GOUVERNEMENT. MUMCIPAUTÉS. VIE PUBLIQUE ET PRIVÉE
en tirer ce dont vous pouvez avoir besoin, mais fuir les hôtels comme la peste. Ajoutez que les chambres ont généralement plusieurs lits et par suite plusieurs occupants qui vous sont inconnus, qui rentrent à toute heure de la nuit et dont les ronflements souvent par trop bruyants interrompent malencontreusement votre sommeil. Quand il y a presse et insuffisance de lits, un peu de paille étendue par terre et une couverture forment la couche des derniers arrivés. Dans mon premier passage dans le champ d^or de Murchison, en compagnie d'un jeune ingénieur anglais, nous avons obtenu à grand'peine pour nous deux Tunique lit d'une chambre sur le plancher de laquelle étaient installés sept autres lits de fortune comme ceux que je viens de dire. Ladite chambre portait du reste un nom caractéristique dans le pays : on l^appelait k chambre des morts {the dead chamber).
On se fait difficilement une idée de la rapidité avec laquelle les townships se développent. Je n'en citerai qu'un seul exemple. A mon premier passage à White Feather(Ranowna), cette ville comptait un hôtel, deux bars et une quinzaine d'habitations de toutes sortes. Trois mois après, on y trouvait trois hôtels, une station de police, bureau de poste et télégraphe, et au moins une soixantaine de maisons; parmi ces dernières, trois magasins abondamment fournis de tout ce qui peut être utile aux mineurs, aussi bien pour leurs travaux que pour leurs besoins personnels. Ces magasins font^ paraît-il, des affaires d'or; leurs propriétaires, quand ils sont tant soit peu aventureux, font des avances sous forme de provisions aux prospecteurs à la recherche de nouvelles mines. Quand ces derniers ont fait une bonne trouvaille, non seulement le mercanti se fait payer ce qu'il a avancé, mais de plus il reçoit une commission,
Mineurs au bar, un jour de paie.
participation dans la vente ou l'exploita lion du
L'armée du Satut à Cootgardie.
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nouveau gisement. Les moios scrupuleux, quand les mineurs ne peuvenl les rembourser, s'adjugent la trouvaille mojennant quelque supplément de vivres et la vendent pour leur compte. On nous a cité plusieurs store keepers qui se sont retirés avec fortune faite après un séjour de trois on quatre années à peine sur
Wbite F«alher après quelques mois,
les champs d'or. Au dire de tout le monde, les tenanciers d'hôtels, de bars etde stores sont ceux qui gagnent le plus d'argent.
Gomme on doit bien le penser, les distractions sont rares sur les cbamps d'or, et c'est une des raisons par lesquelles on explique le grand nombre de visiteurs qu'on trouve dans les bars les jours où l'on ne travaille pas. Gela peut être vrai dans une certaine mesure; il faut néanmoins ajouter que les débits de boissons alcooliques ne manquent pas de chalands pendant la semaine, souvent même pendant les heures qui devraient
normalement être dévolues au travail. Le vieux proverbe français : « Qui a bu boira » trouverait bien ici son explication et son application.
Les sports athlétiques sont pourtant très en honneur en Westralie comme dans tous les pays anglais. Dans l'intérieur, ce sont surtout le cricket et le Ibot-ball qui sont presque exclusivement pratiqués.
Dans presque chaque centre, on trouve une sorte de club dont les membres sont associés pour pratiquer l'un ou l'autre de ces jeux. Quand le team, l'escouade des meilleurs joueurs, se croit suffisamment entraînée, elle va provoquer les joueurs d'un centre voisin et cela donne lieu à des parties homériques. Le gain ou la perte ne va généralement pas sans bien des horions attrapés de part et d'autre, souvent des bras ou des jambes foulés ou cassés, des côtes enfoncées. Mais on n'y regarde pas de si près; les vainqueurs trouvent qu'ils n'ont pas acheté trop cher leur succès et les vaincus se consolent en espérant qu'ils auront la palme dans une prochaine rencontre. Souvent un public nombreux, composé de lout ce que le pays voisin contient de gens valides, assiste à la lutte, encourageant par ses cris et ses hurrahs le team qui a ses préférences. Gomme dans toutes les cérémonies de ce genre, tout se termine toujours par de copieuses libations que justifient dans une certaine mesure l'excitation de la lutte et la chaleur que chaque camp met à défendre ses couleurs.
Les populations des grandes villes, tout en se livrant avec le même enthousiasme au foot-ball, au cricket et au lawn-lennîs, ont d'aulres distractions un peu moins brutales, surtout quand elles ont à leur portée la mer ou une rivière. C'est ainsi qu'à Perth, à Freemanlle et à Geraldton le yalching est en très grande vogue et donne lieu à des régates auxquelles la presque totalité
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de la population de lacoloilie tient à honneur d^assister.
Il en est de même pour les courses de chevaux dans lesquelles il se joue chaque année des sommes dont on n'a pas l'idée.
Les distractions d'ordre intellectuel sont beaucoup moins nombreuses ; le struggle for life de chaque jour donne peu de loisirs aux coloniaux pour la poursuite de plaisirs littéraires ou scientifiques. Le théâtre est pauvrement représenté: on y va du reste assez peu. Tout cela changera certainement au furet à mesure que la richesse et le nombre des habitants s'accroîtront. Le goût de la musique s'est déjà notablement développé; Perth etFreemantle ont des sociétés musicales qui exécutent de temps à autre les pièces les plus remarquables de la musique classique. UUnion Musicale de Perth compte cent cinquante membres.
Les clubs de Perth sont assez nombreux; en tête viennent le Weld Club et le Wilgie Club, ce dernier ayant surtout en vue le développement des beaux-arts. Il convient de citer en outre les sociétés d'agriculture et d'horticulture qui comptent un grand nombre d'adhérents.
La chasse et la pêche sont également très en honneur. Le gibier est assez abondant le long des côtes et dans les estuaires des principaux cours d'eau. Il n'en est malheureusement pas de même dans l'intérieur. Nous en avons déjà dit les causes, dont la principale est surtout le manque d'eau douce. Aussi ne faut-il compter sur le gibier que dans une mesure des plus restreint,es, tant comme sport que pour le remplissage du gardemanger. Dans les districts où l'on trouve des kangourous en nombre suffisant, leur chasse à courre, avec de graods lévriers fauves, ne manque pas d'un certain intérêt; d'autant que, quand l'animal est sur ses fins.
L'n mitch de foot>balI à Coe.
I se défend vigoureusement e1 que ses pattes de de-
Un match de cricket i Kuraaipi.
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vant, qu'il manœuvre fort habilement, peuvent blesser grièvement les chiens.
La chasse aux canards sauvages sur les grands lacs salés de l'intérieur, en dehors de l'attrait qu'elle présente, a ce côté plus pratique, qu'elle donne de la viande fraîche; et ceux-là seuls qui ont vécu pendant des mois
Appareil distillatoire pour eau douce à WidgiemoJa.
de viandes de conserve peuvent apprécier la jouissance qu'on éprouve à remplacer l'éternel corned beef ou ses semblables par un gibier frais et savoureux-
On rencontre aussi de loin en loin des dindons sauvages ; ces volatiles, au vol puissant et majestueux, très défiants et, par suite, très difficiles à approcher abonne portée, sont un superbe coup de fusil. C'est vraiment dommage qu'ils soient aussi rares ; car, de plus, quand ils ne sont pas trop vieux, ils constituent un aliment qu'on apprécie au même titre que les canards sauvages.
La vie au grand air qu'on mène jour et nuit quand
on va d'un campement à un autre des champs d'or ne donne pas lieu à beaucoup d'imprévu. En règle générale, comme l'eau douce ne se peut trouver que dans certains points bien déterminés, les étapes doivent toujours être calculées à l'avance de manière à être certain de rencontrer au bout de la journée cet élément indispensable. Ce sont le plus souvent des appareils distillatoires primitifs qui la fournissent (condensors). Cependant, dans certains champs d'or, comme celui de Murchison, on trouve l'eau douce ou légèrement saumâtre à une petite profondeur et sur des étendues assez considérables. Dans ces régions, et de préférence dans le voisinage ou le long des tracks, le Gouvernement a fait creuser des puits et les a munis des treuils et seaux nécessaires pour le puisage ; ces puits sont généralement entourés de clôtures en bois; tout le long d'un des côtés sont disposées de grandes auges en métal destinées à abreuver les chevaux et les bêtes de transport de toute nature. Rien de curieux comme les campements volants qui s'établissent ainsi chaque jour autour de ces points d'arrêt forcé. A peine arrivé au puits, chacun choisit l'emplacement de sa l^nte, dételle les chevaux, décharge le buggy, dresse la lente et allume du feu pour préparer le repas du soir. La batterie de cuisine se compose d'une poêle à frire, de deux marmites en fer-blanc dont l'une est par destination affectée à la confection du thé. L'autre sert à faire chauffer l'eau dans laquelle on plongera les tins, les boîtes de conserve, viande ou légumes, qui vont constituer le repas. L'ordinaire n'est pas varié : corned beef, boiled beef, boiled chicken, haricots et pois, on ne sort pas de là. Comme dessert, du beurre salé et des confitures, généralement Torange marmelade; comme boisson, du thé. Le souper fini, on dresse son lit et l'on se couche,