Aujourd’hui ministre d’Angleterre à Pékin
dil-il, les lettres chinois dans leur opiniâtre résistance au progrès, que leur conviction de l’impuissance ou sont les barbares d’atteindre au niveau des connaissances et de l’éducation chinoises. » Personne n’a, plus que M. Wade, facilité l’œuvre qu’il recommande par la publication de livres élémentaires destinés à l’étude du chinois. Cette étude deviendrait la plus aisée du monde ‘, le jour où, au lieu de se heurter à des lignes longtemps indéchiffiables, 1 etudiant européen pourrait « lire» un texte chinois écrit en caractères latins, s’habituer ainsi au style et a la phraséologie d’une langue aussi singulière et en analyser les principales productions. Les lettrés ne sont point d’ailleurs de bonne foi lorsqu’ils refusent aux Européens la faculté d’atteindre aux hauteurs du savoir chinois.La preuve contraire est faite depuis longtemps et, s’ils ont oublié les Jésuites, des savants comme MM. Wade, Williams, Legge, Edkin, etc., leur démontient tous les jours, en Chine même, qu’il est relativement facile de pénétrer leurs mystères et de les éclairer des lumières d’une critique avancée. Au fond, c’est la supériorité même des philologues européens qui provoque l’hostilité des lettrés, et
I. La prononciation exceptée. Celle-ci exige une gymnastique de 1 oi cille que nulle notation ne peut remplacer. On sait que la langue chinoise est une langue vario-tono.
(Note de l’auteur.)
c’est une généreuse illusion' de penser que nos progrès dans les études chinoises parviendraient à la conjurer. C’est donc en dehors d’eux et à l’encontre des classes gouvernementales, que peut et doit s’opérer la transformation proposée.
De quels moyens disposerait-on pour la tenter ? Dans les ports ouverts, une nombreuse population indigène vit sur les territoires concédés aux Européens. A Shang-Haï, par exemple, plus de cent mille Chinois sont régis par les municipalités étrangères. Pourquoi ces administrations, qui ont donné des preuves de leur esprit progressif et qui disposent de ressources importantes, ne fonderaient-elles pas des écoles où l’on vulgariserait « les caractères latins » ? La gratuité de cet enseignement, le goût naturel des Chinois pour l’étude, les avantages qui résulteraient plus tard de la connaissance de notre écriture, pour des enfants destinés à devenir les intermédiaires commerciaux, les agents ou les domestiques des Européens, y attireraient de nombreux élèves. Il serait indispensable que les principaux ouvrages chinois fussent aussitôt traduits et publiés dans les différents dialectes de la côte. Ces traductions se débiteraient par centaines. Elles présenteraient en outre cet intérêt d’établir forcément une notation uniforme, une orthographe régulière des mots chinois.On se plaint, et avec raison, de la confusion étrange qui règne aujourd’hui dans les sys-
tèmes d’épellalion. Cette confusion est surtout regrettable au point de vue géographique. Tel nom écrit par un Anglais est absolument méconnaissable pour un Allemand ou un Français. Le même caractère chinois a souvent vingt transcriptions différentes et la lecture d’une carte soulève des incertitudes et des difficultés quelquefois invincibles.
Le système d’orthographe de M.Wade, basé plus rigoureusement que celui des Jésuites sur la valeur latine des lettres de notre alphabet, est probablement celui qui prévaudra. Il nous paraît susceptible de quelques simplifications que la pratique devra réaliser. Tel qu’il est, il répond d’ailleurs à tous les besoins. Déjà les journaux anglais de Hong-Kong et de Shang-Haï publient des éditions chinoises qui ont le mérite d’être rédigées dans le style delà conversation et qui rompent heureusement avec les élégances de convention et les obscurités du style littéraire classique. Il faudrait faire un pas de plus, et, à l’exemple de notre colonie de Cochinchine, publier les journaux en caractères latins, dès que la lecture de cette notation serait assez répandue. 11 faudrait enfin — cela est très important — réimprimer le plus tôt possible dans le système phonétique les traductions d’ouvrages scientifiques européens existant déjà en caractères chinois.
Les Missions catholiques qui possèdent des écoles