‹ De Paris au Cap NordChapitre 19 sur 30 · UNIVERSITE D'UPSAL · texte numérisé non relu

UNIVERSITE D'UPSAL

mélancolie. Ce n'était pas le tapage querelleur des étudiants allemands. Mais nous étions frondeurs, prompts aux coups de tête et d'humeur gaillarde !

« 11 faudra que je vous montre la maison de ma «nation». Je suis du Jemtland. Vous savez que, à Upsal, les étudiants sont organisés en «nations», c'est-à-dire qu'ils se groupent entre compatriotes, selon la province dont ils sont originaires. Là, ils sont maîtres chez eux. Chaque nation s'administre à sa guise, à ses usages, son président élu, son conseil de discipline tout patriarcal, ses fonds particuliers... Elle est propriétaire de sa maison qui, généralement, lui a été donnée par un ancien étudiant devenu riche. Là se réunissent, pour le travail et aussi pour les parlottes, qui sont fréquentes (ce ne sont pas les occasions qui manquent, et au besoin on les fait naître ! ), les camarades du même pays, étudiants des quatre facultés : théologie, droit, médecine, philosophie, sous l'amicale et familiale autorité d'un professeur de l'Université qui s'occupe.particulièrement, comme guide moral, en dehors de sa spécialité scientifique, des jeunes gens qui sont de la province où il est né lui-même.

« Upsal, voyez-vous, ressemble à une République fédérative. Pour les études, tout est commun, naturellement; les futurs docteurs ou avocats suivent les mêmes cours à l'Université ; mais en ce qui concerne leur vie, ils relèvent de leur

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nation. C'est, le conseil des nations qui prend les grandes décisions d'un intérêt général. Imaginez quelque chose comme l'organisation de la Suisse, où les cantons, indépendants les uns des autres, sont unis pour tout ce qui a trait à l'existence même de la patrie. Oh ! on tient beaucoup à ces vieux usages, à Upsal, et on est très formaliste dans les convocations, quand il s'agit de trancher quelque question soulevée.

« Il n'y a pas une ville universitaire où l'on ait à procéder à tant d'élections. Il y en a dans chaque nation, il y en a dans l'Université considérée comme corps, il y en a parmi les professeurs. Les étudiants, après avoir élu l'un d'eux comme président pour les affaires de leur nation, en élisent un, en tant que membres de la môme Université. Quant au recteur, il est nommé, pour cinq ans, par le consistoire des professeurs.

« Ah! nos votes d'autrefois, toujours si agités, autour des grandes tables où l'on boit le punch ! Quelle émotion la première fois qu'on a le droit de disposer d'un bulletin ! C'est que l'on n'est pas électeur en arrivant. Les « novices », ou juniores, attendent impatiemment le moment où, ayant gagné le titre de reeentiores, il leur sera permis de prendre part aux délibérations. Quant aux seniores, déjà pourvus de diplômes sérieux, ce sont des personnages. On leur doit une petite déférence, à l'obligation de laquelle ils sauraient très bien rappeler ceux qui, par hasard, l'oublie-

raient. Ce sont les grands camarades, ceux-là, les orateurs écoutés... et les têtes les plus solides, à qui ne fait pas peur une pleine bouteille de notre «terrible» punch, comme disent les étrangers... Il y a des grâces d'état pour cette faculté d'absorption. Mais quoi ! on a bien le temps de devenir sobre, plus tard. Au reste, les scandales sont ici la chose la plus rare du monde.

« Il y avait encore, de mon temps, quelques brimades durant le temps de l'« initiation ». On me dit qu'elles sont supprimées. Oh ! elles n'étaient pas bien méchantes. Nous nous amusions seulement à mettre un peu à l'épreuve le caractère de nos nouveaux camarades. J'avoue que nous nous faisions un peu servir par eux. Pendant tout près d'un an, il est vrai, j'avais dû, quand j'étais « novice », obéir à un ancien qui avait, le gaillard, bien des exigences. Il me transformait à peu près en domestique, et gare à moi si je n'exécutais pas ponctuellement ses ordres, et môme ses caprices... Bah ! nous avons été, malgré sa petite tyrannie, les meilleurs amis du monde !

« Par exemple, on est resté libéral ici. On l'a bien vu, il y a quelques années, lorsqu'un des fils du roi, le prince Eugène, arriva à Upsal. On avait souhaité, en haut lieu, qu'il fût reçu tout de suite membre honoraire de la nation qu'il avait choisie, le Sodermandland. Grosse affaire dans la nation! Grave débat! Sa qualité de fils du roi

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allait-elle faire passer par-dessus toutes les règles? On vota. . . et le vote ne fut pas favorable au prince .

« On se montra piqué, à la Cour, de son échec, Lien que le prince, lui, acceptât gaiement sa mésaventure. Mais on trouva des moyens... diplomatiques de venir au but souhaité. Le prince Eugène retourna à Stockholm, puis revint à Upsal, dans une autre nation qui se montra moins difficile que la première. Je vous raconte cette historiette pour vous prouver l'indépendance de nos étudiants.

« Cette existence en « nations » n'implique pas, bien entendu, l'isolement des compatriotes d'une même province. On a de multiples occasions de fraterniser, entre étudiants de tous les points de la Suède réunis à Upsal, et il n'y a pas de mesquines rivalités.

« La plus fréquente de ces occasions est la réunion des sociétés de chant. On chante beaucoup, à Upsal, et on y chante bien... Ah, Dieu! ai-je assez souvent entonné, moi qui vous parle, la fameuse chanson, Omdagcn vid mité arbele :

Le jour, à mon travail, lu es dans mes pensées;

La nuit, quand je dors, tu es dans mes rêves.

Le malin, quand je me réveille, qu'est-ce que je regrette ?

Je regrette la petite amie qui est loin d'ici !

« J'ajoute qu'on chante ici dans toutes les règles, et nos airs suédois sont très beaux et très larges, vous verrez. Les étudiants ont un directeur des études musicales, qui est un compositeur distin-

gué, M. Hedenblad, et les répétitions sont les plus sérieuses du monde. Aussi, l'exécution de ces chants est-elle souvent parfaite.

« Le ministre actuel des cultes. M. Gunnar Vennerberg, ancien Upsalien, a composé nombre de ces chants d'étudiants (ghmtarne), qui sont célèbres ici, et cette célébrité, comme auteur de mélodies constamment répétées, lui est chère 1 .

« Quand on est tenté de parler politique, — ce qui arrive assez souvent ; — quand conservateurs et libéraux se sont bien disputés (il y a même, en ce moment, un étudiant socialiste qui est un orateur remarquable), un des vieux airs d'Upsal, chanté en chœur, remet vite l'apaisement dans les esprits... Elle est très utile, voyez-vous, la musique, à Upsal.

1. Le chant le plus célèbre de M. Gunnar Wennerberg est I Hymne a la Pat ne : « Entends-nous, Svéa, notre mère à tous! - Fais-nous lutter pour son bien jusqu'à la mort. - Jamais nous ne te trahirons - Reçois-en notre serment, toujours inébranlable.- A outrance nous détendrons - le pays libre qui est encore notre - chaque parcelle de l'héritage - que tu laissas dans nos sagas et dans nos chants. -Mais si, par la ruse la félonie, par la discorde ou la violence - tu es menacée, - nous nous conBons en l'Eternel, comme jadis nos pères »

Tous les ans, les chanteurs d'Upsal célèbrent solennellement 1 anniversaire de la naissance de Gustave Vasa, ceux de la mort de Gustave-Adolphe et de Charles XII, la date du 1" mai, etc. L Union choral d Upsal contribua particulièrement à la solennité des têtes du quatrième centenaire de l'Université, en 1877

Les anciens membres de l'Union chorale, quel que soit le rang qu ils occupent leurs études terminées, ne manquent pas d'accourir a 1 appel qui leur est adressé dans ces grandes occasions ; ils aiboren de nouveau la casquette blanche aux couleurs suédoises, et ils donnent dans les concerts qui ont un but important, comme « la vieille garde ».

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« Voilà, dans ses grandes lignes, la vie de notre grande cité universitaire du Nord, puisque, poulie sud de notre pays, nous avons l'Université du Lund... Ah! j'oubliais un détail, qui a bien son importance. A Upsal, tout est gratuit. L'étudiant n'a à payer, en arrivant, qu'un droit minime d'inscription de dix couronnes...

« Et maintenant que vous êtes à peu près au fait des coutumes d'Upsal, entrons dans la maison de la « nation » du Jcmtland. Il ferait beau voir que je ne vous en fisse point les honneurs ! Encore que j'aie la barbe grise, j'y suis toujours chez moi, comme lorsque j'étais «junior ». Vieux ou jeunes, quand nous nous retrouvons à Upsal, nous sommes tous étudiants ! »

La rue à Stockholm. — Sur l'eau. - La Venise du Nord - Mana-Hissen. - La tour des téléphones. - Le Djurgârden aellman. — Une veuve consolée. - La gymnastique. - Le Panthéon suédois. — Une gardienne sans façon.

Stockholm a ce caractère d'une vraie capitale, d'une vraie grande ville, que la rue y est intéressante. Il y a dans la me'tropole suédoise une expansion qui est assez rare dans le Nord. Partout ailleurs, on s'enferme, on vit chacun chez soi, on ne sort guère qu'à des heures régulières, ou pour affaires. A Stockholm, comme à Paris, on flâne, on aime à être dehors, et les habitants jouissent pleinement de leur ville dont on peut toujours dire, avec Regnard, que sa situation particulière la rend admirable et que « rien n'est plus superbe que la quantité de vaisseaux qui se voient dans son port ».

C'est une belle ville et c'est une ville gaie, deux propositions qui ne s'accordent point toujours. La rue, pour un étranger, y est pittoresque à souhait. Ce sont des matelots qui viennent de débarquer, des Dalécarliennes, avec leur joli costume national, avec le bonnet de drap pointu et le tablier aux couleurs vives, qui flirtent (en tout bien, tout honneur , m'assure-t-on , peut-être un témérairement) avec des soldats magnifiques, au moins de tenue, dans leurs uniformes noirs à brandebourgs jaunes. Ce sont des cochers qui

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