‹ De Paris aux mines d'or de l'Australie occidentaleChapitre 2 sur 34 · DE PARIS A PERTH · texte numérisé non relu

DE PARIS A PERTH

Un voyage en Australie était autrefois un déplacement long et souvent pénible. Avant l'ouverture du canal de Suez, il fallait faire le tour de l'Afrique par le Cap, et la mer des Indes n'était pas toujours clémente aux voyageurs. Depuis que le passage par l'Egypte a diminué notablement les distances, depuis surtout que les bateaux à vapeur ont augmenté leur tonnage et leur vitesse, ce qui était une question de mois est devenu une question de semaines, et actuellement il ne faut pas plus de vingt-six à vingt-huit jours pour aller de Marseille, de Brindisi ou de Naples à Albany, premier point où l'on touche la côte australienne.

Trois compagnies se disputent les passagers entre l'Europe et ce qui était anciennement la Terra incognita: \e^ Messageries maritimes el les lignes anglaises VOriental et la Peninsular and Oriental. Chacune d'elles prétend à la supériorité sur les autres; nous n'avons pour notre part usé que des Messageries et de la Peninsular and Oriental, et, toute idée de nationalité mise à part, nous n'hésitons pas à donner la préférence à la première. On y trouve en effet un confortable plus grand, des cabines mieux ventilées, plus spacieuses, mieux appropriées aux longs séjours que l'on fait nécessairement à bord, et surtout une cuisine

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que nos voisins d'où Ire- Manche sont les premiers à apprécier. Seulement, car il y a une ombre au lableau, , les départs des Messageries n'ont lieu que tous les vingt-huit jours, tandis que chaque semaine on trouve un bateau de l'une ou l'autre des deux autres compagnies. C'est pour cette raison que, ayant n)aDqué Je départ du

Un bateau de la P. and O. Company.

paquebot français, nous dûmes aller à Brindisi nous embarquer à bord du Massilia de la Peninsular and Oriental Ltne qui partait huit jours plus lard.

Nous nous mettions en route à la fin du mois d'avril ; le trajet de Paris, Dijon, Modane et Brindisi manque absolument de charmes à cette saison. II pleuvait à Paris, il gelait la nuit à Dijon, il neigeait le soir à Modane et le temps était absolument maussade toute la journée du lendemain, alors que nous longions les côtes de l'Adriatique. Vers le soir, le ciel finit néanmoins par s'éclaircir, et c'est par une température rela-

tivement douce que nous quittons nos wagons-lits pour monter à bord du Massilia. Une heure après, nous étions en pleine mer.

On est toujours un peu bousculé pendant les premiers moments deParrivée sur un bateau quelconque. 11 faut trouver sa cabine, reconnaître ses colis, faire mettre de côté ceux que l'on veut conserver, commencer à s'installer, etc., etc. Tout cela se complique encore quand on monte à bord à neuf heures du soir et quand, de plus, on ressent la fatigue de deux jours et de deux nuits passés en chemin de fer. Aussi le plus souvent se contenle-t-on de chercher son lit, et c'est ce que nous avons fait, laissant les choses plus sérieuses pour le lendemain. La mer est superbe, le bateau ne bouge pour ainsi dire pas et nous nous endormons ayant encore aux oreilles les airs que des musiciens déguenillés nous chantaient sur le môle au moment du départ.

Quand nous montons sur le pont le lendemain matin, rien que de l'eau autour de nous, mais de cette eau bleue qui est comme la caractéristique de la Méditerranée. Le temps est magnifique, le soleil brille sans qu'un nuage vienne le voiler; allons, nous partons sous d'heureux auspices.

Autour de nous, pas un seul Français, rien que des Anglais; il va donc falloir faire appel à toutes nos ressources de linguistique. C'est à la table du premier déjeuner que nous faisons nos premières connaissances. Charmants compagnons, du reste, qui comme nous vont en Australie et qui nous aideront à prendre notre mal en patience. Quelques heures après, grâce à leur complaisance, nous connaissons au moins de vue à peu près tout le monde et nous savons où chacun va. La plus grande partie nous quittera à Aden pour prendre le bateau qui se rend aux Indes, et c'est en nombre très

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réduit que nous arriverons en Australie. On nous présente au commandant Harvev, excellent marin doublé d'un très brave homme, qui nous assure qu'il fera tout ce qu'il pourra pour nous rendre la vie à bord aussi agréable que possible; ce n'est pas une vaine promesse . et, en fait, nous n'avons eu qu'à nous louer de sa complaisance et de sa courtoisie.

A la fin de la première journée, nous sommes déjàhabitués au train de la vie courante. Tout d'abord cela présente un certain imprévu, quelque chose de non déjà vu. Malheureusement, cette impression ne dure pas et, quand au bout de cinq jours nous apercevons l'Egypte, nous poussons comme un soupir de soulagement.

C'est qu'en effet la vie à bord est forcément d'une désespérante monotonie. Quand on se lève le matin, la première chose à laquelle on songe est de monter sur le pont pour voir le temps qu'il fait. C'est le moment où, au sorlir du bain, les costumes ultra-fantaisistes sont permis, et nombre de nos compagnons ne se font pas faute de se montrer dans des toilettes que l'étiquette des cours n'approuverait certainement pas. C'est une sorte de moment de détente qui ne dure pas longtemps, car dès huit heures et demie il faut descendre s'habiller d'une manière un peu moins rudimentaire pour assister au déjeuner de neuf heures, déjeuner solide, substantiel, que nous ne connaissons pas en France, et qu'on arrose abondamment d'excellent thé. Ce premier devoir rempli, il va falloir s'ingénier à tuer le temps jusqu'au lunch, qui a lieu à une heure de l'après-midi. On cause, on fume, on joue aux palets, les gens sérieux lisent; la majorité, engourdie par la digestion et le grand air, se rendort; rien n*est moins poétique. A midi, au moment où l'on affiche la route effectuée dans les vingt-quatre

heures précédentes, ou secoue un peu sa torpeur; les joueurs organisent des paris sur le nombre de milles parcourus ou à parcourir. Tout cela n'est palpitant (|ue pour les gagnants.

Après le lunch, aussi, solide et aussi substantiel que le déjeuner, même manque d'occupation qu'avant. Le .

A iMrd du Mtutilia.

thé de quatre heures coupe un peu l'après-midi qui se traîne et l'on saine avec une sorte de plaisir la cloche de six heures qui vous annonce que vous avez à vous habiller pour le dîner. Cette fois on procède à une loilelle en règle; habit noir et cravate blanche sont de rigueur. Les dames profitent de l'occasion pour exhiber leurs toilettes et leurs épaules. Fort heureusement, les secondes font souvent passer les premières, dont beaucoup seraient à bon droit critiquées par nos Parisiennes. Mais, en mer, on n'a pas le droit d'être bien difficile

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sur ce chapitre. Pourvu que là toiletle soît portée par une femme aimable et jolie, que peut-on raisonnablement demander de plus?

Le diner a toujours une certaine durée; c'est le repas de cérémonie de la journée. Alors même qu'on n'est ni gourmand ni grand mangeur, on finit par

Bïteaux dans le canal de Suez.

aimer cette heure-là; c'est, je crois, parce qu'elle fait passer le plus de temps sans qu'on ait à se mettre martel en tête pour savoir à quoi s'occuper. 11 faut avouer que c'est bien triste d'en être réduit à celle extrémilé.

Nos compagnons, dont quelques-uns ont déjà fait plusieurs fois cette traversée, nous vantent les beautés de l'Egypte. Malheureusement, nous arriverons à Port- Saïd à dis heures du soir et nous ne verrons rien.

Le bateau stoppe; le commandant nous engage cha-

lO CHAPITRE I.

rîtablement à nous rendre à terre. Oa va faire du charbon et celte opération, qu^accompagnent un bruit infernal et un nuage de poussière noire pénétrant partout, manque absolument de charmes pour ceux qui seraient tentés de rester à bord.

Nous allons donc parcourir les rues assez mal éclairées et, de plus, assez sales qui débouchent sur les quais. Quelques magasins seulement sont ouverts. Ce sont pour la plupart des maisons de vente de cigarettes et de cigares; un ou deux magasins de nouveautés, des dépôts de photographies dont beaucoup ne sont pas à l'usage des jeunes filles, et enfin un* café-concert sans spectateurs avec une roulette à côté. Mes compagnons de table y vont essayer leur chance ; inutile de dire qu'ils perdent avec un ensemble désespérant. Il paraît, du reste, qu'on n'y gagne jamais. Mystère!!!

Devant repartir à une heure, nous rentrons à bord un peu avant, complètement désenchantés de notre premier aperçu de la terre des Pharaons. A ce même moment, un gros steamer sort du canal de Suez. L'énorme fanal électrique qu'il porte à son avant nous inonde un instant d'une éblouissante clarté, puis s'éteint brusquement quand le bateau à pris son mouillage à une bouée pour faire du charbon, lui aussi. L^enlrée du canal est libre et nous nous y engageons à notre tour, fanal en tête* La nuit est noire, nous nous écarquillons les yeux pour né rien voir et, en désespoir de cause, nous allons rejoindre notre lit.

Le lendemain, en montant sur le pont, nous sommes littéralement aveuglés par une éblouissante clarté. Le ciel est sans un nuage, et la chaleur que nous commençons à ressentir nous donne comme un avant-goût de ce qui nous attend dans la mer Rouge. La lumière du soleil réfléchie sur le sable des berges est presque im-

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possible à supporter; néanmoins nous voulons voir et nous tenons bon. De loin en loin quelques chameaux conduits par des Arabes d'une gravité de fakirs indous; des gamins de bronze, dans le costume de nos premiers parents avant leur faute, qui suivent le bateau en courant pour qu'on leur jette quelques pièces de monnaie qu'ils se disputent avec des cris de geais en colère; des fellahs étendus au soleil et se livrant aux douceurs du farniente si cher aux Orientaux. Les coquettes maisons des agents du canal mettent de temps en temps, avec leur verdure de tamaris arborescents, une note plus gaie dans la monotone uniformité des plaines sablonneuses sans fin que nous côtoyons. La rencontre d'un autre bâtiment est aussi un petit événement. Comme nous portons la malle, nous avons le privilège de passer le plus souvent sans avoir à stationner aux garages ; mais nous devons aussi stopper de temps en temps à notre tour et laisser le libre passage aux autres. Tous ces petits incidents sans portée occupent cependant une partie de la journée et nous pénétrons dans les Lacs Amers et sommes bientôt en face d'Ismaïlia sans que le temps nous ait duré. Nous ralentissons de vitesse pour prendre à bord deux voyageurs que nous amène un petit remorqueur; puis nous reprenons notre marche assez lente du reste. On sait en efiet que, pour ne pas dégrader les rives du canal, on a dû imposer aux bâtiments qui le traversent un maximum de vitesse, environ 12 kilomètres à l'heure.

On nous annonce que nous passerons pendant la nuit devant Suez pour entrer ensuite dans la mer Rouge. Ceux qui voudront voir cette ville devront donc rester la nuit sur le pont. Cette perspective ne paraît pas présenter beaucoup d'attraits pour la majeure partie d'entre nous, car vers dix heures le pont se vide peu à

peu de tous ceux qui s'y éuienl installés après le dîner, et à onze heures il est complètement désert.

Ce n'est pas qu'uoe nuit passée à la belle étoile dans ces parages soit bien à redouter. Depuis notre entrée dans le canal, la température a été en croissant sans interruption et l'on commence déjà à se préoccuper de

Station sémaphorique le loog du canal de Suez.

trouver quelque peu de fraîcheur. Les punkàhs fonctionnent depuis vingt-quaire heures dans la salle à manger, les sabords des cabines restent grand ouverts jour et nuit avec des manches à vent poury faire entrer un peu d'air; malgré cela, on étouffe déjà ; ce sera bien pis sous peu.

Le lendemain matin, nous sommes dans la mer Rouge. Dès huit heures, la température commence à être accablante. Pas la moindre brise pour l'adoucir. On nous dît bien qu'il fait réellement du vent; mais il souflle, paraît-il, dans la direction même de notre

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marche, et c'est pour nous comme s'il n'esislail pas. De même on nous prévient charilabiement que nons jouirons de cette charmante température pendant au moins quinze jours sans désemparer, c'est-à-dire jusqu'à ce f|ue nous soyons à quelques jours seulement de l'Australie. Cela nous promet une vie folâtre.

Vue générale d'Ismarlis.

Je ne sais rien de plus désagréable que celle chaleur humide, qui vous enlretienl dans un état permanent de transpiration ou tout au moins de moiteur intense, qui ne vous permet de prendre aucun exercice sans que vous soyez transformé en fontaine et que vous n'avez aucun moyen de combattre. Les douches et les bains vous donnent bien un répit momentané, une impression de fraîcheur que vous souhaiteriez pouvoir faire durer; à peine avez-vous revêtu vos habits, si légers qu'ils soient, que votre supplice recommence, et de guerre lasse vous finissez par ne plus vous sentir la force de

r4 CHAPITRE I.

lutter. On peut cependant avoir un peu de détente la nuit, mais à la condition de dormir sur le pont dans sa chaise longue, et c'est ce que nous faisons. Nous devons, paraît-il, nous estimei* encore très heureux que le vent ne vienne pas du désert et ne nous apporte pas, comme il le fait souvent, des tourbillons de poussière rouge qui nous forceraient à nous réfugier dans nos cabines et à v rester, toutes ouvertures fermées.

Trois jours se sont passés; nous approchons d'Aden où nous allons laisser une bonne partie de nos compagnons de route qui vont dans l'Inde. Les officiers nous informent que nous arriverons de nuit, que nous ne stationnerons que le temps strictement nécessaire pour le débarquement des passagers, de leurs bagages et de la malle. Notre bateau, le Massilia, n'est pas un des meilleurs marcheurs de la flotte de la Peninsular and Oriental Line el, pour ne pas faire trop mauvaise figure, le commandant économise le temps le plus qu'il peut. Arrivés à Aden à dix heures du soir, nous en repartons à deux heures du matin. Nous devinons plus que nous ne voyons la ville par les quelques lumières qui brillent de distance en distance, le long de la côte. La nuit est noire comme un four; nous nous remettons en route sans avoir même pu nous faire une idée de ce que peut bien être cette escale qui a quelque peu défrayé les conversations des jours précédents.

La chaleur continue à nous accabler de plus en plus pendant le jour. Les cabines sont des fours chauffés à blanc; c'est à peine si la nuit nous apporte un peu de fraîcheur. La brise marche obstinément avec nous; sous la tente qui recouvre tout le pont et nous évite les trop brutales caresses du soleil, le thermomètre marque constamment de 29 à 3i degrés. Ce n'est pas excessif en soi, mais dans une- atmosphère saturée de vapeur

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d'eau c'est toiU simplement intolérable. Et encore ce n'est rien, nous dit-on, comparé à ce qu'on éprouve dans l'Inde, l'Indo-Chine et le Tonkin, Nous sommes tous affalés sur le pont sans qu'aucun de nous ait seulement la tentation de bouger, excepté pour les repas. Les punkahs de la salle à manger agitent l'air sans le rafraîchir; est-ce une illusion? mais il semble pourtant qu'on y éprouve une certaine jouissance. Nous avons huit jours à passer entre le ciel et Teau avant d'apercevoir la plus^ prochaine terre. Ce sera Ceyian et Ton nous y promet merveilles. Cette fois nous aurons le loisir de rester au moins vingt-quatre heures hors de notre maison flottante et nous pourrons juger des meuveilles de la végétation tropicale.

Enfin on nous annonce la terre. Tout le monde, comme par enchantement, secoue sa paresse et se précipite à l'avant, jumelle en main. C'est d'abord une sorte de brume très lointaine; puis peu à peu les contours indécis se précisent ; c'est bien la terre que nous voyons enfin. Il semble que la chaleur ait diminué; par une sorte de miracle, personne n'y songe plus. Nous débarquerons seulement dans quelques heures et déjà chacun est tout prêt, en tenue de circonstance, c'est-à-dire dans le costume le plus léger qu'on puisse emporter. La toile ou la flanelle blanche sont pour ainsi dire de rigueur, car il fait au moins aussi chaud, sinon plus, à Colombo qu'à bord du bateau. Les plus jeunes parlent déjà d'une petite excursion dans l'intérieur; quant à nous, la visite de Colombo et de ses environs nous suffira amplement pour cette fois.

Vue de la mer et à une certaine distance, Colombo n'a pas tout d'abord un aspect bien séduisant. La cote paraît basse et plate. Des docks et quelques maisons d'apparence très modeste constituent tout ce que l'on

voit. A droite, uae énorme jetée terminée par un môle surmonté d'un phare s'avance assez loin dans la mer et protège le port contre les lames du large. Plus à droite encore, sur la rive, s'étend une vaste forêt de cocotiers au-dessus de laquelle pointent des dômes et des clo-

Bateau rencontré dans le canal de Suez.

chers : c'est là que se trouve la vraie ville qui compte plus de cent mille hahttants.

Dans le port stationnent des navires de tout tonnage et de toute nationalité, depuis les énormes vapeurs des grandes compagnies anglaises jusqu'aux barques cingalaises, longues et étroites, auxquelles un balancier latéral donne la stabilité qui leur manque. Au milieu glissent des radeaux formés simplement de quelques troncs de bambous; ils portent des plongeurs absolument nus qui, aux cris de: Dive! dive! (plonger! plonger!), viennent quémander des pièces de monnaie qu'on leur jette à la mer et qu'ils vont rechercher en pi-

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qnaot des télés qui feraient l'admira lion el l'envte des amateurs de bains de Seine. Il paraît que les requins viennent quelquefois se mettre de la partie. Nos plongeurs ne paraissent pas s'en préoccuper.

Le Massilia a stoppé; nous descendons dare dare

Phare el jetée de Colombo.

dans un canot qui est venu se ranger le long du bord et, quelques minutes après, nous débarquons et tombons au milieu d'une foule bariolée qui nous crie aux oreilles des phrases dans toutes les langues de la terre. Ceux qui la forment nous offrent à premier aspect presque autant de types distincts que de langages ; c'est toutefois la gamme des tons foncés qui y domine, depuis le rouge-cuivre plus ou moins clair jusqu'au brun foncé en passant par le chocolat. Sans écouter les olfres de service de tout ce monde, nous nous liàtons de gugner l'hôtel et d'y retenir des chambres; c'est une précaution toujours sage qui nous a été recommandée par nos

compagnons ayant déjà fait plusieurs fois ce voyage. Le mouvement du port est si considérable que les hôtels sont quelquefois complètement envahis, surtout au moment des correspondances avec Textrême Orient; nous nous trouvons justement à une de ces époques. Bien nous en a pris, car le soir il n'y a plus une seule chambre disponible à l'Oriental Hôtel, qui passe pour l'un des meilleurs de Colombo.

La population indigène, dont les divers types passent sous nos yeux, se compose de deux races différentes : les Gingalais proprement dits et les Tamouls. Les premiers, qui paraissent de plus ancienne date dans l'île, sont surtout nombreux dans le Sud et à Colombo. Ils sont de taille moyenne, plutôt petite, bien faits, avec des traits en général réguliers et doux. Leur teint varie du blanc très brûlé au brun-chocolat.

Les Tamouls sont une race conquérante venue autrefois de l'Inde. Plus grands, plus forts et plus robustes, ils ont aussi le teint plus noir. Leur taille élancée en fait d'admirables modèles de la forme humaine.

Le costume des hommes se compose le plus souvent d'un simple pagne; les plus aisés portent une pièce d'étoffe retenue autour des reins par une ceinture et' formant une sorte de jupe. Avec leurs cheveux noirs relevés sur le derrière de la tête par un peigne demicirculaire ou par une sorte de chignon, ils constituent pour nous autres Européens des types très singuliers. Les femmes sont le plus souvent jolies, surtout dans leur jeunesse, c'est-à-dire de dix à seize ans; après elles ont perdu toute fraîcheur et sont peu agréables à voir. Tout ce monde marche avec une élégance et une sorte de simplicité majestueuse que nous ne sommes pas habitués à rencontrer chez nous.

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