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CHAPITRE IV

DE L'ADRAR-AHNET A BARROUA, 1.700 KILOM.

La branche du Tchad se divise en trois sections :

1*^ Section — De l'Adrar-Ahnet a In-Azaoua 700 ktlom. 2« — — D'In-Azaoua a Tin-Telloust . 300 — 3* — —De Tin-Telloust a Barroua . . 700 —

Longueur totale de la branche du Tchad. . 1.700 kilom.

De l'Ahnet au Ahaggar, à TAïr et au Tchad, la voie ferrée doit parcourir une région immense, intermédiaire entre le Sahara et le Soudan. Elle traversera tantôt des plaines arides, tantôt des vallées fertiles, tantôt des collines boisées ou des plateaux pierreux déchirés par des ravins desséchés ou pleins d'eau et de végétation.

La branche du Tchad est la grande ligne de l'avenir, le deuxième tronçon du futur Transafricain. Quand nous l'auront conduite jusqu'à Barroua, nous aurons définitivement séparé les Touareg du Nord de ceux du Sud, mis l'Europe en rapport direct avec le cœur de l'Afrique, terminé le réseau transsaharien que je propose. C'est alors que l'exploitation deviendra largement rémunératrice et que la France sera vraiment maîtresse du Soudan.

Le tracé de la branche du Tchad a été établi par moi d'après les ouvrages et les cartes de MM. H. Barth, H. Duveyrier, Régnauld de Lannoy de Bissy, H. Bissuel, V. Déporter, H. Mircher, Peterinann, Hermann Habenicht, etc. — Des renseignements oraux, m'ont été fournis par les Touareg Kenan-ag-Tissi et Chekkadh-ag-R'ali.

r SECTION - DE UADRAR-AHNET A IN-AZAOUA, 700 KILOM.

Elle se subdivise en trois parties :

V Pabtie — De l'Adbar-Ahnet a Silet 180 KaoM

2« — — De Silet a Oued-R'sour 32< —

3* — — De Oued-R'sour a In-Azaoua < 99 —

Longueur totale de la l"^ section 700 kilom

Après s'être séparée de la ligne du Niger, la route à suivre traverse une immense plaine de reg (sol dur et résistant), sillonnée par plusieurs grands cours d*eau, qui s'étend entre TAdrar-Abnet et le massif du Ahaggar. L'un après l'autre, les pics énormes de ce massif émergent à 1 extrême horizon, la montagne grandit, se rapproche et les contreforts apparaissent pour s'entrouvrir et laisser passer la voie ferrée dans la verdoyante vallée de Silet.

Prenant alors en tlanc les assises inférieures du Ahaggar, la ligne suit le pied du versant méridional, en recoupant une série de vallées descendant de la montagne, dans lesquelles on ne trouve plus que de l'eau d'excellente qualité.

Aux dires des Touareg que j'ai interrogés, de Silet à TOned-R'sour, on voit presque toujours a sa gauche^ pendant de longues journées de marcne, les sommets du Ahaggar qui se dressent à une hauteur prodigieuse. Ensuite, jusqu'à In-Azaoua, c'est la plaine (Tiniri), aride et souvent sans eau.

De l'Adrar-Ahnet à rOued-R'sour^ s'étendent les parcours habituels des Touareg nomades de l'Ouest : Taïtoq, Tedjehé-n-ou-Sidi, Inemba-Kel- Tahat, Iboguelan, Ennitra, etc. On y rencontrera ces tribus nobles avec leurs tribus serves, leurs esclaves et de nombreux troupeaux de chameaux, d'ânes, de zébus, de moutons et de chèvres.

V^ Partie— De l'Adrar-Ahnet a Silet, 180 kilom.

D'Aneflûdjen la ligne contourne le massif de TAhnet en remontant la vallée de l'Oued-Amdja et, prenant une direc-

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tion Sud-Est, francl\it la plaine de reg traversée par les lits embroussaillés de TOued-Tir'ehart, de TOued-Amedjel et de rOued-In-Djidjou. S'élevant insensiblement vers le Ahaggar, par un terrain facile, elle viendra s'engager dans la vallée de TOued-Ameded, en laissant sur la droite les gour de ce nom.

A Tin-Dahar (155 kilom.) on trouve un puits de cinq mètres environ de profondeur, dont l'eau excellente est inépuisable. Le bois manque, mais comme fourrage, il y a de rissin (suada vermiculata) et de l'arassou (catligonum camosum).

Arrivant dans l'Oued-Feran-Essouk, la voie ferrée serpentera entre deux lignes de hauteurs, à travers une région boisée de tihoq (salvadora persica), de tamat (acacia cavenia), de tebouraq (ogle sepiaria) et de jujubier. Les pâturages d'afezzou (scabiosa camelorum) et d'issin (suada vermiculata), vont jusqu'à Silet. Près de cette oasis, il y a de très bonne eau à 1 m. 50 de profondeur, dans le lit de. la rivière.

Silet (25 kilom.) est une oasis de palmiers dattiers appartenant aux Touareg de TAhnc^t. A l'époque de la maturité des dattes, les propriétaires des 6 à 7,000 palmiers qui s'y trouvent, viennent faire la récolte. Pendant le reste de Tannée, l'oasis est inhabitée. C'est à cet endroit que peut être établie une importante station, desservant les localités habitées et cultivées de la partie septentrionale du Ahaggar. Les deux points de culture les plus voisins sont :

1** Belessa ou Abalassa, à 38 kilomètres E.-N.-E. de Silet, vers le haut de l'Oued-Iteras, dans lequel se trouve, à une faible profondeur, une nappe d'eau inépuisable qui arrose de nombreuses cultures enclavées dans des bois d'ethel (tamarix articulata), de tamat (acacia cavenia), d'absaq (acacia arabica ou gummifera) et d'azour (variété de tamarix gallica). Les pâturages de tessendjelt (en arabe diss, çynerium argenteum) et de toulloult (en arabe drin, anstida pungens) y sont très plantureux. Belessa est habitée par des Harratine (mulâtres et nègres affranchis), cultivant le blé, l'orge, le bechena (sorgho) et quelques plants de tabac pour le compte des propriétaires Touareg. Il n'y a pas de palmiers.

2** Tit et son annexe Tiourar'in, plus élevées encore sur

les flancs du Ahaggar. Ces deux zeribat (enclos cultivés) sont au moins à quarante kilomètres de Belessa et, comme cette dernière localité, appartiennent aux Touareg de rOuest. On y voit des jardins splendides où le figuier, la vigne, le bechna, l'orge, le blé donnent de bons produits. La

f)etite ville de Tit a plus de 10.000 habitants, Harratine pour a plupart. Le palmier dattier n'y est pas cultivé, mais le tali (phormium tenax) encombre le lit de TOued-lteras où coule, toute Tannée, une eau abondante et limpide.

Résumé du parcours de VAdrar-Ahnet à Silet

Aneffodjen — Tin-Dahar 155 kilom.

Tin-Dahar — Silet 25 —

Parcours total 1 80 kilom.

REMARQUE. — D'Aneff'odjen à Silet, les caravanes prennent ordinairement une autre route qui suit la direction de Timissaou jusqu'A Hassi-Tar'adjart.. Cette route est jalonnée par les poins suivants: Tiriganin (60 kilom.), sans eau, broussailles et fourrage ; Hassi-Tar'adjart (34 kilom.), puits de bonne eau, bois et fourrage ; — Tin-Idjar (36 kilom.), sans eau ni bois, mais avec un pou de fourrage ; — Takouïat (32 kilom.), sans eau, mais avec bois et fourrage;— Tin- R'it (38 kilom.), bois et fourrage, mais pas d'eau ; — Tin- Dahar (39 kilom.), puits abondant. En cet endroit, la roule des caravanes rejoint le tracé décrit ci-dessus. 11 reste environ 25 kilomètres pour atteindre Silet.

2* Partie — De Silet a l'Oued-R'sour, 321 kilom.

La route à suivre, passant dans la plaine à travers quelques petites dunes, sur un terrain facile, longe «une ligne de hauteurs qui reste à gauche, au Nord-Est. Cette chaîne, assez élevée, constitue le premier gradin du Ahaggar (Djebel-Hoggar). Elle change de nom et prend successivement ceux des principaux ravins qui en descendent. Le premier de ces noms est In-Zouzan ou In-Zizou. Sur la rivière se trouve rétang d'Aâjemat (38 kilom.) qui se dessèche assez

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promptement après les pluies. Le pays est boisé d'arbres dont voici les principaux : absaq (acacia arabica), tamat (acacia cavenia), tadjar't (acacia eburnea) et tebouraq (ogie sepiaria). Il y pousse aussi de Tafezzou (scabiosa camelorum), du toulloult (aristida pungens) et du hannah (henophyton deserti).

D'Adjemat à In-Abelès (36 kilom.) la route continue à suivre, en plaine, la même ligne de hauteurs appelée, en cet endroit Djebel-In-Abelès, du nom du ravin qui se jette dans rOued-Timanr'asset ou Timanghasset, un peu au Nord. Dans cet oued, qui descend des plus hautes pentes du Ahaggar et qui se dirige vers Timissaou, on trouve de l'eau, à une faible profondeur, en creusant le sable. La vallée est pleine de tamarix articulata, d'aristida pungens et de gynerium argenteum.

On atteint sans peine l'Oued-Tin-Mzi (40 kilom.), en suivant, toujours en plaine, la base du premier gradin du Ahaggar qui prend ici le nom de Djebel-Tin-Mzi. La partie inférieure de la vallée ne contient d'eau que quand il pleut; mais en remontant la rivière pendant une demi-journée de marche au Nord, on trouve un puits, profond d'environ deux mètres, qui donne en abondance de l'eau de bonne qualité.

La route à suivre passe à Tir'air'art (48 kilom.), par une

f)laine facile et sur un sol toujours solide, en continuant à onger la base du premier gradin du Ahaggar qui s'appelle ici Djebel-Tir'arr'art. A ce point de la route, la ligne d'escarpement tourne au Nord et s'éloigne. Si l'on veut de l'eau, il faut remonter l'Oued-Tir'arr'art pendant à peu près une demijournée, vers le Nord, et dans la vallée sont creusés trois puits profonds de 1 m. 75 environ, dans lesquels on peut puiser beaucoup d'excellente eau. Dans cette même vallée, il y a un important boisement de gommiers absaq (acacia gummîfera) et de tihoq (salvadora persica). Le touUoult (aristida pungens) et l'afezzou (scabiosa camelorum) y abondent.

Toujours en plaine et en terrain facile, la ligne traverse rOued-Anefidj (38 kilom.), où un puits de 2 m. 50 environ de profondeur, donne une eau très abondante. Dans la vallée poussent le gommier absaq (acacia gummifera) et l'afezzou (scabiosa camelorum). Au Nord, à gauche, et à une demijournée de marche de la ligne, on signale un allons (dune à arête tranchante) nommé Zazer. Au pied de cette dune jaillit une source qui alimente un petit ruisseau d'eau courante qu'on appelle El-Ma-Zazer.

L'Oued-Ir'app'ap du Sud (35 kilom.) où il n'y a pas toujours

d'eau, traverse la plaine et la route. L'ethel (tamarix articulata) et le drin (aristida pungens) abondent. Sur la droite, s'élèvent deux gour innommés (cônes monta-

fneux tronqués) et plus loin, une haute montagne dite iouhin. En continuant sur un terrain analogue. Ta route laisse de loin en loin quelques gours sans nom et arrive dans rOued-Adjoup (42 kilom.) où il n'y a pas d'eau, mais quelques gommiers absaq (acacia gummifera) et un peu de tehar (cornulaca monacantha ou anabasis arétioïdes).

De là, il faut environ 44 kilom. pour atteindre El-R'sour, lieu dit situé sur le Tassili-Tan-Tadjerira ou Tan-Afalla. Jusque là, on çeut facilement poser la voie ferrée sur un sol plat, dur et résistant. Mais il conviendra d'étudier un passage du Tassili où d'éviter ce plateau ainsi que les gorges de rOued-R'sour, si c'est possible. Cette dernière rivière conserve beaucoup d'eau excellente dans des cuvettes rocheuses. Dans la vallée et dans les gorges croissent de superbes gommiers absaq (acacia gummifera) et tamat (acacia cavenia); les pâturages sont pourvus de touUoult (aristida pungens) et de tahar (cornulaca monancantha ou anabasis arétioïdes).

L'Oued-R'sour descend du Ahaggar et, après avoir fait un coude à l'Est, coupe le Tassili par une gorge étroite, à pentes rocheuses, presque verticales, ainsi que l'indique la carte au 1/1,250,000« dressée par M. H. Bissuel (1).

Résumé du parcours de Silel à VOued-R'sour

Silet — Adjemat 38 kilom.

Adjemat — In-Abelès 36 —

In-Abelès— Tin-Mzi 40 —

Tin-Mzi — Tir'arr'art 48 —

Tir'arr'art — Anefidj 38 —

Anefidi — Oued-Ir'arr'ar 35 —

Oued-Ir'arr'ar — Oued-Adjour 42 —

Oued-Adjour — Oued-R'sour 44 —

Parcours total 321 kilom.

(1) Sur la carte au 1/800^000* de M. V. Déporter, la configuration du terrain, assez diiïérente, se prêterait plus facilement encore au passage d'une voie ferrée. — Les distances adoptées de Silet à Otied-lCsour sont celles indiquées par M. H. Bissuel, sauf celle de Oued-Adjour à Ouedr-lVsour, réduite de 6 kilomètres par un tracé rectiligne.

SECTION DE L'ADRAR-AHNET A IN-AZAOUA 201

3* Partie — De l'Ooed-R'sour a In-Azaoua, i 99 kilom.

S'éloignant d'El-R'sour et contournant ou recoupant le Tassili-Tan-Afalla, la voie ferrée passera vers TOued-Taguerera ou Tadjerira (52 kilom.). A la tête d'un affluent se trouve un peu d'eau dans une cuvette sablonneuse. L'Oued- Taguerera est ombragé par de nombreux gommiers absaq (acacia gummifera) et tamat (acacia cavenia) avec un peu de toulloult (aristida pungens). Sur la droite, on aperçoit de grandes dunes de sable.

Après c'est la plaine rase, dure et caillouteuse, sans eau ni végétation. De bons guides sont nécessaires pour la traverser. Cette plaine (tiniri des Touareg) est appelée Tanezroufl d'Ar'il. Elle ne présente aucune difficulté de

f)assage jusqu'à In-Azaoua, mais avant d'atteindre cette ocalité, on rencontre plusieurs points remarquables.

Laissant d'abord de grandes dunes à droite et quelques petites dunes à gauche, la route à suivre dépasse Kssaririn (36 kilom.) où l'eau manque, mais où sont poussés deux beaux gommiers absaq (acacia gummifera). il faut ensuite à peu près 42 kilomètres pour atteindre Timozeline, sans eau, sans bois et sans fourrage. Le terrain est toujours uni et facile. On appelle Timozeline, deux petits gour (cônes montagneux tronqués) jumeaux, entre lesquels passe la ligne.

Pour gagner Ouan-Zouaten (32 kilom.), sans eau ni végétation, on continue à travers la plaine uniforme du Tanezroufl; d'Ar'il qui, quelques kilomètres avant In-Azaoua, cesse pour faire place à une contrée moins déserte et un peu plus accidentée.

In-Azaoua (37 kilom.), ainsi nommé des tamarins qui y poussent, est aussi appelé quelquefois Nesoua (1). Les puits, creusés à 6 ou 8 mètres dans un bas-fond où la terre est blanche, fournissent de l'eau excellente en grande quantité. Le séjour constant des caravanes y a détruit le fourrage de tahar c^u'on retrouve dans les environs à quelque distance. A coté d'un des puits, il y a quelques zeita (limoniastrum guyonianum).

(i; H. Duveyrier. Les Touareg du Nord» -- H. Mircher. Mission de Ghadcmès,

On peut voir, à une douzaine de kilomètres dans l'Est, une gara élever^ dite Be-Teboul, ft côté de laquelle on signale les puits d'Assiou où Ton peut aller sans difficulté de terniin.

Les cnravanes venant du Touat et du Tidikelt, par Silet, s'y rencontrent avec celles qui arrivent directement du Ahaggar ou qui viennent de Tripoli et de Ghadamcs (Rhadamês) par Ghat et le Tassili des Azdjer. Presque toutes se rendent dans l'Aïrpar la route relevée sur les itinéraires de Barth. Quelques-unes seulement, celles de l'Adrar-Ahnet suivent, plus à l'Ouest, une autre route, presque parallèle à la première, qui les conduit d'abord à Talaq, point où campent les Ikerremoïn (imr'ad c. a. d. serfs dés Taïtoq) et les Issoukenaten. Cette route continue ensuite assez directement jusqu'à Agadès.

In-AzMOua est donc un point très important ou le chemin de fer aura une gare et des magasins. C'est du reste à ce point que se trouve la limite des Touareg Ahaggar, Azdjer et Kel-Oui.

Résumé du parcours de Qued-lVsour à In-Azaoua

El-R'sour — Taguerera 52 kilom.

Taguerera — Tissaririn 36 —

Tissaririn — Timozelin 42 —

Timozelin — Ouan-Zouaten 32 —

Ouan-Zouaten — In-Azaoua 37 —

Parcours total 199 kilom.

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