SECTION D'ALGER A LAGHOUAT
Malah inférieur (962), Oued-Malah supérieur (1,083 à 1,147), Djelfa (1,163), faîte du rebord méridional (1,280), col des Oulad-Yahia (960), Sidi-Makhlouf (892), Oued-Metlili (847), Oued-Mezy (780), Laghouat (787).
Ce tracé de 269 kilomètres a l'inconvénient grave de la contrepente du Djebel-Oukeit et manque d'eau sur beaucoup de points. (1)
Le service des Ponts-et-Chaussées a dressé un avantprojet complet de Boghari à Laghouat avec voie de 1 m. 065. Ce service fait actuellement étudier quelques variantes et des rectifications de détail. Le terrain ne présente aucune difficulté particulière d'exécution. Touteiois, à ce dernier point de vue, la direction de Taguin offre des avantages évidents (2).
B. — Tracé par Taguin
Si le tracé par Taguin était adopté, le point de départ serait entre Boghari et Boghar, sur la rive gauche du Chélif que la ligne aurait préalablement traversé en aval. Montant ensuite le long du bord du cours d'eau, la voie ferrée contournerait le pied des pentes de Boghar puis, évitant ainsi l'enchevêtrement de rochers du seuil qui recoupe la vallée, elle remonterait l'Oued-Oum-Djelil. Laissant à gauche le Djebel-Gourin, par un col déprimé et d'accès facile, elle atteindrait un sol uni sur lequel elle filerait sans obstacle jusqu'au Nahr-Ouassel, au-dessus du confluent de cette rivière avec le Chélif. Celui-ci rejoint, le railway le remonterait insensiblement jusqu'à l'arrivée de l'Oued-Ourek et le laisserait ensuite à gauche où ir fait un coude, pour le rejoindre à nouveau sur sa rive gauche, par un col peu élevé, le remonter encore tout doucement et le franchir à Taguin. De là, regagnant de la hauteur à travers des steppes immenses mais pourvus d'eau, la voie
(1) A. DupoDchel. Le Chemin de fer Transsaharien,
(â) Renseignements dûs à Tobligeance de M. Godard^ ingénieur en chef des Pontâ-et-Chaussées de la circonscription Ouest du département d'Alger.
ferrée monterait au village de Zenina, atteindrait le point culminant du rebord méridional du Haut-Plateau, redescendrait par une pente également douce dans la vallée de rOued-Mezy et à Laghouat.
Ce parcours est jalonné par les points suivants :
Boghari (585 m. au-dessus du niveau de la mer), Nahr- Ouassel (630), du confluent de l'Oued-Ourek au Chélîf (710), rive çauche du Chéiif (740), Taguin (850), Zenina (1,086), première ligne de faîte du rebord méridional (1,160), deuxième ligne de faîte (1,200), Bou-Chekoua (1,038), long contrefort du Sud (860), Oued-Haï-Haï (800), Oued-Mezy (780), Laghouat (787).
Ce tracé, par le col où se trouve le poste militaire de Chellala (844), pourrait détacher un embranchement de construction facile et peu coûteuse allant directement sur Tiaret, tête méridionale du chemin de fer aujourd'hui construit de Mostaganem à Tiaret. Oran et son département seraient ainsiy à peu de frais complètement reliés au réseau transsaharien que je propose.
Il importe aussi de remarquer que ce tracé abondamment pourvu de points d'eau, aurait une longueur sensiblement égale à celle du tracé par Djelfa auquel il paraît préférable à tous égards. (1).
Au surplus, le tracé de Boghari à Laghouat, par l'Oued- Ourek et Taguin que propose M. Duponchel, me paraît également préférable à une étude mixte qui a été faite par le Service des Ponts-et-Chaussées. Celle-ci emprunte le tracé A jusqu'à Aïn-Oussera, puis s'en détachant à l'Ouest, va diagonalement rejoindre le tracé B à Taguin, pour le suivre jusqu'à Laghouat. Cette variante intermédiaire, sans avantages particuliers, a le double inconvénient de ne desservir ni Cnellala ni Djelfa. Elle aurait un développement de 288 kilomètres de Boghari à Laghouat, sur un terrain facile et peu accidenté.
(1) Comp. À. Duponchel. Le Chemin de fer Transsaharien.
Cette section se subdivise elle-même en deux parties :
<'• Partie — De Laghouat au Hassi-Djedid 200 iilom.
2* — — Du Hassi-Djedid a El-Goléa 220 —
Longueur totale de la 2*^ section 420 kilom.
De Laghouat (0- 33' L. E. et 33^ 48' L. N.) à El-Goléa (0*^ 30' L. E. et 30^ 35' L. N.) le sol va en s'abaissant insensiblement de 787 mètres à 403 mètres d'altitude, par une série de plateaux tabulaires immenses, de dépressions larges et peu profondes, (l'ondulations d'un développement considérable. Les thalwegs à franchir, les ravines à traverser, les élévations à recouper ne sont que des accidents de terrain espacés et rompant la monotonie de la plaine, dont l'ensemble est légèrement incliné vers le Sud. Certains passages de la Chebka(l) du M'zab et des Chambâ présenteront seuls Quelques difficultés. Mais d'une façon générale, pour le raiiway provisoire, n'y aura qu'à poser une voie épousant à peu près complètement le terrain, avec une rampe maximum de m. 01 . Presque partout le sol est dur et solide, les sables mouvants sont l'exception. (2).
La voie ferrée large et définitive sera peut-être construite par ou prés la vallée de l'Oued-Loua et en suivant l'extrême rebord occidental delà Chebka. Une autre solution est toutefois proposée par M. l'Ingénieur Choisy qui a étudié sur.le terrain le tracé suivant :
« Au sortir de Laghouat, on va sans difficultés du Nord au Sud jusqu'à » Zebbacha en se développaat sur les plateaux entre les lits du Feidf-el- » Kelbaetdel'Oued-Nili.
(1) Les arabes nomment Chebka (réseau), un plateau déchiqueté par les eaux pluTtates, dont les Tallées forment un enchevêtrement.
12) Les renseignements sur la section de Laghouat à El-Goléa sont puisés dans les traTanx de MM. les Ingénieurs Choisy et Barrois^ ainsi que dans les notices^ cartes et itinéraires dressés par MM. Duveyrier^ Parizot, Régnauld de Lannoy de Bissy^ F. Bernaord^ etc.
» A partir de ZeMacha, deux solutions se trouvent en présence : on peut » s'engager dans les bas-fonds d'EI-Loua ou continuer à cheminer sur » les plateaux. »
M. ringénieur Choisy n'a pas parcouru le cours de VOued-Uma et abandonne de piano cette direction où Ton a chance de rencontrer des nappes artésiennes. Il Ta fait, dit-il, parce que le cours de cet Oued serait sinueux et exposé aux incursion des tribus insoumises. (1) Faisant au surplus remarquer que sur les plateaux on aurait des nuits et des citernes en quantité suffisante, il ajoute : « Nous avons cru devoir préférer le tracé » des plateaux, qui conduit sans difficulté d'aucune sorte jusqu'à » Oglat-el-Hassi. » (2).
4( Là il fallut chercher un passage dans cet entrecroisement de ravins » qui relient la chebka du M zab aux bas-fonds d'EI-Loua, et ce passage » nous fut tout naturellement ofTert par la série des ravins dont les noms » suivent : Toued Sobti, l'oued Djedari, Toued Zaïtit enfin l'oued Ter'ir (3).
» Quelquefois ces ravins avaient un de leurs flancs couvert de sable^ » mais le flanc opposé restait libre ; la seule difficulté sérieuse que nous » n'ayons pu éviter s'est présentée au Téniet-el-Anez : il faudra en ce » point, écréter sur une profondeur de 6 métrés un seuil rocheux de » dureté moyenne. (4).
» Restait, pour atteindre El-6oléa, à franchir les traînées de sables qui se » détachent du grand massif de l'Ouest : elles nous ont barré la route en » quatre points seulement, savoir : à la rencontre de l'oued Sidi Ahmed ; ^ au passage de l'oued Zirara ; à Noumar ; au Gour Ouargla. Mais nous » avons déjà eu l'occasion de faire remarquer gu'en ces quatre points, la » la dune s'appuie contre des escarpements qui en assurent la fixité ; ce » sont en tout 6,500 mètres de sable à franchir ; on les traversera selon » leur hauteur, soit à l'aide de tunnels, soit en établissant la voie sur des y> estacades métalliques. » (5).
D'après MM. les Ingénieurs Choisy et Barois qui ont étudié ce tracé sur le terrain, le développement entre Laghouat et El-Goléa serait de 420 kilomètres. Avec leur projet, conçu un peu luxueusement, comme il est d'usage pour les études des Ponts-et-Chaussées, la dépense kilométrique d'infrastructure, superstructure et accessoires serait de 142,830 francs par kilomètre pour une voie normale de 1 m. 443; elle ne serait que de 93,240 francs, pour une voie de 1 mètre, soit, dans ce dernier cas, une dépense totale de 40 millions pour les 420 kilomètres de Laghouat à El-Goléa. (6).
(1) A cette époque^ les Ouled-Sidi-Cheikh n'avaient pas encore fait leur soumission définitive.
(Tj, (3) et (4) Toutes ces citations sont extraites du rapport de M. ringénieur en chef Choisy. Documents relatifs à la mission Choisy, vol. I, p. 39 et 40.
(ô) et (6) Mission Choisy. Vol. l. Rapport de M. ringénieur en chef,p.40et41.
« La ligne, dit encore M. Choisy, traverse sur tout son parcours, des » contrées dont la salubrité est absolue. » (1).
Dans sa partie méridionale^ le tracé relevé par la mission Choisy a cependant un inconvénient : la ligne fait à TEst un détour considérable sur le penchant des plateaux dont la pente générale s'incline dans ce sens. Il en résulte que la voie ferrée rencontre des vallées déjà très larges et très profondément creusées dans le sol, entre des berges élevées. Il faudrait pour les franchir, des viaducs coûteux qie ne comporte pas une voie économique et provisoire. Aussi ai-je cru devoir apporter quelques modifications à Tavant-projet du savant ingénieur. J'ai suivi son tracé jusqu'à Aïn-Massine. De ce point, la voie provisoire que je propose ferait un coude à l'Est dans la direction de Metlili, rejoindrait a Oglat-el-Hassi le tracé des Ponts-et-Chaussées, puis après le passage de Téniet-el-Anez, filerait directement sur El-Goléa par la Daya dite Bou-Fakroun et le Hassi- Zirara. Ainsi dirigée, la voie provisoire, tantôt s'asseyant sur les plateaux solides, tantôt côtoyant leurs rebords occidentaux, laisserait à peu de distance à sa droite le grand Erg du Sud Oranais.
Ce tracé trouvera facilement à la tête ou au débouché de chaque grande vallée, les points d'eau indispensables. Ces réservoirs naturels seront en tous cas plus rapprochés que ne le sont, dans certaines parties du Turkestan, ceux du Transcaspien russe. Sur celte dernière ligne les trains font quelquefois 160 kilomètres sans rencontrer une goutte d'eau.
A Hassi-bel-Guelif (peu après Aïn-Massine), par la route du Hassi- Smahi (32*» 26' 25" L. N. et 0" 51' 45" L. E.), ou à Hassi-Djedid, par la route de Metlili, il sera facile de relier le M'zab au Transsaharien. Les cinq villes du M'zab, avec leur 50,000 habitants et leur 140,000 palmiers, sont le centre d'action d'une population active, industrieuse et commerçante qui détient la majeure partie du commerce de détail indigène dans presque toutes les villes d'Algérie. Les Beni-M'zab donneront un mouvement d'affaires considérable à la section de Laghouat à EI-6oléa. Cette section devra en outre assurer, dés sa construction^ le transport et le ravitaillement des troupes dont la présence permanente est indispensable au M'zab, à Metlili et a El-Goléa, pour la pacification définitive du Sahara Algérien, base de nos opérations dans le Grand Désert,
Tous les itinéraires qui vont suivre jusqu'au Soudan, sont décrits au point de vue de la pose de la voie ferrée provisoire et surtout de la reconnaissance qui doit précéder progressivement cette pose. En un mot, j'indique une route à suivre susceptible de toutes les modifications de détail que l'exécution comportera.
(1) Mission Choisy. Vol. I. Rapport de M. ringénieur en chef, p. 40 et 41.
les LE TRONC COMMUN
V^ Partib — Db Laghouat au Hassi-Djedid, 200 kilom.
En sortant de Laghouat (787 m. au-dessus du niveau de la mer), sur TOued-Djeddi, la ligne franchira sans difficulté le col du Rocher des Chiens pour suivre un fond sablonneux limitant l'oasis au Sud. Après cette cuvette sans profondeur, s'étend une plaine uniforme sillonnée de rides nombreuses mais peu accentuées. C'est le versant Nord de l'ondulation nommée Ras-ech-Chaab qui s'élève insensiblement à 70 mètres au-dessus de Laghouat, donnant la cote absolue de 850 mètres.
Nous entrons dans la région des Dayas : on nomme ainsi une dépression généralement peu profonde et peu étendue du plateau quaternaire, entre le cours de TOued-Mezy et la Chebka du M'zab. Pendant les pluies, ces dépressions forment des étangs quelquefois considérables qui se peu-
{>lent alors d'une multitude d'oiseaux aquatiques. Pendant 'été, une humidité relative entretient une végétation assez abondante de jujubiers (zizyphus lotus) et de bethoum (pistacia atlantica) dans ces dayas, dont la plus grande profondeur ne dépasse guère 5 à 6 mètres : ce qui permet à une voie provisoire d'en épouser presque partout le relief naturel.
Après 25 kilomètres, on atteint le point culminant de la première ondulation où se trouve la Daya-Ayad. Au Nord s'étend la plaine rase et, au fond, on peut voir Laghouat avec ses montagnes qui revêtent des couleurs éclatantes au coucher du soleil. Redescendant légèrement, la ligne traversera le lit de TOued-Bou-Trekefine, en recoupant une berge droite, peu élevée, pour prendre le Sud-Est. Une belle daya, la Daya-er-Ras-ech-Chaâb est à droite : elle est pleine de grands arbres où chantent les oiseaux. (1)
L'aspect du versant Sud du Ras-el-Chaàb est loin d'être uniforme. Le sol, de formation crétacée, est parsemé d'effondrements. Ces crevasses, dont les parois sont presque verticales, ont une vingtaine de mètres de profondeur
(1) À. Duponchei. Ouvrage cité. — V. Almand. D'Alger à Oiiargla.
au plus. Leur réseau est disposé en éventail et donne naissance à un grand nombre de couloirs ravinés (el-feiadh en arabe) qui courent parallèlement du Nord au Sud. La voie ferrée peut donc se placer, presque partout à fleur de sol, sur le contrefort de séparation de deux d'entre elles et se diriger vers le Sud, avec une très faible pente. (1)
C'est sur ce plateau que le colonel Margueritte chassait autrefois la gazelle et l'autruche ; celle-ci a disparu du Sahara Algérien et on ne la retrouve plus que dans le pays des Touareg, sur la route du Soudan. (2)
Insensiblement, la route s'engage dans le lit de l'Oued- Nili « l'aspect, de cette vallée, dit M. l'Ingénieur Choisy » qui l'a parcourue à la fin de l'automne, présente les plus » bizarres contrastes, point d'eau et toutes les apparences » d'un sol modelé par les eaux; on sent qu'une rivière » aujourd'hui tarie, a jadis animé ce coin de désert. Le lit » n'est plus marqué sur le sol jaune, que par un semis » sinueux de points verdâtres, des touffes de thym pous- » sent où l'eau a coulé. » (3)
A gauche le r'edir (réservoir naturel) de Nili, puis la Daya-Télemsane qui repose par sa verdure de l'aridité du pays ; plus loin les deux Citernes de Nili, situées à 25 kilomètres de Daya-Ayad et à 783 mètres au-dessus du niveau de la mer, d'après M. l'Ingénieur Choisy. L'une de ces citernes est neuve, l'autre plus ancienne. Toute deux sont alimentées par les eaux de pluies réunies et dirigées, à l'aide d'un barrage coupant le lit de l'Oued-Nili. Le thalweg de la rivière est jalonné par une flle de pistachiers bethoum (pistacia atlantica) qui prospèrent grâce aux eaux aue conservent longtemps après les averses de l'hiver et du printemps, les r^edirs nombreux en cet endroit. Près de là est installé un caravansérail pour le relais de la diligence de Ghardaïa, chef-lieu du M'zao. (4)
Sortant à droite du lit de l'Oued-Nili et se développant sur le plateau uni et résistant entre cet oued et le Feidhel-Kelba, la voie ferrée, jusqu'à Aïn-Massine, se prolongera sur un sol très peu accid!enté, formé tantôt de limon, tantôt de gravier, tantôt d'une carapace calcaire d'épaisseur variable. En route, elle touchera à droite aux puits d'Ogla
(1), (2), (3), et (4). A. Duponchel. Ouvrage cité. — V. Almand. If Alger, à
Zebbacha (0« 40' 1" L. E. et 32» 54' 24" L. N.) situés à 50 kilomètres de la citerne de Nili, ot à 712 mètres au-dessus du niveau de la mer (plateau au bord delà daya des puits), d'après M. Tlugcinieur Clioisy.
Entre Lagliouat et Zebbacha, si cola paraissait utile, dos citernes analogues à celles de TOued-Nili pourraient être facilement établies dans les différentes voilées qui descendent parallèlement du Has-ech-Chaab vers le Sud. Des conduites amèneraient l'eau sur la voie ferrée. Mais cette dépense supplémentaire n'est nullement indispensable. « Il » nous paraît toutefois probable, dit encore M. Choisy, qu'il » existe des couches aqueuses à peu de profondeur, sous » le plateau, ce que semble indiquer la présence des puits » d'O^la-Zebbacha. »(!)
Toujours sur le plateau solide qui se rattache à la Chebka, la voie ferrée atteindra, après un parcours de 55 kilomètres, le point d'eau d'Aïn-Massine(0° 51' 45" L. E. et 32* 26' 25" L. N.). Cette source est à 553 mètres au-dessus du niveau de la mer, près de l'origine de TOued-Massek qui descend doucement dans le Sud-Est avec un thalweg plat et des berges élevées. Sur les rives de TOued-Massek, se trouve un peu plus bas, le puits de Hassi-bel-Guelif. De cet endroit, se détache une route directe vers Ghardaïa, parles puits de Hassi-Ali-ben-Aroudj et de Hassi-Smahi.
Le lit sinueux de TOued-Massek tourne au Sud et va déboucher au Hassi-Djedid-el-Khenafls, à 45 kilomètres d'Aïn-Massine et à 200 kilomètres de Laghouat.
Résumé du parcours de Laghoual au Hassi-Djedid
Laghouat — Daya-Ayad 25 kilom.
Daya-Ayad — Citerne Nili 25 —
Citerne Nili — Ogia-Zebbacha 50 —
Ogla-Zebbacha — Ain Massine 55 —
Aïn-Massine — Hassi-Djedid 45 —
Parcours total 200 kilom.
(1) Mission Choisy, Vol. I. Etude des lignes de chemin de fer, p. 79 et 80.
SECTION DE LAGIIOUAT A EL-GOLÉA 165
2* Partie — De Hassi-Djedid a El-Goléa^ 220 kilom.
C'est à environ 15 kilomètres au Nord-Est de Hassi- Djedid, sur un chemin qui conduit au M'zab, qu'est situé le ksar de Metlili placé ft l'intersection des routes les plus fréquentées de Laghouat à El-Goléa, de Laghouat à Ouargla, de Ghardaïa à El-Goléa. Metlili est à 30 kilomètres S.-O. de Ghardaïa et à 146 kilomètres N.-O. d'Ouargla. Le ksar dépend de la tribu des Châmba-Berazga. Les plantations de palmiers (40,000 pieds environ) se trouvent en aval de l'Oued-Metlili, sur les deux rives ; elles se prolongent à partir du ksar sur une longueur de 6 à 7 kilomètres. Les dattes en sont de bonne qualité.
L'altitude du Hassi-Djedid-el-Khenafls (32«28'36" L.N.)(1), dont l'eau se trouve en été à 23 mètres du sol, est de 529 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce puits a été creusé au confluent de l'Oued-Massek et de l'Oued-Djedidmtâ-Sebseb, branche septentrionale de l'Oued-Gâa. La route à suivre remonte au Sud-Ouest la vallée affluente et, après huit kilomètres, dépasse un rocher terminé par trois pointes nommé El-Goreïnat et planté dans la vallée. En mce, le Ilassi-Guedim-el-Khenafls ou Hassi-el-Khenafls proprement dit, puits de 44 mètres de profondeur.
Suivant d'abord la vallée, la voie ferrée la laissera ensuite remonter vers l'Ouest. Atteignant facilement le plateau elle le traversera jusqu'à l'origine de TOued-Sobti où, après 25 kilomètres, elle rencontrera Oglat-el-Hassi (0« 49' 38" L. E. et 32*» 6' 15" L. N.) groupe de cinq puits où l'eau est abondante, quoique un peu saumâtre. L'altitude absolue est de 637 mètres. (2).
A El-Hassi, la ligne entre dans une série de vallées : rOued-Sobti, l'Oued-Djedari et l'Oued-Zaitit, dont le sol est un peu raviné. Le fond de ces vallées est tantôt rocheux, tantôt sablonneux, et présente de petites inégalités qui nécessiteront des terrassements de 2 à 3 mètres de hauteur. La largeur de l'Oued-Sobti varie entre 100 et 200
fl) D'après M. H. Duveyrier.
[3) D'après la mission Choisy.
mètres; partout cependant la ligne pourra s'y développer avec des courbes de 500 mètres de rayon. (1)
La vallée de rOued-Djedari forme au contraire une vaste plaine sans accidents de terrain ni difficultés. Aux Toumiat, le passage se ressère entre deux terrasses formant saillie au-dessus du niveau de la plaine. Ces terrasses laissent entre elle un espace de 500 mètres environ dont la traversée ne présente aucune difficulté. Puis vient TOued- Zaitit dont la largeur moyenne de deux kilomètres se rétrécit au Téniet-el-Anez. Ce col est en somme d'accès assez facile et pour réduire la pente à m. 01, il n'y aura qu'à ouvrir une tranchée de 600 mètres de longueur, et de 5 à 6 mètres de hauteur maximum (2).
D'après M. l'Ingénieur Choisy, la longueur des terrassements nécessités par cette tranchée et par les rampes d'accès du col, ne dépassera pas 1,500 mètres.
Par le Téniet-el-Anez (col de la chèvre), où se montre le coroxylon articulatum (remeth des Arabes), la ligne va déboucher dans la grande plaine d'El-Bala, dont le sol est dur et parsemé de pierres, entre lesquelles poussent des touffes de traganum nudatum et de fersigue (variété de tamarix gallica).
Un grand cap de rochers, partant de la ligne de hauteurs qui borde la dépression à l'Ouest, s'avance dans l'Est jusqu'au passage. Puis la dépression s'évase pour former la Dayet-bou-Fakroun (3) (étang des tortues). Des pitons de la même composition que la chebka s'y dressent de loin en loin et le sol y est solide avec des pierres éparses. La partie de la daya, située au Nord d'un second cap est presque sans végétation parce qu'elle est plus élevée que la partie méridionale où un puits de 55 mètres de profondeur a été récemment creusé (4). Dans les environs poussent en abondance le semhari (helianthemum sessiliflorum), le halma (Hthos-
(1) et (2) D'après la mission Choisv.
(3) Sur la carte d'Afrique au 1/3,000,000, feuille o* 5, Laghouat. dressée en 1887, par M. le Commandaot Régnauld de Launoy de Bissy, la Dayet^ou-Fahroun est appelée Daia-Mourra et le nom de Bou-Fakroun est attribuée à une autre dépression placée bien plus au Nord.
i-Berghao Géographie. 1876 (juin), p. 600.
permum callosum), le belbel (anabasis articulata), le seffar (arthratherum brachyatherum), etc. C'est aussi dans cette partie de la daya que se dressent les collines nommées Mehasser-el-Melh (56 kilomètres de Oglat-el-Hassi).
En continuant au Sud, on voit se rapprocher le bord du plateau Est qui laisse passer, par ses crevasses, des ravins qui portent à l'Ouest des sables formant un massif isolé couronné par une dune. La végétation est composée d'aristida pungens et de calligonum camosum.
Montant par une pente douce, la ravine de Châab-Fathma, la route débouche au Sud, sur un plateau. Après quelques kilomètres, on prend la tête de l'Oued-Fetouha en redescendant petit à petit sur un fond encaissé et sableux, entre les parois de la coupure du plateau éventré, à cet endroit, par de nombreuses ravines. Puis la vallée débouche du plateau au Nord d'une véritable anse recevant des ravines tributaires qui viennent de la berge Ouest.
La route atteint alors la Hafra-Fôtouha, bassin presque circulaire rempli de sable formant de petites dunes, enclavé dans le plateau rocheux. Entrant dans l'Oued-Louggueï, le tracé passe à l'Ouest d'un contour de la Chebka, sur un sol toujours sablonneux, patrie de l'anvillea radiata et des autres plantes fourragères communes dans la région.
On suit alors le cours de l'Oued-Djedid, large d'un kilomètre, bordé au Nord par des rochers et au Sud par des sables que l'on traverse rapidement pour atteindre la cuvette dite Hafra-Sidi-Ahmed. Ce creux a un fond et des bords sablonneux : deux hautes dîmes se dressent dans la partie Nord de son lit. De là, on passe dans un ravin, à l'endroit où il est formé par deux bras en fourche. On trouve une dépression en allant à l'Ouest. Puis en laissant à l'Est la vallée de l'Oued-Chebeïka, on suit un ravin parallèle pour atteindre le rebord du plateau de la Chebka qui se montre là avec sa roche calcaire dont la surface est couverte, par endroit, de légères couches de sable. Des ravins partent de ce point, descendant vers le Sud-Est, pour aboutir à une sorte de baie dans la large vallée de l'Oued-Zirara. En suivant un de ces ravins semé de petites dunes de sable et dont les berges sont découpées, on débouche dans l'Oued que l'on coupe obliquement pour atteindre le puits.
Hassi-Zirara, à 48 kilomètres de Dayet-bou-Fakroun, est
à Taltitude absolue de 453 mètres au-dessus du niveau de la mer, sous la berge Nord de la rivière et à l'embouchure d'un fort affluent venant du Nord-Ouest. Un piton, El-Kessair, séparé du plateau, s'élève au Nord du Hassi-Zirara (31' 15' 18" L. N.) (1) et sert de point de repère aux caravanes pour trouver le puits dont l'eau bonne, abondante et légèrement acidulée, se trouve à 23 mètres de protondeur. Le piton d'El-Kessair est couronné d'une muraille actuellement en ruine et qui lui donne l'aspect d'un vieux manoir.
L'Oued-Zirara, dans lequel les bergers des Chàmba font paître de nombreux troupeaux de chameaux, de moutons et d'ànes, est une vallée large de 5 à 6 kilomètres, courant le long du bord Sud de la Chebka des Chambâ, après avoir pris naissance sur ce plateau même, à quelques kilomètres en amont du puits. En aval, il va se perdre dans les sables du Sud-Est.
Remontant le Châabet-el-Hassi, large de 1,500 à 2,000 m. — où les dunes commencent à se former, et où on aperçoit sur la rive Est, deux lambeaux de la Chebka — jusqu'à sa naissance, on arrive sur un plateau uni et solide, à sol sablonneux où perce souvent la roche. Traversant ensuite une petite zone de dunes, dont la plus belle est TErg-el-Mezrag (dune delà lance), on franchit la Hafra-el-Harchan, dépression en bassin fermé, à sol d'affleurements calcaires, recouvert d'un peu de sable mêlé de cailloux.
Plus au Sud, la plaine est assez fortement ondulée, avec un sol sableux mais dur, à cause des pierres calcaires qui s'y mélangent en grande quantité.
Puis la plaine redevient unie à perte de vue. Plus loin, elle est sillonnée par des ravines, les Oudian-Chihheb où la végétation est représentée par le fagonia fruticans (cheggâa des arabes), le traganum nudatum, l'anvillea radiata et le rétama rœtam. Après, le pays reprend son aridité et on descend l'Oued-ben-Salama pour déboucher dans l'Oued-el- Zelleïdja dont le lit est aussi nu et désolé, mais avec un cours plus régulier et des berges moins hautes que celui de rOued-el-Akhoua ou El-Khoua, dans lequel il se déverse.
Ce dernier oued est si tortueux que l'on passe d'un tournant dans l'autre par de petits cols peu élevés. C'est, paraît-il, dans la portion en amônt de l'Oued-el-Akhoua que serait
(1) D'après M. H. Duveyrier.
creusé à une journée de marche d'El-Goléa et de Zirara, le puits d'El-Ogaïla, souvent ensablé mais peu profond (1). L*Oued-el-Akhoua est un tributaire de TOued-Mya.
Sortant du lit de l'Oued-el-Akhoua (37 kilom.), là route entre dans des creux du sol, de forme et de profondeur très variables. Ces dépressions, tantôt allongées, tantôt circulaires, sont presque dépourvues de végétation. L'aspect du pays est des plus tristes en cet endroit où on ne remarque que des rochers en forme de table, roses ou violets, qui se dressent ça et là. Quittant un sol dur de pierres mêlées de sable, la ligne passe sur quelques dunes puis sur une nouvelle plaine sablonneuse, plantée d'arthratherum pungens et de fagonia fruticans.
On laisse, à un kilomètre à l'Est, une ligne de neuf témoins qui s'étend parallèlement au chemin. On voit quelques dunes allongées entre lesquelles percent de loin en loin le calcaire blanc ou teinté de rose clair du plateau. Le sol devient peu à peu très uni et très dur, malgré les couches de sable qui le couvrent; les affleurements calcaires se multiplient. Au moment où on est en face d'un long témoin, orienté Esta Ouest, et qu'on a ce témoin à l'Ouest, on n perçoit du côté opposé, à l'Est, un piton isolé appelé El-Gara qui est visible de fort loin.
La route coupe ensuite plusieurs petits oued qui descendent sur la gauche et où pousse une plante indigène, le henna, qu'il ne faut pas conrondre avec le lawsonia inermis. Puis on descend doucement un nouvel étage de la plaine formant une ligne circulaire de petites élévations. Passant ensuite à l'Est de gour allongés dans le sens de la marche, on descend à nouveau un faible gradin et le chemin traverse plusieurs ravins dont la pente est vers le Sud-Est.
Nous sommes arrivés au dernier étage de la Chebka, dont on remarque la position lorsqu'on vient du Sud, par quatre petits pitons, dont le quatrième est un peu séparé des autres du côté de l'Est. Le bord de la Chebka, très bas en cet endroit, domine à peine une longue plaine couverte de dunes de sable. Laissant à gauche le défilé nom-
(1 ) On trouve plusprès^ à droite et à peu de distance de la ligne, un puits ensablé. Quoique on n'ait aucune donnée sur la profondeur et la valeur de ce puits, il n'est pas douteux que l'on puisse trouver de l'eau en ce point. Capitaine P. Bernard. Carnet d'itinéraires de la Dimsion d'Alger, p. 346,
mé Enteg-el-Kebir, la route suit, pendant plusieurs kilomètres, une dépression longitudinale : à TEst, une chaîne parallèle au chemin et qui se prolonge à 900 mètres de distance; à TOuest, les dunes de la région de TErg, séparée dos collines par un espace de une heure et demie de marche, soit six ou sept kilomètres. Dans ces dunes est le puits nommé Bir-Youssef.
Dans la première partie de la plaine, le sol est sablonneux. En avançant vers le Sud, il est formé de gravier et même de pierres calcaires. C'est à la hauteur de FEnleg-el- Kebir (le grand défilé), qu'il laisse à TEst, que le chemin est rejoint à droite par la vallée de TOued-Seggueur, arrivant du Nord-Ouest où il apparaît et disparaît tour à tour sous les dunes du grand Erg du Sud Oranais.
La chaîne des hauteurs qui accompagnent la route à l'Est, est interrompue par TEnteg-es-Sghir, (le petit défilé) et la voie proposée suit TOued-Seggueur ou Oued-el-Goléa, large vallée, bordée à six-cent mètres à TEst par une nouvelle ligne continue de collines, à sommet uni. Ces collines, hautes de cinquante mètres au-dessus de la plaine, s'arrêtent au Sud, à la hauteur d'El-Goléa, et la rive occidentale de la vallée est formée par les dunes de l'Erg. La partie Sud de cette vallée prodiiit un végétal qui ne remonte guère plus au Nord, le zeita (limoniastrum guyonianum) et on y voit également beaucoup de fersigue (variété de tamarix gallica).
El-6oléa est à 90 kilomètres environ de Hassi-Zirara, par la route que nous venons de suivre. Le ksar et son piton sont à 440 mètres et l'oasis, située au fond de la vallée, à 403 mètres au dessus du niveau delà mer. D'après V Annuaire du Bureau des longitudes pour 1891, El-Goléa est par 0° 30' L. E. et 30*35' L. N.; M. H. Duveyrier donnait 0» 47' 31" L. E. et 30« 32' 12" L. N.
Le ksar est une forteresse inexpugnable pour les indigènes et il n'est pas difficile de fonder un établissement considérable et une gare importante à l'abri de ce fort solidement occupé par nous. Le sous-sol de l'Oued-Segçueur contient trois nappes d'eau successives, dont la troisième, à 40 ou 45 mètres de profondeur, est jaillissante. Bien qu'il n'y existe actuellement qu'un puits artésien, l'Aïn-Feïada,
on trouve sept sources jaillissantes dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour d'El-Goléa (1).
Cette petite ville, appelée aussi El-Menia en Arabe et Taourirt en berbère, est surtout habitée par des serviteurs des Châmba-el-Mouadhi. — Ces derniers y passent l'été et s'enfoncent dans TErg pendant Thiver. La France doit créer, sans retard, un établissement militaire important et un grand marché dans cette oasis admirablement située, salubre et habitable pour les européens qui ne peuvent pas séjourner pendant plus de six mois à Ouargla, sans y prendre la fièvre où s'y étioler d'anémie. Nous devons porter tous nos efforts sur El-Goléa, point extrême de nos possessions actuelles du Sud-Algérie.
Avec les nomades qui l'entourent et les Zenata qui l'habitent, El-Goléa est peuplée de 1,500 habitants. Son oasis est susceptible d'un grand développement dans toute la vallée.
Résumé du parcours de Hdssi-Djedid à El-Goléa
Hassi-Djedid — Oglat-el-Hassi 26 kilom.
Oglat-el-Hassi — Dayet-bou-Fakroun 56 —
Dayet-bou-Fakrouii — Hassi-Zirara 48 —
Hassi-Zirara — Oued-el-Khoua 37 —
Oned-el-Khoua — El-Goléa 53 —
Parcours total 220
REMARQUE. — De Hassi-Djedid à El-Goléa, on connaît deux autres routes fréquentées, l'une par les caravanes et l'autre par les colonnes françaises. La première, par Hassi-bou-Messaoud, recoupe et suit sur plusieurs points le tracé qui vient d'être décrit, sa longueur est d'environ 230 kilomètres. La seconde, assez bien pourvue d'eau et de pâturages, rencontre de nombreux passages montueux et difficiles. (2).
Cette dernière route passe d'abord près de Metlili, dont elle se rapproche à l'Est pour rejoindre la route de Ghar-
(1) V. Déporter. Extrème-Sud, p. 33 et 34.
;2j H. Duveyrier. — V. Déporter. — F. Bernard. Ouvrages cités.
daïa h El-Goléa. Ces deux routes n'en formant plus qu'une, continuent ensuite par les puits et les terrains de culture de Beïdha-mtà-Sebseb. Le chemin rencontre le Hassi-Moulel-Mehnri, puits (30 kilom.), le Hassi-el-Gàa, puits de bonne eau (15 kilom.), TOued-el-Abiodh, sans eau (22 kilom.), le Hassi-Berfî:haoui ou Bir-Rek'aoui (29 kilom), puits abondant à 437 mètres au-dessus du niveau de la mer; le Chàabet-Ougaiet-el-Hadjadj (34 kilom.), sans eau. Ce chemin vient retrouver le tracé aue j'ai décrit au Hassi-Zirara (24 kilom.) pour se confondre avec, lui jusqu'à El- Goléa. (i;.
Résumé du parcours de la route militaire de Hassi-Djedid
jusqu'à El-Goléa
Hassi-Djedid — Hassi-Moul-el-Mehari 30 kilom.
Hassi-Moiil-ei-Mehari — Hassi-el-Gàa 15 —
Hassi-el-Gàa — Oueii-el-Abiodh 22 —
Oued-el-Abiodh — Hassi-Berghaoui 29 —
Hassi-Bergbaoïii. — Oiigaiel-el-Hadjadj 34 —
Ougaiet-el-Hadjadj -- Hassi-Zirara 24 —
Hassi-Zirara — Oued-el-Khoua 37 —
Oued-el-Khoua — El-Goléa 33 —
Parcours total 244 kilom.
(1) H. Diiveyrier. — V. Déporter. — F. Bernard. Ouvrages cités.