‹ De Paris au Cap NordChapitre 13 sur 30 · JEUNE FILLE DE SŒTERSDAL · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE DE SŒTERSDAL

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Le Kong-Karl jette, par deux fois, un long sifflement. Nous voici dans le port, assez vaste, où sont ancrés de nombreux bateaux de pèche. Le paquebot, cependant, s'arrête assez loin de la terre. Des canots vont venir nous chercher, mais ils ne se pressent guère. J'ai le temps de contempler le tableau, toujours curieux, qui s'offre à moi, bien qu'il ne soit plus imprévu.

Comme dans toutes les stations du Nord, les magasins sont bâtis sur pilotis, et il n'y a point de quais. Ce sont de grandes baraques peintes en jaune, où l'on amoncelle des tonneaux- de poissons. L'embarquement des marchandises est ainsi facilité. Il y a là une vingtaine de ces baraques qui ne payent pas de mine, bien que de grosses affaires s'y traitent. Sur la façade de l'une d'elles, comme pour attester au touriste que, malgré ce décor primitif, il est là en pays civilisé, s'étend en larges lettres une annonce vantant les qualités de quelque bière « genre Bavière ».

Derrière ces magasins, où se concentre la vie de Bodœ, on aperçoit des habitations qui s'étagenl, un clocher, et le toit élevé d'une construction assez grande, qui est l'hôpital. Tout cela est de la môme couleur jaune, peu attrayante à l'œil. L'horizon est bientôt borné, après la note d'un vert pâle donnée par une assez maigre végétation, par les inévitables montagnes. Voilà pour le côté de la terre.

Du côté de la mer, bien que le temps soit légè-

rement couvert, on distingue, au loin, de très hauts rochers, qui ont de larges échancrures, permettant d'entrevoir comme un second plan à ce décor. Que les nuages se dissipent, et l'on pourra avoir la sensation des splendeurs farouches que réserve la ligne des premières îles qui forment le grand groupe des Loffoten, commençant par des îles 1res vastes, pour finir pardes îles toujours plus petites et plus distantes les unes des autres. J'ai voulu me rendre compte de la vie d'une de ces petites villes du Nord. Je suis resté deux jours à Bodœ (prononcez : Boudeu).

Les barques s'approchent cependant, et accostent le Kong-Karl. Un pauvre petit homme h mine souffreteuse monte à bord, et ce n'est pas sans quelque surprise qui se mêle à une certaine envie de rire, que je découvre qu'il est coiffé d'une solennelle casquette sur laquelle on lit, en lettres d'argent : « Grand Hôtel ». Oh! Oh! un « Grand I Intel » à Bodœ! Il n'est point besoin d'avoir une forte dose de scepticisme pour imaginer qu'il doit y avoir quelque écart entre l'hôtellerie et le titre pompeux dont elle se pare.

Le petit homme, voyanUque je me prépare à quitter le hord, s'approche de moi et me montre fièrement sa casquette. Je le suis, après lui avoir désigné mon bagage. Il prend ma valise, mais, vraisemblablement, il la trouve beaucoup trop lourde, car sans plus de gêne il l'abandonne sur le pont, et s'installe tranquillement dans la barque,

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où je suis depuis un instant. C'est alors que je m'aperçois qu'il a laissé mon sac, sans s'en préoccuper davantage. Je le lui réclame, avec des gestes expressifs, et il me répond, avec une mimique imagée, qu'il est trop pesant pour lui. Cela m'édifie tout de suite sur la valeur des services qu'on a à attendre du messager du « Grand Hôtel ».

Je dois remonter à bord et me charger moimême de ma valise, que me tend obligeamment le « Président », comme j'ai appelé en riant le futur chasseur du Spitzberg, en raison du ton d'autorité plaisante qu'il a pris sur les passagers. Cet aimable homme me sent un peu perdu, dans l'impossibilité où je suis de me faire comprendre, et, avec beaucoup de bonne grâce, m'accompagne jusqu'à l'hôtel.

Il est deux heures du matin. Par cette nuit blanche, il y a, autour de l'intervalle ménagé entre deux baraques, qui sert de débarcadère, quelques groupes de curieux, venant voir quels hôtes le sort envoie à Bodœ. Mais la curiosité norvégienne est d'une espèce particulière. Tout se passe « en dedans ». Ils restent là, fort tranquilles, avec cette nonchalance qui est propre à ces hommes d'action, quand ils n'ont pas besoin de faire quelque effort. Ils demeurent silencieux, ne se communiquent aucune observation ; on dirait que, dans leur immobilité, ils posent pour un photographe.

Nous traversons une espèce de place boueuse, où se trouve le télégraphe, puis nous gagnons la grande rue : une petite bâtisse de bois s'élève. C'est le « Grand Hôtel ». Il est bien singulier. Personne ne paraît pour recevoir les voyageurs ; mais l'homme à la casquette, ayant l'air de nous recommander de ne pas faire de bruit, traverse une salle, ouvre une porte, et nous nous trouvons dans une vague cour, au milieu de laquelle — rare curiosité assurément pour le pays —se trouve un arbre minuscule, entouré d'un grillage qui indique les égards que l'on doit à ce produit do Sud, exhibé à cent cinquante kilomètres au delà du cercle polaire.

Oh! les chambres du « Grand Hôtel »!. Elles sont au nombre de trois, qui se commandent, et je dois passer, pour gagner le réduit que l'on m'assigne, par les minables pièces où sommeillent, dans l'une un jeune garçon, dans l'autre un couple que mon arrivée n'a d'ailleurs pas trouble le moins du monde.

Au bout de quelque temps, je vois arriver le commis voyageur allemand, qui a eu grand mal à faire débarquer ses caisses. Il a retenu par dépêche, la salle de billard (ce billard est unique à Bodœ!) et il va procéder à une exposition de ses produits. Il se met aussitôt à l'œuvre, et il installe la collection la plus extravagante qui se puisse rêver des hideux objets d'importation allemande. Ce sont des « articles de fantaisie », toute une « boutique

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à treize » de bibelots grossiers et criards. Dans un coin il a placé ces ridicules « surprises » en carton, fausses tabatières, fausses boîtes de bonbons ou de dominos qui, lorsqu'on les ouvre, découvrent quelque plate obscénité. Ce sera le musée secret, l'endroit réservé de sa grotesque exhibition.

Ce voyageur convient lui-même que tout cela n'est pas très beau, et que les objets de pacotille française ont plus de goût. Mais où est, comme il le remarque d'un air un peu narquois, le négociant français qui enverrait si loin solliciter la clientèle ?,

Je prends quelques heures de sommeil et, tôt levé, je me mets, avec cet amusement qu'on éprouve à se sentir dans un milieu si différent de celui qui vous est familier, a explorer Bodœ ! Ce n'est pas long. Les maisons sont couvertes de toits de gazon, sauf quelques-unes, comme celle qui sert aux bureaux de la préfecture du Nordland, ou celle du consul anglais, et il n'y a pas besoin de se garer des voitures. La dépense de trottoirs serait la plus inutile du monde, pour les édiles de Bodœ! L'éternelle odeur du poisson me poursuit, et l'on ne rencontre, en effet, que des hommes portant à bras des cargaisons de morues sèches.

L'étonnement n'est pas mince, au milieu de ce décor primitif, d'apercevoir des poteaux où se croisent, nombreux, des fils électriques. Cette lointaine petite ville de 1 800 habitants se pique, en effet, de n'ignorer aucun des raffinements mo-

dernes. Tout le monde se sert là du téléphone. Quant à la vie intellectuelle, elle se manifeste par deux journaux, l'un libéral, l'autre conservateur. Au reste, il y a des journaux partout, en Norvège, — même là où il semble qu'il ne puisse guère y avoir de lecteurs, et le plus petit coin, la plus obscure station a son imprimerie et sa feuille locale.

Je me suis habitué, en Norvège, à ne rien juger sur l'apparence. En cette petite ville perdue, j'ai rencontré, en effet, des gens très distingués,' très éclairés, très au courant de tout. Je garderai ainsi un reconnaissant souvenir de l'hospitalité que j'ai reçue dans la famille de l'excellent docteur Carlsen, le médccinde l'hôpital (qui constitue, durant le temps de la grande poche des Loffoten,' un poste important). Au milieu de cette charmante famille, pleine de prévenances et de bontés, j'oubliais que j'étais si loin, et je me retrouvais dans un salon aimable et souriant, où l'on parlait courtoisement de Paris, en parfaite connaissance de cause, cependant qu'assise au piano — un piano qui avait bien voyagé! — la nièce du docteur jouait quelques-uns de nos airs d'opérette. Elle en joua d'autres, heureusement, de ces airs populaires norvégiens, d'une mélancolie profonde, mais pleins de douceur, qui s'harmonisaient mieux avec le vaste panorama septentrional qu'on apercevait à travers le* fenêtres ouvertes...

Un bal costumé à BocLh. — Le malstrom. — La maison de Louis-Philippe. — Une scène de mélodrame. — Un gouffre. — Les iles Loffoten. — La grande pèche. — Un effet de brume. — 1.' « Axgsnt vivant ». — Pourquoi la mer est salée. — Les contes des marins norvégiens.

Les distractions ne sont pas abondantes dans ces petites villes do l'extrême Nord. L'effroyable hiver les couvre de ténèbres et, avec toutes sortes d'échafaudages compliqués, il faut, pour pouvoir sortir, trouver le moyen de garantir les rues contre la neige !

Cependant, on ne vit pas là en sauvages. L'an dernier — événement dont on parle encore à Bodœ ! — il y a eu un bal costumé. On m'a montré un costume de Lapon de fantaisie, d'une bouffonnerie élégante, qui fit fureur. Après le liai, on se l'est prêté de maison en maison pour qu'on pût contempler de près ses broderies plaisantes. Voici qui prouve que l'on n'est point encore trop blasé.

Les communications régulières ne sont pas fréquentes pendant la mauvaise saison. Une bonne dose de patience est nécessaire, dans l'attente des commandes, non pas seulement d'objets de luxe, mais des choses indispensables. Mais on ne connaît pas, là-bas, notre nervosité, ni notre hâte fébrile. Le temps n'a pas l'âpre valeur qu'il a ailleurs. On se laisse vivre sans fièvre.

Je ne pouvais m'empêcher, malgré tout, d'exprimer à mes hôtes mon étonnement qu'ils s'accommodassent aussi facilement de cette existence. Mais ils ne s'estiment aucunement à plaindre. Il n'est pas un de ces habitants du bout du monde qui consente à « s'exiler » dans le Sud. On a ici un exemple frappant de l'attachement au pays natal. Au reste, ils ne se privent de rien, ils mènent un train relativement assez large et l'argent s'y gagne facilement, venant toujours, directement ou indirectement, du poisson. 11 en est de même à Tromsœ et à Hammerfest.

Tous les quatre ou cinq ans, ils font un voyage de plaisir à Christiania ou en Europe, ils se retrempent dans un courant d'idées plus actif, emmagasinent des souvenirs, et ils reviennent, satisfaits, chez eux, trouvant que, comparaison faite, ils sont plus heureux que ceux qui n'ont pas le temps, dans la lutte pour la vie où ils sont engagés, d'échapper un moment à leurs préoccupations et à leurs soucis. Leur petit train-train régulier leur laisse le cerveau libre.

De Bodœ, il y a une excursion qu'il faut faire. Il y a de terribles légendes autour du Maelstrom. Près de Bodœ, se trouve pourtant un gouffre autrement terrible, le Salstrom. On ne sait trop pourquoi il n'a point la même réputation romanesque. Peut-être est-ce que, par une sorte d'ironie de la nature, il se trouve au centre d'un paysage presque apaisé, par hasard, au milieu de

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ces contrées tourmentées. Mais c'est là un abîme effroyable .

Le docteur Carlsen veut bien me servir de guide dans cette excursion, qui demande quelques heures. Il est un des rares habitants de Bodœ qui possèdent un cheval et une voiture plus confortable qu'une carriole.

EN* TRAINEAU

Nous prenons, au train rapide de cette bonne bête, par une sifflante petite bise, une route qu'un cheval du Nordland seul peut franchir au grand trot, car elle a, de temps à autre, des pentes vertigineuses, et le chemin est entretenu au petit bonheur. Nous avons, à notre droite, un beau et grandiose paysage, formé par les montagnes à travers lesquelles, par des passages pénibles, on

pénètre en Suède en quelque vingt heures. C'est une « traversée. » qui n'est guère possible que l'hiver, en traîneau attelé par des rennes, en s'arrètant pour se reposer sous des tentes de Lapons. A gauche, c'est une plaine, semée de quelques bouleaux, où l'on tente assez laborieusement de timides cultures.

Au bout d'un quart d'heure, nous nous arrêtons devant une grande maison — toujours en bois, naturellement —dont la construction atteste l'ancienneté. C'est le presbytère où Louis-Philippe, prenant le nom de Millier, reçut l'hospitalité en 1796. On ne passe pas à Bodœ sans visiter la chambre où il demeura et qui est restée telle qu'elle était alors.

Il y a dans cette maison un certain luxe dans h décoration intérieure. C'est par là qu'elle est curieuse, plus que par un souvenir historique qui n'a rien, en somme, de bien intéressant. On pénètre d'abord dans une grande cuisine, à la haute cheminée. De chaque côté, une porte à double battant, avec des peintures d'attributs un peu effacées.

La chambre d'honneur — celle qui fut donnée à Louis-Philippe — est à gauche. Tous les panneaux sont occupés par des scènes de chasse, d'une peinture assez naïve, sauf L'un d'eux, qui représente un concert. Un jeune homme, en habit rouge, joue du violoncelle, tandis que, auprès de lui, des femmes, en paniers, déroulent des cahiers de musique.

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Cette chambre sert maintenant de salle à manger à la famille du pasteur. Il n'y a pas longtemps, elle était occupée parles filles du prédécesseur de celui-ci, et, pour ne pas les déranger, on montrait alors aux étrangers qui se présentaient d'aventure, la chambre de droite. Il n'y a que la foi qui sauve ! Cette chambre-là est fort banale, n'ayant point, comme l'autre une décoration peinte.

A l'époque où il s'arrêta à Bodœ, Louis-Philippe venait de parcourir la Laponie. La légende rapporte que, là, un vieux sorcier lapon lui avait prédit ses destinées, lui avait annoncé « qu'un orage le ferait monter sur le trône et qu'un autre orage l'en ferait descendre ». Un roman suédois de Topelius a évoqué cette prédiction du sorcier et ces étapes de l'exil du futur souverain. Il y a ajouté un épisode assez peu vraisemblable, mais très romanesque. Dans ces contrées perdues, Louis- Philippe aurait rencontré, avec une surprise assez naturelle, une jeune Française vêtue à la mode laponne. Il l'aurait interrogée, et elle lui aurait prouvé, par des lettres qu'elle possédait, qu'elle était sa sœur, née d'aventureuses amours de celui qui avait été Philippe-Egalité. Elle avait fui la Révolution en Suède, avec sa mère, y était devenue orpheline, et sans asile, sans appui, elle avait été trop heureuse d'être recueillie par un Lapon. L'histoire sent un peu le mélodrame. On n'est point forcé d'y ajouter créance.

Au presbytère attient une grande ferme, qui a

un bel air de prospérité... pour leNordland. C'est une des plus vastes exploitations de la région. Le pasteur, bien traité par ses ouailles, jouit de ses revenus.

L'église est à un demi-kilomètre de là. Elle est fort ancienne. Mais elle n'offre de curieux qu'un bas-relief, en pierre (bien que le monument soit en bois ), qui représente un pasteur d'autrefois, de rabelaisienne apparence. Rien de bouffon comme cette figure naïve qui semble monter la garde sur une des façades de l'église.

En moins d'une demi-heure, nous voici sur les bords du Saltenfjord. Une vaste nappe d'eau s'étend devant nous, coulant, comme un fleuve, entre des rives assez plates par hasard. Mais on imagine bien que, au loin, l'horizon est toujours fermé par des montagnes neigeuses, aux formes fantastiques,

Il faut toute la popularité du docteur dans le pays pour décider deux hommes à nous conduire à l'île Stroms, d'où nous pourrons contempler le redoutable Salstrom. Seul, j'aurais perdu ma peine à chercher à les décider. Que voulez-vous ? Ce n'est pas leur idée, à ce moment, de servir de bateliers, et l'on ne fait pas faire facilement aux Norvégiens, très souvent indifférents à la rémunération promise, ce qu'ils ne veulent pas faire. Sur les instances du docteur, ils consentent enfin à aller détacher un de ces légers bateaux qui ont la forme d'une gondole.

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Il est de fait que leur tâche est rude. L'économe de l'hôpital de Bodœ, qui nous accompagne, se met bravement à ramer avec eux, et ce n'est pas trop, si peu pesante que soit l'embarcation, de trois vigoureuses paires de bras pour remonter un courant impétueux.

Nous croisons quelques pêcheurs de harengs qui regagnent un petit port voisin. Au bout d'une heure, nous atterrissons. Bien que nous nous trouvions encore relativement éloignés du Saltrom, nous sentions son influence, et il fallait de continuels efforts pour empêcher la barque de tourner sur elle-même.

La pointe de l'île est occupée par la maison d'un marchand qui est, paraît-il, une sorte de nabab, bien que, certes, il se soucie peu du luxe. Il a installé des sécheries pour le poisson avec des innovations dont il est très fier. Les tètes, mécaniquement coupées, sont jetées en de grands tas, devant servir à la nourriture des vaches qui, faute de mieux, devront s'en accommoder, l'herbe étant rare. Ces bestiaux du Nord ont l'estomac complaisant.

C'est l'étroitesse extrême du passage qui fait communiquer le Saltenfjord avec le Skjcrstadfjord qui produit le tournoiement formidable du Salstrom, les eaux accumulées au moment de la marée ne trouvant point une facilité suffisante pour s'écouler. Elles se pressent, elles se précipitent, elles doivent reculer, et c'est un combat violent des flots.

Le phénomène n'est pas encore, quand nous arrivons, dans toute son intensité. Il faut attendre une bonne heure. Le prévoyant docteur a apporté des vivres et quelques bouteilles de vin qui sont les bienvenues, car il fait très froid. Nous nous installons dans la maison du marchand, et nous faisons honneur au repas. Le marchand, peu loquace, vêtu de gros drap gris, en sabots, nous regarde complaisammcnt. Et je pense, malgré moi, au peu de chose que doit être cette bicoque, située au bord d'un gouffre, quand le vent souffle en tempête, quand un ouragan se déchaîne, quand la nature se fâche. Mais, malgré sa frêle apparence, il faut croire qu'elle tient bien sur les rochers où elle se dresse.

Notre hôte nous fait signe qu'il est temps d'aller contempler « le monstre ». Nous voici vite dehors, presque au milieu, tout à coup, d'un vol immense d'oiseaux de mer qui tournoient au-dessus de nos têtes. Nous grimpons à l'endroit où la ville de Bodœ a élevé une petite colonne en souvenir du passage du roi Oscar, en 1875, et nous regardons l'abîme. Ce n'est pas une impression de grandiose, c'est une impression d'effroi raisonné qu'on éprouve. Ces eaux furieuses ne sont pas toujours écumantes, mais on sent leur force invincible de destruction, leur hâte d'engloutir, leur méchanceté. Sous le gris du ciel, elles ont des reflets noirs, elles sentent la mort, elles sont tragiques. > Le malheureux qui tomberait là serait broyé avant

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d'être noyé et de disparaître pour toujours dans l'insondable abîme, au milieu de ces tourbillons sinistres, qui creusent sans cesse d'immenses cercles.

On n'a pas là une de ces brusques surprises, comme on en éprouve si souvent devant les spectacles de la nature en Norvège, mais une terreur froide qui s'augmente à mesure qu'on se rend mieux compte de la puissance sans pareille de ces masses d'eaux. Nous jetons une longue plancbe dans le gouffre : elle a de véritables convulsions, elle semble prendre vie pour se débattre, se dressant verticalement, paraissant tenter une impossible résistance, et elle est brisée, coupée en deux avant d'être emportée, en une seconde, par l'irrésistible courant. L'agonie d'un bateau poussé dans ces impitoyables flots serait épouvantable : il serait déchiqueté, mis en pièces, réduit en miettes. Pas de hauts rochers entre ces eaux désordonnées, comme l'imagination en attendrait; les rives sont, au contraire, peu élevées, et cette quasi-bonhomie du décor contribue à la sensation de perfidie féroce qui se dégage du Salslrom. On imaginerait volontiers que des génies malfaisants — ne sommes-nous pas ici dans le pays des légendes? — président aux combinaisons singulièrement variées de ces ondes traîtresses, car ce sont des sortes de dessins qu'elles forment, des dessins fuyants, insaississables...

Ce n'est que pendant une heure, entre le flux et

le reflux, qu'on peut s'aventurer dans le Salstrom. Des gens de la côte, d'une incroyable hardiesse, le traversent encore un peu après ce délai, mais c'est un téméraire défi contre les éléments, car si bien que l'on connaisse les « habitudes » de ce gouffre, il a des attaques imprévues qui déroutent toute prévision.

Les îles Loflbten résument, avec une sorte d'exaspération dans chacun de leurs aspects, tous les traits caractéristiques des côtes norvégiennes. Les montagnes se dressent plus hautes et leur pied baigne dans la mer; les rochers sont plus âpres, plus terribles; il y a de plus violents contrastes d'ombre et de lumière ; les détroits, innombrables, semblent plus fermés encore ; c'est un enchevêtrement plus extraordinaire d'îlots, et l'on dirait que, dans le ciel aussi, il y a des tons plus pâles, d'un gris plus fin, d'un gris qui persiste même quand, en cette saison d'été, le soleil est radieux.

Parfois, les rocs gigantesques sont si rapprochés, ils laissent entre eux un si mince canal, ils sont d'une telle hauteur, que le bateau suit sa route dans l'ombre, que tout s'obscurcit, qu'il semble qu'on se soit engagé dans une grotte colossale, dans un tunnel démesuré, et l'on a bien, en effet, l'impression un peu inquiétante d'être enfermé entre des murailles. C'est effroyablement

LES ILES LOFFOTEN

majestueux. Que doit être une tempête entre ces rochers à pic par la perpétuelle nuit de l'hiver ! Quels doivent être là les déchaînements de la nature !

Et c'est l'hiver, cependant, que ces îles ont leur véritable vie, de janvier à avril, comme par un défi aux éléments. Svolvœr, où nous nous arrêtons, un des principaux ports des Loffoten, n'est en ce moment qu'une hasardeuse réunion de quelques maisons de bois. C'est un coin qui semble mort, bien que, non loin de là, le phare de Skroven brille actuellement d'une inutile clarté ; car, malgré l'heure nocturne, on aperçoit distinctement la masse incroyable des îles qui forment le long prolongement du groupe.

Mais quand revient la saison de la pèche 1 , Svolvœr, comme tous les autres ports des Loffoten, devient populeux comme une ville, et c'est un fourmillement d'hommes, campant où ils peuvent, dans des hangars sommaires, où ils se pressent les uns contre les autres. La place manque, alors, pour ces trente mille pêcheurs qui viennent attendre le passage des grands bancs de morues. Les barques se croisent, se mêlent, se heurtent presque dans ces détroits, cependant que, sur la la côte, sous l'œil des marchands, le poisson rapidement éventré est jeté dans les tonneaux béants. Une fiévreuse activité règne alors dans ces pa-

j 1 ok 3 : %t Che J e la morue ' aux Loffoten, produit annuellement ae <X> a .30 millions de pièces.

LA NORVEGE

rages, à demi déserts aujourd hui . Sur beaucoup de ces barques, des Lapons sont employés, et ces petits hommes d'aspect débile, presque pitoyables sur terre, ne manquent, dans ces continuels combats avec les Ilots, ni d'énergie ni de vaillance.

C'est, aujourd'hui, un grand calme dans toutes ces îles dominées par d'écrasants sommets neigeux. Pour toute végétation, une mousse verte, d'un aspect sale. Des relents d'odeurs nauséabondes nous arrivent; ils viennent de quelque fabrique de guano fait avec des tètes de poisson. Que voulez-vous ? On se soucie peu là de l'agrément des touristes qui, à la recherche de sensations nouvelles de la nature, abordent, par hasard, au milieu de ces paysages grandioses !... La brume, peu à pea s'est épaissie, et nous ne distinguons plus que la base des montagnes, et Svolvœr semble fantastiquement perdu dans un domaine de rêve, tant le silence est profond, qui pèse sur cette agglomération de cabanes. La pluie tombe, ime fine pluie serrée qui noie tout, qui nous emplit d'une involontaire tristesse... Bientôt tout a disparu autour de nous ; même la mer se perçoit à peine, dans son calme ; nous sommes comme dans une vapeur, et j'éprouve l'impression que je ressentis une fois, il y a longtemps déjà, en ballon, en me trouvant au milieu des nuages...

Mais il y a, dans le Nord, en cette saison, de brusques revirements du temps. Moins d'une heure plus tard, le soleil — et, cette fois, c'est un

vrai soleil matinal — inonde de lumière ces pics, ces masses de rochers, et la magnificence redoutable de ces îles septentrionales. Voici même que, pour la première fois depuis longtemps, je vois les contours se dessiner nettement, s'accuser sûrement, les couleurs s'accentuer. C'est un prodigieux changement de décor. Un peintre norvégien, M. Berg, passe tous ses étés aux Loffoten, se passionnant pour ces étonnants bouleversements de l'horizon. Sa tâche est rude à les reproduire sur la toile !

La forme des montagnes parait plus bizarre qu'ailleurs. Ici on ne trouve plus guère de comparaisons, comme plus bas, avec des choses ou avec des êtres. Mais la surprise, — si la surprise est encore possible après tant d'émerveillements, — c'est l'impression que causent les parois verticales de leurs blocs, quand elles plongent dans la mer. Cette impression n'est nulle part plus vive que dans le Rafsiind, le dernier détroit des Lofïoten qui les sépare de la Hindo, la première des îles Vesterlaalen. Le courant est d'une violence terrible entre ces murs naturels, à l'issue desquels on croirait que quelque monstre de légende va exiger son péage. Hélas, ce péage, c'est trop souvent la vie des pêcheurs qui s'aventurent là !

Dans toutes ces îles pullulent les eiders 1 , trop vigoureusement chassés naguère, protégés aujour-

1. La quantité de duvet importée à Tromsoë s'élève, d'une façon moyenne, a huit cents kilogrammes annuellement.

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d'hui, construisant leurs nids de fucus dans les fentes des rochers et les tapissant avec le doux plumage qui recouvre leur poitrine et qui leur est volé par l'homme, cet intrus dans cette contrée des oiseaux et des poissons ! Pauvres innocentes hôtes, elles s'en iront bien loin, vos plumes, réchauffer douillettement de frileux bourgeois qui ne penseront guère, certainement, à vous garder quelque reconnaissance pour le sacrifice instinctif que vous leur faites !

Les Loffoten, si l'on pouvait les embrasser dans leur ensemble, présenteraient, dit-on, la forme d'un monstre dont les vertèbres iraient en diminuant et dont la queue aurait des découpures singulières. C'est du moins ce qu'affirment les marins. Si monstre il y a, sa carapace est étrangement tourmentée et elle est couronnée par une espèce de scie formée par les sommets pointus. Mais ces figures qui, ici, sont chères aux gens des côtes, ne laissent pas d'être aventureuses.

Nous nous engageons de plus en plus dans le dédale des îles qui, avec leurs formes plus variées qu'ailleurs, leurs gradations de tons, si délicates de loin, leurs nombreux petits ports qui semblent toujours menacés par l'écroulement de blocs énormes de rochers, leurs grottes béantes, se répètent là, sans monotonie, se détachent avec un relief singulier, semblent les prodigieuses variations de la nature sur un même thème. Hélas, ces variations, on sent son impuissance à les re-

produire avec des mots. Ce sont des nuances si ténues qui les diiFérencient les unes des autres ! Le spectacle est admirable par cette journée sereine. Mais cet apaisement, on a la sensation qu'il est presque anormal, que le véritable aspect de tous ces récifs (au point de vue purement artistique, s'entend!) doit être celui qu'ils offrent sous les grondements des tempêtes. On est comme dérouté de cette tranquillité.

En ce moment on pêche le hareng. Dans un des ports, des barques viennent d'arriver, traînant leurs lourds filets qu'on vide dans les bateaux, bientôt pleins jusqu'aux bordages, de ces poissons blancs qui étincellent, sous le soleil, dans leurs frétillements. D'un peu loin, on dirait de l'argent en fusion. Cette comparaison me vient spontanément à l'esprit : il se trouve qu'une expression pittoresque du Nord, à ce qu'on m'apprend, appelle, en effet, ces monceaux de harengs de 1' « argent vivant ». Des pêcheurs, avec leurs vêtements de toile cirée, marchent sans façon sur cette remuante cargaison, en emplissent d'énormes baquets qui sont transportés à terre en canot. On croirait à une pêche miraculeuse, les filets semblant, par quelque prodige, inépuisables, et, encore et toujours, des milliers et des milliers de poissons sont versés dans les bateaux. On entend comme un crépitement, qui ajoute à l'illusion de ces flots de métal rendu fusible par uu feu qu'on ne verrait point. Ce sont les contor-

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•sions, les sauts dos harengs les uns sur les autres qui produisent ce bruit singulier. Ce tableau prosaïque devient extraordinaire par le nombre prodigieux, vertigineux, invraisemblable, des poissons capturés. Si le sol est désolé, quelles richesses contiennent ces mers incroyablement peuplées !

Au bout de quelques heures, nous avons quitté les Loffoten. (Jue dire, sans d'inutiles répétitions, de l'aspect des côtes qui se succèdent? C'est leur immensité, c'est la continuité de cette nature convulsée, qui laisse une si forte et si étrange impression.

Je suis entré en conversation avec un vieux marin engagé par un armateur pour reprendre le commandement d'un navire baleinier. 11 est intarissable en légendes sur ces mers du Nord. C'est un de ces hommes un peu rudes qui respirent la loyauté et l'énergie. Il retourne à ïromsœ, où nous aborderons dans la nuit (il faut bien employer ce mot, puisque nous n'avons pas d'expression pour désigner ces crépuscules septentrionaux;. Lui non plus, il ne comprend pas la vie dans le Sud, qu'il estime mesquine. 11 n'est à son aise que dans ces parages ; ailleurs, il se déclare « exilé ».

Il s'amuse lui-rneme de tous les vieux contes norvégiens qu'il narre avec une bonne humeur joviale. Ainsi assure-t-il, en affectant un grand sérieux, que nous approchons de l'endroit où s'enfonça dans ces Ilots « le moulin qui fait que

la mer est salée ». C'est une des plus vieilles traditions de ces côtes.

Il y avait une fois un moulin magique qui, si l'on prononçait une certaine formule, avait le don de moudre tout seul tout ce qu'on voulait. Un capitaine marin, qui avait entendu parler de ce moulin merveilleux, n'ambitionnait rien tant que de le posséder. Il réussit enfin à l'obtenir, et il se hâta de le transporter à son bord. Quand vint l'heure du repas, il se plut à essayer le pouvoir de ce merveilleux objet. Il prononça les paroles nécessaires, en ordonnant au moulin de moudre du sel. Et voici le moulin qui se met aussitôt à la besogne, et qui, en tournant, en fait tomber sur le pont une quantité énorme. « Assez ! Assez ! » s'écria le capitaine, car le moulin marchait si vite, qu'il avait à peine formulé le souhait que c'était déjà une véritable avalanche. « Assez! Assez! » répéta-t-il, un peu inquiet déjà, car le poids du sel menaçait de faire pencher le bateau.

Mais il avait oublié de demander la formule qui arrêtait la marche du moulin et qui, seule, pouvait mettre fin à son actif travail. La masse de sel fut bientôt si considérable que le navire sombra, entraînant le moulin qui continue encore à moudre son sel au fond de l'abîme. Et voilà pourquoi la mer est salée !

Notre homme a d'autres légendes moins réjouissantes cependant. Il raconte quelques-uns de ces récits superstitieux de marins, qui affirment

LA NORVEGE

qu'il se trouve au fond de la mer des églises où reposent les corps des pêcheurs et des matelots qui se sont noyés ; parfois elles se montrent à la surface des flots. Ainsi, un pêcheur du Finmark aperçut-il, un jour, une grande maison de bois, avec un clocher, qui errait sur les vagues. Il s'en approcha bravement et pénétra à l'intérieur. Il recula d'horreur, car il aperçut là les cadavres de ceux de ses compagnons qui, naguère, avaient péri en mer. Il sentit, à ce moment, que la maison s'enfonçait, et il n'eut que le temps de s'échapper et de sauter dans sa barque. Un instant après, la mystérieuse église s'abimait...

Tromsœ. - Un compatriote. - Les baleiniers r« Açeurs ,1e monstres. -L'océan Glacial. - Hamm ie^ ^MaSL" la dernière paroisse du monde. - Le can Nord T W i !?' finnoise. Les sacrifices expiatoi™ d'^eÏÏTr £»£*£

Des rochers, des montagnes désolées, des glaciers toujours. Enfin, nous arrivons à Tromsœ Tromsœ a des prétentions de vraie ville Elle a sa promenade, - un grand bois de bouleaux ; -il y a un timide essai d'entretien de ses larges voies dont quelques-unes ont des semblants de trottoirs ; elle s'enorgueillit d'un musée, d'une grande bâtisse en bois, qui, à défaut d'objets d'art, contient des collections intéressantes pour les naturalistes, et elle montre avec satisfaction son hôtel de ville (Raadhus). Sur les hauteurs, au bord d'un htc, se groupent même des maisons de campagne U n est, toujours, en fait, qu'un grand village mais la vie y est active. Cette vie se concentre en réalité sur le port, qui est vaste, qui abrite une ioule de navires, faisant leur chargement de poissons ou de pelleteries. Tout ce mouvement étonne, après que, pendant longtemps on a longé des côtes à demi désertes. Les gens ont aussi une certaine vivacité, à laquelle on n'est plus habitué. Ajoutons qu'on rencontre, dans les rues des dames assez élégantes, parmi lesquelles ne prédomine pas, comme ailleurs, le type blond

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J'ai éprouvé là une sensation amusante. Pendant l'escale de notre bateau, j'errais au hasard, quand, à deux pas de moi j'ai entendu tout à coup retentir un éclatant «nom de D...»

J'ai relevé la tête. Ce sonore juron était proféré par un marin, en tricot de laine bleue, qui se livrait, devant une boutique, à une pantomime expressive, tandis que le commerçant auquel il s'adressait le regardait, impassible. Le brave garçon s'impatientait, cependant, en répétant sans cesse le même geste, réunissant ses doigts autour de son cou et éloignant les deux mains à la fois :

« Nom de D... ! » ce n'était pas du français très raffiné, mais c'était du français tout de même. Et cela produisait un si singulier effet, cette exclamation énergique, si loin de la France !

Je n'ai pu m'empècber d'adresser la parole au marin :

— « Uu'est-ce qu'il y a donc, mon brave ?

— « Tiens ! un « pays » ! Ça tombe bien ! »

répond l'homme avec un bon rire.

Et aussitôt il se met, sans trop d'étonnement de la rencontre, à me narrer son embarras. Il veut remplacer son vieux cache-nez par un neuf, et il ne parvient pas à se faire comprendre. Il se fâche naïvement de ce que les marchands norvégiens, qu'il qualifie d' « Iroquois », ne puissent saisir au juste ce qu'il veut.

— « Ce n'est pourtant pas difficile, ajoute-t-il,

en répétant au marchand, qui ne s'émeut pas davantage, le mot : « cache-nez, cache-nez ! »

Et il tutoie l'habitant de Tromsœ, avec bonhomie, comme si, avec des expressions familières, il devait êtrje plus intelligible.

— « Voyons, ma vieille, t'as donc jamais vu de cache-nez?... Pas possible que tu sois aussi abruti !... »

Il se retourne vers moi avec découragement :

— « Eh bien ! monsieur, ils sont tous comme ça ! »

Je ne m'amuse pas à lui faire observer que le marchand, ignorant le français, restera forcément insensible à l'éloquence qu'il prodigue. Mais ce petit trait « nature » m'égaye fort. Nous sommes plus ou moins, tous comme cela, nous autres. Nous avons quelque tendance à être surpris de ce que l'on ne nous comprenne pas partout.

Le marchand, heureusement, entend à peu près l'anglais et je puis aider le brave garçon à faire son emplette. Il fait partie de l'équipage d'un bateau de Concarneau, venu à Tromsœ pour chercher de la «rogue», dont on fait une' si grande consommation dans nos ports bretons, comme appât pour, la pêche de la sardine. Ma foi ! je lui serre la main de bon cœur, car depuis que je suis dans le Nord, je n'ai pas été gâté sous le rapport des rencontres de Français.

— « Ça ne fait rien, répète-t-il, en reprenant la

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