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SONTAY — UNE RECONNAISSANCE SUR LA RIVIÈRE NOIRE

13 février.

Lu-Yinh-Phuoc, chassé de Sontay le 16 décembre, s'était retiré à Hong-Hoa. De là, il remplissait le voisinage de ses fanfaronnades chinoises, annonçant qu'il allait venir nous attaquer à son tour dans son ancienne résidence et nous rejeter sur Hanoï. Deux bataillons sous les ordres du commandant Goronnat furent chargés de battre le pays jusqu'à la rivière Noire pour

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montrer nos uniformes aux habitants effrayés. On nous donna l'autorisation de suivre la reconnaissance.

Du haut de son mirador, tour hexagone grêle comme un minaret arabe, érigée au milieu de la citadelle, on découvre Sontay elle pays environnant ainsi que sur un plan déroulé. En même temps qu'on en voit les détails, on en lit pour ainsi dire l'histoire. La citadelle a été construite à deux kilomètres du fleuve, à une époque où probablement aucun village n'existait auprès. La pagode royale, brillante de dorures et de laques rouges, en occupe le centre ; de vastes bassins carrés, où les éléphants de Lu-Yinh-Phuoc allaient boire, Tavoisinent; d'immenses magasins, où nous avons trouvé, entassés, six mille mètres cubes de riz, entourent le tout. Quatre portes, surmontées de kiosques chinois à deux étages, aux toits recourbés, livrent passage à quatre routes qui se dirigent la première vers le nord, menant au fleuve; la seconde, vers Touest allant à Hong-Hoa; les deux autres, vers le sud.

Il n'y en a point à l'est, mais l'une de ces dernières s'infléchit dans cette direction et conduit à Hanoï. Sur les glacis, à l'extérieur, s'alignent de gros bâtiments qui servaient de casernes. Et derrière eux, à l'abri de cet appareil militaire, des maisons s'étaient groupées le long des quatre routes formant autant de villages rayonnant en étoile du pied de la citadelle. Celui de l'ouest et celui du nord étaient devenus avec le temps de véritables petites villes prolongées jusqu'au bord du fleuve.

La citadelle est aujourd'hui pleine du bruit et du mouvement de la garnison; mais la ville proprement dite, ces quartiers où les balafres de la guerre sont encore toutes fraîches, restent aussi mornes qu'au lendemain de l'assaut; nous y avons erré quelques heures à respirer la tristesse des ruines. Les toits défoncés par les obus, les murs éventrés, bâillent par de béants trous noirs; les maisons, que personne n'a ouvertes à l'étranger, ferment leurs portes avec une obstination farouche; un silence de mort pèse dans

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