‹ De Paris a Venise; notes au crayonChapitre 2 sur 8 · LUCERNE · texte numérisé non relu

LUCERNE

Vu le lion de Lucerne. D'après ce qu'on en dit et tout ce que nous en avions lu, nous pensions voir un lion gigantesque taillé dans une montagne et se détachant sur le ciel, visible par conséquent de très-loin, et qui eiit produit à l'horizon comme un immense mirage. Poussin, dans son paysage de Polyphème , nous fait voir ainsi le géant assis sur une montagne éloignée, et dessinant sur un fond de nuages sa silhouette colossale.

Nous avons été cruellement désappointés en voyant un lion de grandeur médiocre, sculpté dans le roc, il est vrai, mais dans un lieu ombragé et obscur, au bas d'un rocher dont la grandeur l'écrase, placé enfin de manière à n'être vu que lorsqu'on est arrivé au détour du sentier qui conduit au monument. 11 est contraire à toutes les lois de l'art d'avoir donné à la figure un encadrement si vaste, qu'elle paraît, malgré ses dimensions , de grandeur naturelle.

Quant à la figure elle-même, elle est d'un

dessin mou et sans caractère. L'exécution en est ronde, et, avec l'intention de fouiller le détail, le scupteur est resté en chemin et n'a fait qu'une assez lourde ébauche. Ainsi, au lieu d'une figure à grands plans et à grandes lignes, carrément dessinée et d'un modelé succinct et large, comme l'eût comprise l'art égyptien, l'artiste danois n'a fait qu'une petite statue colossale, c'est-à-dire que le monument demeure mesquin en dépit de ses proportions, faute d'avoir été conçu et exécuté avec cette simplicité mâle qui accentue seulement les principales attaches et supprime le détail;

On sait que ce lion expirant symbolise la courageuse résistance des Suisses du 10 août et leur fière mort. Le roi Louis XVIII en fit presque tous les frais, et la figure fut sculptée sur le modèle fourni par Thorwaldsen, sculpteur élevé à Rome dans les vrais principes de son art, et duquel on aurait pu attendre une œuvre marquée à l'empreinte de la majesté antique.

Rien à voir à Lucerne, en fait d'art. Les peintures qui ornent la toiture du pont sont d'horribles barbouillages; elles ont remplacé, dit-on, d'anciens tableaux qui avaient quelque célébrité. Nous avons cherché, dans la ville, des

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