L’album a été gravé d’après les dessins de M. Delaporte
2. Voici en quels termes M. Vivien de Saint-Martin a parlé de cet ouvrage dans le Bulletin de la Société de Géographie du mois de mars 1873, p. 296 : « L’œuvre monumentale dont je viens de transcrire le titre est la grande publication de l’année et Vune des plus importantes de notre temps . Elle jette un jour tout nouveau sur la géographie, l’histoire, les antiquités et l’ethnographie de l’Indo-Chine orientale, c’est-à-dire sur de vastes contrées qui étaient jusqu’alors au nombre des moins connues de l’Asie. »
La part de Francis Garnier dans cette œuvre est considérable. Le premier volume, qui renferme sur le Cambodge, le Laos et les royaumes du nord de l’Indo-Ghine des études qui sont des livres, et l’Atlas des cartes, lui appartiennent presque entièrement. Il a rédigé environ le quart du second volume, traduit en français le texte latin sur chinois de Thomas Ko, et revu les travaux de MM. Joubert et Thorel.
C'est en parcourant cette publication que l’on peut se faire une idée de l’étendue de son esprit, de l’universalité de ses connaissances et de sa puissance de travail.
Il n’est d’ailleurs pas inutile de donner ici, d’après le Bulletin de la Société de Géographie du mois de février 1869, p. 109 et suivantes, le résumé du travail géographique qui a consisté à lever avec le plus grand soin tous les itinéraires suivis (en pays non connus), en rectifiant successivement ce levé par la déter-
NOTICE
de pénétrer .au Tibet et de résoudre le problème de l’origine des grands fleuves indo-chinois *. Un voyage de trois mois dans la Chine centrale (mai-août 1873), celui-là même dont il raconte dans ses lettres les principaux épisodes et dont nous donnons à la fin de ce volume la relation scientifique, lui avait déjà permis de compléter une partie des renseignements recueillis par lui sur
mination astronomique directe des points principaux du parcours. Le chemin total, ainsi relevo: pour la première fois, a été de 6720 kilomètres dont : 1180 par Doudart de La Grée; 5060 par Francis Garnier; 450 par M.Delaporte; 30parM. Joubert.
Le llcuve du Mé-Kong a été sondé sur un développement de 700 kilomètres, dont 580 par Francis Garnier; 58 positions astronomiques nouvelles ont été déterminées, dont 55 par Francis Garnier, etc., etc.
Il faut ajouter que, malgré la part très considérable et manifestement prépondérante, prise par Francis Garnier, soit à l’initiative de l’exploration, soit à l'exploration elle-même, soit à la relation critique des faits observes, soit à la constatation des résultats scientifiques obtenus, il n’en a pas moins voulu reporter à M. de Lagrée l’honneur du succès de l’entreprise. Il l’a fait devant la Société de Géographie de Paris, devant celle de Londres, devant le Congrès international d’Anvers. Enfin il a écrit dans la Préface de la publication officielle ces généreuses paroles :
« G est à la sagesse et à l’énergie de son chef, M. le capitaine de » frégate Doudart de Lagrée, que la Commission française d’explo- » ration a dû de réussir dans la tâche difficile qu’on lui avait » confiée. Il a payé de sa vie la gloire de cette entreprise: elle lui » appartient tout entière. »
1. Il était résolu à séjourner le temps nécessaire à Han-Keou et, après La saison des hautes eaux, à entreprendre d’abord l’hydrographie des rapides du fleuve Dieu, entre I-Tchang-fou et Tong- King~fou, puis à rayonner de cette dernière ville sur les hautes vallées qui lui cachaient les sources des fleuves indo-chinois.
SUR FRANCIS GARNIER. XXIII
celte question pendant son voyage à Taly, lorsqu’une lettre de M. le contre-amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, reçue à Shang-Haï, le 9 août 1873, l’invita à revenir promptement à Saigon. L’amiral voulait lui confier une mission dont le but était d’établir la liberté de la navigation sur le Song-Coï, principale artère fluviale du Tong-King. Cette route commerciale, la plus courte de toutes entre la Cochinchine française et l’immense marché de la Chine méridionale, pressentie, démontrée théoriquement, comme nous l’avons déjà dit, lors .du voyage en Indo-Chine*, avait été signalée pour la première fois 2 et recommandée à plusieurs
neuve du Tong-King, Song-Coï ou IIoti-Kiang a été rejoint par la Commission française à Yuen-Kiang. Il ne se trouve là qu’à 4UU in r rcs au-dessus du niveau de la mer, et les renseignements ecucillis portent à croire qu’il est facilement navigable pour des barques, depuis la mer jusqu’aux frontières du Yun-Nan. » (Bulletin de la Société de Géographie, février 1869. Note sur Vexploration du cours du Cambodge, par Francis Garnier, p. 106.)
« L état de révolté des populations contre le gouvernement chinois ayant oblige de se porter vers l’est avant d’atteindre le Yun-Nan, \ e f^ee mit a profit cette partie du trajet pour faire reconnaître la partie supérieure du fleuve du Tong-King. M Francis ^armer, détaché de la commission, fut chargé de cette reconnaissance, et i put constater la navigabilité probable du fleuve depuis es ion îeres de la Chine jusqu’à la mer. Il peut y avoir là une igné commerciale d’une grande importance, qui mérite une étude bpecmie »(. Bulletin de la Société de Géographie, mars 1873. Compte endu du Voyage en Indo-Chine, par M. Vivien de Saint-Martin.)
ia ? cis Barnier écrivait en effet, dans le paragraphe IV du voyage clans la Chine centrale, paru dans le Bulletin de la Société
xxn
NOTICE
reprises par Francis Garnier dans la presse scientifique 1 . Il accepta donc avec joie les propositions de M. Dupré, rédigea lui-même ses instructions qui furent approuvées par l’amiral, reçut de celui-ci de pleins pouvoirs, et partit pour Hanoï, le 10 octobre 1873, avec deux canonnières et une escorte peu nombreuse.
On connaît les détails de cette entreprise, dont le plan pacifique fut soudainement renversé par la mauvaise foi, puis par l’attitude hostile du vice-roi Nguyen-tri-fuong, et qui se transforma en une expédition militaire vraiment fabuleuse. On sait comment, après avoir pris Hanoï et quatre autres grandes citadelles, capitales de provinces, après
de Géographie, janvier 1874 (voy. à la fin de ce volume, p. 340) : « En résumé l’entreprise hardie de M. Dupuis et mon dernier voyage à Tchong-Kin, me paraissent vérifier, au delà de toute espérance les prévisions que j’émettais le premier, il y a cinq ans, sur les résultats de l’ouverture du Song-Coï au commerce de la Chine méridionale. # Se reporter à la première partie de la note précédente.
1. Il écrivait dans le Bulletin de la Société de Géographie, du mois de février 1872, p. 155 :
« La reconnaissance de la vallée du Cambodge a prouvé qu’il est impossible d’espérer que ce grand fleuve puisse jamais servir
de route à un commerce important. Au contraire, le fleuve du
Tong-King, qui prend naissance au cœur du Yun-Nan entre les vallées du fleuve Bleu et du Cambodge, est, suivant toute probabilité, beaucoup plus navigable que ce dernier, d’un cours beaucoup plus direct, et il présente, en outre, un immense avantage: l’unité de domination sur scs rives. »
SUR FRANCIS GARNIER
s’être emparé en moins d’un mois de tout le bas Tong-King et y avoir organisé une administration et un gouvernement provisoire, Francis Garnier fut tout à coup enlevé à son œuvre et inopinément
massacré le 21 décembre 1873, à la suite d’une
sortie faite contre les pirates du Pavillon noir, à une lieue environ des murs d’Hanoi 1 .
1. L’impression produite en Europe par la nouvelle de cette catastrophe fut considérable.
M. Charles Maunoir, secrétaire général de la Société de Géographie, en rendant compte à l’assemblée générale des événements de l’année, disait :
« Vous avez accueilli sans étonnement, mais avec une profonde reconnaissance, les nombreux et hauts témoignages de l'impression que la nouvelle de la mort de Francis Garnier a provoquée en dehors môme de la France. Les événements qui ont mis fin si prématurément aune aussi belle carrière pourront être l’objet d’appréciations diverses, Francis Garnier n’en restera pas moins une brillante et sympathique ligure dont la place est à côté de celles qui honorent le plus notre pays. » (Rapport sur les progrès des sciences géographiques , année 1874.;
L’amiral de La Roncière, président de la Société de Géographie, à l’ouverture de l’assemblée générale du 25 avril 1871, s’exprimait ainsi :
« La géographie a subi deux grandes pertes et l’année 1873 a vu disparaître à la fois David Livingstone et Francis Garnier. Chacun d’eux, selon sa nationalité, selon son tempérament, selon le but qu’il poursuivait, selon les moyens dont il disposait, avait fait converger vers la géographie toutes les forces de son intelligence, avait apporté à cette vaste science un tribut de travaux qui resteront comme un monument.
« Ces travaux perpétueront la mémoire de ces deux vaillants pionniers, de ces deux natures qui avaient de nombreux points de ressemblance, toutes deux également éprises de renommée, amoureuses de l’inconnu, ardentes aux recherches arides, vouées par