GOUVERNEMENT. IILNICIPALITÉS. VIE PUBLIQUE ET PRIVÉE. 9I
anglais. Dans le cas contraire, rhospitalité est des plus cordiales et des plus larges ; on vous traite à proprement parler comme un membre de la famille.
Je parle, bien entendu, ici de ce qui se passe dans les grandes villes ; dans l'intérieur du pays on y met moins de façons. Vous arrivez, par exemple, dans un endroit nouveau où il n'y a que quelques tentes et pas d'hôtel ; vous demandez l'hospitalité au premier habitant venu et quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent vous êtes assuré d'être bien reçu et d'être traité de la manière la plus large, en raison, bien entendu, des ressources de l'hôte auquel le hasard vous a envoyé. Si vous venez de loin, vous aurez en échange à dire tout ce que vous savez de nouveau sur les contrées que vous venez de parcourir. Bien que les journaux pénètrent dans les points les plus éloignés, les informations qu'ils fournissent sont le plus souvent d'un caractère trop général; ils ne remplacent pas pour votre hôte un bon bavardage (a good chat) sur les sujets les plus divers et souvent les moins importants. On vous donnera en échange tous les renseignements que vous désirerez sur le pays et les environs.
Si toutefois on se doute que vous venez pour visiter des mines ou pour en acheter, n'acceptez pas tout ce que l'on vous dira comme parole d'évangile. Le commerçant reparaît vite sous l'hôte; dans sa bouche, le pays devient excellent, les mines dépassent tout ce qu'on trouve ailleurs, etc., etc. ; écoutez, mais sous bénéfice d'inventaire.
Rien n'est curieux à suivre comme le développement d'une ville nouvelle. Ce sont d'abord les tentes des premiers occupants, puis les maisons en toile parmi lesquelles figurent toujours en première ligne la boutique du mercanti (stores) qui vend de tout, depuis du
fil à coudre jusqu'à des barres de fer et d'acier. Souvent, au (léliut, le marchand (store fieeper)esl en même temps maître d'hôtel et veud à boire. C'est a son bar i|ue les mineurs vienneut s'abreuver de ces boissous alcooliques si chères aux Anglais et parmi lesquelles le whiskj' figure au premier rang.
liue de iH Gare à la Cathédrale.
Ces hôtels sont souvent des plus primitifs et leur construction n'exige ni architecte expérimenté, ni même grands frais d'imagination. Sur une carcasse de perches empruntées au bush le plus voisin, on tend au dedans cl au dehors des toiles d'emballage (canvass); les cloisons intérieures sont constituées de la même façon; une petite fenêtre, généralement à poste fixe, une porte en planches non rabotées, un lit formé de pareille toile tendue sur des perches avec un maigre matelas, et voilà une chambre dont la possession pourra vous coiUer jusqu'à lo shillings (ra'^oo) par jour, nour-
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riture non comprise, bien entendu. Je laisse à mes lecteurs à penser si tout ce qui se dit en un point quelconque d'ime pareille construction est facilement entendu de toutes les autres parties. C'est surtout le samedi soir que ce cloisonnage indiscret vous donne le plus à souffrir. Ce jour-là, à partir de midi, on ne
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travaille plus, et en général on fait la pave de la si écoulée, La soif qu'on a tenue en réserve toute la semaine (car on a toujours soif sur les mines) se manifeste avec une intensité loute spéciale. Un mineur rencontre un ami, il offre un verre de whisky et soda; l'ami rend la politesse. Un troisième survient, il offre aux deux précédents qui rendent successivement à leur tour. On cause d'autant plus haut qu'on a la bouche plus sèche, on recommence à hoire pour pouvoir parler plus facilement; ce manège se coutinue de la sorte jusqu'à ce que les interlocuteurs soient complètement
ivres ou n'aient plus d'argent. Et encore, dans ce dernier cas, trouvent-ils souvent d'autres amis qui payent pour eux à charge de revanche un autre jour. Quand les cerveaux se sont ainsi échaufTés et que le nombre des consommateurs est assez grand, les conversations, les cris et les chants forment bientôt un tel tapage qu'il est impossible de s'entendre. Si, le soir venu, vous gagnez votre lit, vous ne pourrez littéralement pas clore l'œil avant 1 1 heures du soir, heure à laquelle la foi exige qu'on ferme bottû(|ue; ce n'est pas toujours une tâche facile de renvoyer tout ce monde qui a plus ou moins perdu la têle.
Les sociétés de tempérance et les associations religieuses font de louables efforts pour combattre ce vice de l'ivrognerie. Parmi ces dernières, il convient de citer l'Armée du Salut. En France, nous ne la connaissons que sous son côté grotesque. En Australie, elle conserve le même caractère extérieur, et ses processions, musique en tête, traversent presque chaque soir les rues des grands centres miniers. On assure pourtant que cette association a fait et continue à faire beaucoup de bien et qu'elle a arraché aux débits d'alcool de très nombreux buveurs endurcis.
Quand le centre a grandi, quand les mines se développant ont attiré une population plus importante, la tôle ondulée galvanisée remplace la toile. Les constructions sont un peu plus solides, elles ont plus d'oeil, mais elles restent tout aussi incommodes sous le rapport de la tranquillité et de la discrétion. De plus, quand il fait chaud, ces grandes boîtes en fer-blanc accumulent la chaleur à un point qui en rend le séjour absolument intolérable. Si, comme cela se fait le plus souvent, vous voyagez avec votre buggy, vos chevaux et votre lente, mieux vaut vous installer à peu de distance de la ville,