‹ De Paris au SoudanChapitre 69 sur 112 · LE TOUAT ET SES ANNEXES · texte numérisé non relu

LE TOUAT ET SES ANNEXES

Les étrangers arabes et berbères donnent le nom de Touat ô tous les groupes d'oasis limités au Nord par le massif des dunes de ïErg occidental, au Sud par VErg Echchach et le plateau de Mouydir^ à l'Ouest par le bord du massif des dunes d'Iguidi^ ô l'Est par le plateau de Tadmaît et ses ramifications septentrionales.

Mais pour les indigènes, le nom de Touat est réservé aux oasis de la vallée de lOued-Messaoud. Les groupes du Nord constituent le Gourara et ceux de l'Est forment le Tidikelt. L'ensemble de ces territoires, avec les oasis oui s'y rattachent naturellement au Nord et à l'Ouest : Kerzdz, Guerzim^ etc., a une population sédentaire et nomade de plus de 400.000 habitants. On évalue à 10 millions le nombre des palmiers dattiers qui, pour la plupart, produisent beaucoup de dattes dont quelques espèces sont de qualités supérieures et très estimées dans le commerce.

Les indigènes se divisent en Arabes^ Berbères ZenatUy Chorfa, Harratine et Nègres. Les premiers dérivent en grande partie de la célèbre tribu de Hilaly venue d'Orient. Les seconds appartiennent à la race des Kabyles de Y Atlas. Les troisièmes sont des Arabes de noblesse religieuse, descendant ou prétendant descendre directement par les mâles, du prophète Mohammed (Mahomet), par la lignée de Fathma-Zonray sa flUe, mariée à Ali-ben-Abou-Thaleb. Ces Chorfa^ nombreux au Touat, y exercent aussi une

grande influence. Les Harratine passent pour des mulâtres u pays et les nègres sont originaires du Soudan ; les uns et les autres sont esclaves ou serfs des grands seigneurs sahariens.

Les indigènes de toutes les oasis du Gourara ei An Touat sont inégalement répartis en deux sofs ou partis opposés : les Soffian et les Ihamed.

L'industrie locale des différents ksour produit des tissus de laine très estimés, de différentes Qualités. A Sba et à Kaberteriy dans le Gourara, on procède à l'extraction du salpêtre et partout, surtout dans la forêt (Ghaba^ r'aba) au Sud d'In-Salah, le charbon et le bois font l'objet d'importantes exploitations.

Le commerce d'échange est assez important avec Ghadamés (R'adamès) et Tripoli^ avec l'Aïr et le Soudan central ; il est considérable avec Tin-Bektou et le Soudan occidental ; ij[ est très actif avec le Sud marocain et les tribus sahariennes de l'Ouest et de l'Est. Les Châmba^ les Laghouat Ksel, les Traû, les Hamian apportent des céréales, de l'huile, du beurre et des produits manufacturés provenant du M'zab. Comme toutes les caravanes allant vers le Nord,

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ils emportent des dattes en grande quantité, de Tor en

f)Oudre et en lingots, de Tivoire, dos cuirs bruts, des peleteries brutes, des ustensiles de bois, des cuirs façonnés, lies dépouilles d'autruche, des ânes et des nègres esclaves. On trouve dans les entrepôts : café, thé, sucre, fer, acier, plomb, soufre, cuirs ouvrés, cotonnades blanches et teintes (^n bleu, tissus de laine bleue, chachias, chaussures, drap de couleur, burnous en drap ; outils en fer et en cuivre ; ustensiles de ménage en fer battu, en cuivre et en porcelaine; bijoux d'or et d'argent; corail, verroterie, parfums, médicaments, bougies; coutellerie venant du Maroc; aiguilles et fll ; armes et poudre ; fll de fer et de cuivre, etc.

Les habitants des ksoiir cultivent le palmier, le coton, le tabac, la garance, le chanvre (dont la graine se fume et enivre comme l'opium) ; le henné (1) (Lawsonia inermis)^ qui sert à teindre différentes choses et particulièrement les mains des femmes et les cheveux des enfants. Dans les jardins des oasis, il y a des abricotiers, des pêchers, des cognassiers et, comme légumes, des choux, oignons, navets, pastèques, aubergines, melons, citrouilles, tomates, poivrons, fèves, carottes, etc. Les nomades élèvent d(îs chameaux, chevaux, ânes, chèvres et moutons, parmi lesquels Vademon, espèce de mouton sans cornes et sans laine (2).

La région du Touat est la plus importante de tout le Sahara occidental, il serait vraiment déraisonnable que le Transsaharien évitât d'y passer. Si nous ne pouvons utiliser le sel de Bilma et de Taodenni pour le trafic du Transsaharien, les sebkha (lacs salés) du Gourara et du Tidikelt pourront fournir une importante quantité de ce précieux article d'échange au Soudan.

Le Gourara, autrefois Tigourarin ou Tidjourarin des

(1) Surtout dans le district d'/n-Zegtnir. Commandant V. Déporter. VExtréme- Snd.

(2) Les renseignements qui précèdent et qui suivent sont extraits des ouvrages de II M. les Commandants Déporter et Bissuel^ de M. le Capitaine Le Châtelier. de Gerhard Rohlfs et du Répertoire alphabétique des renseignements contenus dans la carte de l' Extrême-Sud de V Algérie. Gouvernement général de l'Algérie. Alger. Avril 1888.

Berbères, est un plateau s'étendant au Sud de VEra occidental jusqu'au plateau du Tadmaît et à la vallée de VOued-Messaoud ou Touat proprement dit. Le terrain est généralement sablonneux. Dans les vallées et les basfonds humides, la végétation arborescente est assez abondante et consiste en palmiers dattiers, fersigue (variété de tamarix gallica), dhomran Ttraganum nudatum), artâa (calligonum camosum), belbel (espèce d'ephedra), gonnmieroutalha (acacia arabica ou gummifera), retem (rétama rœtam).

Le drin (aristida pungens) et le seflFar (arthratherum brachyatherum) poussent dans les sables, le hadh (cornulaca monacantha) et le baguel (anabasis articulata) croissent dans les bas-fonds humides.

Le Gourara se divise en 12 districts :

1** EUAouquerout ou Blad-el-Khenafsa, en y comprenant les oasis ^Oufran^ Ouled-Mahmoud et Kaberten^ composé de 14 ksour peuplés de 6,500 âmes ;

2« Tin-Erkouk ou Bled-el^Meharsa composé de 15 ksour peuplés de 4,600 habitants;

3* El'Djereifet: 15 ksour, 6,500 habitants;

4* Timimoun : 27 ksour, 22,000 habitants ;

5* OuledSaîd : 3 ksour, 4.550 habitants ;

6° Charouïn : 4 ksour, 3,000 habitants ;

7* Teganet: 7 ksour, 3,600 habitants;

S'» El'HaXcha : 5 ksour, 2,000 habitants ;

9® Der'emcha : 4 ksour, 2,900 habitants ; 10* Tsabit: 11 ksour, 10,900 habitants; 11^ Zoua et Deldoul: 7 ksour, 5,600 habitants. C'est ô Deldoul que réside habituellement l'agitateur Bou-Amama^ de la tribu des Ouled-Sidi-Cheikh ;

12« Sba : 2 ksour, 1,200 habitants.

Les 27 ksour du district de Timimoun sont bâtis au pied des escarpements formant la ceinture d'une sebkha ou lac salé. Ce district, l'un des plus populeux et des plus importants du Gourara, doit son nom à la ville de Timimoun qui peut être considérée comme la capitale et le marché du pays: il s'y fait un commerce très actif. La ville a cinq portes et est entourée d'un mur d'enceinte crénelé, flanqué de tours carrées assez élevées. On y

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