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POPULATION, MŒURS

La population des bassins inférieurs du Yuenkiang et du Wu-kiang paraît entièrement chinoise. J’ai demandé à plusieurs reprises s’il n’existait pas dans les montagnes, comme dans le Kuei-chou, des représentants des races aborigènes, connus sous le nom générique de Miao-tzù. Je n’ai reçu que des réponses vagues et contradictoires. Les missionnaires français que j’ai rencontrés pour la première fois à Yu-yang, m’ont affirmé que les Miao-tzû avaient disparu depuis longtemps dans cette région. Quelques traditions singulières semblent se rapporter à leur présence passée. En plusieurs endroits, notamment à Shi-thi et à Peng-shui, les gens du pays m’ont affirmé qu’à l’intérieur de grottes d’un accès difficile se trouvent des coffres renfermant des livres écrits en caractères européens. Ce dire m’a été confirmé de la façon la plus positive par un prêtre in-

digène, qui a vu un de ces coffres, dans une grotte située à une vingtaine de mètres à pic au-dessus de la rivière de Peng-shui. Des craintes superstitieuses ont fait respecter jusqu’à présent ces mystérieux dépôts. Ne pourrait-on pas retrouver là les livres sacrés ou les annales des anciens autochthones, qui ont été refoulés dans le sud par l’invasion chinoise et dont l’écriture phonétique, comme celle des Pa-y du Yun-nan, ou des différentes races tibétaines, ne peut être assimilée par les Chinois qu’à une écriture européenne?

La population, très serrée dans la partie basse et inondée de la vallée du Yuen-kiang, conserve dans la partie montagneuse une densité remarquable, eu égard au peu de place laissé à la culture par les pentes abruptes et les surfaces dénudées qui caractérisent les formations calcaires. On retrouve partout cette persévérance et cette opiniâtreté au travail particulières à la race chinoise. Les grottes même sont habitées, et il n’est pas de coin arable caché dans le repli le plus élevé des montagnes qui échappe à la charrue.

Les habitants de cette région m’ont paru plus trapus et plus barbus que les Chinois des plaines. L’usage des bandelettes pour la compression du pied est assez rare chez les femmes de la campagne; il est inconnu de celles qui vivent, près des rapides, de l’industrie du halage des barques.

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