LA BRANCHE DU NIGER
DE L'ADRAR-AHNET A BOURROUM, 760 KILOM.
La branche du Niger se divise en deux sections :
l** Section — De l'Adrar-Ahnet a Timis-
saou 198 kilom.
2* — — De Timissaou a Bourroum... 562 —
Longueur totale de la branche du Niger.. 760kilom.
La station d'Aneflfodjen doit servir de point d'appui (rommun aux branches du Niger et du Tchad qui se sépareront quelques kilomètres plus loin. La première ira vers Timissaou à travers le Tanezroufl (plateau immense et désert); la seconde gagnera Silet et le versant méridional du Ahaggar.
Aussitôt construite, la première branche desservira le pays des Aouélimmiden, tout en reliant le Touat et le Agaggar au pays des Nègres. Du désert aride, la voie ferrée passera dans les régions riches et peuplées des bords du Niger. En débouchant à Bourroum, au coude de ce fleuve, elle ouvrira la liene directe de Paris, Marseille et Alger aux possessions françaises de l'Afrique de l'Ouest. Ces 760 kilomètres de chemin de fer assureront immédiatement au Transsaharien, la moitié du trafic prévu pour l'ensemble du réseau.
Le tracé de la branche du Niger a été établi par moi d'après les ouvrages et les cartes de MM. Pouyanne, V. Déporter, Gerhard Rohlfs, H. Bissuel, H. Barth. Des renseignements oraux m'ont été fournis par les Touareg Kenan-ag-Tissi, Tachcha-ag-Sr'ada, Chekkadh-ag-R'ali.
r SECTION - DE UADRAR-AHNET A TIMISSAOU, 198 KILOM-
D'Adjelmam-Aneffodjen à Timissaou, la roule à suivre laissera d'abord à droite, à une quarantaine de kilomètres, la montagne d'In-Ihahoa ou In-Zizaou, au Nord de laquelle se trouve TAdjelmam-Amecedel, lac ou Teau est à profusion et excellente. D'après les renseignements recueillis en 1880 par M. Sabatier et contrôlés par M. ringénieurPouyanne, la montagne d'In-Ziza contient cent soixante réservoirs naturels formant autant de citernes et conservant continuellement de Teau. Ces réservoirs sont très grands et profonds chacun de plusieurs mètres^ avec dix à douze mètres de côté en moyenne. (1)
Il faudra ensuite franchir le désert de Tanezrouft, terrain de reg Jaune et par endroit rouge, plateau en contre-bas deTAhuel, si uni qu'il ressemble à la mer. L'eau y est très rare, mais par le tracé que j'indique, la traversée se fait dans la partie la plus étroite du Tanezrouft et sans difficultés de terrain.
Partant d'Aneflodjeii et continuant d'abord à suivre la vallée de rOued-Amdja, la voie provisoire s'élèvera sur un plateau à l'Ouest de la Gara-Rokkan (cône montagneux). Elle laissera à gauche la branche projetée du Tchad, atteindra la vallée de l'Oued-Tir'ehart, Tir'ejert ou Teghazert et E rendra la direction de Tiriganine (60 kilom.), ravin emroussaillé, mais sans eau.
Se dirigeant vers le Sud, la li^ne passera entre deux ffour (monticules coniques), franchira une petite chebka et dans la dépression de In-Terbadjant, au pied d'une éminence, atteindra le Ha8Si-Tar'adju!>t (34 kilom.), puits profond de 5 m. 25 environ, dont l'eau est abondante et de bonne qualité. Autour, poussent l'ethel (tamarix articulata), et le toulloult (aristida pungens). Le terrain est toujours facile.
De Hassi-Tar'adjart à Timissaou (104 kilom.), la route à suivre est en plein Tanezrouft, le terrain est ferme, uni et sans eau, avec fort peu de pâturages.
(1) Pouyanne. Note sur V établissement de la carte de la région comprise entre le Touat et Timbouhtou, p. 85.
SECTION DE LADRAR-AHNET A TIMISSAOD 187
Hésumé du parcours de VAhnet à Timissaou
Aneffodjen — Tiriganine 60 kilom.
Tiriganine — Hassi-Tar'adjart 34 —
Has.si-Tar*adjart — Timissaou 104 —
Parcours total . . 198 kilom.
2* SECTION - DE TiMISSAOU A BOURROUM, 562 KILOM.
Cette section se divise elle-même en deux parties :
l** Partie — De Tihissâou a KsAR-lR'ACHàR 251 kilom.
i* — — De Ksar-Ir'achar a Bourroum 3 H —
Longueur totale de la 2"" section 562 kilom.
Cette section de lalirae, côtoyant d'abord Textrémité occidentale da Tassili du Sud ou Tassili-Tan-Aahar, sort rapidement duTanezrouft, pour atteindre et longer à l'Ouest, les assises inférieures du plateau élevé d'Adghagh, Adr'ar' ou Adar' centre d'action des Touareg Aouélimmideo.
Ce plateau, sur lequel se dressent par endroits des pics rocheux, est découpé par un réseau de vallées secondaires, et forme deux parties séparées par l'Ir'arr'ar ou Igharghar du Sud. Dans le fonds des vallées, les sources ne sont pas rares et les puits sont très nombreux. La végétation y est belle et vigoureuse. De là, il ne sera pas difficile à la voie ferrée d'atteindre le coude du Niger et Bourroum.
En avançant vers le Sud, le désert fait insensiblement place à des contrées largement arrosées et revêtues de toutes les richesses végétales qui font la splendeur de la zone intertropicale. Aux bois inexploités de gommiers c[ui rompent la monotonie aes vallées du Sahara, succèdent des forêts épaisses et magnifiques. Les autruches, les gazelles et les antilopes des sables, font place aux éléphants, aux rhinocéros, aux hippopotames. Nous sommes dans la terre promise des chasseurs.
M. l'Ingénieur Pouyanne estime que c'est au pays des Aouélimmiden, sain et fertile, que la France pourrait fonder un établissement colonial d'un
f^rand avenir^ centralisant notre action politique et commerciale dans tout e bassin du Niger. Lès Européens peuvent vivre et même se bien porter dans cette région montagneuse; plus au Sud, la chaleur persistante et l'humidité rendent les longs séjours très dangereux.
r** Partie— DeTimissaou a Ksar-Ir'achar^ 251 kilom.
Timissaou est au pied du versant Nord-Ouest du Tassili du Sud de la carte de M. H. Duveyrier, appelé Tassili-Tan-Adhar
SECTION DE TIMISSAOU A BOURROUM 189
par M. le Commandant V. Déporter. C'est un point de passage obligé pour les gens qui vont de TAhnet, de Silet ou du Ahaggar à Tin-Bektou et réciproquement. Timissaou n'est
Êas habité, on y voit quelques gommiers absaq (acacia araica), un peu de toulloult (aristida pungens) et de tahar (cornulaca monacantha). Le puits est profond de 6 m. 50 à 7 mètres environ ; l'eau en est très bonne et très abondante.
Ce puits est creusé dans le lit de l'Oued-Timissaou et à 4 kilomètres environ des pentes du Tassili. Ces parages sont très fréquentés par les Ifoghas ou Ifour'as Fourguemoucen. On voit dans la gorge, sur le rocher des inscriptions en tiflnar' (caractères usités dans l'écriture des Touareg) et des dessins représentant un cheval, un lion, un chameau.
Près du puits est une éminence rocheuse ressemblant à un château, et fameuse par une légende sur une empreinte attribuée au cheval de Moïse.
Les Touareg préfèrent de beaucoup la route d'Aneflfodjen à Timissaou, à celle directe, mais déserte et peu suivie d'In- Zizaou à Timissaou.
En quittant cette dernière localité, la route à suivre contourne l'extrémité du Tassili, jusqu'à l'Oued-Inefls, qu'elle traverse pour s'élever ensuite entre deux lignes de hauteurs et redescendre à Ilok(38 kilom.) où il y a beaucoup de gommiers tamat (acacia cavenia), un peu de toulloult (aristida pungens), et de tahar (cornulaca monacantha) après les pluies. Puis serpentant dans les bas-fonds d'une petite chebka, elle passe à In-Zahar (36 kilom.), sans eau avec quelques gommiers tamat.
A la sortie de la chebka, la voie longera le pied du Djebel- Tirek, montagne très élevée située à l'Est. Au bas de cette montagne, il y a de l'eau bonne mais peu abondante, fournie par l'Aïn-Tirek-el-Beidha. En suivant la vallée de l'Oued- Tirek, on arrive à sa source, l'Aïn-Tirek-el-Kahela. Laissant alors le Djebel-Tirek en arrière la route arrive à In-Ouzzel (38 kilom.), situé à quelques kilomètres des premières pentes septentrionales de l'Adghagh des Aouélimmiden, dans une vallée assez large où il y a beaucoup de gommiers absaq (acacia arabica) et tamat (acacia cavenia). Un étang donne une grande quantité d'excellente eau qu'on peut également trouver en creusant le sol.
La route passe ensuite entre deux lignes de hauteurs : celle de l'Est se prolonge au-delà d'Ifernan; celle de l'Ouest s'arrête avant d'y arriver.