‹ De Paris au TibetChapitre 11 sur 53 · Nom annamite du fleuve du Tong-King · texte numérisé non relu

Nom annamite du fleuve du Tong-King

4. Ces difficultés furent l’origine de l’expédition du Tong-King. dont Francis Garnier reçut le commandement et où il trouva la mort.

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prélude d’une exploration scienlilique du Tong- King qui vient d’être décidée en France, et don! j’ai pendant plusieurs années plaidé la cause, comme je l’avais fait pour sa devancière du Cambodge. Une autre commission française, présidée, dit-on, par un consul, M. Dabry de Tiersant,va être chargée de l’étude des provinces méridionales de la Chine. C’est avec une satisfaction mêlée d’orgueil que j’assiste à ce réveil de notre ancien esprit d’entreprise. J’en aurai été l’un des artisans.

Mais, sur ce terrain, que nous connaissons à peine et sur lequel nous n’avançons qu’en hésitant, nous rencontrons des rivaux redoutables, rompus depuis longtemps à toutes les difficultés qu’il présente. A défaut de routes fluviales qui les conduisent en Chine, les Anglais dans l’Inde ne parlent rien moins que de construire un chemin de fer de Rangoun aux frontières du Yun-nan. Us se demandent s’il ne convient pas d’encourager la rébellion mahométane qui a soustrait une partie de cette province à l’autorité de Pékin, et de faire prédominer leur influence dans le nord de l’Indo-Chine. Leur diplomatie, sans cesse à l’affût de toute circonstance favorable pour en profiter, ou défavorable pour la combattre, sait tirer parti des efforts mêmes de ses adversaires. Je ne sais si les renseignements rapportés par la commission française qui a exploré l’Indo-Cbine ne seront pas, en défini-

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live, mieux utilisés par le commerce anglais que par le nôtre, et, quant à cette route du Tong-King, qui devrait être une route française par excellence, les diplomates anglais se sont déjà préparés à en recueillir les fruits : ils ont obtenu du gouvernement chinois l’ouverture d’un port dans File d’ïlaïnan, dont les côtes défilent en ce moment devant nous. Ce port sera, entre la colonie anglaise d’Hong-Kong et les embouchures du Song-Coi, l’étape naturelle du commerce que nous voulions attirer à Saigon.

Nos diplomates sont, en général, aussi ignorants des intérêts de la France dans ces régions lointaines que leurs collègues sont habiles. Parcourant, pendant leur carrière, les cinq parties du monde, brusquement rappelés d’Amérique pour traiter une question en Asie, ils manquent presque partout de l’expérience des hommes et des choses et compromettent, par leur insuffisance, les causes qu’ils sonl chargés de soutenir. De mesquines rivalités divisent presque toujours les deux départements ministériels, marine et affaires étrangères, de qui relève notre action extérieure. Leurs agents, au lieu de s’entendre en vue d’une marche commune et de plier leurs vues particulières à une politique d’ensemble, ne songent qu’à marquer le court séjour qu’ils font dans chaque contrée, par quelques résultats apparents, obtenus au détriment de l’ave-

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nir, mais au profit de leur carrière personnelle. Dès qu’ils commencent à acquérir quelque expérience locale, on les envoie poursuivre ailleurs de nouveaux succès et défaire l’œuvre de leurs prédécesseurs.

Les affaires de la Cochinchine fournissent plusieurs exemples attristants de ce regrettable antagonisme, de ce défaut de direction politique et d’esprit de suite. Le ministère des affaires étrangères réclamait l’évacuation de la colonie, pendant que le ministère de la marine s’efforçait de la conserver. Celui-ci a vivement protesté contre les empiètements des Siamois sur le Cambodge, royaume aujourd’hui placé sous notre protectorat ; celui-là les a lait consacrer par un traité récemment conclu.

Hong-Kong.

Hong-Kong et Macao sont les seuls points du Céleste Empire, possédés par les Européens. Mais, alors que les Portugais sont longtemps restés à Macao dans la position de tributaires auxquels les Chinois daignaient accorder l’hospitalité, le drapeau anglais a flotté à Hong-Kong par conquête, après une guerre qui a forcé la cour de Pékin à reconnaître la supériorité des barbares. Ce rocher stérile, dont l’Angleterre a jugé la possession nécessaire à la sécurité de son commerce, est.

devenu aujourd’hui la capitale politique des Européens dans les mers de Chine. Ce serait le refuge assuré de tous les résidents étrangers, dans le cas d’un soulèvement général contre eux. L’incendie des factoreries européennes à Canton, en 1850, le massacre de Tien-Tsin, qui, quoique dirigé surtout contre les Français, est passé presque inaperçu en France à cause des événements de 1870, prouvent qu’une telle appréhension n’est pas sans fondements. Le prestige européen, porté si haut en Chine par la guerre de 1860, va s’affaiblissant chaque jour, tant à cause des progrès que lés Chinois ont faits euxmêmes dans les sciences militaires, que des fautes commises par les étrangers. Il sullîra d’une occasion jugée favorable pour que les passions populaires brisent encore une fois la digue, plus apparente que réelle, que leur oppose la prudence des mandarins.

La ville de Victoria, chef-lieu de la colonie de Hong-Kong, date de 1841 ; elle est taillée dans le granit; ses rues escaladent, par de longues séries de rampes et d’escaliers, les hauteurs sur la pente desquelles ses maisons s’étagent en amphithéâtre. Elle est éclairée au gaz depuis 1864. C’est aujourd’hui une véritable grande ville. Le caractère en est original, la physionomie pleine de contrastes. D’un côté, les lourdes, secrètes, mais solides et

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luxueuses constructions du grand commerce européen; de l’autre, les légères maisons des boutiquiers chinois, toutes criblées de compartiments, presque transparentes. Ici, une sorte de recueillement; peu ou point d’indications pour le promeneur; la vie se cache au dedans des édifices; les rues sont silencieuses, quelques chaises à porteurs s’y croisent d’un pas cadencé : le plus souvent, des lerrasses, des jardins créés à grands frais, isolent et dissimulent chaque demeure. Là, cette bruyante animation des villes chinoises, ce tapage d’enseignes aux couleurs vives, aux promesses séduisantes, une suite ininterrompue d’étalages, de devantures; pas un coin de terrain perdu, aucun moyen négligé pour arrêter et retenir le passant ; tous les costumes de l’extrême Orient, se coudoient dans la foule tourbillonnante, toutes les langues ont leur part de l’incessante rumeur qui s’en échappe.

La rade, vue de la partie haute de la ville, offre un coup d’œil pittoresque. Des navires de toutes les dimensions et de toutes les nationalités s’y entassent dans un apparent désordre. L’ancien vaisseau à trois ponts, ce dieu des combats maritimes d’autrefois, montre les blanches lignes de ses batteries toutes dentelées d’embrasures, à côté des noires carènes de paquebots à vapeur d’une longueur presque double. En comparant les extrémités effilées, les murailles droites,

les matures grêles des uns, à l’avant massif, à l’arrière monumental, aux formes renflées et arrondies, aux énormes bas mâts des autres, on peut embrasser d’un regard l’étonnante transformation qu’a subie l’art naval, depuis l’introduction de la vapeur.

Les vaisseaux anglais mouillés en rade de Hong- Kong sont maintenant dépouillés de tout appareil guerrier. Un toit recouvre leurs ponts silencieux ; on en a fait des hôpitaux ou des magasins. Immobiles sur leurs ancres, ils se sont résignés à un éternel repos. Sur les puissants steamers mouillés auprès d’eux, règne une activité fébrile. Fumée et vapeur s’échappent incessamment de leurs cheminées; leurs flancs sont assiégés par des myriades de chalands et d’embarcations. A peine arrivés, ils ont hâte de repartir. Un grand nombre de navires à voiles, de tout tonnage, occupent la partie occidentale de la rade et y font llotter surtout les pavillons anglais, américains et allemands. Malgré la sécurité de ce mouillage, les typhons y occasionnent parfois de sérieux désastres. En 1870 et en 1871, un grand nombre de jonques et de sampans chinois ont été engloutis avec leurs équipages pendant un de ces terribles ouragans.

Hong-Kong a perdu de son importance commerciale depuis l’ouverture des ports du nord de la Chine. Il a cessé d’être l’entrepôt exclusif des thés

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et de l’opium. Il n’est plus aujourd’hui que le point de chargement des marchandises provenant du sud de la Chine; elles suffisent à alimenter un commerce considérable. L’exportation des soies du Kouang-Tong surtout a pris, pendant ces dernières années, un grand développement. Hong-Kong est d’ailleurs la métropole financière de tout le bassin méridional des mers de Chine, et ses capitaux vont soutenir toutes les exploitations agricoles ou industrielles qui se fondent à Bankok, à Saigon, à Bornéo et même à Manille. Depuis 1871, un télégraphe sous-marin relie cette colonie anglaise à l’Inde et à l’Europe.

Quelques mois avant notre arrivée, Hong-Kong avait reçu la visite de notre protégé, le roi du Cambodge. Il n’était bruit que des splendeurs de l’accueil officiel qui lui avait été fait. Le naïf indigène a essayé de reconnaître tant d’honneur en faisant pleuvoir au hasard les rubans de l’ordre qu’il a fondé. Les plus humbles fournisseurs n’ont pas été à l’abri de ces faveurs royales.

Beaucoup n’ont vu, dans cet échange de décorations et de coups de canon, qu’une fantasia puérile qu’il eût été plus sage d’éviter, mais qui ne tire pas à conséquence. C’est en juger superficiellement. La vanité des princes asiatiques n’est égalée que par leur ignorance, et le roi Norodom «est un type accompli du genre. Émancipé par la

France de la dure tutelle des Siamois, il jouit, depuis plusieurs années, d’une indépendance à peu près complète. Les officiers qui représentent auprès de lui le gouverneur de la Cochinchine ne songent point à s’immiscer dans les affaires de son royaume. La protection française, en étouffant chez ses sujets toute velléité de révolte, n’a eu pour résultat que de le rendre plus absolu. Elle lui permet d’aggraver impunément les corvées et les impôts.

Les Cambodgiens doivent travailler sans relâche pour satisfaire les goûts dispendieux de leur roi, tandis que les quelques Européens qui l’entourent exploitent sans pudeur ses ridicules et ses vices. Il est dangereux de pousser aussi loin nos complaisances vis-à-vis de lui. Il eût mieux valu exiger la suppression de quelques-unes des taxes qui appauvrissent le Cambogde, que d’autoriser Norodom au coûteux voyage de Hong-Kong. Il a été imprudent de lui faire décerner, par une nation étrangère, des honneurs qu’on ne rend qu’aux souverains indépendants. Nous ne l’en trouverons que plus intraitable lorsque nous voudrons enfin lui imposer des réformes administratives devenues indispensables.

Les intérêts bien entendus de notre commerce, l’avenir de nos relations avec l’intérieur de l’Jndo- Chine, exigent que nous défendions contre les caprices de ce principicule la bourse de ses sujets.

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Les bornes que nous mettrons à son despotisme lui feront bien vite oublier qu’il nous en doit l’exercice. Et qui sait s’il ne sera pas secrètement encouragé dans sa résistance par ceux-là mêmes auprès desquels nous lui avons ménagé une si pompeuse réception? L’Angleterre a toujours soutenu Siam dans sa lutte diplomatique contre la France. Si une complication quelconque menaçait notre autorité au Cambodge, nos rivaux en profiteraient, sans aucun doute, pour engager Norodom à accepter de nouveau la tutelle de Bankok.

Je doute fort que l’amiral Dupré, à son retour à Saigon, approuve l’odyssée triomphante que l’on a permise, en son absence, au roi du Cambodge.

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