‹ De Paris au TibetChapitre 45 sur 53 · ROLE DE LA FRANCE DANS L’EXTRÊME ORIENT · texte numérisé non relu

ROLE DE LA FRANCE DANS L’EXTRÊME ORIENT

dans l’intérieur contribueraient puissamment à répandre la notation nouvelle. Disséminées dans les provinces les plus reculées, elles formeraient autant de centres, autour desquels rayonnerait par ce moyen une instruction chaque jour plus civilisatrice. Elles entreraient sans doute volontiers dans cette voie, si elles s’y sentaient encouragées et soutenues, et c’est ici que doit commencer, à notre sens, le rôle du gouvernement français.

La protection dont notre pays couvre, en Chine, les Missions catholiques a soulevé en mainte occasion de très vives critiques. On n’a voulu y voir qu’une complication nouvelle dans une situation déjà difficile. Que de procès sans issue, que de conflits detoute nature, que de sanglants épisodes marquent cette lutte soutenue par la France pour maintenir les Missionnaires en possession des dangereux privilèges que leur a concédés le traité de Tien-tsin !

Ne serait-il pas plu? simple de s’en fier, pour la surveillance et la protection des Missions, aux mandarins chinois eux-mêmes et de mettre ainsi fin à des conflits d’attributions, à des rivalités d’influences, à des querelles sans but et sans profit, incessamment renaissantes? Cette solution radicale, proposée dans l’article de la Revue des deux mondes que nous citions au début de notre élude,

épargnerait à coup sûr bien des ennuis diplomatiques et ferait des loisirs à la légation de France à Pékin. Mais si, comme le reconnaît M. Gicquel, « l’influence d’un protectorat, qui s’étend sur 500 000 catholiques *, pourrait être considérable, en s’exerçant dans d’autres conditions », ne seraitce pas sacrifier les intérêts nationaux que de renoncer à cette influence, au lieu de chercher à en réaliser les conditions normales? La France ne l’a jamais employée qu’à faire entendre des conseils équitables, qu’à servir de modératrice aux ambitions rivales. Les sacrifices antérieurs, son or et son sang largement dépensés, tous les éléments de sa prépondérance dans le présent et le passé disparaîtraient le jour où elle renoncerait au protectorat, et elle descendrait au rang des puissances secondaires qui gravitent à l’ombre des cinq grandes nations représentées diplomatiquement à Pékin \ M. Gicquel, dont les travaux et les services ont tant contribué à développer l’influence française en Chine, serait aussi affligé que surpris de la conséquence, selon nous inévitable, qui découlerait de la politique dont il s’est fait l’avocat.

C’est en somme le protectorat des Missions, si conforme à nos traditions, aux tendances du génie

1. Ce chiffre est admis par M. l’abbé Armand David, dans son ouvrage : Voyage clans l'empire chinois.

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