DE BLESME A SAINT-DIZIER
L'embranchement qui doit traverser le déparlement de la Haute-Marne pour atteindre la ville de Gray, dans la Haute- Saône, n'est encore ouvert que jusqu'à Saint-Dizier. Il commence k Blesme, où le voyageur change de train , et se compose d'une seule voie ferrée. Dans tout le parcours, qui est de iS kilomètres , on ne rencontre rien qui vaille la peine d'être cité ; une vaste plaine , une forêt dont on coupe la lisière, puis encore une plaine et quelques rares villages aperças d« loin , voilà tout. On arrive à Saint-Dizier en 35 minutes.
Il n'y •» guère plus de monuments dans celte ville que d'accidents de terrain sur la roule qui y conduit. Mais c'est Bnecité industrieuse et florissante, et, s'il faut en croire les
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chroniqueurs, elle a une origine d'une antiquité très-respectable. Les uns veulent qu'elle ait tiré son nom d'un temple consacré par les Romains à la déesse Isis. Les autres cherchent une étymologie dans le nom latin sanctus Desiderius, de saint Didier, troisième évêque du diocèse de Langres. Vers l'an 264, disent ces derniers, une horde de barbares, sous la conduite de Chrocus, assiégea Langres, massacra ou dispersa les habitants, et fit mourir le pieux pasteur qui avait offert sa vie pour sauver celle de son troupeau. Des miracles signalèrent le martyre du prélat; ses restes, recueillis par les fidèles, furent déposés en partie dans la basilique de Sainte-Madeleine, à Langres , et en partie transportés dans une contrée couverte de forêts, où l'on érigea un tombeau à te mémoire du saint. Ce fut dans cette contrée, autour de ce tombeau, que la ville de Saint-Dizier prit naissance.
Treize siècles d'existence avaient dû lui donner un accroissement considérable; aussi ne faut-il point s'étonner de lire dans Belleforest que c'était une belle^ forte, famefose place et forteresse. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle soutint, en i544, un siège qui occupe une des belles pages de l'histoire de France.
Charles-Quint, vainqueur à Luxembourg, à Commercy, à Ligny, arrive devant Saint-Dizier avec une armée de iOO 000 hommes. Lalande et Sancerre commandent dans la place, que défendent les citoyens et 2000 hommes de troupes. Sommés de se rendre, ils répondent par le silence; Charles, furieux, fait ouvrir la brèche et ordonne l'assaut; les Espagnols sont repoussés. Chaque jour une nouvelle attaque échoue devant le courage et la fermeté des assiégés. Le favori de Charles, René d'Orange, tombe à la tête des Belges. Le brave Lalande, qui a constamment payé de sa personne, est atteint par un boulet de canon, dans sa chambre , au moment où il s'y retirait pour goûter un instant de repos. Mais Sancerre poursuit avec succès l'œuvre si glorieusement