dé développement , et l'on passe devant Pomponne, qui rappelle la gaie chanson où il est question de son curé.
L'église de Lagny ^ dédiée à saint Furcy, était celle d'une ancienne abbaye fondée au vu" siècle par un gentilhomme écossais de ce nom, qui fut canonisé. Parmi les bienfaiteurs de ce monastère figure le galant comte de Champagne, Thibaut IV, qui soupira de si tendres chansons en l'honneur de la pieuse mère de saint Louis.
Vers le milieu du xvi* siècle, la discorde s'était mise entre les moines et l'abbé , nommé Jacques Brouillard ; celui-ci obtint du roi la permission de faire marcher des troupes contre les moines et contre les habitants qui avaient embrassé leur cause. Le peuple de Lagny fit des prodiges de valeur. Les assiégeants étaient commandés par le capitaine
deLorges; pour lui faire insulte, les assiégés lançaient du haut des murs des sacs pleins d'orge sur lui et sur ses soldats. Le capitaine, furieux,' pressa le siège si vivement qu'il parvint à s'emparer de la ville et fit passer au fil de l'épée tous les hommes en état de porter les armes; les femmes devinrent la proie de la brutalité des soldats. De ce fait il résulta que, lorsque Lagny se repeupla, on reprocha souvent aux habitants l'illégitimité de leur naissance; poUr y faire allusion, les mauvais plaisants avaient adopté cette phrase : Combien vaut l'orge? Le peuple de Lagny, peu endurant de son naturel, ne pouvait entendre une pareille question sans entrer aussitôt dans une violente colère. On se jetait sur l'imprudent questionneur, aux cris de l'orge! forge! on le traînait à une fontaine si luée devant l'église; on lui faisait faire plusieurs fois le tour du bassin ; puis on le plonf^eait tout habillé dans l'eau, quelle que fût la température. Il ne fallut rien moins que la Révolution pour faire tomber en désuétude un usage barbare qui avait souvent occasionné de graves accidents, et dont les magistrats avaient en vain, à plusieurs reprises, tenté de réprimer les excès.
La fontaine portait autrefois cette inscription, qu'on a prudemment fait disparaître :
Siste graduai, Nais, nec arnicas desere sedes :
Talibus auspiciis quae metuenda tibi?
Vindice te, spernit civis convitia linguœ :
Si quis enim nugax, unda silere docet.
« Arrête-toi, Naïade, n'abandonne pas ces lieux où tu es aimée; sous de tels auspices, qu' as-tu à craindre? Grâce k toi qui le venges, l'habitant méprise l'injure, et, si quelqu'un veut faire le mauvais plaisant , ton onde lui apprend à se taire. »
Ce qu'on voit de l'église Saint -Furcy donne l'idée d'un monument beaucoup plus vaste; ce n'est, en effet, que le
chœur d'une grande construction , entreprise , dans le cours du xiv* siècle, par le gouverneur Pierre de La Crique, et demeurée inachevée.
Lagny compte parmi ses illustrations le premier président du parlement de Paris, Pierre d*Orgemoni, qui fut, en 1373,
wm'KC
Lagny.
élu chancelier de France, par voie de scrutin , en présence de Charles V.
Le chemin de fer, en quittant Lagny, traverse le village de Damard, qui envoie tous les ans à Paris pour un million de fruits.
En face de Damard, et de l'autre côté de la Marne, sur le petit domaine de la Folie , qui appartient à M. Paul Cère et qui dépend de la commune de Montevrain , on aperçoit une fabrique importante : ce sont les fours à chaux et à tuiles de
iO ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
ringénieur civil Vincent , qui a organisé Tun des preoiiers en France la fabrication des tuyaux de drainage.
Entre les stations de Lagny et d*Ësbly, le passage est coupé par le coteau de Chalifert, dans le flanc duquel apparaissent les ouvertures de deux souterrains : Tun reçoit le canal de Chalifert, à droite; l'autre, plus élevé, est celui où le convoi va s'engager. Rien de plus ravissant que cet endroit où la nature semble s'être plu à répandre ses plus gracieux ornements.
A la sortie du souterrain de Chalifert, dont la longueur est seulement de 168 mètres , mais qui a été l'un des ouvrages de la ligne les plus difficiles à exécuter, on entre dans un bassin entouré de charmants paysages ; on s'arrête quelques secondes devant l'insignifiant village à'Eshly^ dont le clocher figure une jupe à volants, et Ton arrive à Meaux^ la première station qui présente quelque importance sur la ligne de Strasbourg.
Nommée Jatinum , selon Ptolémée, Fixtuinum^ selon la Table Théodosienne , chef-lieu des Meldi^ petit peuple gaulois, on voit cette ville, au iv« siècle, prendre le nom de Meldœ , d'où est dérivé celui de Meaux. Il serait impossible de décider à qui de saint Denis ou de saint Sanctin est due l'introduction de la religion chrétienne dans ce pays ; l'opinion des habitants a tranché la question en faveur de saint Sanctin, qui fut enterré, dit-on, dans l'église qui porte son nom. Vers le milieu du v« siècle, une abbaye, devenue plus tard très-célèbre, fut fondée par l'évêque Faron, noble Bourguignon, qui, pour entrer dans les ordres, avait quitté la cour et sa femme. Sous les premiers rois francs , Meaux appartint au royaume d'Austrasie. Dans le ix* siècle, cette ville fut deux fois prise et saccagée par les Normands. Elle fit ensuite partie des possessions des comtes de Vermandois, puis des comtes de Champagoe. Sous un de ces derniers, Thibaut IV, elle résista aux troupes de Louis le Gros,
qui vinl l'assiéger en personne. En 1479, elle obtint du comte Henri une charte communale, et fut réunie à la couronne en i328. Catherine de Médicis.et son fils, le duc d'Alençon , la possédèrent à titre d'apanage.
On compte, jusque vers le milieu du xui* siècle, sept conciles à Meaux ; Frédéric , empereur d'Allemagne , fut excommunié dans le dernier, qui se réunit en 1240.
Quand éclata la grande insurrection de la Jacquerie , en
Pont de Cbalifert.
1358 , neuf mille Jacques se présentèrent devant Meaux , où était une garnison sous les ordres du comte de Foix, du captai de Buch et du seigneur de Hangest. Jacques Soûlas , maire delà ville, avait des intelligences avec Paris, occupé alors par les Anglais; au milieu de la nuit il ouvrit les portes à un corps de troupes parisiennes , qui lui arrivait sous le commandement de Pierre Gilles. Les Jacques, profilant de l'occasion, entrèrent avec les Parisiens. Le lende-
i^ ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
main, grand émoi sur la place du Marché, où se sont réfugiés les gentilshommes, les dames et les soldats de la garnison , assiégés par deux ennemis à la fois. Une horrible mêlée s'ensuit; les Jacques et les Parisiens sont vaincus; on les passe au fil de Tépée ou on les précipite dans la rivière; on pend Jacques Soûlas, et, pour couronner une victoire si complète , on pille la cathédrale , on incendie le château , les maisons des chanoines , celles des bourgeois ; quinze jours après, le feu continuait encore ses ravages.
Dans le xv« siècle , la ville de Meaux fut deux fois prise par les Anglais et reprise par le connétable de Richemont. On a découvert, il y a une dizaine d'années, plusieurs bombardes en fer forgé, laissées par les Anglais dans une île de la Marne , à celte époque oîi Charles VII reconquérait ville à ville son royaume qu'il avait si gaiement perdu,
La Réforme trouva dès son début à Meaux de nombreux partisans ; elle y fut aussi combattue à outrance. Pendant cinquante ans, ce fut une succession continuelle de violences, de pillages, d'exécutions couronnées par la plus horrible de toutes , celle de la Saint-Rarthélemy. Quelques gens du peuple, dit Duplessis, l'auteur de V Histoire de r Église de Meaux j allèrent au château , où plusieurs huguenots avaient été renfermés ; ils les appelèrent par leurs noms et surnoms, comme pour les faire conduire devant le lieutenant général; et, à mesure qu'ils sortaient pour traverser la cour, on les assommait à coups de leviers et on leur passait l'épée au travers du corps.... On en tua ainsi ce jour-là jusqu'à soixante-dix, dont les corps furent jetés au fond d'une tranchée que l'on avait faite exprès dans la cour même du château....
Depuis ces fatales journées, on ne trouve dans l'histoire de Meaux qu'un seul fait saillant : l'épi^copat de Bossuct.'
Des nombreux établissements que cette ville comptait avant la Révolution, il ne reste aujourd'hui que la cathédrale
DE PARIS A GHÀLONS-SUR-MABNE. 43
et deux églises pour les faubourgs. La cathédrale seule mérite qu'on s*en occupe.
C'est une des plus curieuses églises gothiques ; commencée vers le xii*» siècle , terminée dans les premières années du XVI*, elle a 400 mètres de longueur, depuis le grand portail
La calhédrale de Meaux.
jusqu'à la chapelle de Notre-Dame du Chevet, 42 mètres de largeur entre les deux portes du midi et du nord , et 46 mètres de hauteur. La tour a 65 mètres d'élévation; au sommet, une plate-forme entourée d'une balustrade permet à la vue, lorsque le temps est beau , de distinguer Montmartre
ié ITINËRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
et le mont Valérien. Quatorze faisceaux de colonnes supportent les voûtes du chœur ; celles de la nef sont soutenues par dix-huit faisceaux. Le sanctuaire est un des plus beaux qui existent. Depuis i822, on voit figurer dans cette église une statue du sculpteur Rutxiel, représentant Bossuet assis et revêtu des habits pontificaux.
Les yeux sont péniblement frappés de l'état de dégradalion dans lequel la cathédrale se présente à l'extérieur : des travaux de restauration ont été commencés ; espérons qu'ils seront continués plus activement et conduits à bonne fin.
Le palais épiscopal touche la cathédrale. Il fut reconstruit et embelli, dans le xvi« siècle, par l'évêque Guillaume Briçonnet. Plus tard, Le Nôtre en dessina les jardins, où Ton a conservé le cabinet de Bossuet, qu'on aperçoit du boulevard Jean-Rose. M. A. Carro, archéologue distingué, en donne la description suivante' dans une Notice sur le château de Meaux et sur le cabinet de Bossuet :
« Au-dessus d'une des tours du boulevard s'élève un petit bâtiment assez pittoresquement posé sur le terre-plein. Un grand souvenir se rattache à ce bâtiment : Bossuet l'avait fait élever ou disposer pour lui servir de cabinet de travail. Une tradition porte du moins qu'il allait avec un valet de chambre se confiner là pour huit jours, quinze jours même, comme dans une retraite inviolable, lorsque, pour la création d'un chef-d'œuvre, son esprit avait besoin de se débarrasser des mille petites entraves des affaires humaines et de planer sans obstacles dtins les sphères élevées où l'entraînait le génie....
« L'extérieur est fort simple; ce n'est qu'en pénétrant dans le bâtiment qu'on retrouve quelque chose du siècle de Louis XIV. Le cabinet est précédé d'une antichambre qui y communique par une large porte à deux battants. Le plafond, d'une belle élévation, affecte la forme d'un dôme tronqué; une boiserie à compartiments couvre les murs; la. che-
DE PARIS A CHÂLONS-SUR-MARNE. i5
minée est sans ornements. Point de meubles, qu'une espèce de canapé en bois, qui pourrait bien être de Fépoque. A l'extrémité opposée de Tantichambre est ménagé un pelit réduit fort étroit où Bossuet couchait, dit la tradition; un escaiier et une petite mansarde où couchait le valet de chambre complètent l'habitation.
« La pièce principale est assez vaste pour qu'on puisse s'y représenter Bossuet marchant à grands pas, agité par le feu
Gabinel de Bossuel.
de la composition, ou confiant à ssi mémoire et déclamant ses immortelles harangues.
« Au delà du cabinet, vers l'orient, la vieille muraille de la ville est couronnée d'une épaisse allée d'ifs formant une ombreuse et sévère promenade, que l'on visite aussi avec intérêt. La tradition rapporte encore que Bossuet aimait à la parcourir , et qu'il s'y est promené avec le grand Çlôndé, dans une visite que celui-ci fit à l'évêque de Meaux. »
Un c^ge, un vaste quartier de cavalerie, un hôtel de ville, une jolie petite salle de spectacle élevée sur une place
i6 ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
plantée d'arbres, et de beaux hospices, tels sont les autres édifices remarquables de la ville de Meaux. i;
Aux anciennes fortifications on a substitué les boulevaro(>. qui forment d'agréables promenades.
La Marne divise Meaux en deux parties, dont Tune au nord et forme la ville proprement dite ; l'autre, au su()-
Vue de Meaux.
est, était jadis un vaste champ de foire; il s'appelle aujoi d'hui le marché.
Bien qu'on rencontre à Meaux quelques rues bâties col venablement, c'est en général une ville assez mal percéi son plus grand avantage est d'être située au milieu d'm contrée fertile. Parmi les hommes remarquables au'el s'horibre d'avoir vus naître, il faut citer Sauvé de Lànou artiste' et auteur dramatique, dont la comédie intitulée i
Coquette earrigée a longtemps conservé un rang honorable dans le répertoire du Théâtre-Français.
Après Meaux> et sur la rive gauche de la Marne, vient le village de Trilport^ autrefois Trie-le-Port , qui conserve dans son voisinage les restes du château de Montceaux, où la cour aimait à passer la belle saison dans le xvr siècle. Ce château était une ancienne seigneurie, possédée par un certain Michel Saligot, cinquante ans avant que Catherine de Médicis en eût été gratifiée par Henri II.
A Trilport, on traverse la Marne sur un pont de 70 mètres; on s'engage ensuite dans le souterrain d*Armentière», qui en a 672; on franchit de nouveau la Marne sur un second pont de 70 mètres, on atteint le tout petit, mais charmant village de Changis; puis on pénètre dans une jolie vallée ^ où Ton s'arrête en vue de la Ferté-sous- Jouarre.
Cette petite ville, si riante et si commerçante , n'était , au xii* siècle, qu'un de ces châteaux forts en bois, bâtis alors par les guerroyeurs de grands chemins, qui y mettaient en sûreté leurs prisonniers et les produits de leurs brigandages. Elle s'appelait Ferté-Ancoul*, du nom du seigneur qui l'avait bâtie. Au xvi* siècle» elle avait acquis une certaine importance et elle devint un des principaux foyers du calvinisme; quarante-cinq ministres protestants y tinrent un synode en 1564. Pendant les guerres de la Ligue, elle fut souvent prise et reprise, et quelquefois pillée. Enfin elle se soumit au roi en 1590; Henri IV paya cette soumission 400 écus; ainsi était-il obligé de faire pour la plus grande partie des places de son royaume.
On visite, à la Ferté-sous-Jouarre, une petite île, formée par la Marne, qui renferme un pavillon jadis seigneurial, reste d'un château considérable, et une jolie maison appelée le Ckiieau de rile^ ou s'arrêtèrent, en 4791, Louis XVI et Marie-Antoinette, au retour du voyage de Varennes. Près de 63 h
la rive droite de la Marne, on trouve encore le château de la Barre, flanqué de tourelles.
La Ferlé est agréablement située dans un vallon fertile, bien cultivé, couvert de maisons de plaisance; les rues y sont propres et assez bien bâties; les promenades y sont ravissantes. Ce fut dans cette ville que naquit Jeanne- Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, maîtresse de Louis XV.
Le convoi s'éloigne de la Ferté , sur la rive droite de la Marne, en longeant à gauche de charmants coteaux qui font regretter la rapidité de sa course. Au loin se laisse entrevoir l'église de Chamigny, dont le chœur est de construction gothique. Sous ce chœur règne une chapelle voûtée en ogives , dont on admire la structure. Toute la masse est soutenue par quatre piliers faits d'une seule pierre, placés dans le milieu, à 2 mètres environ de distance, et n'ayant que 21 centimètres de diamètre. On descend du milieu de la nef, par douze degrés, à cette chapelle qu'éclairent quatre croisées, et dont l'entrée, décorée d'un portique, est surmontée d'une rampe en fer travaillé.
Mais Chamigny et son église ont déjà disparu ; deux fois encore on a traversé la rivière, puis on s'est engagé dans un souterrain de 940 mètres , au bout duquel on rencontre, à gauche, le village de Nantetiil^ assis au pied d'un coteau. On franchit enfin un septième pont, et l'on s'établit pour quelque temps sur la rive gauche de cette Marne si capricieuse, mais dont les bords sont si séduisants. A droite sont des coteaux en partie plantés de vignes ; à gauche, des champs bien cultivés, puis encore des coteaux; partout des sites frais et pittoresques : le convoi a pénétré dans le département de l'Aisne. Nogent-V Artaud ^ un joli village sur la rive gauche de la Marne, l'arrête un moment ; de là il s'élance dans le souterrain de Chézy-rAbbaye , qui n'a pas plus de 440 mètres , et toujours côtoyant la Marne , entre
DE PARIS A GHÂLONS-SUR-MARNË. id
des collines et des vallons, il gagne la station de Château^ Thierry.
Ce château , dont les ruines majestueuses couronnent la colline au flanc de laquelle est bâtie la ville , fut construit , dit-on , en 720 , par Charles Martel ; là devait résider le jeune roi Thierry, que ce maire du palais avait fait couronner afin de gouverner en son nom. Une date plus certaine de l'existence du château est Tannée 923 , pendant laquelle Herbert, comte de Vermandois, y enferma Charles le Simple. Peu k peu une ville se forma par l'agglomération des paysans qui venaient demander à cette vaste enceinte de murs énormes, de tours et de tourelles, une protection efficace contre les brigandages des hommes de guerre.
Les comtes de Vermandois , les comtes de Champagne , Henri II, le duc d'Alençon qui y mourut , Louis XIII, les ducs de Bouillon , habitèrent successivement Château- Thierry,
Cette ville eut à subir de nombreux assauts et fut prise plusieurs fois. En 1421, elle fut livrée par trahison aux Anglais , que les habitants chassèrent en 1425. Charles-Quint s'en empara en i544. Henri de Guise , en 1571 , y reçut le coup de feu qui lui valut le surnom de Balafré. Le duc de Mayenne la prit en i591 et la livra au pillage des Espagnols. Pendant les guerres de la Fronde, elle fut encore prise et dévastée, en 1652.. De nos jours, en 1814 , elle a été prise et pillée trois fois ; à cette même époque, elle donna son nom à un combat où les Franç?ais vainqueurs tuèrent 1200 ennemis, s'emparèrent de trois pièces de canon et firent 1800 prisonniers.
Château-Thierry est situé sur la rive droite de la Marne , qui le sépare du faubourg de Marne, et qui est traversée par un pont en pierre de trois arches. Du côté de la ville, une jolie promenade borde la rivière, au pied d'un beau quartier bâti en amphithéâtre. Sur la promenade, à l'entrée de
la rue de Soissons, esl le palais de justice, dont la construction ne remonte pas plus haut que 1843 ; au-dessus , et sur le penchant de la colline , s'élève la tour massive de la vieille église Saint-Crépin. Une autre tour, celle du beffroi, semble être une énigme proposée à la sagacité du voyageur par le malicieux habitant de Château-Thierry : de tous les points
Vue de Château-Thierry.
de la ville et de ses environs, on en aperçoit le sommet; quant à la base , il est impossible de la découvrir, à moins que par hasard on ne pénètre, par une ruelle peu séduisante, dans une cour passablement obscure , où le fantastique clocher s'élève au-dessus de constructions très-peu monumentales , auxquelles évidemment il n'a pas toujours appartenu.
Le touriste , après avoir jeté , en passant, un rapide coup
d*œil sur la statue de La Fontaine , à rentrée de la ville, sur la halle au blé et sur la fontaine qui décore la place du Marché, se hâte d'arriver à cette imposante et sombre masse de murailles qui semblent encore menacer les habitants de leur désastreuse protection ; là, entouré de murs en ruine et de tours ébréchées, assis sur quelque débris de créneau , dans cette cour dont le sol, battu jadis par les pieds des chevaux de guerre, laisse maintenant à Therbe et aux ronces
pleine liberté de pousser, il peut à son aise parcourir du regard le plus magnifique des panoramas :
au-dessous de lui, la ville qui descend; plus loin, la Marne serpentant au milieu d'une plaine fertile ; plus loin encore , des coteaux et des vergers délicieux.
Château - Thierry compte au nombre de ses illustrations : Gantier, évoque de Paris, mort en i 240 ; saint Thierry, évéque d'Orléans, et notre inimitable fabu<liste Jean de La Fontaine.
Le pays qu'on traverse en s'é-
loignant de Château-Thierry est
semé de vallons et de coteaux, de
» -u 1 j n^. ^1.. villages et de maisons de plai-
Bcffiroi de Chàleau-Thierry. , . ,. , ,
sance, de jardins, de vergers, de prairies entre lesquelles circulent dé nombreux ruisseaux : tout cela est accidenté, gracieux, propre comme un parc anglais; ce n'est plus un voyage, c'est une véritable promenade d'agrément.
La locomotive, courant à traversée charmant paysage, ^ait une trouée dans le petit village de Mézy-Moulins^ remarquable par son église du xii* siècle, passe devant Fa-
rennes, bourg qu'il ne faut pas confondre avec le. Varennes delà Meuse, où furent arrêtés dans leur fuite Louis XVI et Marie-Antoinette , et reprend un moment haleine à Dormans, après avoir laissé derrière elle un élégant pont sus*pendu , en fil de fer.
• Dormans est agréablement situé sur la rive gauche de la Marne; il ne possède, en fait de monuments , que son beau
Église de Dormans.
château et sa vieille église, dont le chœur et le clocher ne sont pas sans intérêt pour le visiteur; il est la patrie du cardinal Jean de Dormans, évoque de Beàuvais , et de l'architecte Ledoux, qui construisit les grandes barrières de Paris.
La courbe décrite pour atteindre cette petite ville est un des points curieux de la ligne de Strasbourg.
De la station de Dormans julïqu*à celle de Port-à-Èinson règne une vallée ferlile, bien cultivée, qu'enferment des coteaux couverts de vignes. Sur le sommet d'un de ces coteaux se dresse, à gauche, une tour en ruine; elle signale au. voyageur le bourg de Châtillon , patrie du pape Urbain II , qui prêcha la première croisade en 1095.
Entre Port-à-Binson et Damery, sur un de ces coteaux plantés de vignes à la base et couronnés de bois au sommet, qui accidentent à chaque instant la physionomie du paysage , s'élève un magnifique château gothique tout neuf :
Ancien château de Bouraault.
on croirait voir la demeure féodale d'un haut baron ; pour rendre l'illusion complète, il ne manque à ses tourelles et à ses cheminées sculptées que d'être noircies par le temps. Ce château qui ^ coûté, dit «on, deux millions, porte le nom de Boursault : c'est une marchande de vin de Champagne, Mme Cliquot, qui l'a fait bâtir pour son gendre, M. de Mortemart, à la place de celui dont nous donnons le dessin. Un peu plus loin , à droite, on s'arrête devant une haute tour carrée qui surmonte une ancienne église ; là est la petite ville de Damery^ bâtie sur une colline au pied d^ laquelle coule la Marne , et qui communique à la grande
route de Strasbourg par un pont et par une belle lerée plantée d'arbres.
C'est à Damery, et non h Fismes,que naquit AdrienneLecouvreur. M. Sainte-Beuve et plusieurs autres ont eu tort de confondre avec la grande comédienne une autre Lecouvreur (Catherine Rousseau), née à Fismes , qui , après avoir fait partie d'une troupe ambulante dans la Lorraine et dans l'Alsace, vint à Paris se faire enfermer à la Salpétrière.
Château de Boursault.
Les registres de l'église de Damery contiennent un extrait de baptême qui établit irréfutablement le lieu de naissance d'Adrienne.
Damery eut autrefois une certaine importance et posséda des thermes et un hôtel des monnaies: on y voit encore quelques vestiges de murs et de fossés. En 4829 et f 830, des fouilles faites au centre de la ville ont amené la' dé^ couverte do vases en terre cuite, contenant plus de SOOO
. dE PARIS A CHALOHS-SUR-MARHE. 25
mëdailtel d'argent, dont i500 enriron à l'effigie de Postome. On rencontre dans les environs quelques fossiles curieux.
Ici se déroule un pays d'une physionomie toute nouvelle : plus de prairies, plus de jardins, plus de bosquets ; mais des vignes partout; on est en pleine Champagne ; on s'arrête de- ^^nt Êpemay.
Aqtfx perenneSj suivant quelques auteurs, et plus tard Aixpeme (iOpentoetim) , d'où est dérivé le nom moderne , est d'une ancienneté suffisamment constatée par l'histoire, qui mentionne sa cession à l'Église de Reims, du temps de Clovis ; les archevêques y firent bâtir une forteresse : ce fut là que, dans le ii' siècle, se réfugia Hincmar avec les trésors de l'archevêché et le corps de saint Rémi; le pieux prélat n'y put survivre à la douleur de voir la France livrée aux brutales déprédations des Normands. L'histoire d'Ëpemay, comme celle de la plupart des places fortes , est une succession de sièges , d'assauts et de pillages. Henri IV s'en empara en 1592, après un siège long et cruel ; le maréchal de Biron y fut tué par un boulet qui lui emporta la tête, au moment où le roi avait la main sur son épaule. La devise de Biron était une mèche allumée, avec cette légende : Perit^ sed in armis : « Il meurt, mais il meurt sous les armes. »
Êpemay occupe une position des plus riantes, au débouché d'une belle vallée , près de la rive gauche de la Marne. Les maisons en briques jouent un grand rôle dans l'architecture de cette ville. La simplicité de leur construction forme un singulier contraste avec la magnificence de quelques édifices de la rue du Commerce, qu'on prendrait pour des temples ou des palais. Ces palais et ces temples ne sont pourtant que des habitations de marchands de vin , et même des entrées de caves; il est vrai que dans ces caves sont renfermés les trésors du pays. L^s rues sont généralement mal
percées, mal pavées, impraticables par les temps de pluie. Les deux grandes places manquent de symétrie; sur Tune d'elles s'élevait autrefois une église gothique nouvellement remplacée par un édifice de style italien , dont le porche est décoré d'un portique d'ordre dorique; il ne reste du précédent édifice qu'un portail de la Renaissance et de beaux vitraux du xvr siècle, fort mal encadrés. Les anciennes fortifications ont entièrement disparu, à Texceplion d'une porte formée de deux tourelles , que l'on voit près de la promenade. Mais le véritable monument d'Épernay, sa curiosité la plus intéressante, ce sont ces caves dont nous parlions tout à l'heure, et où sont rangés par millions de bouteilles les vins les plus renommés de la Champagne, mousseux ou non mousseux. Creusées dans un roc de tuf, vastes, solides, formant une espèce de labyrinthe, elles sont remarquables surtout par la propriété qu'elles ont de conserver et d'améliorer le vin. On ne les visite pas toujours sans danger; quand le vin est nouvellement en bouteilles, quand la vigne fleurit, au mois de juin et au mois d'août, aux époques de la casse enfin , il ne serait pas prudent d'y pénétrer sans avoir la figure couverte d'un masque en fil de fer. . Épernay a vu naître le chroniqueur Flodoard , mort à Fâge de 73 ans, en 9^Q ^ clerc chaste , bon religieux et meilleur abbé , ainsi que le porte son épitaphe. A la sortie d'ICpernay, les coteaux qui , depuis quelque
Porte de l'église d'Épernay.
temps , bordaient la route , s* écartent en fuyant à droite et à gauche; c'est rentrée d'une longue et large plaine : d'un côté, des charaps cultivés et, par intervalles, quelques côtes crayeuses plantées de pins; de l'autre, des bois et de belles prairies arrosées par la Marne; on s'aperçoit à*peine, en présence de ce ravissant paysage, que le convoi s'arrête devant deux petits villages , Oiry et Jâlons-les-Vignes ^ et l'on est presque tenté de regretter la rapidité avec laquelle on arrive à Châlons.
Damery.
Place de Thôtei de ville de Chàlons-sur-Marne.
Il est impossible de préciser Tépoque de la fondation- de Châlons-sur-Marne ; mais l'ancienneté de cette ville ne saurait être mise en doute. Âmmien Marcellin en fait Téloge en la désignant sous le nom de Catalaunum. Dans Titinéraire d*Antonin , elle est appelée Durocatalauni. Le christianisme s'y introduisit de bonne heure , prêché par saint Memmie , qui fonda dans le pays plusieurs établissements religieux. Deux batailles mémorables furent livrées sous les murs de Châlons : dans la première^ en S73, Aurélien fit essuyer une sanglante
CfiÂLONS-SUR-MARNE. Î9
défaite à Tétricas, que les légions révoltées avaient proclamé empereur dans les Gaulesi La seconde, en 451, faillit mettre un terme à la course dévastatrice du terrible roi des Huns, Attila; vaincu déjà Tannée précédente par l'éloquence de Tévéque de Chàlons, saint Alpin, à qui il avait accordé le salut de sa ville, il le fut cette fois par les armes d*^Aétius , géné^ rai des Romains, de Mérovée , roi des Francs , et de Théodoric, roi des Visigoths. Si Aétius, n'écoutant point les conseils de sa prudence, avilit poursuivi jusqu'au bout sa vie* toire, en pénétrant dans le camp d'Attila, ce fléau de Dieu, comme il s'appelait lui-même, eût été consumé avec ses trésors dans un large bûcher préparé par ses ordres. Le comte de Vermandois , Herbert H , prit et brûla Châlons en 943. Charles VU, accompagné de Jeanne d'Arc, y reçut, en 1429, les députés de Reims. Sous la Ligue, cette ville se fit remarquer, à deux reprises , par sa fidélité à la cause d'Henri IV, en faisant brûler sur la place publique , par la main du bourreau, deux bulles papales : la première, de Grégoire XIV, excommuniait Henri IV ; dans la seconde, Clément VIU convoquait les états généraux du royaume pour l'élection d'un autre roi.
Dès le règne de Œovis , les évêques de Châlons étaient de puissants seigneurs, jouissant de privilèges très-étendus ; sous leur administration, la ville s'accrut rapidement et devint un grand centre commercial. Sous les rois de la troisième race, elle comptait une population de 60 000 âmes. La réunion définitive du Châlonnais à la France eut lieu en 1335 , sous Philippe de Valois. La Champagne , en 1814 , souffrit beaucoup de la guerre; elle fut un des points du territoire où nos troupes soutinrent le plus vaillamment le choc des armées envahissantes. L'Empereur fit quelque temps de Châlons le centre de ses opérations et le lieu de réunion de son armée.
Il existait, pendant le moyen âge, à Châlons, quelques cou-
tûmes singulières, dont le souvenir a été coiiseryë. Un registre, déposé aux archives de la cathédrale, contient les détails suivants sur la fête des Fous , qui avait lieu le jour de Saint-Étienne :
« On dressait, la veille, un théâtre devant le grand portail de la cathédrale ; le jour, on y préparait un festin qui était aux frais du chapitre. Lorsque tout était disposé, on allait en procession , environ à deux heures après midi , en la maison de la maitrise des fous , pour y prendre Vévéque des fous y monté sur un âne, que Ton conduisait, au son de toutes sortes d'instruments et de cloches , jusqu'au lieu où était érigé le théâtre. Là il descendait de son âne , qui était paré d'une belle housse et autres magnifiques harnachements. Là l'évêque des fous était revêtu d'une chape , mitre en tête, la croix pectorale , les gants et la crosse à la main : ainsi habillé , il montait sur le théâtre , s'asseyait à table avec ses officiers ; ils mangeaient et buvaient ensemble ce qu'on leur avait préparé , suivant leur goût. C'étaient ordinairement les chanoines les plus qualifiés qui composaient la maison des fous. On remontait sur le théâtre pour y boire et manger, et, pendant ce second repas, où l'évêque figurait principalement, les chapelains , les chantres et les bas officiers se divisaient en trois bandes. La première restait autour de l'église et aux environs du théâtre , comme pour y servir de sentinelles. La seconde était dans l'église même, y chantait certains mots confus et vides de sens, et faisait des grimaces et des contorsions horribles; et la troisième parcourait le cloître et les rues. Après le repas , ils allaient chanter avec beaucoup de précipitation les vêpres; lorsqu'elles étaient finies, deux chantres et le maître de musique, battant la mesure, chantaient en musique un motet. Après le motet, on faisait une cavalcade devant et autour de l'église, ensuite dans les rues adjacentes, avec des hautbois, flûtes, harpes, flageolets, basses, tambours, fifres et
CHÀLOKS-SUR-MÂRNE. 3i
autres instruments faisant beaucoup de bruit. Après avoir parcouru le cloître et les environs , ils allaient par toute la ville y ayant en léte une troupe d*enfants portant des flambeaux , des encensoirs et des falots. Arrivés. au marché, ils jouaient à la paume; après le jeu, la danse et surtout de grandes cavalcades recommençaient. Au retour, une partie du peuple suivait les chanoines, et une autre, réunie devant réglise avec des chaudrons et des marmites de cuivre et de fonte , frappait ces divers ustensiles Tun contre l'autre et faisait un charivari effroyable, en poussant de longs hurlements. Pendant cette symphonie burlesque, on sonnait toutes les cloches, et le clergé s'habillait d'une manière grotes* que et bouffonne. »
Une cérémonie plus singulière encore était celle du convoi de Caréme-Prenant , dont la description se trouve dans un graduel de d508. Le jour des Cendres , quatre hommes apportaient sur un brancard, dans le chœur de la cathédrale, un mannequin gigantesque, fait avec de la paille et revêtu d'habits lugubres ; ce mannequin était déposé à la même place que le corps des chanoines , lorsqu'on faisait leurs obsèques. Alors le clergé célébrait une messe de Requiem. Pendant cet ofBce était placé dans le sanctuaire un seul cierge allumé. Le prêtre célébrant avait l'étole derrière le dos , la chasuble à l'envers , de côté , et repliée en deux ; la dalmatique des diacres et des sous- diacres était également retournée. Les chanoines portaient de grandes robes noires traînant sur leurs talons ; ils avaient le visage voilé.
n serait difficile aujourd'hui d'expliquer le véritable sens de ces bizarres cérémonies. Elles ont dû avoir dans l'origine un caractère symbolique ; mais ce caractère s'effaça promptement, et, dans la plus grande partie du moyen âge, ces bouffonneries n'eurent pas plus de signification que n'en avaient les mystères de la Basoche. On lit dans la Description de Reims^ par M. Géruzez : « Dans les xiii% xiv* et xv» siècles.
nos pères, simples, dévots et gais, eurent une religion parfois plaisante et enjouée. Autant Pascal, Bossuet, Bourdaloue et Massillon montrent de grandeur , de noblesse et d'élévation dans la manière dont ils exposent les dogmes et la morale du christianisme, autant dans le moyen âge s' efforçait-on de donner quelquefois à la religion une physionomie folâtre et bouffonne. Ne pouvant faire monter leur caractère badin à la hauteur de la religion, nos bons aïeux la faisaient descendre à leur niveau et la forçaient de favoriser leur penchant pour la farce; ils associèrent les plaisirs, la dévotion , les passions. »
La cérémonie du convoi de Carême-Prenant se conserva longtemps en Champagne; quant à la fêle des Fous, elle fut supprimée dès 1583.
La cathédrale de Châlons, fondée en 430, ne fut consacrée qu'en 1147, par le pape Eugène III, assisté de dix-huit cardinaux et de saint Bernard. Un incendie la détruisit en grande partie, dans l'année 1238; restaurée en 1520, elle fut de nouveau brûlée en .1668 et reconstruite en 1672. Elle est élevée sur un souterrain que l'on suppose avoir été creusé par les druides. Le portail date de Louis XIII ; les deux clochers sont surmontés de flèches très-élevées , aiguës, travaillées à jour, et d'un bel effet. L'intérieur se compose de trois nefs, dont la plus grande est majestueuse, et d'un chœur magnifique; on y remarque un grand nombre de sculptures , précieuses encore malgré de nombreuses mutilations. Le maître ^utel est surmonté d'un baldaquin que supportent six colonnes de marbre. Il est à regretter que cette cathédrale, dédiée à saint Etienne, n'ait pas sa façade sur une grande place , et que les abords n'en soient pas plus dégagés.
Plus haut, et de l'autre côté de la ville, se dressent deux tours noires, surmontées de hautes et belles flèches; ce sont celles de l'église Notre-Dame. Ce monument est d'ar-
CHALaKS-SUR-MARNE. 33
chitecture gothique; sa construction remonte à 1157; il est en partie recouvert en plomb; onTlemarque, à Tinté-
La cathédrale de Chûlons.
rieur, un pavé de mosaïques et de pierres chargées d'inscriptions.
L'église Saint-Alpin est une vieille église écrasée par une lourde tour carrée; on y trouve également des inscriptions et de beaux vitraux représentant l'évêque saint Alpin au mo- 63 c
ment où il détermine le roi des Huns à éloigner ses troupes des murs de la ville.
D'une architecture modeste, l'église Saint-Jean est la plus ancienne des églises de Châlons; elle date de l'année 324.
L'église Notre-Dame.
Lorsqu'on entre dans Châlons, on suit la rue de Marne pour arriver à l'hôtel de ville, grand et bel édifice construit en 1785, qui renferme aussi le palais de justice. Il est surmonté d'un dôme, et présente, à sa façade, un péristyle que
GHÂLONS-SUR-MARNE. 35
supportent quatre colonnes d'ordre ionique ; on y arrive par un escalier décoré de deux lions en pierre.
La préfecture est à peu de distance de l'hôtel de ville. C'est une jolie construction dans le goût de Mansart, ayant
Inlérieur de Noire-Dame.
une façade remarquable sur un jardin dont les murs ne sont séparés de la belle promenade du Jard que par un ruisseau. Dans une belle avenue d'ormes , près du Jard , on cherchera peut-être , sur la foi des géographes, ce superbe jar-
dih botanique où l'on cultive plus de quinze mille plantes; il pourra même arriver que l'entrée en soit indiquée par quelque naïf ou malin enfant de Châlons; mais l'attente du curieux sera cruellement déçue. On y verra bien, en efiFet, un nombre considérable de plantes, quinze mille peut-être, ainsi que le porte le programme, car le terrain est vaste; mais hélas! toutes ces plantes sont des plantes potagères de la plus commune espèce : des choux, des carottes, des navets, absolument comme dans un jardin maraîcher des environs de Paris.... Le jardin botanique, victime des dissensions de la société qui l'administrait, a disparu pour faire place à un champ de légumes.
L'École des arts et métiers est un beau bâtiment, construit avec élégance et simplicité. On peut en dire autant du collège, dont l'église réunit à sa façade trois ordres d'architecture.
Le manège , la salle de spectacle , l'Hôtel-Dieu , le dépôt de mendicité, méritent également qu'on les visite.
Le plus bel édifice de Châlons est sans contredit le couvent de Saint-Pierre, qu'on a transformé en caserne. Situé de l'autre côté de la rivière, orné de corniches et de sculptures élégantes , il présente une masse imposante de bâtiments, dans le style moderne, et d'un effet magnifique.
Il faut aller voir aussi, à l'entrée de la roule de Vitry, un bel arc de triomphe , d'ordre ionique , et construit en 1770, qu'on appelle la porte Sainte-Croix.
La ville de Châlons est en partie entourée d'anciens murs assez bien conservés; ses boulevards, plantés d'ormes, sont
^^m- uy
Pont du Jard.
GHÂLONS-SUR-MâRNE. 37
bien entretenus. Elle se présente au voyageur qui arrive de Paris avec toutes les apparences d'une grande cité. On y entre, après avoir traversé la Marne sur un beau pont en pierre, construit en 4780, par une petite place demicirculaire , bâtie monumentalement et fermée d'une grille; du milieu de cette place part en ligne droite la longue et belle rue de Marne, jusqu'à la place de l'Hôlel-de-Ville, qui est carrée et bien bâtie. Malheureusement, les autres quartiers ne tiennent pas ce que promet une pareille entrée; les rues sont étroites, les places irrégulières; les maisons, pour la plupart en bois, sont lourdes et basses.
Châlons s'étend entre deux plaines au milieu de belles prairies; quelques collines bornent son horizon. Elle était autrefois traversée par la Marne, qui depuis 1788 la longe seulement. Elle donne encore passage à deux ruisseaux affluents de la Marne : la Maud et la Naud. Entre la Marne et la ville est un canal qui donne de l'activité à la navigation.
L'habitant de la Marne passe pour avoir de la bonhomie , de la simplicité et surtout de la bravoure. On a dit que, naturellement gai, mais brusque et pétillant comme le vin que son sol natal lui fournit, et dont il abuse quelquefois, il s'emporte et s'apaise avec la même promptitude.
Laborieux et persévérant, le vigneron jouit d'une certaine aisance. S'il n'y a pas de graudes fortunes dans le pays, on n'y est pas non plus affligé par le spectacle de la mendicité.
u Dans le vignoble, la femme est vraiment le compagnon de travail de son mari; elle partage ses fatigués; l'intérieur du ménage, qui est ailleurs la tâche du sexe le plus faible, n'est ici que son amusement; le reste lui est commun avec le nôtre : aussi l'habitude du plein air et une vie laborieuse donnent aux femmes une force qu'on ne remarqué pas ailleurs*; elles sont moins délicates, et ont, par la même raison, moins d'agréments; elles sont généralement très-hâlées. Hais, bonnes femmes et bonnes mères, de nombreuses qua-
lités remplacent pour elles, dans l'intérieur de la famille, ce qui leur manque sous le rapport de la beauté \ »
Le département de la Marne offre quelques curiosités naturelles. A Courtagnoux , il existe un banc long de plus de 30 000 mètres et large de plus de 20 000, composé de coquilles et de fossiles marins. On rencontre, dans les bancs de craie et de sable, du bois pétrifié qu'on a cru reconnaître
La préfeclure de Châlons.
pour du châtaignier. Près de Châlons, on a trouvé les ossements d'un animal antédiluvien de la grosseur d'un éléphant.
Parmi les établissements particuliers de la ville de Châlons, il en est un qu'on ne saurait se dispenser de visiter; c'est celui de M. Jacquesson, dont les caves offrent ce qu'il y a de plus beau dans ce genre.
Ce qu'il faut placer au premier rang entre les curiosités du département de la Marne , c'est un village nommé
^ . L'Observateur de la Marne.
CHALONS-SUR-MÂRNE. 39
CourtisolSy situé à i2 kilomètres dé Châlons, sur la route de Sainte -Menehould, et peuplé de plus de îîOOO habitants. Ce village n'était, vers la fin du xvii* siècle, qu'un misérable hameau; il compte aujourd'hui 10 000 mètres d'étendue, de l'une à l'autre de ses extrémités. Composé de deux rues parallèles , dont les maisons sont séparées par des plantations, il se divise en trois paroisses : Saint-Julien, Sainte-Mammie et Saint-Martin. « On prétend, dit M. de Jessaint , que c'est une ancienne colonie d'Helvétiens qui est venue s'établir dans ce canton, et que le jargon qui leur est particulier provient héréditairement de leurs ancêtres. Au reste, on ne peut pousser le génie agricole plus loin que ces industrieux cultivateurs. Ils ont eu l'art de perfectionner les engrais , et ils sont venus à bout de fertiliser un des sols les plus ingrats de la contrée. Ils ne se sont pas contentés d'être habiles colons; à cette première source de prospérité ils ont réuni celle du commerce. Personne n'a peut-être étendu plus qu'eux cet esprit mercantile et spéculateur. On les trouve, on les rencontre partout, même à des distances éloignées. Partout ils s'adonnent à un commerce d'échange, qu'ils exercent avec intelligence et profit*. » Malte- Brun est, quant à l'origine des habitants de Courtisols, d'une autre opinion que celle dont parle M. de Jessaint : selon ce savant géographe, leur langage est simplement un patois français, et le nom de leur village signifie habitations isolées; au lieu d'être helvétienne , leur origine pourrait être celtique. Il est en effet tout naturel de penser que les Courtisions sont d'anciens Gaulois qui ont conservé les mœurs et le langage de leurs ancêtres. Les mariages, chez les Courtisions , se font au printemps; les noces ont lieu dans les granges dégarnies de gerbes; le soir, au moment de se retirer, les nouveaux époux distribuent aux convives deux gâteaux formés en double nœud.
i . Description topographique du département de la Marne.
i Les enterrements y sont suivis d'une cérémonie singulière : le surlendemain d'un décès, tout le linge lessivé du défunt est porté, dès le matin , par les parents , sur le bord de la rivière; là se rendent aussi les voisines, laissant pendre, en signe de deuil, les barbes de leur coiffe. Alors chacune s'avance à son tour, frotte quelques pièces de linge, lés bat, les lave et se retire. Cet étrange blanchissage dure ordinairement jusqu'à midi.
Au nombre des personnages célèbres dont Ghâlons s'honore d'avoir été la patrie, il faut compter, les deux Akakia père.et fils : le premier, professeur de médecine à l'université de Paris et médecin de François !•' ; le second , professeur royal en chirurgie; Nicolas Perrot d'Ablancourt, membre de l'Académie française; Claude du Moli^et, savant antiquaire; François Blondel , le célèbre architecte de la porte Saint- Denis.
Atelier Jacquesson.
Place de Vilry-le-François.
A la sortie de Châlons, on voyage entre une longue côte crayeuse, à droite, et la Marne qui coule à gauche; de temps à autre, la côte s'abaisse pour laisser apercevoir un château avec son parc , ou une jolie maison de campagne entourée d'un riant jardin; de l'autre côté, au delà de la Marne, s'étendent de belles prairies , sillonnées de ruisseaux , bordées de peupliers et de saules ; des villages bâtis en bois et en terre, des plantations de pins, des champs de blé, des
vignes accidentent et complètent ce paysage, au milieu duquel disparaissent successivement les deux petits villages de Vitry-la-Ville et de Loisy, pour faire place à Vitry-le-Fran-çais , on plutôt Vilry-le-François , du nom de François I", son fondateur.
A un kilomètre de cette ville, existait autrefois Vitry-en- Perthois, que Louis VII prit et saccagea , donnant ordre de massacrer toute la population. L'église avait servi de refuge à 1300 personnes; le roi y fit mettre le feu, et ne s'éloigna qu'après s'être convaincu que pas une victime n'avait échappé. Quatre siècles plus tard, cette malheureuse ville, rebâtie et repeuplée,- devait disparaître dans un nouveau désastre : prise par Charles-Quint, elle fut entièrement consumée par les flammes. Ce fut alors que François P' bâtit et fortifia le nouveau Vitry.
L'église, consacrée à Notre-Dame, est un des premiers grands édifices construits en France depuis la restauration des arts; elle a deux tours et un beau portail, ornés d'ordres corinthien et composite. La façade donne sur la place d'Armes, qui est plantée d'un double rang de tilleuls et ornée d'une jolie fontaine. Du centre de celte place on aperçoit à une extrémité l'hôtel de ville, entouré d'une promenade semicirculaire qu'enferment les fortification^s , et à l'autre la porto du Pont. Cette porte ouvre en effet sur un pont qui traverse la Marne : elle est surmontée de trophées et décorée de bas-reliefs.
La ville de Vitry est carrée, entourée de fossés et ceinte de murs garnis de bastions; elle est propre et bien percée; les rues, larges et droites, aboutissent à la place d'Armes; les maisons, en grande partie, sont couvertes avec des tuiles rouges d'un aspect peu agréable ; elles sont petites, mais bien bâties, bien alignées et d'une propreté remarquable.
Sur une petite place , à côté de l'église , on voit la statue en bronze de Royer-Collard, par Marochetti, élevée en 1846,
et posée sur un piédestal que décorent deux bas-reliefs en bronze.
Après avoir laissé Yitry à gauche, on entre dans une vaste plaine cultivée, où les villages commencent à devenir plus rares, ce qui du reste empêche de regretter la physio-* nomie assez piteuse de leurs maisons en torchis , à toitures de tuiles rouges. On passe devant Blesme^ qui est à droite et où s'embranche la ligne de Saint-Dizier à Gray; devant Pargny^ qui est à gauche, sans éprouver le moindre désir de finir ses jours dans quelqu'une des: habitations de ces monotones villages ; on avance toujours, en suivant le cours de la Saulx , dans la vallée qu'arrose cette rivière ; on souhaite, en jetant un coup d'oeil sur la petite ville de Sermaize^ de n'avoir jamais besoin de recourir k ses eaux minérales ferrugineuses iodurées , bien que sa fontaine des Sarrasins soit placée dans un site fort agréable ; enfin , au bout de quelques minutes, on sort du département de la Marne pour entrer dans celui de la Meuse.
Près de la rive droite de l'Omain, et à gauche, s'étend un grand village, avec un beau pont en pierre et une église surmontée d'une flèche élancée ; c'est Revigny, ou Revigny» auX'Vaches, qui fut autrefois une ville importante, mais que les Suédois brûlèrent et saccagèrent en 1640. A partir de cette station, la plaine commence à se resserrer; les villages se rapprochent, on voit reparaître les coteaux avec leurs vignes et leurs bois ; le canal de la Marne au Rhin est à droite, et bientôt, de ce même côté, se dresse en amphithéâtre, sur la pente d'une montagne, l'ancienne capitale du duché de Bar.
Il est impossible d'assigner à Bar-le-Duc une origine certaine ; suivant l'opinion de quelques auteurs , Texistence de cette ville était antérieure à l'établissement des Francs dans les Gaules. Frédéric, beau-frère de Hugues Capet, y fit construire , en 964 , un château flanqué de quatre grosses
tours, qui contribua beaucoup à son accroissement. L'opinion de dom Calmet est que la ville basse existait seule à cette époque, et que la ville haute, dont les deux églises sont d'une construction postérieure, dut son origine à la fondation de ce château. On prétend que le nom de Bar vient de barbeau, poisson très-commun dans l'Ornaln, et cette assertion est fondée sur les armoiries de la ville , où l'on voyait en effet deux bars ou barbeaux adossés l'un à l'autre. Après avoir été longtemps gouverné par des comtes et des ducs particuliers, le Barrois se trouva réuni au duché de Lorraine, en 1419, par le mariage de René d'Anjou avec Isabelle de Lorraine. La ville de Bar-le-Duc, plusieurs fois assiégée et prise, n'a plus aujourd'hui ni tours, ni murailles, ni enceinte fortifiée. Elle se divise en deux parties : la ville haute et la ville basse. La première est bâtie sur le flanc de la montagne ; ses rues sont escarpées, peu fréquentées ; on y trouve de belles constructions, et tout au sommet une belle rue où l'herbe croît, dans certains endroits , entre les pavés. Dans le voisinage s'élève l'église Saint-Pierre, dont Louis XI fit bâtir le portail , et qui renferme une œuvre magnifique du célèbre Léger Richier, élève de Michel- Ange ; c'est un autel de marbre noir, sur lequel est debout un squelette de marbre blanc tenant un sablier; les lambeaux de muscles desséchés et de peau qui recouvrent çà et là les ossements sont rendus avec une effrayante vérité. Ce monument est le mausolée de René de Châlons , prince d'Orange, tué au siège de Saint- Dizier, en 1544.
Sur la place de l'église est situé le musée , qui renferme trois salles : une pour les plâtres ; une pour l'histoire naturelle; une pour les tableaux, dans laquelle sont réunies des antiquités provenant des fouilles faites à Nasium en 1845. Le morceau capital de cette collection est un buste antique de Trajan, en marbre, envoyé de Rome à la ville de Bar-le- Duc, en 1849, par le général Oudinot de Reggio.
On voit encore, dans la ville haute, une tour, nommée tour de THorloge, qui faisait partie des anciennes fortifications, et quelques vestiges de Tancien château, avec une terrasse d*où la vue s'étend sur toute la vallée de TOmain, Au pied de la montagne, d'où l'on descend par des pentes extrêmement rapides et même par des escaliers à pic, la ville
Bar-le-Duc.
basse se présente sous un aspect tout différent. Propre, bien bâtie, percée de rues larges, embellie de places et de promenades, elle plaît surtout par le mouvement qui l'anime. L'Ornain la traverse sous cinq ponts, dont l'un, appelé pont Notre-Dame, est décoré d'une chapelle dédiée à la Vierge. On remarque surtout, dans cette partie de la ville, la rue de la Rochelle , bordée d'une double rangée de tilleuls , et la
46 ItlNÊRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
place de la Municipalité , au milieu de laquelle s'élève la statue en bronze du maréchal Oudinot, duc de Reggio.
La ville de Bar n*est pas riche en monuments; cependant elle a un assez bel hôtel de préfecture, un palais de justice, un hôtel de ville, un collège, une jolie petite salle de spectacle^ et un beau café, nommé café des Oiseaux^ dont on regrette que la façade richement décorée ne soit pas dans une situation plus favorable.
L'habitant de la Meuse se distingue, sous une apparence de bonhomie, par une intelligence déliée et une grande rectitude de jugement: « Les Barisiens, dit l'auteur anonyme du Voyage aux ruines de Nasium , sont amis du travail et de la gaieté ; on leur reproche cependant une certaine froideur, que j'appellerai prudence. Il faut les connaître : ils sont confiants ; ils aiment les saillies , les bons mots , les épigrammes. On ne leur contestera pas la vaillance : la patrie de cent braves éminemment distingués ne peut être taxée d'indifférence en patriotisme et en courage. Le sexe y est généralement beau dans l'âge de l'adolescence ; les femmes y reçoivent de l'éducation , de l'instruction ; autant elles ont de connaissances en affaires, autant elles ont , dans les loisirs de la société , l'esprit pétillant et juste. >*
Il est une industrie exercée dans le département de la Meuse par des bandes nomades venant des cantons boisés de Bitche et de Forbach : c'est le colportage du produit des faïenceries et des verreries du département de la Moselle. Rien de plus curieux que les mœurs et la vie errante de ces bohémiens lorrains. « Le mariage , dit Audenelle dans Y Essai sur la frontière nord-est de la France, est ignoré de ce peuple singulier; femmes et enfants,' tout vit en commun. Le chef exerce un pouvoir suprême,... L'autorité a souvent rendu hommage à la moralité des bohémiens ; atteints par la prévention qui règne contre eux , quelques-uns ont été accusés des délits qui se commettaient dans les lieux voisins
de leur séjour ; mais rarement ces accusations ont été justifiées ; et , si un bohémien était justement soupçonné , sa tribu le jugeait, l'exécutait, et n'attendait pas que la justice le recherchât.
« Lorsqu'une troupe de bohémiens trouve une position favorable, elle y place le piquet et allume le feu. L'âne est déchargé du bagage; les enfants folâtrent; les jeunes femmes préparent le frugal repas ; les plus vieilles se reposent en fumant ; les hommes les imitent ou jouent de quelque instrument ; quelquefois la famille chante en chœur des airs tyroliens; les enfants y mêlent, comme par instinct, leur faible voix, sans blesser les accords, qui sont toujours justes et agréables a Toreille. Ce peuple est naturellement musicien , et ce talent, qu'il exploite, suffit à ses besoins peu étendus. Les femmes dansent d'une manière bizarre et se piquent de magie. Les crédules habitants se font lire leur avenir j)ar ces sibylles de la Lorraine, qui n'ont d'ailleurs, comme celles de l'antiquité, que des antres et des cavernes pour temples. Le bohémien a les traits nobles et réguliers ; sa physionomie est très-expressive. Il est agile, robuste, infatigable dans les exercices du corps. Son teint est basané, parce qu'il a l'habitude de s'oindre le corps et de s'exposer ainsi au soleil, pour endurcir ses membres et leur donner la souplesse que nécessite sa vie sauvage. Leurs femmes sont grandes, bien faites ; leur démarche est aisée. Elles portent leurs enfants à dos, ce qui ne les gène ni dans leurs courses continuelles ni dans leurs occupations domestiques. Elles ont Tœil vif, le regard malin, la parole pressée. Leur chevelure longue, épaisse et d'un noir d'ébène, se trouve relevée sans aucun art , et leur costume , absolument négligé , voile à peine leurs charmes hâlés et rembrunis. »»
Bar-le-Duc a donné naissance au duc de Guise, au capucin Norbert, célèbre voyageur, grand ennemi des jésuites , et dont la vie errante fut presque un roman ; au savant prieur
àe Savigny, Remy Cellier; au peintre Dubois, qui se fit une grande réputation dans le xyi* siècle par la manière dont il peignait les grotesques ; aux maréchaux de France Oudinot, le duc de Reggio et Excelmans.
Engagé dans la vallée de l'Oruain, puis dans le vallon de Malval , entre des coteaux toujours couverts de vignes , le train y après avoir passé deYani Longeville y sur la rive droite de TOrnain , laisse descendre quelques rares voyageurs à Nançois4e^Petit et à Loxémlley pays si peu importants que les géographes ont complètement oublié d'en parler, et que, sans l'établissement des chemins de fer, le voyageur n'en aurait probablement jamais soupçonné l'existence.
C'est ici , sur les cols de Loxéville et de Coutances , que l'on trouve les plus fortes pentes de la ligne; elles sont de 0"',008. La tranchée que l'on a faite pour abaisser le terrain a 22 mètres de profondeur; ou en a tiré 450 000 mètres cubes de déblais. Les talus sont consolidés par des piliers étages, en moellon, surmontés d'arcades ogivales, et dont les interstices sont gazonnés. Ce revêtement forme une décoration aussi agréable qu'ingénieuse.
Mais voici déjà la vallée de la Meuse; on s'arrête un instant à LérouvillCy connu par ses carrières de pierre, puis on voit se dessiner à droite le château de Commercy.
Ce château, ou, pour mieux dire, celui dont il tient la place, devint, au ix* siècle, le noyau d'un village si peu considérable qu'il faisait alors partie de la paroisse de Lérouville. On y vit à cette époque , disent les chroniques , une fille âgée de douze ans rester trois ans sans prendre de nourriture, et recommencer ensuite à manger à l'ordinaire.
Le château et ses dépendances , nommés Commercianum ou Commarcium y de cum en, et^de marrAta limite, parce qu'ils se trouvaient sur les frontières de la Lorraine et du
DE GHÂLONS-SUR-MAKNË A NANCY.
Barrois, étaient possédés par des seigneurs qui avaient le titre de damoiseaux. Plus tard , le village agrandi se fit ville et devint le siège d*une principauté. La cour souveraine nommée les grands jours y tint ses séances. En lâ24, Simon de Sarbruche octroya aux sujets de sa seigneurie une charte d'affranjchissement en vertu de laquelle Commercy fut érigée en Commune. Cette ville, assiégée par les troupes
Commerof*
de Charles-Quint en 1544 , fut prise et en partie incendiée. Elle formait alors deux seigneuries , le château haut et le château tas. Ce dernier a été démoli, vers le milieu du xviq* siècle, pour agrandir les jardins du nouveau palais. Un mariage fit entrer le château haut dans les propriétés de la maison de Gondy. François-Paul de Gondy, cardinal de Retz, le vendit au duc de Lorraine, Charles IV, pour son fils, Henri de Vaudémont; mais il s'en réserva l'usufruit : 63 d
il aimait de prédilection le séjour de cette maison, qu'il avait fait réparer et dans laquelle il écrivit ses Mémoires. Enfin le prince de Vaudémont, après avoir fait démolir en grande partie les anciens bâtiments , fit construire , sur les plans et sous la direction du bénédictin dom Léopold Durand^ un nouveau château que le roi de Pologne, Stanislas, embellit encore pour en faire sa maison de plaisance. Comme ce palais se trouve aujourd'hui transformé en quartier de cavalerie, on ne sera peut-être pas fâché d'avoir une idée de ce qu'il était sous Stanislas ; voici la description qu'en fait le père Bertier dans les Mémoires de Trévoux : « Le salon du château est très-beau ; il a, du côté de la rivière , une belle terrasse, qui communique d'un côté à l'appartement du roi , de l'autre à la galerie. Le spectateur placé au milieu de ce salon voit successivement une avenue de beaux tilleuls de près de trois quarts de lieue, qui aboutit à la forêt, du côté de Saint- Aubin , et par laquelle on arrive au château ; du côté de Vignot, un très-beau canal qui traverse la prairie dans une île de la Meuse. Il est bordé de quatre allées d'arbres sur deux chaussées en terrasse, gazonnées et sablées, et terminé par le Château d'eau, placé au bord de la grande rivière. L'eau y prend cent formes différentes, et s'y trouve métamorphosée en colonnes qui semblent soutenir l'édifice , et en lustre dans le magnifique salon de ce beau bâtiment. Elle forme aussi les colonnes du beau pont qui traverse le canal au pied du château-, où est la grotte de Cerbère, et les stores du kiosque. Du salon du Château d'eau, qui est au plus haut du bâtiment, on passe de plain-pied, par des galeries, aux jardins qui forment la toiture des ailes collatérales. La vue est étendue et très-variée par le développement du château de Commercy , des jardins, des parterres et de la ville à une juste distance, par des coteaux chargés de vignes, des villages, des hameaux, des moulins, et par une grande prairie dans laquelle la Meuse serpente. De grandes
forêts percées de routes et une belle garenne y donnent tous les plaisirs de la chasse. Sa Majesté polonaise a fait faire au bout de l'avenue de tilleuls un parc immense dans la forêt, et embellir encore la fontaine royale qui est au milieu de ces bois.... »
Un hôtel de ville situé en face d'une belle place, un hôpital bâti à l'entrée d'une magnifique avenue, un hôtel de sous- préfecture dans l'ancien couvent des bénédictins, une église dont la voûte est soutenue par des colonnes d'un bel effet,' plusieurs jolies fontaines publiques, tels sont, avec le château, les monuments qui recommandent à l'attention du voyageur la petite ville de Commercy.
Un peu plus loin, sur la rive droite de la Meuse, se trouve le bourg de Sorcy, autrefois chef- lieu d'un comté érigé dans le x* siècle, et qui ajoutait à son
lise de Commercy.
nom celui de Saint-Martin , d'une abbaye considérable détruite longtemps avant la Révolution. On voit encore sur une montagne voisine les traces d'un ancien camp romain où Ton a découvert un grand nombre de médailles antiques et d'autres monuments.
Un souterrain de 570 mètres conduit ensuite à Pagny-sur^ MeusCy où l'on comrnence à prendre possession d'un nouveau territoire, celui du département de la^Heurthe.
La première station, dans ce département, est Fùug^ où Ton arrive par la vallée de Tlngressin, après avoir parcouru un souterrain long de i 120 mètres. Ce souterrain, creusé en grande partie dans un très*mauvais sol, composé de rognons /Vet de blocs reliés entre eux par une glaise que les eaux détrempaient continuellement, présentait les plus grandes difficultés à vaincre : elles ont cédé devant Ténergie, la persévérance et l'habileté de H. Debains.
Foug n'^st plus aujourd'hui qu'un village; ce fut autrefois une petite ville entourée de murailles flanquées de tours et de fossés. Sur la montagne qui la domine, Henri II, comte de Bar, fit bâtir, en iâlB, un château que ne purent prendre, en i232, les troupes du duc de Lorraine. Tours et fossés ont disparu , et il ne reste du château, démoli par ordre de Louis XIII, que quelques ruines' attestant encore son importance.
Le territoire de Foug se compose de coteaux assez élevés, à pentes plus ou moins rapides, qui forment entre eux des détroits et des vallées rétrécies; la vigne, le colza, le trèfle paraissent venir admirablement à la partie inférieure de ces coteaux, dont le sommet présente quelques plateaux couverts d'assez belles forêts.
C'est entre deux coteaux plantés de vignes , sur la rive droite de la Moselle et dans un vallon fertile , que se dessinent les tours de la cathédrale de TouL
Surnommée la Sainte^ à cause du grand nombre de ses évoques canonisés, la ville de Toul est une des plus anciennes de France. Elle était la capitale des Leuci^ et avait déjà une grande importance avant la domination romaine dans les Gaules. Sous César, elle était appelée Tullum. Le christianisme y fut introduit au iv"* siècle par saint Mansuy; à cette époque, elle était déjà fortifiée. Dans son voisinage, on voit le Champ des Allemands, où, en 612, Théodoric II, roi de Bourgogne, mit en fuite, après une bataille sanglante.
DE GHALONS-SUR-HARNE A I^ANGY. 53
son frère Théodebertll, roi d'Austrasie. Vers cette même époque prit naissance dans Toul la puissance temporelle des ëvéques, et commença en même temps pour celte ville une longue suite de désastres. L'histoire nous la montre brûlée, saccagée, décimée par la famine et par les épidémies, pendant les guerres que se firent, vers 680, Dagobert II, roi d'Àustrasie, et Théodebert III, roi de Neustrie ; brûlée deux fois dans le viii* siècle ; brûlée et pillée par les Normands
Vue de Toul.
en 889 ; envahie et pillée par les Hongrois en 934, et réduite à un tel état de solitude que, de tout le clergé, il ne restait plus que Tévêque et trois chanoines; envahie de nouveau trente ans plus tard et pillée par les soldats de Lothaire, puis encore désolée par la famine et par la peste.
Vers le milieu du xm* siècle, commença entre lés bour* geois et Tévêque une lutte qui se perpétua d'évéque en évêque^ de génération en génération. Trois cents ans ne suffirent
point à éteindre une discorde alimentée d'un côté par les continuels empiétements du pouvoir, de l'autre par l'amour de l'indépendance. En 4545, les Toulois, qui, six mois auparavant, avaient fait une réception magnifique et juré fidélité à l'empereur Charles-Quint, passèrent avec le cardinal de Lorraine un traité dans lequel ils déclaraient se mettre pour toujours sous la protection du roi de France ; mais la réunion de l'évêché de Toul au royaume ne fut définitivement reconnue que par le traité de Munster, en 1648. Les anciens remparts furent démolis en 4700, et l'on entoura la ville de nouvelles fortifications, sur les plans de Vauban. La constitution civile du clergé supprima l'évêché de Toul, en 4790.
Saint Gérard jeta, en 970, les fondements de cette belle église qui fut la cathédrale de Toul ; on célèbre encore tous les ans la procession d'une parcelle du saint clou, relique dont elle s'enrichit vers cette époque , et qu'Henri de Ville plaça dans un reliquaire ciselé d'or et d'argent. La nef ne fut achevée qu'en 4340. Le portail, exécuté sous la direction de Jacquemin, fut terminé quarante-neuf ans plus tard. L'édifice avait quatre tours : il s'en écroula une en 4564, et le chapitre fit démolir celle qui y correspondait. Le chœur actuel a été construit de 4625 k 4725. La nef a 88 mètres de profondeur sur 48 de largeur à la croisée, 43 entre les piliers et 27 en y comprenant les collatéraux; sa hauteur sous voûte est de 36 mètres. Le portail en a 37 de largeur, et les tours 75 de hauteur.
L'intérieur de ce beau monument a subi, en 4793, de regrettables mutilations. On a démoli des chapelles, gratté des peintures à fresque, enlevé presque tous les tableaux, détruit un monument élevé à la gloire de Jeanne d'Arc. Le jubé avait déjà été supprimé en 4794. Le portail, véritable chefd'œuvre, a perdu, k la même époque , toutes ses statues et un très-beau Christ en croix. Hais on peut toujours admirer
la jolie loufelle de Thorloge, une magnifique rosace, les trois portes creusées en ogives, les deux tours si éléganïment découpées, enfin toutes ces riches broderies du style gothique, que Ton n'y a point épargnées.
La cathédrale de Toul.
L'autel qui est au fond du chœur est décoré de petites colonnes en marbre noir du plus grand prix. Le maître autel est en marbre bleu et blanc. Des deux grands autels collatéraux , l'un , celui du Sacré-Cœur, a été élevé par la reine Marie Leczinska; l'autre, celui de Marie, par la reine Marie- Antoinette. Au fond de l'église est un grand vitrail représen-
tant le baptême, de Notre-Seigneur; il porte la date- de
Entre autres objets curieux, on montre un fauteuil en pierre , sur lequel on prétend que saint Gérard rendait la justice au peuple; un savant a cru y recohnaître le goût romain, et il fait remonter au règne de Constantin le Grand
l'origine de ce siège, qui, selon lui, a dû servir à Tofficier préposé aux affaires civiles et j udiciaires dans la cité.
Toul renferme une autre église , dédiée à saint Gengoult, construite dans le style ogival , dont le portail offre un mélange' de roman et de gothique.
Le cloître est d'un travail admirable.
On rencontre aussidans cette ville quelques restes assez curieux d'anciens hospices ou d'anciens couvents ; les édifices modernes , à l'exception des casernes et des fortifications, y offrent, en général', peu d'intéfêt.
Citons, parmi les hommes renvarquablesqui ont vu le jour à Toul : saint Loup, évêque de Troyes; Dusaulchoy, littérateur du xvm* siècle , auteur d'un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers, et qui fut président de la société de chansonniers connue sous le nom de Soupers de Momus; le maréchal Gouvion de Saint-Cyr; le baron Louis , minis-
Le clotlre Sainl-Geogouit, à Toul.
tre des finances ; Tamiral de Rigny, célèbre par la victoire de Navarin.
De la vallée de Tlngressin , le convoi passe dans celle de la Moselle; il y traverse cette rivière , devant le petit village de Fontenoy^ sur un pont de sept arches, de i6 mètres d'ouverture chacune, et se trouve en face de Liverdun^ où il
Vue de Liverdun.
franchit encore deux fois la Moselle, sur des ponts de cinq, arches en pTein-cintre, de 24 mètres de diamètre; ces ponts dépassent le niveau du pont-canal de toute la hauteur nécessaire pour, le passage de la navigation.
Liverdun est situé sur une côte escarpée, entourée presque entièrement de forêts, et dont les pieds sont baignés par la Moselle. La découverte d'un petit buste de Minerve et de monnaies romaines ne laisse aucun doute sur l'existence
de ce bourg du temps des Romains. C'était, sous les rois d'Austrasie, une forteresse importante, comprise dans le domaine de Tëvêché de Toul, « forteresse qui était le boulevard de cette cité et un lieu de paix , qui avait résisté au siège et à la fureur des Vandales , et où était honoré le saint martyr Eucaire , » dit le roi Arnould dans le titre d'un privilège accordé à l'évéque.
Ce lieu de paix , ruiné en partie et presque abandonné , était devenu, au xii* siècle, un refuge de bandits et de proscrits. Pierre de Brixey, évêque de Toul, y fit construire un nouveau château , fonda une collégiale dans la ville , et donna aux habitants, en il 78, une charte d'affranchissement. La collégiale fut supprimée, en 1703, par le parlement de Metz. Le château avait été rasé, en 1467, parle maréchal de Fénestrange , qui s'en était emparé après un siège de six semaines.
Les ruines de ce château, ses tours en lambeaux et ses murailles noires de vétusté, la montagne à pic sur laquelle il est assis, l'antique physionomie des constructions de la ville,* le paysage qui l'environne, la Moselle et le canal de it Marne au Rhin , passant l'un sur l'autre , tout cela fait de Ltverdun le site le plus curieux et le plus pittoresque.
Quelques instants consacrés à la visite de deux ou trois monuments n'y seront pas perdus pour le voyageur. Le premier est le tombeau de saint Ëucaire : on le trouve dans l'église, derrière-l'escalier qui conduit aux orgues; le saint •y esl représenté coiffé de la mitre, revêtu des habits épiscopaux et couché sur une pierre au-dessus de laquelle on lit cette inscription en lettres gothiques :
L*ami de Dieu et vrai martyr Eucaire, Jadis de Gran évéque débonnaire, Noble du sang de Baccil réal , L*an de salut trois cent soixante-deux égal,
. DE GHÂLONS-SUR-MARNE A NANCT. 59
Par Julien, jadis empereur des Romains,
Dit l'apostat pour ses faits inhumains,
Fit mettre à mort par Vandres et par Payens,
Vingt-deux cents chevaliers chrétiens,
Près de Pompein, au lieu qu'on dit Aux-Tombes ;
Des dessusdils le benoît saint Eucaire
Était guidon, miroir et exemplaire.
Par grâce de Dieu son chief il apporta
A Liverdun, comme sa Vie le témoigne.
Duquel le corps lasquelq.... aultre....
Jéàus nous doint en Paradis la place.
Avant de quitter l'église , il faut donner un coup d'œil aux stalles du chœur et admirer dans la sacristie un beau
Place et église de Liyerdnn.
morceau de sculpture, qui remonte, à ce qu'on suppose, à Tëpoque de la Renaissance.
Près de la porte d'en haut, à gauche de laquelle est une tour en ruines , vous voyez la maison du Gouverneur , la plus remarquable de toutes les constructions du xv* siècle que renferme Liverdun. La maison de cure et son portail bas, massif, que décorent, au milieu d'une foule d'enjoli-
Yures, quelques médaillons en plâtre du règne de Louis XV, ne sont pas non plus dépourvus d'intérêt.
On lit dans une Notice sur Toul^ de M. Bataille, « qu'une personne, faisant déblayer des ruines à Liverdun pour la construction de sa maison de campagne, trouva un passage enfoui sous des débris, dont le luxe et le style attestaient la richesse et la puissance des anciens propriétaires de cette demeure féodale, et découvrit dans un caveau, dont la grille était oxydée par le temps, trois squelettes assis, la tête supportée par un collier en fer et les reins serrés par des chaînes attachées k la muraille. Sur un des blocs de pierre servant d'escabeau à ces malheureux, on voyait gravés ces mots : Intraviincast, liber, dun, quat. cal. janu. 4i7i *. »
Pendant les guerres que fit le duc Matthieu à la ville de Toul, un des fils de ce prince disparut avec ses écuyers; on a inféré de là que les trois squelettes pouvaient bien être ceux de ces personnages.
Au-dessus de Liverdun , on rencontre la croix de Sainte Eucaire ; elle est en pierre ; sur un bas-relief informe , on voit d'un côté Jésus-Christ entre les deux larrons , de l'autre un homme à cheval qui semble porter sa tête sur sa poitrine : la légende rapporte qu'après avoir été martyrisé près de Pompey, le saint porta lui-même son chef à Liverdun, où il fut inhumé.
Si les antiquités ont droit à nos contemplations , que ce ne soit pas pour elles, toutefois, un privilège exclusif; il est des travaux modernes dont l'importance et la beauté ne permettent pas de rester indifiérent : de ce nombre sont le souterrain et le pont-canal de Liverdun.
Le souterrain a KOO mètres de longueur; la voûte est un plein-cintre dont l'ouverture est de 8 mètres; la maçonnerie a une épaisseur moyenne de 90 centimètres. Les deux têtes
4 . « Je suis entré dans le châleau de Liverdun le quatrième jour ayanl les calendes de janvier 4171.»
sont en pierre de taille ; deux escaliers en pierre donnent un aspect monumental à la tête d*aval. Ce souterrain a été percé au travers de bancs calcaires d'une excessive dureté et fissurés en tous sens , ce qui a rendu l'excavation aussi difficile que dangereuse. £n sortant du souterrain , le canal entre dans une tranchée courbe, très-profonde, garnie de revêtements d'une forte épaisseur; et, ramené sur la Moselle après un cours de 400 mètres , il la traverse au moyen d'un pont en
Souterrain et canal de LWerdan.
pierre de 136 mètres d'ouverture, qui le soutient à 10 mètres au-dessus des plus basses eaux de la Moselle. Le pont, y compris les culées, est long de i75 mètres, large de i0*",60; il a douze arches en plein-cintre , de i 3 mètres de diamètre, à l'exception des deux arches latérales, qui n'ont que 3 mètres , et sous lesquelles se fait la circulation des deux côtés de la Moselle.
Jusqu'à Frouard, la ligne côtoie cette rivière au fond d'une
vallée étroite, entre des collines plantées de vignes à mi-côte et boisées ati' sommet. Elle laisse à gauche et de l'autre côté de la Moselle un joli village qu'on nomme Pompey, et qui possède une église du moyen âge , avec quelques débris de l'ancien château de l'Àvant-garde.
A gauche du pont jeté sur la Moselle, au delà de Pompey, est l'ermitage de saint Eucaire, près duquel on prétend qu'en 362 Julien fit mettre à mort saint Eucaire et 2200 chrétiens. On a trouvé près de cet endroit, au lieu dit le Champ des Tombes, un grand nombre de tombeaux de formes et de constructions différentes, des vases en terre, des grains de collier en verre, des fragments d'armes, etc. Ces objets, ainsi qu'un des tombeaux, sont déposés à Nancy, au musée lorrain.
Frouard est situé au pied d'une côte , sur la rive droite de la Moselle. Le duc Ferry JII y fit bâtir, en 1271, un château dont on voit quelques vestiges en face de celui de r Avant-garde, et qui fut assiégé en 1308 par l'évéque de Metz ligué avec les comtes de Bar et de Salm. A celte occasion eut lieu une singulière bataille : les troupes lorraines , accourues à la défense du château , reconnaissant que l'ennemi avait la supériorité du nombre s'emparèrent d'une montagne couverte de pierres, et ce fut à coups de cailloux qu'elles attaquèrent et mirent en fuite les soldats de l'évéque de Metz. Louis XIII fit démolir, en 1633, le château de Frouard. On montre encore aujourd'hui, à 1 kilomètre du village, l'emplacement d'un ancien ermitage fondé sous l'invocation de saint Jean , et qui fut supprimé en 1787 ; les ermites qui l'occupaient avaient la réputation, méritée dit-on, d'être des détrousseurs de passants.
Sur la place du village, oii voit, une croix de 8 mètres de hauteur, portant un Christ d'un côté, et de l'autre un chevalier à casque plat et à visière fermée, ayant sa large en pointe et blasonnée d'une crosse.
Le pont de Frouard est un des plus beaux du départe-
ment. Il a été construit en 1781 par M. Le Creulx, ingénieur en chef des ponts et chaussées de la généralité de Metz.
C'est à cette station que se bifurque la ligne pour aller atteindre d'un côté Strasbourg , en passant par Nancy , de l'autre, Metz et la frontière prussienne. Le voyageur qui se dirige vers Nancy court au milieu d'une charmante vallée où la Meurthe vient se jeter dans la Moselle ; il passe en vue de Bouxières, où il y eut une abbaye de Bénédictins fondée vers 936 par saint Gau:çelin, puis un chapitre de dames nobles , ce qui fit donner au village le nom de Bouxières- aux- Dames ; il côtoie Ghampigneulles , où le duc de Lorraine , Charles II, battit les ducs de Bourgogne et de Bar et les comtes de Saarwerden , de Salm et Bouquenom ; il traverse le canal de la Marne sur un pont en biais aussi hardi qu'élégant ; puis autour de lui se groupent des maisons de plaisance, des parcs, des jardins; partout règne cet air de fête et de richesse qui annonce les approches d'une grande cité : voici en effet la gare de Nancy ^ entre le faubourg Saint-Jean et le faubourg Stanislas, sur le lieu même qu'occupaient autrefois les étangs où fut tué Charles le Téméraire.
Porte & Liverdun.
La place Carrière, à Nancy.
Capitale autrefois du duché de Lorraine, aujourd'hui réunie à la France et chef-Jieu du département de la Meurthe, Nancy n'est point une ville d'origine ancienne ; on n'y trouve aucune trace des vieux temps historiques : ses souvenirs les plus importants datent au plus d« quelques siècles. Son nom lui vient, dit-on, du mot celtique Nanty qui signifie mare ou marais; elle était en effet environnée de terrains marécageux qui ne furent desséchés que vers le milieu du XV* siècle.
Nancy, en 1070, n'était encore qu^une forteresse,, assez considérable toutefois pour arrêter les efforts réunis des trois armées de l'archevêque de Trêves, de l'évêque de Metz et du comte de Bar. En 1329, les maisons bâties autour du château commençaient à former une sorte de ville, que le
Tours de la CrafTe.
duc Raoul augmenta, embellit et fit paver. Cinquante ans plus tard, Jean I", qui avait à se défendre contre l'évêque de Metz, y fit élever les tours de la Graffe, où Charles II renferma ses prisonniers après avoir vaincu à Champigneulles les troupes coalisées du duc d'Orléans, du comte de Bar, de
l'évêque de Verdun, des comtes de Nassau, deSalm et. de Saarwerden, du damoiseau de Gommercy et de plusieurs autres seigneurs. Ce fut des mains de ce même Charles II que, suivant la Chronique de Lorraine^ Jeanne d'Arc, amenée à Nancy par le capitaine Baudricourt, reçut un harnais, des armes et un cheval. Sous le règne de René II, en 1476, la ville de Nancy fut assiégée et prise par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ce prince belliqueux ne jouit pas longtemps de sa conquête; le 5 janvier de Tannée suivante, il tombait sous les armes victorieuses de René II, devant ces mêmes murs dont il avait franchi les portes en triomphateur. Des privilèges et des embellissements furent la récompense du courage héroïque déployé dans cette journée par les habitants.
Mais ce fut surtout sous le règne de Charles III que cette cité, seulement ébauchée, entra réellement dans une ère de splendeur et de prospérité. Orphée de Galéan reconstruisit les fortifications renversées par le duc de Bourgogne; les marais se transformèrent en longues et larges rués; une ville neuve sortit de terre, comme par enchantement, tout près de la vieille ville, en moins de quarante années. « La religion et les mœurs, dit M. Guerrier de Dumast, y brillaient du plus pur éclat; les arts y étaient cultivés avec ardeur, l'industrie s'y développait dans une foule de manufactures. Au dedans, on admirait les rues tirées au cordeau, chose encore si peu commune k cette époque; au dehors, quatorze bastions gigantesques, décorés d'ornements et de sculptures et liés par de longues courtines, formaient la ligne de son enceinte, que protégeaient des ouvrages avancés. »•
Tout ce que Nancy avait acquis de grandeur et de richesse sous Charles III et sous son successeur Henri II, elle le perdit pendant le règne agité du capricieux et turbulent Charles IV. Tombée au pouvoir de la France, démantelée.
réduite à la plus affreuse misère^ désolée par la famine et par la peste, rendue enfin à son souverain dans un état si pitoyable qu'il se vit obligé , pour lui procurer quelques habitants, d'octroyer force privilèges, elle demeura languissante jusqu'en 4697, où le génie de Léopold fit surgir de ses ruines des hôtels, des fabriques, des manufactures, des académies et toute une nouvelle population. Stanislas, achevant i'œuvire de Léopold, marqua définitivement à Nancy le rang distingué qu'elle n'a cessé d'occuper parmi les cités les plus belles et les plus importantes d'Europe. Ici &'ouvre une nouvelle phase de l'histoire de la Lorraine, et par conséquent de Nancy. François, fils de Léopold, avait épousé, en d736, la fille de l'empereur Charles VI, Marie-Thérèse. Dans le même temps, Stanislas, après avoir disputé le royaume de Pologne à son compétiteur l'électeur de Saxe , se trouvait dans la situation la plus critique, fugitif et dépouillé de sa couronne. Mais Stanislas était beau-père de Louis XV, qui avait ëpousé sa fille Marie Leczinska. Lorsque, en 1736, la paix fut conclue entre l'empire et la France , le premier article des préliminaires porta : « Que le roi Stanislas abdiquerait.... qu'il serait mis en paisible possession du duché de Lorraine et de Bar; mais qu'immédiatement apsès la mort de ce prince, ces duchés seraient réunis en pleine souveraineté pour toujours à la couronne de France. »
Après la mort de Stanislas , le 23 février 1776 , la Lorraine devint donc une province française, et Nancy, tout en conservant sa beauté, se trouva déchue de son rang de capitale. Habituée à être enrichie par ses princes, elle se vit pressurée par des gouverneurs ; son histoire particulière s'effaça devant l'histoire générale de la France. Elle n'a guère à transmettre de souvenir plus saillant que l'affaire du 31 août 1 790, dans laquelle un jeune officier, nommé Désilles , voulant éviter l'effusion du sang, se jeta courageusement audevant de la bouche des canons, et fut tué en arrachant les
mèches des mains des canonniers. On prétend aussi que ridée première de la Sainte-Alliance fut conçue à Nancy par les trois souverains coalisés qui Toccupërent deux fois , en 1814 et eu 1815.
Pour peu qu'on ait, une fois dans sa vie, causé avec quelque Nancéien , on a entendu parler de la place Stanislas , et de manière à piquer vivement la curiosité : c'est en effet le monument, ou, pour mieux dire, l'ensemble de monuments que Nancy offre en première ligne à l'admiration du
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La place Stanislas.
touriste. Cette vaste place , avant Léopold , n'était qu'une esplanade où figurait le pilori , à l'endroit même où l'on voit la statue du roi Stanislas. Nommé Jalande par le peuple , ce pilori se composait d'une cage ronde, haute de 6 pieds, large de 3, garnie de gros barreaux de bois et tournant sur un pivot. On y voyait exposées à la fois jusqu'à trois et quatre filles que les écoliers, en sortant du collège, s'amusaient à faire tourner comme des écureuils.
Cinq beaux .pavillons , de superbes grilles en fer , deux magnifiques fontaines , un arc de triomphe , tel est aujour^d'hui Tencadrement de cette place ^ où s'élevèrent successi- Yement les statues de Louis XV, du Génie de la France et de Stanislas , et dont tous les travaux furent confiés à ded artistes et à des ouvriers lorrains , sous la direction d'Emmanuel Héré, premier architecte du roi.
L'arc de triomphe, construit, par les ordres de Stanislas, sur l'emplacement de la porte Neuve, où Léopold avait établi son Académie de» beaux-arts, est d'ordre corinthien , élevé sur un piédestal, couronna d'un attique et terminé par le médaillon de Louis XV en plomb doré ; ce médaillon est soutenu par un Génie et par une femme assise représentant la Lorraine. Au-dessus du Génie plane une Renommée tenant d'une main une trompette, et de l'autre une couronne de laurier; sous le médaillon, on lit ces mots , guavés en lettres d'or sur un marbre noir :