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LE PARIS AU NIAGARA

sont pour la jeune Amérique la plus éloquente leçon de patriotisme ?

Après le défilé militaire, le défilé civil : sociétés de secours, sociétés de bienfaisance, composées d'hommes de toutes les conditions. Il n’est point de société en ce pays qui néglige une occasion de se faire voir. Les sociétés françaises, comme il est naturel, sont les plus empressées à se montrer. Nombre de costumes et d’uniformes, car l’humanitéaime l'uniforme aussi bien de ce côté de l'Océan que du nôtre. Les francs-maçons n'ont garde de s’oublier eux-mêmes : ils étalent leurs insignes chamarrés et brodés; en voici même en costumes de chevaliers d’un autre âge, tenau! des deux mains leur épée posée en travers sur la

nuque.

Quand ces centaines et ces centaines de délé-

gations ont passé, tout n'est pas fini : le défilé des pompiers commence. Il a été long, par exemple, ce défilé ! Commencé à midi et demi, il a duré près de deux heures entières. Ce sont toujours, et toujours encore, des hommes vêtus de pantalons noirs, de chemises rouges, bleues ou blanches, coiffés d'un grand chapeau de cuir bouilli, attelés à des tuyaux et traînant une pompe. Personne ne manquerait ici l’occasion de faire une réclame, et quelle plus belle occasion que

mslitiomitsitttitités

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celle-ci pour les compagnies d'assurances contre l'incendie ! Y en a:t-il, à New-York, et des pompes et des pompiers et des compagnies d'assurance |! C'est à croire que l'on n’en verra jamais la fin.

Un moment cependant, la réalitS remplace la parade. Un incendie vient de se déclarer dans le haut de Broadway, et voici, passant à travers la fête, où tout s'arrête pour leur faire passage, deux voitures précédées d’un grand bruit de la foule, qui s’avancent au galop de leurs chevaux, oemportant une pompe sous pression et une escouade de pompiers.

Ils ont passé, et le défilé reprend; il continue, il continue toujours. Il n’a pas tout à fait fini quand le Président donne le signal du départ. L'autre cérémonie, celle de l'inauguration de la statue, nous réclame : nous n'avons plus que le temps de nous rendre à l’île Bedloe.

Le brouillard de la matinée s’est insensiblement épaissi et voici qu'il commence à pleuvoir pour tout de bon. Des voitures nous emportent vers le quai boueux de l'Hudson; nous montons à bord du yacht le Chester Artkur. En route pour Bedloe Island !

L'avouerai-je? Nous sommes tous ici tourmentés

par une grave préoccupation, si peu noble qu'elle soit. Nous n'avons pas déjeuné, nous autres qui sommes incapables de manger solidement au petit matin. Or il est près de trois heures, et la bête réclame impérieusement sa pâture. Heureusement, nos hôtes ont pensé à notre détresse : sur le yacht nous trouvons des sandwiches et d’excellents vins de France. Je vous assure que l'on fait sérieusement honneur au liquide comme au solide. C’est une poussée, c'est presque un assaut. La faim apaisée, on monte sur le pont ; on regarde le spectacle que nous offrent la rivière de l'Hudson et la baie de New-York.

Il est extraordinaire, ce spectacle, et quel dommage que la pluie nous empêche de le bien voir! En avant, en arrière, à côté de nous, c’est plus qu'une flottille, c'est une flotte entière qui se dirige vers l'ile Bedloe. Tout ce qu'il y a dans New-York, dans Brooklyn, dans Jersey city, de steamers, de ferry-boats, de yachts de plaisance, à allumé ses chaudières pour cette cérémonie. Tous ces bateaux sont pavoisés comme aux plus beaux jours de fête ; tous sont bondés, jusqu'à menacer de sombrer, d'une foule joyeuse et enthousiaste. Il semble que la population tout entière des trois'villes soit sur l’eau en ce moment. Les navires se succèdent et se pressent

comme les cars dans Broadway ; avec le brouillard qu'il fait aujourd'hui, on se demande comment il sera possible d'échapper aux accidents et aux abordagé5. Quand nous arrivons devant l'île Bedloe, cent, deux cents navires sont déjà groupés tout autour de nous formant comme un archipel flottant aux îlots serrés; et d’autres navires ne cessent d'arriver de toutes parts.

Mille ou quinze cents privilégiés, munis de cartes, ont seuls le droit de descendre dans l'île. Tous les autres assisteront de bien loin à la cérémonie, n'entendant rien, ne voyant rien ou à peu près, et cela par le temps le moins engageant qui se puisse imaginer. N'importe ! Tous ont tenu à être à, à pouvoir dire : « J'étais là! » De l’inausuration de la statue de Bartholdi l'enthousiasme unanime de l'Amérique — et rien ne m'a paru plus touchant — à fait, sans aucun ordre officiel, une véritable fète nationale.

Une estrade assez étroite a été élevée au pied de la statue pour les autorités. Heureusement, celle-ci est couverte, car la pluie de tout à l'heure est devenue une pluie absolument batlante. Je plains les invités qu: n'avaient devant nous que des chaises en plein air! C’est un vrai déluge qui fond sur eux; hommes et femmes,

aucun n’a bronché cependant.

La cérémonie est ouverte. Le révérend docteur Storrs. prononce la prière officielle, car la religion, en ce pays, a toujours la première place. Puis le canon de la marine américaine commence la salve d'ouverture.

Le canon était sur le programme de la fête; mais voici ce qui n'y était pas et qui pourtant s'y est fait sa place, sa grande place, je vous le garantis.

Je vous ai déjà parlé de la sirène, cette invention des ingénieurs vieille aujourd'hui d’une vingtaine d'années. Tous ceux qui ont visité un port, tous ceux qui ont fait une traversée connaissent cet engin. Il rend, paraît-il, de précieux services par les temps de brouillard, pour éviter les abordages ; mais plût au ciel qu'on ne s’en servit que par les temps de brouillard! La sirène, c'est tout à la fois un sifflement, un grincement, un mugissement. Eiie siffle comme le pourraient faire je ne sais combien de centaines ou plutôt de milliers de sifflets ; elle grince à la façon d’une scie, avec un bruit aigu et strident qui déchire le tympan; elle mugit comme eût mugi le taureau d’airain de Phalaris lui même, s’il eût possédé la voix. Je vous ai dit combien nous avions maudit l'invention de la sirène le jour de notre arrivée à New-York, lorsque nous échangions

trois saluts avec tous les bâtiments que nous rencontrions. Mais vraiment, avant cette inauguration de la statue de Bartholdi, nous ne con. naissions pas encore la sirène; nous ne nous doutions pas de ce que peut êire un chœur de sirènes! Pauvres sirènes de la fable, vous qui séduisiez les navigateurs par vos chants harmonieux et perfides, que diriez-vous si vous saviez quel abus le xix° siècle a fait de votre nom! Ce n’est pas pour éviter vos tentations qu'il faudrait aujourd’hui pouvoir se boucher les oreilles, c'est bien pour ne pas vous entendre!

Elle n’a l'air de rien, la sirène, quand on la regarde : un mince tuyau, muni d’un léger renflement, au-dessus des chaudières d’un bâtiment. Mais que la vapeur s'échappe dans ce tuyau à la pression de quelques atmosphères, qu’elle mette en mouvement un certain nombre de lames de métal : alors cet appareil qui semble inoffensif devient aussitôt quelque chose de terrible, de formidable, d’affreux !

A peine le canon des bâtiments de guerre américains s'est-il fait entendre que tous les yachts, tous les bateaux, tous les ferry-boats qui nous entourent veulent aussi donner signe de vie, faire du bruit, prendre leur part de la fête. Et, comme sur un signal, voici toutes les sirènes qui se

mettent en mouvement. Imaginez qu'elles sont deux cents, deux cent cin uante, trois cents; que toutes, ensemble, donnent de la voix et sifflent, et grincent, et mugissent, et hurlent! Chaque bateau tient à se signaler, à se distinguer, à se faire entendre au-dessus du bateau voisin. Chacun donne tout ce qu'il peut donner. On est aburi, assourdi, abasourdi; à la lettre, c'est à rendre fou. On se met les doigts dans les oreilles; on voudrait être sourd pour tout de bon. Rien, non, rien ne saurait donner l'idée d’un pareil sabbat à ceux qui ne l’ont pas entendu!

Quand ce grincement a duré cinq minutes, on espère enfin qu'il va s'arrêter. Il se fait une accalmie. La plupart des sirènes se sont tues. Mais non! Il en est une qui, plus persévérante, ne veut pas se taire encore ; elle continue son solo au milieu du silence, et les autres bientôt, se piquant d'honneur pour ne pas rester en arrière, de recommencer leur grincement! Elles donnent toutes de nouveau avec un effroyable ensemble. Puis nouvelle accalmie et, aussitôt après, nouvelle reprise. C’est à croire que ceux qui n'ont pu trouver place dans l’île ont juré d'empêcher la cérémonie de s'accomplir. Il faut vingt minutes entières — et quelles longues minutes! — avant que le silence se produise.

M. de Lesseps en profite aussitôt. L'intrépide vicillard d£ auatre-vingts ans passés a Ôté son pardessus, Ôté son chapeau; le voici qui parle, et son premier mot :nprovisé est d'un heureux à-propos : « La vapeur, dit-il, qui a rendu tant de services en ce pays, nous fait bien du mal en ce moment! » Et il lit, au nom du comité français, son petit discours fort spirituellement tourné; il n'y oublie pas — l’homme malin qu'il est! — l'œuvre dont il est tout occupé en ce moment: le percement de l'isthme de Panama.

À M. de Lesseps succède, au nom du comité américain, M. Evarts. Mais voici bien une autre fète. On a abaissé un peu trop tôt le voile qui couvrait la statue de Bartholdi : le canon tonne de nouveau, et, au même instant, voici toutes les sirènes qui recommencent à faire chorus, à siffler, à grincer, à mugir à qui mieux mieux! Nous sommes avertis cette fois; nous savons qu'en voilà de nouveau pour vingt bonnes minutes de hurlements féroces. On dirait que c’est une joie pour tous les bateaux, pour tous ceux qu'ils portent, de déchirer les oreilles. Les Américains ont vraiment des nerfs d'acier. En vain le général Schofield crie, s’agite, fait des gestes désespérés.

La vapeur qui s’est échappée de toutes les

sirènes forme un épais nuage qui achève d'assombrir le ciel et de couvrir l'horizon. Le pauvre M. Evarts, de désespoir, s’est tourné vers M. Cleveland et achève pour lui seul la lecture de son discours.

Je vivrais cent années que je n'oublierais pas ces deux chœurs des sirènes. Satan, qui les à inventées, doit en garder quelques milliers pour ai : C’est la musique des enfers ; elle sera l'éternel châtiment des musiciens qui ont ici-bas écorché nos oreilles.

Enfin le silence se rétablit. M. Cleveland se lève. Il reçoit au nom du gouvernement des Etats- Unis la statue de la Liberté, il remercie la France qui l’a offerte; en quelques phrases heureuses et simples il rappelle les liens d'amitié qui unissent les deux pays. Le consul général de France à New-York, M. Lefaivre, lui répond officiellement au nom du gouvernement français. L'évêque anglican de New-York — c’est toujours un ministre anglican qui dans les cérémonies officielles a la parole, en ce pays où fleurissent toutes les variétés du protestantisme — bénit la statue et invoque l'Eternel. L’orchestre, qui a déjà joué tour à tour la Marseillaise et l’air national américain, fait entendre le vieil hymne de Luther, le Old Hundredth.

La parole est maintenant à M. Chauncey Depew. Il est un usage en Amérique dans toute cérémonie officielle : c’est de prononcer un discours commémoratif, que l’on appelle ici le memorial speech. C'est le discours d’apparat; c’est la grande harangue académique. Pour la prononcer, on fait choix de la voix reconnue de tous pour la plus sympathique et la plus éloquente. L'orateur choisi en ceite occasion était M. Chauncey Depew, celui qui, comme président de l'Union League, nous avait la veille souhaité la bienvenue. M. Chauncey Depew s’est montré à la hauteur de sa tâche. Il a raconté l'histoire de la guerre de l'Indépendance, rappelé tout ce que Lafayette et ses compagnons avaient fait pour la cause américaine; il a magnifiquement célébré et la statue de Bartholdi et la noble idée qu’elle symbolise. M. Depew a tout ce qui fait l’orateur : la voix et le geste aussi bien que l'élévation des pensées et l'émotion communicative. Quand il a fini, J'entends derrière moi un juge américain autorisé qui ne peut s'empêcher de s’écrier : « Voici un des plus éloquents discours que j'aie entendus de ma vie! »

La cérémonie est terminée. Il faut maintenant sortir de l’île Bedloe et retourner à New-York. Il n'a pas été simple pour tous, ce retour! Et il faut

bien que les Américains, nos amis, qui nous ont accueillis d'une facon si cordiale à la fois et si généreuse, m'excusent de dire toute la vérité. Une chose manque un peu dans ce pays de la liberté : c'est l’organisation de la liberté. Les policemen sont très respectés, très obéis ; ils n’ont qu’à se montrer, qu’à ordonner, pour que tout le monde s'incline aussitôt. Mais ceux qui doivent leur donner des ordres oublient trop souvent de le faire. Il manque aux fètes américaines un maitre des cérémonies. Beaucoup de choses y vont au hasard, au petit bonheur. Or rien n’a été réglé pour le départ de l'ile Bedloe, et, à défaut de règles, c'est la force brutale qui, ici comme partout, reprend ses droits : la foule est de sa nature inconsciente et violente. Chacun n'a qu'une pensée: songer à soi, sortir au plus vite, car la nuit tombe et il pleut toujours. La Délégation a été coupée en deux. Nous sommes, pour notre malheur, de ceux qui restent en arrière.

Elle à été longue, elle a été mélancolique, l'heure que nous passons ainsi dans l'ile Bedloe, attendant qu'un bateau accoste au ponton et vienne nous prendre! Ilse produit dans la foule des remous terribles, de ces poussées que chacun transmet et auxquelles nul ne peut résister.

Hommes et femmes sont également pressés,

bousculés ; ceux qui sont en avant risquent maintes fois d'être précipités dans l'eau. Enfin le bateau tant désiré arrive ; on s’y rue, on l’envahit, on l'escalade ; on pousse un soupir de soulagement. On part, on débarque, on prend d'assaut l’Elevated railroad comme on a pris d'assaut le bateau. A sept heures et demie la Délégation est tout heureuse de se retrouver à Hoffman House intacte et complète !

La journée n'est pas terminée pour nous, car c'est ce soir le grand banquet, le banquet officiel, que nous offre la Chambre de commerce. Il a lieu, heureusement, à notre porte, das le grand restaurant de Delmonico. Il ne compte pas moins de cinq cents couverts : c’est assez vous dire combien la salle est vaste et quel empressementon met ici à nous fêter. Une table d'honneur s'élève au fond de la salle sur deux ou trois gradins; cinq autres tables s'allongent perpendiculairement à celle-ci. Chacun de nous a ses deux voisins choisis d'avance ; et, par une délicate attention, sachant combien les Français ignorent souvent les langues étrangères, on nous a donné des voisins familiarisés avec notre idiome.

Le banquet est magnifique. Nos hôtes n'ont

rien épargné ; on nous sert les mets les plus délicats et les vins d'Europe les plus authentiques. On nous fait goûter des terrapins, sorte de tortues du Maryland qui se vendent à New-York presque au poids de l'or. On n'oubliera pas au dessert les cigares les plus exquis, les plus purs produits de la Havane.

Le rôti à peine achevé, les discours commencent. On a invité à porter la parole M. Coudert, notre vieil ami déjà, et M. le sénateur Curtis. M. Coudert parle tour à tour en anglais et en français : on ne saurait dire dans laquelle de ces deux langues il est le plus maître de sa pensée. M. Curtis retrace à grands traits, en termes émus, et en nous faisant la belle part, cette histoire de la guerre de l'Indépendance que M. Chauncey Depew nous a dite déjà à l’île Bedloe. L’amiral Jaurès et le général Pélissier répondent pour nous à ces deux discours.

L'avouerai-je? Nous commençons à être un peu fatigués de ce perpétuel éloge de la France que nous entendons, si sincère que nous le sentions, si complaisant que soit aux éloges l’amour-propre national,

Et voici un nouveau toast qui enchérit sur les autres, « La France, créancière de l'Amérique ! » En réponse, M. Spuller prend la parole. Si la

France à pu il y a cent ans, dit-il, rendre quelques services à l'Amérique, en ce siècle l'Amérique lui a largement payé sa dette

nous sommes bien quittes aujourd'hui. Et sur ce thème, dans une chaleureuse énumération, Spuller raconte quel noble exemple l’Amérique a depuis cent ans donné au vieux monde, et à la France en particulier. Si la France, en 1792, convaincue de l'impuissance de la monarcie à lui donner les biens qu’elle rêvait, l'égalité et la liberté, a proclamé la république, n'est-ce pas d'Amérique qu'elle avait reçu cet exemple? Si, au travers de toutes ses vicissitudes politiques, la France n’a pas cessé de mettre dans la république son espérance, n'est-ce pas encore l'exemple de la république américaine, forte et prospère, qui l’a soutenue ? Si, aux jours d’épreuve de 14870, elle a demandé le salut à la république, n'est-ce pas toujours à l'Amérique qu’elle le doit ? L'Amérique, en extirpant de son sein, à travers la plus formidable des guerres, la plaie hideuse de l'esclavage, n’avait-elle pas fait battre tous les cœurs généreux de l’autre côté de l'Océan : N'’estce pas vers l'Amérique et ses libres institutions qu'avaient sans cesse les yeux tournés, il y a vingt ans, ces disciples de Tocqueville et de Laboulaye qui luttaient chez nous contre le despotisme im-

périal ? Nous ne sommes plus les créanciers de l'Amérique, nous les Français d'aujourd'hui : nous sommes bien plutôt ses débiteurs.

Et en même temps que le spectacle d’une république florissante, les États-Unis nous ont montré aussi celui de la démocratie tricmphante : une démocratie qui a la paix intérieur: aussi bien que la paix extérieure, qui va ‘uuJours se développant parce qu’en poursuivant un noble idéal elle a aussi le sentiment de la réalité, le bon sens pratique, parce qu'elle unit à la passion de la liberté le respect de l'autorité, le culte religieux de la loi. Elle a su profiter de toutes les richesses du sol aussi bien que de tous ies progrès de la science ; elle étonne le monde par son industrie et son énergie ; elle a fait de l'instruction de ses enfants comme la clef de voûte de toutes ses institutions.

Nous avions tous ces pensées aux lèvres depuis que nous sommes 1C1, depuis que nous entendions glorifier sans cesse notre patrie. C’est M. Spuller qui a eu l'honneur de les exprimer en notre nom, et nul autre certainement ne l’eût fait aussi bien. M. Spuller est un modeste, je dirai même un timide : ils’efface volontiers, il a rarement donné en France toute sa mesure. Nous qui l'avons entendu en Amérique, où il a été forcé de se jeter

bravement à l’eau, nous savons désormais tout ce qu'il vaut par l'intelligence, par le cœur et par le talent.

Je ne veux plus que signaler une aimable causerie faite enanglais par le délégué de la Chambre de commerce de Paris, M, Hiélard ; car beaucoup de discours, de longs discours pour la plupart, ont été prononcés dans cette soirée. Commencés à neuf heures et demie, à minuit et demi les toasts se prolongeaient encore. Si je vous dis qu'après les cérémonies officielles, qui avaient duré quinze heures sans interruption, nous étions tous, nous Français du moins, absolument éreintés, qu'après une forte poussée au vestiaire de Delmonico nous avons couru rejoindre nos lits de Hoffman House, que nous avons dormi à poings fermés jusqu’à neuf heures du matin, peut-être me croirez-vous sans trop de peine !

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