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Nom du conseil suprême qui régit l’empire chinois

(Note de Vauteur.)

DE SHÂNG-HAI A PÉKIN

nouvellement monté dans l’église. Ce magnifique instrument possède un registre de voix humaine qui produit sous la nef une illusion vraiment saisissante.

Pour en revenir à la couleur locale, je vais, un dimanche, en compagnie de plusieurs membres de la légation, voir le temple du Ciel, vaste et solennel édifice qui fait pendant, au sud de la ville chinoise, au temple non moins fameux de l’Agriculture. Nous sommes tous à cheval et nous pénétrons à l’intérieur du parc qui entoure le monument par une brèche pratiquée à l’un des angles de l’enceinte. Il importe de ne pas blesser le sentiment public qui veut que les portes ne s’ouvrent que dans les circonstances officielles, et que les barbares ne soient pas admis dans un lieu que l’empereur honore parfois de sa présence. La brèche est d’ailleurs des plus praticables; elle est « entretenue » avec soin par les gardiens du temple, qui tirent des visites des étrangers un bénéfice certain auquel tous les préjugés du monde ne les feront pas renoncer.

Nos poneys de Mongolie, s’excitant les uns les autres, ne tardent pas à prendre le parc pour un champ de course. Nous parcourons au triple galop les longues allées plantées, dit-on, par les jésuites, et qui se déroulent tout autour delà rotonde sacrée. Une branche trop basse démonte un de nos écuyers indigènes; son cheval s’empresse de jouir de la

liberté qui lui est laissée. L’écuyer heureusement n’a pas la chevelure d’Absalon : il se relève et court après son coursier. Sur ces entrefaites, deux lévriers qui nous accompagnaient ont dépisté un renard. L’animal se reposait sur la foi des traités dans un lieu où tuer un être vivant est un crime épouvantable : il essaie en vain par des crochets de dérouter sesagilesadversaires. En vain, le maître des lévriers, secrétaire de la légation, épouvanté du sacrilège qui va se commettre, les rappelle de la voix et du geste. Ses cris les animent davantage. Entraînés par l’exemple, nous finissons par prendre tous part à cette chasse à courre improvisée. Le pauvre renard fait une vaillante défense : acculé enfin parles chiens et terrassé par eux, il a la consolation de mourir, non de leurs morsures, mais du coup de grâce que lui administre savamment le médecin même de la légation. Ce renard était prédestiné : tous ne meurent point ainsi suivant les règles.

Cependant, il faut éviter un scandale, étouffer dans son germe cet incident que pourrait exploiter la diplomatie chinoise. La chasse est passée inaperçue des gardiens du temple. Les profondeurs du parc ont étouffé les aboiements des chiens. Mais on ne peut laisser le corps de la viclime porter témoinnaae contre eux. Vite des courroies et des couvertures. Les équipements des chevaux fournissent le nécessaire. Mon renard est soigneusement enve-

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loppé, ficelé et chargé comme un sac d’avoine sur la croupe d’un poney.

Il nous fallut ensuite retrouver le cheval échappé ; ce ne fut pas une petite affaire. Nous y réussîmes après une heure et demie d’une chasse effrénée, et nous dûmes quitter le temple sans l’avoir visité. En revenant en ville, nouvel incident : le cheval porteur du renard jette son cavalier par terre et arrive seul à la légation de France. Découvrira-t-on ce que contient le paquet mystérieux? Heureusement, le ministre est absent; nous arrivons à temps pour faire disparaître le corps du délit. Des ordres sont donnés pour son ensevelissement nocturne et secret. J’espère que ma tardive révélation ne provoquera pas d’interpellation diplomatique. Je préférerais qu’elle rappelât à M. de B,.. qu’il m’a promis, en souvenir de l’aventure, une dent du renard montée en épingle.

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