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NOVEMBRE

En mer. — La côte de Cochinchine. — Le versant oriental de l’Indo-Chine et les voies commerciales de communication avec la Chine. — L’exploration du Mékong. — Le fleuve du Tong-King.

— Rivalités commerciales. — Patriotisme et habileté des Anglais.

— Ambition des Allemands.— Ignorance de notre diplomatie.— Inconséquences de notre politique. — Hong-Kong. — Voyage du roi Norodom.

En mer.

Depuis notre départ de France, nous n’avions rencontré que « belle mer et jolie brise ». La côte de Cochinchine se montre moins hospitalière. Une

DE PARIS A SHANG-HAI

violente tempête de nord-ouest creuse dans la plaine liquide d'énormes sillons, au fond desquels notre gracieux paquebot disparaît par.instants. Le pont est désert ; les heures des repas ne ramènent dans le salon qu’un petit nombre de passagers. Nous voici dans ces parages dangereux des mers de Chine, où pendant six mois de l’année il faut lutter contre les vents périodiques que l’on appelle « les moussons ». C’est pour cette navigation difficile qu’ont été inventés ces navires à voiles à formes fines et allongées, connus sous le nom de clippers , et que les bâtiments à vapeur n’ont point encore complètement remplacés. Saigon est le seul port des côtes indo-chinoises dont l’atterrage n’oblige pas à une longue navigation à l’encontre de ces brises régulières. Il est â l’abri 'des désastres que presque chaque année les typhons, — ces violents orages qui signalent le changement de moussons,— infligent au commerce maritime.

Que ne peut-il être mis en communication par une voie intérieure avec cette riche contrée des thés et des soies, qui s’est décerné le nom de Céleste Empire. Il deviendrait alors un des entrepôts les plus importants pour tous les produits que vendent ou achètent les Chinois. C’est cette pensée surtout qui a fait entreprendre l’exploration de la vallée du Mékong, ou Cambodge, qui de Saigon remonte jusqu’aux provinces méridionales de la Chine. Son

étude hydrographique a prouvé qu'il fallait chercher ailleurs celte route si désirable. Le lleuve du Tong-King, qui comblerait au moins une partie de la distance, est-il plus navigable ? C’est ce que nous ne tarderons pas à apprendre. Un négociant français, M. Dupuis, concessionnaire de mines d’argent dans le Yun-nan, tente en ce moment même de s’ouvrir ce chemin 1 . Il a acheté deux vieilles canonnières anglaises, et il les a fait réparer en vue de cette expédition fluviale.

Le gouverneur de Cochinchine 2 les a fait escorter par un navire de guerre jusqu’aux embouchures du Song Coi 3 , afin de prévenir les difficultés qu’auraient pu soulever les autorités annamites *. Les trois navires sont partis de Saigon quelques jours avant nous. Puissent-ils réussir à trouver cette voie courte et facile, qui doit relier notre possession de Cochinchine aux riches et populeuses contrées du Nord, et fournir aux provinces du sud et de l’ouest de la Chine un débouché plus prompt et plus avantageux que celui qu’elles trouvent aujourd’hui par le fleuve Bleu. La tentative commerciale de M. Dupuis ne sera donc que le

1. Le 15 mars 1881, l’Académie des sciences a décerné à M. Dupuis, le prix Delalande-Guérineau.

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