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Statistique du département de la Meurthe, par H. Lepage

DE FftOUÂRD Â METZ.

coquettement bâti, qu'on appelle Ars-sur^Moselle , ou mieux Arches-sur-Moselle. Ce nom lui vient des restes d'un aqueduc, qu'on a vus sur la rive gauche de la Moselle, quelques instants avant d'arriver à cette station. Cet aqueduc, nommé dans le pays Pont du Diable, et qui va , sur la rive droite, former de majestueuses arcades jusqu'au village de Jouy, fut, dit-on, bâti par Drusus; il avait pour destination de conduire dans l'antique Divodurum les eaux nécessaires aux bains et à la naumachie.

Aqueduc de Jouy.

On arrive en quelques minutes à une nouvelle station. Celle-ci, à l'exception d'une gare élégante et coquette, n'offre rien d'attrayant aux regards : une ceinture de remparts , une porte qui, pour être toute neuve, n'en ressemble pas moins à l'entrée d'une prison , voilà pour le coup d'oeil ; et pourtant on s'empresse de descendre , on court vers ces remparts, on s'engage dans la courbe de cette porte ; c'est qu'il se trouve au delà une ville qui fut une grande cité'gauloise

du temps des Romains , qui devint, sous les rois francs , la capitale de TÂustrasie, et qui tient aujourd'hui le premier rang parmi les places forties de la France.

Batnes de la Torteresse de Mousson.

Vue de Melz.

Les souvenirs historiques de la ville de Metz remontent h deux mille ans environ ; elle portait le nom de Divodurum, lorsque César entra dans les Gaules, et elle appartenait aux Médîomatriciens (Mediomatrici), qui faisaient partie de la Gaule belgique. L'armée de Vitellius , commandée par Valens , y égofgea 4000 habitants en Tannée 69, et le farouche roi des Huns y signala' sa fureur, en 451, par un massacre encore plus considérable. Après la bataille de Tolbiac, Metz, que déjà Ton appelait Mettis, embrassa le parti de Clovis , et devint, quelques années plus tard, la résidence du fils de

ce prince, Thierry, qui en fit la capitale du royaume d'Austrasie. Louis le Débonnaire y mourut en 840, et fut inhumé avec la reine Hildegarde, sa mère, dans l'église de Saim- Arnould. Prise en 923 par Henri l'Oiseleur, en 945 par Othon le Grand, pillée par les troupes de ce dernier en 955, cette ville, où avaient été reconnus rois de Lorraine Charles le Chauve en 869 et Lothaire IV en 968, s'affranchit de ses souverains et se constitua ville libre et impériale. Son gouvernement, basé sur l'élection , devint républicain ; elle fut administrée par un maître échevin choisi dans les familles des paraigesy sortes de tribus au nombre de six, composées, les cinq premières de nobles, et la sixième de bourgeois et d'artisans. Chaque paraige avait un chef cT hôtel; la bourgeoisie nommait quarante députés ; et ces députés, réunis aux chefs d'hôtel , procédaient tous les cinq ans à l'élection du conseil des treize^ qui avait dans ses attributions la police, la justice criminelle et civile, et, de concert avec le maître échevin, la confection des ordonnances et des statuts particuliers. Pour la rédaction des lois, ils étaient obligés de s'adjoindre les députés et les commissaires de quartiers, nommés comtes jurés. Venaient ensuite les sept du trésor, les sept de la monnaie, les sept de la guerre, etc., sortes de comités présidant autant de départements ministériels, et dont les cinq paraiges nobles fournissaient cinq membres , tandis que le paraige de la bourgeoisie en fournissait deux. Mais la liberté, la grandeur et la prospérité de Metz devaient avoir un terme. Harcelée , tantôt par les empereurs , tantôt par les rois de France, qui lui faisaient payer la paix au poids de l'or; ravagée par les compagnies franches et par les ducs de Lorraine; ruinée par le siège qu'elle eut à soutenir, en 1444 , contre les armées réunies de Charles VII et de René d'Anjou ; dévastée par les inondations de la Moselle , décimée par la famine et par la peste , la république messine songea à se donner un protecteur, et, en 1552, elle

se jeta entre les bras de la France. Cette même année fut pour elle une époque glorieuse : Charles-Quint, commandant en personne une armée de 100 000 hommes, vint épuiser, devant ses murs, soixante-cinq jours d'efforts inutiles, et se vit forcé à une retraite humiliante par la belle et vigoureuse défense du duc de Guise.

Au lieu d'un protecteur qu'elle avait cherché, Metz trouva un maître dans la France; en peu de temps elle vit disparaître ses institutions républicaines et s'élever une citadelle pour réprimer ses tentatives de révolte. Le jour où, pour la première fois, on lui enleva le droit d'élire son premier magistrat, Audrouin Roussel, ancien maître échevin, se tua de désespoir. Réduite de 60 000 habitants à 20 000 , elle tomba dans un triste état d'anéantissement et de pauvreté d'où Henri IV, Turgot et le maréchal de Belle-Isle essayèrent à diverses reprises de la faire sortir.

Resserrée aujourd'hui dans des limites plus étroites, la ville de Metz a vu remplacer par d'immenses fortifications une partie de ses monuments, de ses abbayes, de ses églises. Elle est devenue une des places de guerre les plus fortes de France. Ses armoiries font allusion à son plus beau titre de gloire, qui est de n'avoir jamais été prise , depuis qu'elle a été garnie d'une enceinte : elles se composent d'un écusson parti d'argent et de sable , surmonté d'une pucelle couronnée de tours et tenant une palme de la main gauche. Ce fut pour ne point déroger que la fière cité refusa le passage aux armées de la sainte alliance, lorsqu'elles évacuèrent le territoire français ; elle leur fit traverser la Moselle sur un pont qu'elle construisit sous ses remparts , afin d'épargner à son enceinte, vierge du joug étranger, la honte et la douleur d'un tel spectacle.

L'enceinte fortifiée de Metz, à laquelle on ne cessa de travailler depuis la domination française, et que modifia presque entièrement le célèbre Cormontaigne, il y H un peu plus

il A ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.

de cent ans, est tellement importante par sa force et par son étendue, qu'il faudrait, avec un matériel extraordinaire, une armée de iW 000 hommes au moins pour en entreprendre le siège. Il ne reste de l'enceinte du xvi* siècle que le retranchement de Guise, la tour Serpenoise, la porte des Allemands et la tour d'Enfer. La porte des Allemands semble avoir été conservée pour donner une idée de toutes celles qui existaient alors, et qu'on a démolies comme inutiles, depuis le nouveau système de fortifications ; c'étaient autant de châteaux forts , à quatre tourelles surmontées de batteries , et qui avaient chacun un châtelain. On remarque, sur les murailles de la tour d'Enfer, les traces des boulets espagnols, et l'on y montre le cachot où , pendant six mois , furent enfermés les cordeliers qui avaient Comploté de livrer la place aux troupes impériales.

Les abords de la ville sont défendus par deux forts, six lunettes et une redoute en terre. Les deux forts sont dus à Cormontaigne. Celui de Belle-Croix, qui, avec la lunette du Cheneau , présente un développement de galeries de mines d'environ 10 000 mètres, couronne, à l'est, les hauteur» d'où l'on pourrait plonger dans la ville. L'autre, nommé fort Moselle, ou de la Double-Couronne, est situé à la partie septentrionale; son enceinte, formée de fossés pleins d'eau et de fortifications rasantes, le rend de difficile atteinte pour le canon de l'ennemi.

Construite en 4737, la redoute, nommée redoute du Pâté, occupe l'emplacejnent de l'ancienne Naumachie , et forme , lorsqu'on élève les eaux de la Seille, une île dans laquelle on pénètre, de la place, par une galerie souterraine.

On entre dans Metz par neuf portes , qui sont les portes de France, de la Citadelle, Serpenoise, Saint-Thiébault, Mazelle, des Allemands, Chambière, de Thionville , du Saulcy et Sainte-Barbe.

Un magnifique édifice gothique s'élève au centre de la

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ville : c'est la cathédrale, qui tient la place d'un monument plus ancien, et dont la construction commencée en 1330 par révéque Adhémar de Monteil, dura plus de deux siècles. Sous l'épiscopat de Thierry Bayer de Boppart, moiçt en 1383, les voûtes furent fermées et Tintérieur s'embellit , ainsi que Textérieur, de galeries, de sculptures et de peintures. Cent

Extérieur de la cathédrale.

ans plus tard, on s'occupa de la construction d'un clocher; le chœur, entrepris, à la fin du xv* siècle, par le chanoine Jacques Damange, ne fut achevé qu'en 1510. La bénédiction de l'édifice entièrement terminé eut lieu le 24 mai 1546.

La cathédrale a 12â mètres 25 centimètres de longueur dans œuvre, et, hors d'œuvçe, 128 mètres 62 centimètres.

Sa hauteur est, sous voûte, de 41 mètres 70 centimètres. La nef est large de 14 mètres 56 centimètres; les collatéraux, élevés seulement de 14 mètres, ont une largeur de 8 mètres 10 centimètres. La flèche, légère, hardie, taillée à jour, entourée de petites flèches en forme d'obélisques, s'élève dans les airs à une hauteur de 85 mètres 50 centimètres; elle est l'œuvre d'un habile architecte messin, nommé Ranconval, qui n'employa pas plus de trois ans à la construire. La cloche que renferme cette tour pèse 13000 kilogrammes; on lui a donné le nom de la Mutte, Lorsqu'on la met en branle, elle fait éprouver un balancement sensible à la grande et aux petites flèches. Elle porte cette inscription :

Dame Mutte suis baptisée,

De par la cité ci-posée,

Pour servir à la cilé

Aux jours des grandes solennités ;

Et aussi pour crier justice,

Prendre ban de bonne police ;

Les contredire quand bon me semble,

Et pour convoquer gens ensemble.

La seconde tour, commencée par M. Deny, sculpteur messin , a été terminée par M. Thiébault.

Une singularité choquante frappe le curieux, au premier coup d'oeil jeté sur là façade principale du monument : malgré tout le talent dont a fait preuve l'architecte Blondel, on regrette certainement de voir ce lourd portail moderne, d'ordre dorique , appliqué à un chef-d'œuvre de l'architecture gothique. L'idée en appartient à Louis XV, qui le fit construire en 1765, à la suite d'une maladie dont il faillit mourir k Metz. Mais c'est une fâcheuse impression bien vile effacée lorsque , à l'intérieur, on contemple ces masses colossales, ces longues ogives, cette colonnade hardie qui commandent l'admiration, cette ro|e d'une étonnante dimension,

si délicatement travaillée, ces vitraux du chœur dont le dessin est si beau, dont les couleurs sont encore si vives. Cependant on se sent tout à coup saisi d*un sentiment de

Intérieur de la calhédrale.

tristesse; on devine, à de nombreuses traces de mutilations, que le vandalisme des révolutions a passé par là.

On conserve dans la cathédrale une belle baignoire antique en porphyre rouge, tirée des bains publics des Ro- 63 i

mains, et convertie en fonts baptismaux; la chaire de Saint- Clément, en marbre cipolin, taillée dans le fût d'une colonne romaine; la chape de Charlemagne; deux belles crosses en ivoire du xi' et du xv siècle.

La place Napoléon est belle, régulière, décorée de bâtiments dont l'architecture sévère fait honneur au talent de Blondel; sur son emplacement étaient, avant 1755, le cloître de la cathédrale , les logements des musiciens , plusieurs chapelles, le grenier du chapitre et quelques maisons qu'il fallut supprimer; on fut obligé aussi d'abaisser le sol de 5 mètres. Les chanoines, les échevins, les particuliers intéressés s'opposaient à ces travaux; chaque jour, c'étaient de nouvelles difQcultés : M. de Belle-Isle les trancha toutes en vrai militaire. Dans la nuit du 9 août 1755, la garnison accourut par son ordre sur la place et se mit à l'œuvre aux flambeaux. Le lendemain matin , à la grande suprise des opposants, les déblais étaient terminés.

L'état-major et le commandant de la place occupent l'un des deux pavillons élevés sur la place Napoléon; l'autre, habité par des particuliers , a remplacé l'ancien palais du Parlement, Entre deux trophées que supportent des piédestaux, s'élève la statue de Faberl, par Étex, fondue en 1840 par L. Richard , Eck et Durand. En guise d'inscription , le monument reproduit ces paroles du grand capitaine : « Si , pour empêcher qu'une place que le roi m'a confiée ne tombât au pouvoir de l'ennemi ,til fallait mettre à la brèche ma personne, ma famille et tout mon bien, je ne balancerais pas un moment à le faire. »

Ce fut encore sur les dessins de Blondel que l'ingénieur Gardeur-Lebrun fit construire l'hôtel de ville, commencé en 1766 et terminé en 1771. L'architecture en est simple et noble; la façade est ornée de deux frontons, et de belles grilles en ferment l'entrée; un beau portique conduit à l'escalier, qui est grandiose; en face de la rampe principale,

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on remarque un bas - relief en marbre blanc , de Louis Leroux de Thionville , sous lequel on a gravé ces vera d'Ausone :

Salve, magna parens frugumque vîrumque Mosella : Te clari proceres, te bello exercita pubes, ^tnula te Latiae décorât facundia linguaB.

Quinetiam mores, et laetum fronte severa logenium, natura tuis concessit alumnis.

Salve, amnîs laudate agris, laudate colonis.

L'intérieur de l'édifice renferme, outre les bureaux, de vastes salles destinées aux fêtes, aux séances publiques de l'académie, aux cours de la ville, etc. On y voit peints et sculptés les portraits de quelques-uns des hommes remarquables auxquels Metz se fait honneur d'avoir donné le jour.

A côté de la place Napoléon , entre la cathédrale , la place de la Cathédrale et la place de Chambre, est une construction imposante, qui a toutes les apparences extérieures d'un palais. C'était, en effet, pour en faire son palais épiscopal que M. de Montmorency, en 1785, avait ordonné d'en commencer les travaux , d'après les dessins et sous la direction de Blondel. Mais la Révolution ne permit point de réaliser le projet de l'évêque de Metz; les travaux furent suspendus, et , après quarante années d'interruption , le conseil municipal eut l'idée de les faire reprendre : seulement, au moyen de quelques modifications dans le plan, le palais épiscopal est devenu marché couvert. Remarquable par son étendue et par sa charpente d'une grande élégance , ce marché est cité comme le plus beau qui' soit en France. Les trois galeries dont il se compose forment un pourtour dont la longueur est de 380 mètres ; chacune d'elles a une largeur de 9",48.

De la place de Chambre on arrive , soit par le pont de la Préfecture, soit par le pont des Roches, à une petite île ap-

pelée jadis le Grand-Saulcy, où l'on trouve la préfecture, construction toute moderne, et le théâtre, qui, depuis sa restauration , ne laisse rien à désirer, quant à sa distribution intérieure.

Si Ton sort de l'île par le pont Saint-Marcel, on gagne, par là rue du même nom , le lycée impérial , un des plus vastes et des plus beaux de France, et l'église Saint-Yincent, qui , pour donner une idée de son ancienne beauté , a conservé sa nef élancée et son chœur d'une régularité majestueuse. Le portail , orné d'un triple rang de colonnes , rappelle celui de Saint-Gervais , à Paris.

Traversons la Moselle par le Moyen-Pont, revenons vers la partie sud de la ville, arrivons à l'Esplanade, et là nos yeux seront frappés d'un magnifique spectacle. Du milieu d'un jardin long de 400 mètres, large de 320, planté et dessiné avec goût, la vue embrasse à la fois et la Moselle et les constructions du fort de la Double - Couronne , la plaine qui fuit vers l'ouest, la montagne Saint -Quentin, et un encadrement de coteaux où sont pittoresquement assis de riches villas et de riants villages. Commencée vers le milieu du xviir siècle, terminée seulement en 1813, l'Esplanade, •qui couvre en grande partie le terrain consacré aux abords défensifs de ce côté de la ville, est la seule promenade vraiment belle de Metz et l'une des plus remarquables de France.

Dans le voisinage de l'Esplanade, on rencontre quelques monuments ou restes de monuments qui ne sont pas sans intérêt : au petit arsenal d'artillerie, les restes d'une peinture à fresque du temps de Louis IX; dans un chemin assez escarpé, vis-à-vis d'une plantation d'arbres, un ancien oratoire des Templiers, qui date du xiir siècle, et qu'on reconnaît à la croix épatée qui surmonte sa porte d'entrée; et tout près de là, au fond d'une cour, les restes d'une muraille romaine.

En traversant l'Esplanade, le long de la Moselle, on aper-

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çoit un charmant jardin, qui est le jardin de BoufQers, éi une belle façade qui est celle du palais de justice, construction d'une architecture imposante. A la place de ce monument, dont il faut plutôt examiner l'ensemble que les détails, il y avait autrefois un hôtel appelé hôtel de la Haute-Pierre, que le chapitre de la cathédrale avait laissé à vie au duc de Suffolk, amant de la reine Marie d'Angleterre, à charge par lui de le reconstruire. Le marché ne reçut point son entière exécution, le duc ayant quitté Metz pour aller s'établir à Toul, par suite de ses intrigues scandaleuses avec la femme

Kiosque de l'Esplanade.

d'un orfèvre. « Et dès incontinent le marché fait (raconte Philippe Gérard, dit de Vigneulles, année 1518, page 617), le duc fit tout abattre cette maison de la Haute-Pierre, et furent mandés ouvriers de toutes parts , et tellement que en l'espace de environ un an et demi le duc y mit en ouvrages la valeur de 2000 florins d'or et de poids , et ne fut pas encore l'ouvrage achevé, pour ce que pour certaine occasion il abandonna la cité et s'en alla tenir à Toul. »

L'hôtel de Suflfolk devint plus tard l'hôtel du Gouvernement, et ce fut seulement en 1776 que le palais de justice fut commencé sur son emplacement, d'après les dessins de

Clairisseaux. On y admire les belles rampes de fer du grand escalier, dues au talent d'un artiste messin, nommé Guise; dans la cour intérieure sont deux bas-reliefs, dont Pun rappelle l'bumanité du duc de Guise portant des secours aux soldats du duc d'Albe, après la levée du siège, et l'autre, sculpté par Lemasson, consacre la paix de 1783, conclue entre l'Angleterre, la France, l'Espagne, les États-Unis d'Amérique et la Hollande.

A côté de l'Esplanade est la place Royale, plantée d'arbres ; son étendue la destine tout naturellement aux revues et aux parades militaires.

La place d'Austerlitz , à laquelle conduit la rue Serpenoise, est occupée par le marché aux légumes, œuvre distinguée de M. Vandernoot. Les fouilles nécessitées par cette construction amenèrent la découverte de quelques cercueils en pierre et d'anciennes maçonneries , d'origine romaine , suivant les uns, et qui, suivant les autres, avaient appartenu à une église fondée par l'évêque Wala, en 880.

Un peu plus loin, vers le nord, une place triangulaire, la place Sainte-Croix , est digne d'intéresser la curiosité par d'anciennes constructions, assises sur des aqueducs, des voûtes, des débris de murailles romaines. A l'un des angles de cette place est le temple prolestant , autrefois l'église des Trinitaires, bâti sur une partie de l'emplacement de la cour d'Orme ou cour Dorée, qu'on croit avoir servi de résidence aux rois d'Austrasie.

Plus loin encore , l'église Sainte-Ségolène , avec ses longues et étroites croisées , terminées en fer de lance et presque toutes géminées , invite à venir contempler son portail , les vitraux coloriés de ses deux chapelles latérales, et sa tribune décorée d'une galerie à jour du travail le plus délicat. Élevée sur le lieu même qu'occupait un oratoire fondé par sainte Ségolène au viii* siècle elle paraît avoir été construite vers la fin du xui*.

Près de là sont deux établissements où Ton ne peut se dispenser d'entrer : la bibliothèque et le jardin des plantes.

Dans un vaste local , qui fut autrefois l'église des Petits- Carmes, œuvre de Sébastien Leclerc, sont renfermés à la fois, outre les livres , un musée de sculpture et de peinture , un cabinet d'histoire naturelle, un cabinet de minéralogie, un herbier, des antiquités et des médailles.

La bibliothèque se compose de plus de 30 000 volumes : théologie, 5500; jurisprudence, 2500; sciences et arts, 5500; belles-lettres, 7000; histoire, 8000; ouvrages du xv* siècle, 600; manuscrits sur l'histoire de la ville de Metz et de la Lorraine, 237; manuscrits sur la théologie, la jurisprudence, les sciences, les belles-lettres et l'histoire , 9:20. Parmi les manuscrits des vieux annalistes du pays messin, on remarque ceux de Paul Ferry, de doni Floret, de Philippe de Vigneulles, de Benoît Picard, de Dupré de Genesl, de dom Jean François, de dom Tabouillot, etc.

La collection de tableaux est peu nombreuse, mais on y trouve des copies qui ne sont pas dénuées d'intérêt, et quelques originaux précieux. Un Naufrage^ par Verne t ; une Foire aux chevaux et une Foire aux bestiaux ^ par Verdussen; une Réunion flamande, par Van Ostade; un Portrait de Martin Ryckaërt^ par Van Dyck; un Porte-étendard espagnol ^ par Rembrandt; les Ruines du Cotisée, par Salvator Rosa; un Portrait du temps de Charles IX, par Primatice; une Madone, par Philippe de Champagne; un Christ, par LaHire; une Bouquetière , par Murillo; un Paysage, par David Téniers; un Portrait, par Miéris; une Extase de sainte Thérèse , par Le Sueur ; un Cacique , par Zurbaran ; un Portrait de Boucher, par lui-même; une Bacchante, par Greuze, etc., etc.

Dans le cabinet d'histoire naturelle, la collection d'ornithologie se compose de près de 2000 oiseaux; on y voit une superbe série de pigeons exotiques, de couroucous,

d'aracaris et quelques pièces rares. La mammologie , qui occupe une vaste salle, compte de précieux exemplaires notamment dans les genres tigre, antilope, léopard, casto., renard, etc. Parmi les reptiles, on distingue un magnifique boa constrictor de 7 mètres de long, et une série de reptiles du nord de l'Afrique et du Brésil. Les poissons et Tentomologie offrent quelque intérêt. La collection de conchyliologie est très-belle.

Le jardin des plantes occupe l'ancien couvent des capucins , dont l'église forme aujourd'hui une magnifique orangerie. Il renferme trois serres, deui orangeries, et plus de quatre mille plantes soigneusement classées.

Près de la porte des Allemands, l'église Saint-Eucaire , monument du xm* siècle , conserve , dans une chapelle dédiée à saint Biaise, très- élégamment sculptée, une remarquable petite statue du moyen âge, et, à Tune des parties latérales de l'église, du côté de la rue des Allemands, un précieux reste d'architecture ogivale, style fleuri.

Le séminaire, qui forme presque tout un côté de la rue Asfeld , est une vaste construction d'architecture simple ; on y voit, au-dessus de l'autel de la chapelle, Jésus-Christ donnant les clefs du paradis à saint Pierre^ tableau attribué au Poussin. Construit en i 743, converti en hôpital pendant la Révolution, en maison de détention pour les prisonniers russes sous l'Empire , rendu au culte sous la Restauration , menacé d'incendie en 1830, il conserve pour l'histoire un souvenir assez singulier : avant 89 , il comptait , parmi ses élèves tonsurés et portant la soutane, quatre jeunes gens qui devinrent : le maréchal Molitor, le général Villatte, le général Guillaume de Vaudoncourt, et Michaud, l'auteur de V Histoire des Croisades,

L'hôpital Saint-Nicolas , qu'on croit avoir été fondé dès le IX* siècle , et qui existait certainement au xii*, puisque Gérard Baudouin lui fit, en 1162, abandon du quart de la

terre de Fleury pour l'entretien de six lits, se compose d'un pâté considérable de maisons formant un ensemble trèsirrégulier. On y entre par un élégant portail, exécuté en 1 51 8. Destiné h recevoir les vieillards pauvres ou infirmes des deux sexes, les orphelins, les enfants abandonnés, les idiots, les scrofuleux et les épileptiques , il compte habituellement une population de 550 personnes.

Après avoir jeté un coup d'œil sur l'église Saint-Martin , où se reconnaissent cinq époques d'architecture : l'âge roman, le XIII», le xiv% le xv* et le xvi* siècle, on gagne la place Saint-Louis ou du Change, qu'occupaient autrefois soixante étaux de changeurs dont on voit encore les maisons. Quelques-unes ont conservé leurs créneaux , leurs arcades ogivales ou à plein-cintre, leurs croisées trilobées ou longitudinales ; d'autres sont ornées de balcons de la Renaissance. Le nom de Saint-Louis, que porte aujourd'hui celte place, lui vient d'une statue de Louis XIII, trouvée dans les ruines de la citadelle, et dont il plut à un curé de Saint-Simplice de faire un Louis IX pour en décorer la fontaine. Les premiers mystères j dont les représentations attirèrent à Metz un grand concours d'étrangers, furent joués sur la place du Change. Plus tard, elle devint le lieu des exécutions criminelles. On y tient à présent le marché au blé.

Notre-Dame est à deux pas de la place Saint-Louis, dans la rue de la Chèvre. On y admire , dans le sanctuaire , une statue de la Vierge représentée au moment de son assomp- ' tion , sur laquelle un dôme vitré laisse tomber des rayons de lumière; un maître autel en marbre blanc et à pilastres; de beaux bas-reliefs de bronze; une grille d'un travail trèsélégant, servant de soutien à la table de communion.

Dans une place forte aussi importante que Metz , les établissements militaires sont nécessairement nombreux. Plaçons au premier rang l'arsenal, qu'on peut visiter, si l'on est accompagné d'un officier d'artillerie ou du génie. Situé

à Test de la ville » dans le retranchement de Guise, il est un des plus riches de France , et l'un des plus remarquables par ses ateliers de menuiserie et de charronnage » par ses forges et par ses vastes magasins. La salle d'Armes présente un coup d'œil magnifique: on y voit, rangés avec goût, 50 000 fusils ou mousquetons, 7 ou 8000 pistolets, des sabres , des lances , en un mot , près de 80 000 armes de guerre.

C'est dans l'arsenal qu'est déposée cetle fameuse couie^ vrine d'Ehrenbreittein, tombée au pouvoir des Français à la prise de la ville de ce nom , en pluviôse an vu.

Il y a dans la citadelle , ou plutôt sur l'emplacement de cette imposante citadelle dont il ne reste presque plus rieD aujourd'hui, un petit arsenal qui renferme, avec une salle contenant 60 000 armes, un des plus curieux monuments qui soient dans Metz : c'est un magasin qui , au xiii« siècle, dut servir de salle de réception ou de réfectoire; les murailles sont ornées de peintures en détrempe , qu'on croit être du milieu du xiu* siècle. Un autre objet intéressant est la forge, dont l'architecture présente un assemblage singulier des styles romain , roman et ogival.

On voit dans l'arsenal du génie, rue d'Asfeld, une belle salle de modèles et le ballon qui , lors de la bataille de Fleurus, en i7d4 , servit à reconnaître les positions des armées prussienne et autrichienne.

L'ancienne abbaye de Saint-Arnould , occupée successivement par les dominicains et par les bénédictins , possédait depuis i55â, époque où avait été détruite la basilique de Saint-Arnould, les restes de ce saint, de la reine Hildegarde, de Louis le Débonnaire, de trois autres enfants de Charlemagne, des deux filles de Pépin, du roi Zuentibold, de deux Othon, empereurs d'Allemagne, et de plusieurs seigneurs du royaume d'Austrasie. Le mausolée de marbre qui les recouvrait avait été, par ordre d'Henri II, composé

de bas-reliefs et de colonnes, débris de l'ancienne église. Aujourd'hui, le mausolée, vendu à un marbrier en 1794, se trouve converti en cheminées , et l'abbaye est devenue une école d'application de Fartillerie et du génie. Elle est située rue aux Ours , dans le voisinage du palais de justice. On y entretient ordinairement ISO élèves sous-lieulenants , qui y trouvent réunis tous les moyens d'instruction : une belle bibliothèque, une salle contenant des modèles d'armes de tous les peuples et de toutes les époques , une collection de modèles en relief de machines, de ponts, de constructions militaires, un cabinet de minéralogie et de physique, où sont les instruments de l'abbé Nollet , deux ateliers de précision , des cours de physique , de mathématiques , de mécanique, de fortification, de construction , de géodésie, de topographie, de chimie, de lan<gue allemande et d'hippiatrique.

Un manuscrit de Jacques Baltus, intitulé : Anecdotes «e* crêtes à l'occasion de l'arrivée et séjour du roi à Metz en 1741 , contient ce fait peu connu, qui se rattache au séjour que fit alors, dans l'ancien hôtel abbatial de Saint-Ârnould, la duchesse de Châteauroux, surintendanle de la maison de la dauphine et maîtresse du roi : « Louis XV occupait le premier étage de l'hôtel du Gouvernement (maintenant le palais de justice); la municipalité d'alors, par une attention que l'on qualifiera comme on voudra, avait fait construire une galerie de bois bien fermée , qui , traversant les allées de tilleuls du jardin de Boufflers et la rue de laGarde, communiquait de l'appartement du roi à celui de sa maî-

École d'application.

tresse. Malheureusement cette prévenance si délicate ne porta pas grand fruit; car, Louis XV étant tombé malade, on lui fit un cas de conscience de sa vie scandaleuse, et il consentit au renvoi de Mme de Ghâteauroux , qui passa par Gorze et traversa la Lorraine pour ne pas rencontrer la reine et le dauphin arrivant de Paris en toute hâte. Elle partit le 13, et, le même jour, la galerie fut détruite. »

L'hôtel de l'école régimentaire d'artillerie est un magnifique édifice de construction moderne; commencé en i827, il a été terminé en 1832. Les travaux en ont été dirigés par MM. Michaud et Platel, capitaines, sur les dessins de MM. Bonneton, Pernet, Ducamp et de Ligneville. On y voit, à l'un des angles du jardin, quelques ogives qui sont un souvenir de l'église des Carmes.

Celte école renferme , pour les officiers, des salles de dessin, de mathématiques, de physique, de lecture, une bibliothèque , un dépôt de cartes et de plans , un laboratoire de chimie; et, pour les sous-officiers, des salles de dessin, de mathématiques, de lecture^ et une bibliothèque.

Des casernes, un hôpital, un magasin de lits complètent l'ensemble des établissements militaires de Metz.

La caserne du génie , les casernes de Chambière et les casernes Coislin sont de beaux et vastes bâtiments qui méritent d'être vus.

L'hôpital militaire est situé sur le bord de la Moselle, à l'extrémité du pont Tiffroy. Il se compose de vastes corps de logis et de belles cours plantées d'arbres. Ses bâtiments couvrent une superficie de 42 264 mètres. On peut y recevoir, en temps de paix , 912 malades à la fois, et jusqu'à 1 800 en temps de guerre.

Le magasin des lits militaires occupe l'ancienne abbaye de Saint-Clément, magnifique monument architectural du xvii* siècle, bâti sur les dessins de Spinga, artiste italien.

La ville de Metz n'avait été, jusqu'en 1728, qu'un assem-

blage de rueâ étroites, sales, mal percées, mal bâties: ce fut sous l'active administration du maréchal de Belle-Isl^ qu'elle commença à se rajeunir et à s'embellir. L'impulsion, une fois donnée, ne s'arrêta plus; peut-être même alla-t-elle trop loin ; plus d'un souvenir des anciens siècles eût pu nous être transmis par quelque débris précieux dont on chercherait vainement la trace aujourd'hui. On ne saurait pourtant regretter une transformation qui a doté Metz de belles rues , de places remarquables, de quais propres et bien bâtis et de jolies promenades.

Les fontaines n'ont rien de monumental; une seule peut être citée, celle du Moyen-Pont, exécutée, en 1733, sous la direction de M. Oger. Elle est ornée d'une statue en pierre, représentant une vierg^e, que les habitants regardent comme la pucelle symbolique de leur ville. A l'entrée de ce même pont se voient les restes d'une tour crénelée du xv« siècle. . Les maisons, bâties solidement en pierres de taille, sont en général d'une architecture très-simple, et présentent rarement quatre étages ; un grand nombre sont accompagnées de jardins. Quelques rues , sur la rive droite de la Moselle , sont très-escarpées et impraticables pour les voitures.

Économes et laborieux, les Messins méritent bien un peu le reproche qu'on leur a fait d'aimer la bonne chère; cependant personne aujourd'hui ne pourrait, en traversant leur ville, s'étonner, comme le fit Voltaire, d'y voir un seul libraire au milieu d'une foule de pâtissiers et de confiseurs.

Ville de guerre , Metz se glorifie de compter parmi ses enfants le maréchal Fabert, dont les succès étaient si merveilleux qu'on les attribuait au diable. Né en 1599, il était petitfils du directeur de l'imprimerie de Charles III , duc de Lorraine. Entré de bonne heure au service , il ne tarda pas à s'y faire une haute position. Également recommandable par son humanité, par son courage et par ses talents, il s'éleva jusqu'au grade de maréchal de France. A la suite

d'une blessure reçue, en 4640, au siège de Turin, les chirurgiens étaient d*avis de lui amputer la cuisse ; Turenne et le cardinal Lavalette le pressaient de consentir à l'opération : <c II ne faut point mourir par pièces , leur répondit-il ; la mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien. » Mazarin avait, dans l'armée, un grand nombre d'espions; parmi eux se trouvaient de grands personnages , qui couvraient leur infâme métier du nom de dévouement au roi ; le ministre osa faire des propositions àFabert, qui répondit avec dignité : « Peut-être faul-il à un ministre des gens qui le servent de leurs bras , et d'autres de leurs rapports ; souffrez que je s(Vis des premiers. » Fabert mourut à Sedan, le 17 mai 1662; il était âgé de soixante-trois ans. Le calme et le courage dont il avait fait preuve tant de fois sur le champ de bataille ne l'abandonnèrent pas dans ses derniers instants : « Ce monde, disait^l, est semblable à une galère; je suis sur le point d'en sortir. Si quelcju'un me rappelait .à la vie, je croirais qu'il voudrait me remettre à la chaîne. »

Bouchotte, ministre de la guerre sous la Convention; Custine , La Salle , Richepance avaient aussi reçu le jour à Metz.

A ces noms célèbres dans les fastes de la guerre se joignent des noms de magistrats, de savants, de littérateurs, d'artistes. Nous citerons Barbé de Marbois, le grand chirurgien Antoine Louis, les naturalistes et voyageurs Buchoz, Levaillant, Tschudy, de Bourdon , de Chazelles, l'aéronaute Piiatre de Rozier, le chroniqueur Philippe Gérard de VigneuUes, l'historien Lacretelle aîné, les architectes Perrot et Rancoval, le sculpteur Chassel, Leprince, peintre et violoniste.

On raconte que Leprince , ne s'accordant point avec l'humeur acariâtre de sa femme , prit le parti de la fuir, et s'embarqua en Hollande pour aller rejoindre ses frères, qui s'étaient établis à Saint-Pétersbourg. Dans la traversée, un

corsaire s*empara du vaisseau qui le portait. Au moment du pillage, voyant que l'on commençait à se partager ses effets, il lui vint tout à coup à l'esprit de prendre son violon el de se mettre à préluder. Aussitôt les pillards s'arrêtent, l'écoutent dans un profond silence qu'interrompent seulement de temps à autre de vifs témoignages d'une satisfaction non équivoque; enfin, dans leur ravissement, non-seulement ils cessent le pillage des effets de Leprince, mais encore ils lui font une restitution scrupuleuse de tout ce qu'ils avaient déjà pris.

La porte des Allemands»

Slation de Hombourg.

DE METZ AFORBACH.

Quelques jolies plantations sont les seuls objets qui, de Metz àPellre, méritent d'attirer un moment les regards. A Peltre, un beau château, devenu fabrique de poterie et de quincaillerie , s'est depuis transformé en couvent. Ce petit village fut longtemps , en 18i5, le quartier général des puissances coalisées. On serait tenté de croire que la présence de l'étranger a frappé tout ce pays d'une éternelle tristesse : jamais on ne vit route moins séduisante que celle qui con-

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