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ce
lyS CHAPITRE Vin.
tout spécial du pays. Le terrain y présenle une succession d'ondulations ou de grandes rides, dont la direction générale est Nord-Ouest-Nord et Sud-Est-Sud. Entre elles s'étendent des vallées à surface presque plate ou en forme de fond de bateau, dont la largeur varie dans des limites très étendues et peut atteindre dans certains points plusieurs centaines de kilomètres. Leséminences gneissiques-granitiques qui les séparent ne sont jamais bien élevées, 60 mètres à 100 mètres tout au plus, au-dessus des vallées contiguës. Leurs sommets sont le plus souvent dénudés et arrondis en forme de dômes; ils constituent les restes des parties anticlinales du plissement général auquel la contrée a dû être soumise soit avant, soit bien plus probablement pendant ou après Témersion de la plate-forme archéenne. La présence des grandes fosses d'effondrement qu'on constate à l'Est et à l'Ouest, du continent australien (de Lapparent, Géographie physique y page 4'^) pouvait faire prévoir comme conséquence l'existence à un moment donné de puissants efforts latéraux, de direction à peu près Est-Ouest, qui ont imprimé à l'ossature du pays son modelé primitif. En particulier, ils ont déterminé le long de la côte Ouest la formation d'une double chaîne de plissement, perpendiculaire à leur direction et à laquelle M. Sloet Van 01druitenborgh (*) a donné le nom de chaîne Lémurienne.
Comme il ne semble pas qu'il y ait eu régression marquée des mers sur la plate-forme archéenne, on se trouve pour ainsi dire encore aujourd'hui en présence de ce même modelé, modifié, bien entendu, et profondément
(') Observations techniques sur les Goldfields de Coolgardie {Australie occidentale), Liège, 1897.
LES CHAMPS d'or. 179
atténué par les phénomènes subséquents de désagrégation et d'érosion saiis Tinfluence des agents atmosphériques.
Suivant les points où on Içs observe, les plissements du terrain ont été plus ou moins fortement nivelés; et nous ne voyons plus aujourd'hui qu'une portion très notablement réduite de leurs hauteurs originelles. Mais leurs racines restent exposées par des affleurements à peu près continus de gneiss et de granits, qui s'étendent en deux bandes de loo à i5o kilomètres de largeur sur
MI*?Wa.rragon ^ AUSTRALIE '*^^!^ AiVcrm >K«r </• /*
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une longueur de près de i 200 kilomètres. Un fait à signaler en passant, c'est que leur pente du côté Est paraît d'une manière générale être toujours plus accentuée qu'à l'Ouest. Comme on devait s'y attendre, les dislocations de cette partie de l'écorce terrestre ont été accompagnées de nombreuses injections de roches éruptives et l'on en trouve les couches qui, en certains points, recouvrent totalement ou partiellement les roches anciennes. Leur forme, qui épouse le plus souvent celle des massifs sous-jacents et laisse apercevoir les sommets de ces derniers dans les fractures supérieures des plis anticlinaux, concourt à établir qu'on a bien affaire à une configuration d'ensemble.
Le relief a pu s'être modifié postérieurement par des éruptions de roches cristallines plus récentes; on n'en trouve plus. aujourd'hui que les traces.
Les vallées dont nous avons paHé en commençant
iSo CHAPITBK VIII.
sont sensiblemenl parallèles entre elles. Les bassins sj'DcIinaux successifs qui les constituent s'étendent souvent sur 600 à 700 kilomètres en largeur. C'est dans
ESQUISSE oËOLoaiQUE DE l'auethalie occidehtalb.
n Tertiaire.
?^M Mésozolques.
es PaléoEoIques .
m Archéen précambrien.
C3 Granila.
leur intérieur que sont à proprement parler les territoires aurifères de la région du centre.
Les traits caractéristiques de cette configuration ont été bien nettement mis en lumière par M. SloetVan Oldruitenborgh,et nous reproduisons ici, avec son au-
ton^ation, les croquis qui accompagnent son remarquable travail. Ce Mémoire et celui de M. S. ûôczel {The central Goldfields of Western Australia, publié par les soins du Gouvernement de la Westralie) sont les deux seuls documents oti la genèse des champs
COUPE GÉOLOOIQUE IDÉALE DES CHAMPS d'oA
^B Tertiaire.
I I Mësozolque et tertiaire.
^ Paiéoiolque.
B^ ArcbéeD précambrien.
^ Gniiillscl«ral.i.
^g Terrains aurifères (schistes cristallins, iater-stra-
tidés uvec des épancbements de diotites, diabases, etc., et entrecoupés de délies.
'~~~ Dykes.
' /'\ -^ \ Terrains dénudés par érosions.
d'or du centre de la Westralie ait été étudiée d'une manière rationnelle et vraiment scientifique.
Les larges vallées <]ue limiteni les protubérances des terrains anciens dans l'intérieur du plateau central présentent un grand caractère d'uniformité, on pourrait dire même une similitude presque complète. Nous avons déjà dit que leurs axes sont sensiblement parallèles. Leur remplissage est formé des produits de la destruction des roches voisines. C'est presque uniquement du sable, quelquefois très pur, d'autres fois plus ou moins argileux. A sa surface et dans son intérieur on trouve
l82. CHAPITRE VIII.
des fragments, souvent assez volumineux, de matériaux divers. Parmi ces derniers, il en est fréquemment dont on ne peut rapporter l'origine aux. roches qui se rencontrent dans la région; et Ton est amené à supposer qu'ils proviennent de couches profondes qui ne nous sont plus accessibles aujourd'hui, ou bien qu'ils viennent de distances assez grandes et ont dû être amenés par les eaux à des époques probablement bien antérieures. Les zones les plus voisines des terrains solides sont celles qui retiennent le plus longtemps les eaux des pluies. C'est là que se trouvent les puits naturels ou créés de main d'homme; c'est là également qu'on rencontre la végétation herbacée, quand les grandes chaleurs n'ont pas encore tout desséché.
Sur leur pourtour se développent des zones de produits auxquels on peut en grande partie attribuer une origine subaérienne ou éolienne. Ce sont des plaines de sables plus ou moins (ins, qui forment en certains points de véritables dunes, ou bien des parties à peu près plates composées de loess argileux coloré en brun rougeâtre. Elles ont chacune leur physionomie et leur végétation spéciale. Les portions centrales les plus basses sont le plus souvent occupées par des dépôts lacustres de très grande étendue qui sont recouverts en temps sec par des efflorescences salines caractéristiques. La végétation rabougrie et assez clairsemée qui s'y manifeste est du reste d'un type à part. On la désigne communément sous le nom de sait bush (buisson à sel). C'est dans ces dépressions que se rencontrent ce qu'on appelle les lacs salés et les mares plus ou moins saumàtres. C'est dans leur voisinage ou au milieu d'eux qu'on trouve les claypans (traduction littérale : bassins d'argile), cuvettes à fond de sable argileux, qui retiennent les eaux de pluie pendant un temps plus ou moins long et
LES CHAMPS D*OR. i83
forment des réservoirs d'eau douce extrêmement précieux pour les voyageurs et les prospecteurs. Ces claypans sont le plus souvent à un niveau supérieur à celui des lacs salés et finissent généralement par s'égoutter dans ces derniers par filtration au travers de leurs fonds incomplètement imperméables. Cependant, quand les pluies ont été un tant soit peu abondantes, on y trouve de Peau à peu près potable pendant une bonne partie de l'année. On les reconnaît de loin à la vigueur de la végétation spéciale qui pousse dans leur intérieur et à leur pourtour.
Au milieu des formations gneisso-granitiques^ on trouve aussi en des points très irrégulièrement distribués ce qu'on appelle des puits indigènes (Native we Us, Rock Holes) ou des trous dans le rocher. Ce sont des excavations plus ou moins spacieuses, à oriGce généralement étroit, où s'amassent des eaux de pluie et dont l'ouverture est recouverte par les naturels du pays de morceaux de granit qui diminuent l'évaporalion et empêchent ou retardent la contamination du liquide qui y est contenu. Quelques-unes se sont formées naturellement; d'autres, au contraire, paraissent résulter, au moins en partie, du travail humain. Bien que de dimensions généralement assez restreintes, elles rendent de très grands services aux explorateurs. On prétend, sans preuves bien certaines à l'appui , qu'il existe un très grand nombre de ces puits, disséminés un peu partout dans l'intérieur; ils seraient connus seulement des indigènes qui les cacheraient avec un soin jaloux aux Européens. Ce qui est certain en tout cas, c'est que dans les moments de disette d'eau dans l'intérieur, alors que les blancs souffrent de la soif et que l'eau douce se vend des prix exorbitants sur les champs d'or, les noirs australiens ne paraissent pas en être privés, et c'est ce qui
l84 CHAPITHB VIII.
a conduit à supposer qu^ls ont des réserves connues d'eux seuls.
Un des traits caractéristiques de la physionomie des champs d'or, c'est la présence de ces lacs salés dont nous avons dit un mot plus haut. Ces lacs sont souvent d'une énorme étendue, et, dans un très grand nombre de cas, on ne leur connaît pas de limites même d*une manière approximative, faute d'avoir pu parcourir la région dans laquelle ils se trouvent. Il suffit du reste de jeter les yeux sur une carte récente de la Westralie pour voir avec combien peu de précision leurs contours y sont tracés. Les uns contiennent de l'eau apparente pendant toute l'année, les autres pendant une partie seulement. Nous parlons ici à dessein d'eau apparente; car le plus souvent, lorsque le fond de ces lacs est complètement desséché, il suffit d'y creuser à peu de profondeur pour y trouver de l'eau salée en abondance. Ils constituent ainsi des réserves importantes qu'utilisent les mines situées dans leur voisinage, tant pour les broyages que pour la distillation afin de se procurer de l'eau douce.
Suivant les saisons, la salure de l'eau est plus ou moins accentuée, mais presque toujours assez forte. Il n'y a d'exception que pour les lacs à fonds sablo-argileux et pendant les quelques semaines qui suivent les pluies. L'eau fraîche qui s'y rend par ruissellement des versants voisins ou par filtration au travers dés couches superficielles du sol s'accumule sur la couche peu perméable et y reste à l'état d'eau douce ou légèrement saumàtre, tant qu'il ne s'établit pas de communication entre cette couche supérieure et le liquide sous-jacent qui, lui, est toujours salé.
Quelques personnes ont voulu attribuer la salure d^s lacs intérieurs aux chlorures et aux sulfates que la mer
aurait laissés dan.s les dépressions du plateau archéen au moment de son émersion. Il se petit qu'une portion de ces matières trouve son origine dans ce fait; nous croyons toutefois qu'il n'y a pas lieu de remonter si loin et qu'il faut en chercher ta cause bien plutôt dans les produits de la décomposition tant ancienne que
Lac Mlé entre White Feather et Kurnalpi.
contemporaine des roches environnantes. On sait en eflèl que, dans les roches volcaniques, presque tous les cristaux de quartz, de feldspath, de hornblende et de pyroxène présentent de très nombreuses cavités microscopiques qui renferment des solutions salées, souvent même du chlorure de calcium cristallisé. De plus, en se décomposant, les feldspaths abandonnent des quantités considérables de potasse et de soude. La magnésie aurait une origine analogue.
Comme nous avons eu l'occasion de le dire déjà en commençant, il n'existe pas de cours d'eau propre-
l86 CHAPITBE VIII.
ment dits daDs l'intérieur du plaleau Weslralien. Il n'est pas ménrie bien certain qu'il se trouve des points par lesquels l'eau qui s'accumule dans le sous-sol puisse se drainer vers la mer. Quand les lacs sont trop pleins, ils peuvent accidentellement se déverser dans quelquesunes des rivières qui descendent vers les côtes, mais c'est toujours une exception très rare. Il résulte de là que, lorsqu'il a plu, l'eau qui coule à travers un sol toujours plus ou moins poreux se rend directement par gravité vers les points les plus bas où elle s'amasse en formant des lacs ou des mares. En cheminant ainsi au contact des roches anciennes, elle leur enlève aussi bien les sels qu'elles renfermaient à l'état d'inclusions microscopiques que ceux qui proviennent de leur décomposition. Chaque pluie entraîne donc vers les dépressions une quantité supplémentaire nouvelle de chlorure de sodium, de sulfates et de chlorures de calciVmi, de magnésium, de potassium et de sodium qui viennent s'ajouter à tout ce qui s'y trouvait déjà antérieurement. Il en résulte que la salure peut devenir excessive en certains endroits. C'est ainsi qu'à Cuddingwarra, ou Dead Finish, centre minier situé à une quinzaine de kilomètres au Nord-Ouest de Cue, dans le district de Murchison, nous avons vu l'eau salée qu'on rencontre dans les puits de prospection de toute la région abandonner 32 pour loo de matières salines de toute nature à l'évaporation.
Quand les lacs se sont plus ou moins remplis après la saison des pluies, la chaleur survient, l'évaporation ne tarde pas à se produire, la solution se concentre et le sel le moins soluble, le sulfate de chaux, commence à se déposer. C'est ainsi qu'au commencement de la saison sèche on trouve sur tout le pourtour des dépressions des cristaux brillants de gypse très facilement
LES CHAMPS d'or. 187
reconnaissables. Les efflorescences de sel ne viennent que poslérieurement. Qvaod le régime des chaleurs s'est établi, la partie supérienrc des lacs se vide complètement et le sel se dépose sur leur fond, mélangé à du sable argileux très fin. Sous l'influence de la sécheresse, le tout se réduit en une poudre fine queie vent emporte souvent à d'assez grandes distances. C'est ce qui explique pourquoi l'on constate que la végétation salée, le sait bush, se trouve persister en des régions déjà assez éloignées de celle des lacs proprement dits.
Dans la partie des champs d'or où l'on peut actuellement avoir accès, la portion des lacs que l'on connaît occupe une surface considérable. Il en existe probablement beaucoup d'autres qui sont encore ignorés et, parmi ceux que l'on connaît, beaucoup n'ont été explorés que sur une très petite étendue de leur pourtour. Pendant l'été, la plupart d'entre eux peuvent être traversés à pied sec et leur fond même peut supporter le passage des voitures légères. Ce serait donc le moment le plus favorable pour en faire le relevé et en étudier les particularités, si le manque d'eau potable ne rendait jusqu'à présent toute exploration impossible pendant la saison sèche.
La constitution du remplissage des vallées dont les lacs occupent les fonds soulève des questions intéressantes au point de vue de la géologie physique du pays, tant dans le passé que dans le présent.
Un sondage effectué à Coolgardie par les soins du Gouvernement a donné les résultats suivants :
Épaisseur en pieds et Nature des concbes. pouces anglais.
Pieds. Pouces.
Alluvium rouge 6 o
Argile bleue 5o o
Argile jaune 3o o
Sable humide i o
Fragments de schiste, etc i o
Argile bleue 3o o
Argile bleue contenant des bandes
de lignite et des pyrites 8i o
Argile jaune 55 o
Rognons de diorite i5 o
Rognons de schiste et diorite mélangés 4o o'
Sable et galets noirs 4^ o
Argile bleue et rognons de diorite. 22 o
Schiste charbonneux 8 o
Galets de diorite et quartz 10 o
Sable noir (fer magnétique et titane ) i 6
Bed Rock (probablement diorite).. o 6
Profondeur
en
pieds anglais.
Pieds.
Ponces.
3io
Deux autres sondages exécutés par une Compagnie pour la recherche des placers de profondeur ont donné :
épaisseur en Profondeur
pieds et en
Nature des couches. pouces anglais. pieds anglais.
Pieds. Pouces. Pieds. Ponces.
Alluvium 10 o o o
Argile verdâtre 87 o 10 o
Argile noire 7 o 97 o
Argiles vertes et bleues à galets ferrugineux, etc 85 o 104 o
Roches dures (schistes, etc.) 4 o 189 o
Total 193 o
LKS CHAMPS d'or. 189
Épalssear en Profondeur
pieds et en
Nature des couches. ponces anglais. pieds anglais.
Pieds. Ponces. Pieds. Pouces.
Alluvium rouge 11 o o o
Rognons ferrugineux 3 o 11 o
Argile bleue 29 o 14 o
» » dure .{ o 43 o
» » tendre o 6 ' 4^ o
» dure 46 G
Total 46 G
En parlant précédemment du climat de la Westralie, nous avons signalé les différences considérables qui existent dans le montant des précipitations atmosphériques suivant les régions que Ton considère. Actuellement, dans la partie du plateau intérieur qu'occupent les champs d'or, et particulièrement dans ceux de Yilgarn, Mount Margaret, Coolgardie Nord et Est et dans la partie nord de Dundas, il ne pleut d'une façon sérieuse que trois à quatre fois par an, et souvent de longs mois s'écoulent sans qu'il tombe une goutte d'eau. En remontant vers le Nord, c'est-à-dire dans les goldfields de Yalgooet de Murchison^ etc., la situation s'améliore, mais bien peu. Comment expliquer alors le dérasement presque absolu des plis anticlinaux et les énormes décompositions de roches qui ont dû se produire pour remplir les vallées et pour donner au pays cette surface uniforme et pour ainsi dire sans aucun relief que nous constatons aujourd'hui?
Si Ton en croit les plus vieux habitants de la colonie, les pluies étaient plus abondantes et plus fréquentes, il y a une cinquantaine d'années, et leur régime irait en
IQO CBAPITBE VllI.
diminuant progressivement, d'une manière très appréciable. Les déboisements importants que l'on fait chaque jour j sont peut-être pour quelque chose, en ce qui regarde le présent. Mais ils n'expliquent rien pour le passé. 11 n'est donc pas inadmissible de supposer que les précipitations atmosphériques ont joué autrefois un rôle incomparablement plus important qu'aujourd'hui, que les protubérances rocheuses, dont nous ne voyons plus actuellement que les racines, ont été infiniment plus élevées dans les temps antérieurs, et que c'est par suite de leur réduction successive de hauteur et la transformation du pays en pénéplaine que le régime des pluies s'est progressivement n\odifîé pour devenfr ce qu'il est maintenant, c'est-à-dire très peu de chose, et pour imprimer au plateau son caractère désertique si accentué.
Au fur et à mesure qu'on remonte vers le Nord, et qu'on se rapproche de la zone tropicale, les pluies prennent plus d'importance, elles rendent plus cohérents et finissent par agglomérer les dépôts éoliens récents. C'est à cette circonstance qu'on paraît devoir attribuer la formation des grès néogènes qu'on commence à rencontrer dans les districts de Murchison et qui prennent de plus en plus de développement au fur et à mesure qu'on se dirige vers la partie septentrionale de la colonie. On y trouve ainsi des dépôts bien plus consistants que ceux, qu'on voit dans les champs d'or dont nous nous occupons.
Ici, dans le centre, les actions d'érosion sont limitées au voisinage immédiat des collines et des montagnes et leurs efi^ets sont très peu importants. Les actions éoliennes, au contraire, jouent actuellement un rôle prépondérant, que M. Gôczel a bien mis en évidence dans son Mémoire précité. L'accumulation, la classification et le transport par lc*s vents des dépôts super-
LES CHAMPS d'or. igc
fîcîels est un des traits caractéristiques de la physionomie des champs d*or. Leurs roches renferment un nombre incalculable de veines et de filons de quartz et de matières ferrugineuses. Ces roches , diorites, diabases, schistes amphibolitiques, etc., en se décomposant donnent de grandes quantités de silice, d'oxydes dje fer hydratés et de magnétite. Les parties les plus fines sont emportées par les vents, tandis que les débris plus gros de quartz et de matières ferrugineuses résistent mieux, tant en raison de leur nature chimique et physique que de leur poids plus grand; ils restent ainsi à la surface du sol où ils finissent par s'accumuler. Ils forment alors une sorte de manteau protecteur qui soustrait au vent les matières fines qui se sont déposées dans leurs intervalles et, à partir de ce moment, les dépôts continuent à s'accroître aux dépens de la totalité des produits de la décomposition des roches sous-jacentes.
Les matériaux des filons et veines résistent généralement mieux que les roches qui les entouraient; aussi les voit-on surgir au-dessus de la surface sous forme de dykes ou de protubérances plus ou moins importantes. Mais, comme ils n'ont plus de soutien extérieur, ils finissent eux aussi par se désagréger, et leurs débris donnent naissance à ces nombreux cailloux de quartz et de produits ferrugineux qui recouvrent la surface du remplissage des vallées. Nous aurons à revenir plus loin sur celte question à propos de l'origine des placers dans ces régions.
Nous avons dit plus haut que tout le plateau central est sans écoulement apparent vers la mer. En étudiant les formations carbonifères du Sud, nous avons été amenés à constater qu'il s'est probablement produit un relèvement des terrains archéens plus accentué au Sud qu'au Nord. Partant de là, on a cherché à rattacher
cHAPins VIII.
l'existeoce des lacs à un système de rivières aociennes qui auraient eu leur écoulemeat à la mer par le Sud. Ces cours d'eau auraieDl participé du caractère de beaucoup de ceux qu'où rencontre en Afrique, c'est-à-dire qu'ils auraient été constitués par des bassins de grande étendue, séparés les uns des autres par des seuils rocheux donnant naissance à des rapides ou à des cata-
ractes. L'exhaussement lent et continu de ta partie Sud du continent australien aurait peu à peu fait disparaître les chenaux qui conduisaient les eaux à la mer et produit la transformation des bassins en ce que sont les lacs actuels. Pour que cette hypothèse pût être acceptée, il faudrait pouvoir établir que d'un lac à l'autre il règne une dépression continue correspondante l'a lit et que, de plus, il existe une différence de i décroissante du Nord au Sud. L'importance des formations récentes rend cette vérification extrêmement dif-
LES cH&irps d'or. 193
fîcile, pour ne pas dire impossible. Elle aurait pourtanl, au point de vue de l'industrie de l'or, une importance énorme; car, en reconstituant la géographie ancienne du pays, elle permettrait de soupçonner et peut-être même de délimiter les chenaux anciens où l'on peut s'attendre à trouver des gisements alluvionnaires deep-
Le bush entre Coolgardie et Dundas.
level, comme il en existe dans les colonies de l'Est et comme on n'en a pas encore trouvé dans la Westralie. Etant donnée l'énorme étendue des gisements aurifères dans cette dernière colonie, il n'y a aucune raison, a priori, pour que ce qui s'est produit à l'Est ne se retrouve pas aussi à l'Ouest.
Pour la plupart des ingénieurs, ces lacs ne sont que la conséquence du plissement du terrain sous l'influence des poussées latérales, ou le résultat de la présence de failles locales. Dans celte hypothèse, il y aurait lieu de croire que leur existence est antérieure à l'époque de
U venue de l'or. On trouve, en efFet, à leur surface, des reefs, souvent aurifères, qui s'y croisent dans tous les sens et dont on peut parfois tracer la continuation dans les formations rocheuses qui les enlourent.il faut enGn remarquer que beaucoup des plus belles découvertes d'or ont été faites dans leur voisinage immédiat, comme si les dislocations qui leur ont donné naissance avaient eu pour effet d'amener avec elles, soit la venue des roches éruptives contenant l'or à l'état d'inclusions, soit celle des eaux minéralisées qui ont constitué les reefs.
Quoi qu'il en soit de ces spéculations sur la valeur desquelles il est encore bien difficile de se prononcer, un fait reste acquis pour ce qui concerne l'ensemble du pays : c'est qu'étant donné le manque de relief actuel du terrain, l'absence de toute chaîne de montagnes importante pouvant arrêter les nuages et déterminer la précipitation de la vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère, le système orographique et climatologique de la Westralie centrale s'explique facilement avec toutes ses conséquences, et il n'y a malheureusement pas d'espoir de le voir s'améliorer d'une manière sensible. Nous ajouterons même que les déboisements inconsidérés que l'on fait en nombre de points ne pourront qu'aggraver la situation actuelle.
Étendue des champs d'or:
11 est pratiquement impossible, à l'heure actuelle, de délimiter d'une manière exacte l'étendue des champs d'or du centre. Les difficultés de pénétration dans l'intérieur n'ont même pas encore permis d'en établir la carte topographique approchée, et ce sont seulement
LES CH.\1IPS d'or. 195
les prospecteurs aventureux, qui marchent toujours en avant à la recherche d'un nouvel El Dorado, qui fournissent les éléments à l'aide desquels se constitue pro* gressivement la connaissance géographique du pajs. Le Gouvernement a bien envoyé lui-même quelques missions dans diverses directions; les renseignements qa'elles ont rapportés, bien que très intéressants en eux-mêmes, sont fort loin d'être suffisants.
Si Ton rapproche néanmoins ce que Ton sait sur les divers centres miniers actuels, il semble qu'on puisse^ comme nous Payons déjà signalé précédemment en passant, reconnaître deux grandes bandes ou zones aurifères principales dont la direction générale serait à peu près Nord-Nord-Outst, Sud-Sud-Est. Elles seraient en relation immédiate avec les plissements de la plate-forme archéenne et avec les systèmes de fractures qui en sont la conséquence.
La première partirait au nord de Mbarra, traverserait Peak Hill, le Murchison, Yalgoo, viendrait aboutir dans l'Yilgarn et se prolongerait fort probablement au delà dans la direction du Sud. La seconde commencerait au Nord de la région où se trouvent le lac Way, le lac Darlot, le lac Carey; elle descendrait par Menzies vers la région de Goolgardie et Hannan, se prolongerait au Sud le long et autour des lacs Lefroy et Cowan, étirait delà jusqu'à Dundas. Entre les différents centres qui s'échelonnent sur ces deux directions, il existe de très nombreuses lacunes qui vont se comblant peu à peu avec le temps et le progrès des recherches. Il est possible que, dans les points où l'on n'a encore rien trouvé, les formations aurifères disparaissent momentanément pour reparaître plus loin; il est également possible qu'elles plongent sous les formations néogènes dont la puissance rend les recherches trop difficiles et
ig6 CHAPITBB Vill.
surtout trop coûteuses. La découverte des champs d'or est d'ailleurs de date trop récente, leur étendue trop grande, les prospections trop incomplètes pour qu'on puisse dire avec certitude que telle ou telle de leurs parties ne contient réellement pas d'or.
Pétrographie des champs d'or.
Les roches qu'on rencontre dans les champs d'or se composent principalement de granits, de diorites, de diabases, d'amphibolites, de schistes amphiboliliques et pyroxéniques, de péridotites (plus rares), de porphyres ordinaires et felsitiques et de toutes celles qui en dérivent par métamorphisme. Elles se présentent soit à l'état massif, soit en bandes qu'on peut facilement séparer en plaques plus ou moins épaisses et que, dans beaucoup de rapports sur des mines particulières, on a souvent désignées sous le nom de schistes, bien que cette dénomination ne doive pas s'y appliquer dans de très nombreux cas.
Parmi ces dernières, les plus abondantes sont les amphibolites. Le plus souvent, elles reposent directement sur les gneiss et les granits; quelquefois elles en sont séparées par des couches de quartzites, de gneiss syénitîques et de vrais schistes micacés ou amphiboli tiques. On rencontre fréquemment des amphibolites contenant une grande quantité de feldspaths et qui passent soit aux syénites, soit aux dlorites, soit aux diabases. Ces roches accusent presque toujours une décomposition assez marquée près de la surface; leur feldspath s'est transformé en kaolin et en matières argileuses ou talqueuses, tandis que l'amphibole a donné naissance à de la chlorite ou de la viridite, à des pro-
LES CHAyPS DOR. I97
duits ferrugineux et quelquefois à des serpentines. Les arlcalis et la chaux ont été entraînés dans les dépressions lacustres, comme nous l'avons expliqué précédemment.
Parmi les roches massives, les mieux représentées sont les diorites, les diabases, les porphyres et les felsites. La plupart des géologues s'accordent pour rapporter leur origine aux actions volcaniques anciennes. Pour M. Gôczel, la majeure partie d'entre elles auraient été épanchées sous la mer avant l'émersion de la plate* forme archéenne. Bien qu'on n'ait pas encore trouvé de restes de volcans en place dans la partie connue du plateau central, il n'est pas douteux que leur activité a dû être considérable à un moment donné. On rencontre souvent, et en grande quantité, des fragments vitreux arrondis auxquels on ne peut guère attribuer d'autre origine. Au milieu de matières qu'on peut rapporter à des tufs volcaniques plus ou moins métamorphisés, se présentent des espèces de sphérulites dont les plus gros ne dépassent pas la taille d'une orange. Leur surface extérieure est plus ou moins décomposée; mais celles qui ont un certain volume montrent encore, en leur centre, la matière constituante à son état primitif. C'est presque toujours un porphyre felsi tique ou une roche se rapprochant des mélaphyres et des basaltes. En les sectionnant, on peut quelquefois reconnaître qu'elles englobent des fragments d'amphibolite, de diorile, de quartz, de feldspath, de quartz ferrugineux ou d'hématite, ce qui semble indiquer que ces divers éléments ont été arrachés aux roches primordiales au travers desquelles les phénomènes volcaniques se sont manifestés.
Les diverses roches que nous venons de mentionner forment la partie essentielle des éminences et des
jgS CHAPITRE VIII.
petites montagnes que l^on rencontre sur les champs d'or. On y rencontre aussi des collines dont les crêtes sont constituées par des bancs plus ou moins épais d'Un jaspe rubané, à bandes parallèles multicolores, qu'on peut quelquefois suivre sur de très grandes longueurs et qui traversent souvent les terrains les plus divers sans déviations sensibles.
On trouve assez souvent des dykes aurifères dans leur voisinage; leurs directions sont assez sensiblement parallèles à celles des couches voisines et des dykes; leur pendage est généralement à peu près vertical. Us contiennent quelquefois de l'or à leurs affleurements, mais d'une manière très irrégulière. Comme exemple, nous pouvons citer les leases du Joker dans le voisinage de Yalgoo. 11 nous parait qu'on doit les regarder comme les bords d'anciennes failles dont les lèvres ont été métamorphisées sous l'influence des venues hydrothermales. Elles jalonnent en général des lignes de fractures assez bien définies le long desquelles les produits liquides et gazeux provenant des profondeurs de la croûte terrestre se sont épanchés à l'air libre.
Pour M. Gôczel, ces bancs de jaspe ne sont que des amphiboliles dont la constitution minéralogique a été complètement modifiée par l'introduction des eaux siliceuses et la recristallisation de la matière primitive. En raison de la nature schisteuse des amphibolites, cette transformation aurait été plus facile le long des fissures et c'est à cette circonstance que serait dû le maintien de la schistosité dans les roches transformées. Le métamorphisme ne s'étendrait pas bien loin du bord de la fissure et, dans certains cas, on pourrait observer le passage progressif de ces bancs de jaspe aux amphibolites et aux schistes chloritiques.
Dans beaucoup de cas, les diorites, les diabascs, les
amphîbolites et les pvroxénites sont à grain assez fin pour que leur diagnostic soit très difficile, même avec le secours d*une bonne loupe. Pour n^étre pas accusés d'une erreur d'interprétation, la majeure partie des experts en mines de la Westralie les confondent toutes sous le nom de greenstones, comme nous l'avons déjà dit. Leur difi^érenciation présenterait pourtant une assez grande importance. AIred G. Lock, dans son grand Ouvrage (Gold, Us occurrence and extraction, p. 770) rapporte, d'après Ulrich, que dans les colonies australiennes de l'Est l'expérience a prouvé que les veines aurifères sont généralement plus riches quand elles sont en rapport avec les dioriles ou les roches qui en dérivent par métamorphisme que quand elles sont associées aux diabases. Il y aurait donc un intérêt considérable à étudier si le même fait se vérifie en Westralie et on ne voit pas de raison, a priori, pour qu'il n'en soit pas ainsi. On ne pourra y arriver, dans la plupart des cas, qu'en classifiant les roches au moyen du microscope polarisant et des coupes minces; il ne semble pas que cette étude ait été entreprise jusqu'ici dans la Westralie (elle a été faite au moins partiellement dans les colonies de l'Est), ni même qu'on ait soupçonné l'importance pratique qu'elle peut offrir.
Comme nous l'avons déjà dit, les collines et les montagnes de l'intérieur affectent généralement une forme dissymétrique. La pente du côté Ouest est généralement *plus douce et plus continue, tandis que du côté Est on rencontre des escarpements plus abrupts, qui forment quelquefois comme les marches d'un gigantesque escalier. Les dislocations et les fractures y sont aussi plus manifestement visibles. Souvent les bords des lacs salés sont constitués par l'une des lèvres de ces fractures qui sont accompagnées de d^'kes de
200 CHAPITRE VIIK
porphyres plus ou moins felsitiques et de greenslo«es. On y trouve fréquemment des reefs de quartz aurifère d*assez grande puissance, mais pas toujours pratiquement exploitables.
GUementfl aurlféros de la "Westralie centrale.
Dans la Westralie, l'or se rencontre dans trois genres de formations distinctes : i ® \es filons simples ou reefs ; 2® les filons composés auxquels on donne aussi le nom de gttes aurifères complexes^ dykes aurifères ou simplement de formations (mot local, Lode formctlions)] 3® enfin les gttes détritiques y qui comprennent les allumions proprement dites et les placers de formation éolienne ; nous y rattacherons les conglomé^ rats aurifères, désignés sous le nom local de ciments {Céments), Nous allons passer successivement en revue ces divers genres de formations.
Reefs, — La formation des reefs a certainement eu lieu à plusieurs époques. La plus importante parait être celle qui s'est produite vers la fin de l'activité volcanique dans cette po|*tion du globe et qui a donné naissance à la plus grande partie des filons de profondeur {True fissure veins). Si nous admettons avec beaucoup de chimistes et de géologues modernes que les roches archéennes contiennent presque toutes de l'or, souvent en quantités indéterminables par les procédés dont nous pouvons disposer, il n'est pas difficile de se rendre compte de l'origine et de la constitution des reefs.
La fin de la période volcanique a dû être accompagnée ici, comme partout ailleurs, de dégagements de
gaz divers, de vapeurs d'eau et d'eaux à très haute température provenant des profondeurs du sol. En circulant le long des parois des fissures du terrain, ces divers produits ont amené la décomposition au moins partielle de certains éléments des roches anciennes ; la silice est entrée en dissolution, ainsi que Tor, en quantités probablement infinitésimales, et c'est le dépôt ultérieur de ces matières sous Tinfluence du refroidissement, des corps réducteurs, de l'acide carbonique de l'air et peut-être aussi de phénomènes électriques encore mal définis, qui a constitué le remplissage des fissures qui se présentent à nous aujourd'hui sous forme de reefs. Cette manière de voir est confirmée par ce qui se passe encore de nos jours dans l'État de Nevada (États-Unis d'Amérique), aux Steam Boats Springs, où des sources geysériennes déposent du quartz contenant de l'or à l'état métallique, avec des hydrates d'oxydes de fer et des pyrites. Si Ton songe que les phénomènes que nous pouvons constater aujourd'hui ne sont que le reflet bien atténué de ce qui s'est passé dans les époques antérieures, on peut se faire une idée de l'activité formatrice qui y régnait alors.
La nature du quartz de remplissage a dû nécessairement varier suivant les circonstances et la plus ou moins grande rapidité de son dépôt. Ceci explique les formes diverses sous lesquelles on le rencontre. Tantôt il est compact ou à peu près, translucide ou de couleur claire; tantôt il est plus ou moins fragmenté et coloré en jaune ou en brun par des produits ferrugineux ; dans d'autres points, il est composé d'une multitude de petits cristaux qui lui donnent l'aspect sacchariu [Sugary quartz); quelquefois ces cristaux ont si peu d'adhérence entre eux que la roche peut s'émietter entre les doigts. C'est dans un quartz de cette nature
202 CHAPITBE VIII.
que se trouve le claim le W elcome, à 8 milles de l'East Mount Magnel, et où For est si abondant dans la colonne riche que Ton emploi tail lors de notre visite que le métal précieux à l'état filiforme y constitue comme un réseau qui emprisonne le quartz.
11 est bien clair que tous tes reefs qui ont été formés de la manière que nous avons indiquée ne sont -pas nécessairement aurifères et que, quand ils renferment de l'or, ce métal n'y est pas réparti d'une manière uniforme. On le trouve tantôt au toit, tantôt au mur, tantôt enfin dans la partie centrale. Il est le plus souvent à l'état de métal isolé dans les portions du reef qui sont au-dessus du niveau hydrostatique, tandis que, au-dessous de ce niveau, il est très souvent combiné ou mélangé avec des sulfures, des tellurures, des arséniures et quelquefois des antimoniures.
Souvent aussi les reefs se composent d'une masse de quartz pauvre ou à teneur faible, dans laquelle on rencontre de distance en distance des colonnes riches. On pourrait même dire que c'est le cas le plus fréquent, et c'est la succession d'une partie pauvre d'une certaine étendue à une colonne riche qui a souvent fait délaisser et déclarer sans valeur des gisements fort intéressants, qui pouvaient fournir des bénéfices sérieux si on les avait exploites d'une façon raisonnable et raisonnée et surtout si l'on s'était donné la peine de faire des travaux de recherches et de développement, au lieu d'abandonner la mine sans plus ample informé. C'est également la présence de colonnes fabuleusement riches, suivies immédiatement de colonnes pauvres, qui a donné lieu à des engouements suivis de complète défaveur, comme cela a eu lieu pour la Londonderry.
La genèse des colonnes riches peut s'expliquer rationnellement dans certains cas. On a été conduit, en
LES CHAypS DOR. ^o3
effet, à remarquer que souvent le quartz massif, qui dans l'espèce paraît s'être déposé probablement avant la venue de l'or, a été fracturé et désagrégé en divers points sous l'influence des mouvements subséquents du soU Les solutions aurifères, le plus souvent accompagnées de produits ferrugineux et de silice nouvelle, sont venues remplir ces fractures. L'or s'y trouve alors au milieu des oxydes ou des sulfures de fer ou de la silice ferrugineuse qui s'est produite, ou bien encore il est à l'état de pellicules ou de grains aplatis dans les petites fissures du quartz ancien. Ce qui vient à l'appui de cette hypothèse, c'est que la nature de la roche en ces points y diffère sensiblement de celle qui constitue l'ensemble du reef. C'est ce qui paraît s'être produit pour la colonne riche qu'on a tout d'abord exploitée à Bayley's Reward et qui, en faisant la réputation de cette mine, a par le fait provoqué la découverte des champs d'or dont nous nous occupons.
La présence de colonnes riches s'observe assez fréquemment dans les fissures secondaires dues au refroidissement du magma volcanique qui recouvre les roches primitives ou dans les fractures secondaires déterminées par la poussée des masses intrusives de granit ou de roches éruptives. Elles s'y rencontrent le plus souvent dans les parties voisines de la surface, fréquemment aux affleurements, tandis que le reste du filon est pauvre et se pince rapidement en profondeur. Ici le remplissage pai^aît s'être effectué plutôt par des actions superficielles locales que par des produits venus directement des profondeurs de l'écorce terrestre.
Les reefs ou filons proprement dits, de nature réellement exploitable, se rencontrent le plus généralement dans les formations dioritiques ou diabasiques et dans les roches qui en proviennent par métamorphisme ;
2o4 CHAPITRE VIII.
mais ils sont bien loin d^avoir tous la même valeur et surtout la même permanence. A ce dernier point de vue, ceux qui paraissent être les plus importants et avoir le plus de chances de continuité en profondeur, sont les filons-fissures, qui semblent résulter des mouvements orogéniques du sol. On les trouve le plus souvent au contact soit des granits et des diorites, soit des diorites avec des formations de même nature, en un mot dans la zone de contact des terrains archéens avec lès roches éruptives qui les recouvrent, tout particulièrement avec les roches basiques vertes (les greenstones des mineurs indigènes).
Ces filon s -fissures sont presque toujours indiqués par leur chapeau de fer (gossan). Ils contiennent le plus souvent du minerai à teneur moyenne (les gens du pays disent basse ou pauvre) avec des colonnes riches irrégulièrement distribuées; mais leur ensemble sagement exploité donne généralement des résultats très rémunérateurs. C'est le cas des reefs de la région de Southern Cross. Au contact du granit, ces reefs s'élargissent fréquemment en profondeur, ils ont des épontes bien définies et leur direction est presque toujours parallèle à celle des terrains de la région. Quand ils sont entre deux formations dioritiques, ils conservent une partie des caractères précédents, mais ils sont souvent obliques sur la direction des terrains voisins et ne paraissent pas présenter autant de chances de permanence ; leurs épontes sont moins bien marquées, et fréquemment le passage du filon à la roche encaissante se produit d'une manière continue; de plus, les failles et les rejets y sont plus fréquents.
Il est intéressant de rapprocher ces faits de ceux qu'on a constatés dans les colonies de l'Est, New South Walles, Victoria. On y a trouvé aussi des reefs nom-
LES CHAMPS DOR. 2o5
breux intercalés au milieu des diorites, et Ton y a remarqué que leur plus grande rilchesse se manifeste généralement à la surface, que cette richesse diminue à mesure que la profondeur augmente et finit presque toujours par disparaître complètement. Dans un assez grand nombre de cas, on a pu établir que le reef restait sensiblement riche dans la portion de la roche encaissante qui avait été plus ou moins décomposée par les eaux, fumerolles, etc., ayant constitué le gîte, mais qu'il devenait absolument pauvre quand il pénétrait dans la roche non altérée.
Dans les formations diori tiques en contact avec les granits, on trouve fréquemment des faisceaux de filons parallèles de puissance réduite, constituant une sorte de stockwerk, qui tendent à converger en profondeur et qui semblent être la manifestation superficielle d^un filon-fissure (ou de contact) plus profond qui se serait ramifié dans les fissures de la roche encaissante sans avoir pu arriver au jour avec sa puissance normale. Ces faisceaux ont généralement la même direction que les roches de la contrée, c'est-à-dire à peu près Nord- Ouest-Nord, avec de légers écarts à droite et à gauche.
On rencontre aussi en nombre de points des systèmes de reefs à direction générale à peu près Est-Ouest. Ceci n'a pas lieu de surprendre, car on sait, aussi bien par Tétude des champs de fractures naturelles que par les expériences de Daubrée, que les dislocations simultanées de l'écorce terrestre dans une même région se composent de deux systèmes de cassures sensiblement perpendiculaires entre elles, accompagnées d'autres cassures inclinées, mais en moins grand nombre, qui copstituent des croiseurs proprement dits. Ces reefs, à direction différente de celles des couches de la contrée environnante, sont le plus souvent plus irréguliers.
2o6 CHAPITRE VIII.
moins puissanls, mais fréquemment assez riches au Voisinage et aux points de croisement avec les fîtoos qu'on pourrait appeler normaux. Leur permanence est toujours très incertaine.
Dans le quartz des reefs, on rencontre comme minéraux accessoires : du mica, de la tourmaline (souvent très abondante, comme dans certains daims près de Widjiemolla, au bord du lac Lefroy), de ]a limonile, de la galène, de la blende, de la pvritc, du mispickel, des pyrites et des oxydes de cuivre, des oxydes de manganèse, de la stibine, et enfin quelquefois, mais plus rarement, des tellurures. (A Hannan, ces derniers sont souvent accompagnés de vanadium, sous forme de roscoélite, et, autant qu'on a pu le constater dans les travaux faits jusqu'ici, ils ont tendance à augmenter de quantité en profondeur.) Les reefs les plus minéralisés sont considérés comme ceux qui offrent les plus grandes chances de permanence en profondeur, ces différents minéraux provenant généralement de solutions issues des profondeurs du sol. Dans quelques cas particuliers, la présence de l'or paraît en relation (mal définie, il est vrai) avec quelques-uns d'entre eux; c'est ainsi que la blende accompagne fréquemment ce métal dans TEast Murchison et que sa teneur parait augmenter avec celle de la blende.
Celle minéralisation ne se manifeste pas toujours d'une manière immédiate. En effet, les eaux météoriques et les actions oxydantes ont souvent modifié les roches jusqu'à des profondeurs qui peuvent atteindre de 80 à 100 mètres et quelquefois plus. Les sulfures et les arsénio-sulfures, particulièrement ceux de fer et de cuivre, se sont alors transformés en oxydes; quelquefois même ces oxydes ont à peu près disparu et nous avons souvent vu dans les quartz des cavités corres-
pondant à la place qu'avaient occupée des cristaux de pyrite, dont il ne restait plus d'autre trace qu'un léger enduit de matière ferrugineuse sur les parois, avec quelques paillettes d'or. Nous avons aussi trouvé fréquemment des cristaux de pyrite à demi décomposés, montrant un reste de pyrite intact, tandis que la partie complémentaire était transformée en oxyde où brillaient des grains d'or. Le mispickel, la galène et la blende montrent les mêmes phénomènes. Étant données l'étendue de la zone où ces actions peuvent se produire et la faible profondeur où les principales mines ont été poussées jusqu'ici , ces indications très précieuses peuvent souvent échapper à un premier examen et laisser subsister plus de doute qu'il ne conviendrait sur la valeur possible d'un reef.
Comme les fractures superficielles normales, de même que les fissures de retrait, sont très difficiles à distinguer à la surface des filons de profondeur, c'est seulement par des travaux poussés assez avant qu'on peut se prononcer sur le caractère d'un reef reconnu seulement par ses affleurements. Les indications qui précèdent peuvent bien donner des présomptions, mais jamais une certitude absolue. Comme les prospecteurs cherchent le plus généralement à vendre leurs claims quand ils n'y ont encore fait que des travaux superficiels, et pour ainsi dire des grattages, c'est bien à tort qu'on a critiqué les jugements que des ingénieurs très consciencieux ont porté sur certains filons et que les travaux subséquents ne sont pas venus confirmer. C'est vouloir leur demander des qualités de divination en dehors de la portée des facultés humaines.
Dykes aurifères (Iode formations), — Les dykes aurifères sont certainement un des éléments les plus
ao8 CHAPITRE VIII.
caraclérisliques de la physionomie des champs d'or dont nous nous occupons. Dans la plupart des centres aurifères du monde (les alluvions mises à part, bien entendu), on est accoutumé à rencontrer l'or dans des filons, le plus souvent à gangues quartzeuses, où il se présente soit à l'état libre, soit combiné (ou interposé ?) dans des sulfures, des arsénio-sulfures et des tellurures. (^es fiions sont généralement en relation avec des fractures de l'écorce terrestre et avec des roches éruptives, et leur origine peut souvent être rapportée avec beaucoup de vraisemblance aux fumerolles et aux actions hydro thermal es qui ont accompagné ou suivi la venue de ces roches.
On admet, en effet, et cela a pu être établi avec assez de probabilité dans un certain nombre de cas, que ces gaz et vapeurs à haute température ont pu emprunter aux roches voisines quelques-uns des métaux qu'elles contenaient, pour les laisser déposer ensuite au sein des formations quartzeuses qui se présentent à nous comme le produit ultime de leur activité.
Au contraire, dans les dj^kes aurifères qui nous occupent, l'or se rencontre dans ce qui paraît constituer ses roches primitives. Il y est souvent à haute teneur^ soit à l'état libre, soit sous forme de combinaison avec des sulfures, des arsénio-sulfures et des tellurures. II s'y trouve le plus fréquemment à l'état de division extrême, au point de ne pouvoir plus être distingué avec les loupes les plus puissantes; néanmoins, on le rencontre aussi en grains discernables et quelquefois en petites masses mamelonnées qui rappellent un peu la forme des champignons.
Les roches qui constituent ces dykes sont dénatures très diverses et elles traversent les formations géologiques les plus variées. Dans les terrains anciens et
LES CHAMPS D*OR. a09
dans les massifs cristallins, les gîtes auxquels elles donnent naissance sont le plus souvent à peu près verticaux. On les rencontre cependant à l'état de couches de contact, entre deux formations différentes, ou de massifs plus ou moins régulièrement interstratifiés.
Elles paraissent néanmoins présenter ce caractère commun qu'elles appartiennent, quelques-unes, en petit nombre, au groupe des roches neutres, mais la majeure partie à celui des roches basiques, et qu'elles sont presque toujours plus ou moins magnésiennes. Elles affectent assez souvent une structure plus ou moins schisteuse et comme laminée. Au microscope, en plaques minces, elles montrent d'une manière à peu près constante une fluidalité très nettement accusée. Cet ensemble de caractères donne tout lieu de croire qu'elles se sont épanchées à l'état de magmas fluides, ou tout au moins plastiques, dont la température devait être peu élevée, car elles ne paraissent pas avoir agi d'une manière bien appréciable, par métamorphisme, sur les formations antérieures qu'elles ont traversées.
On peut, dans une certaine mesure, supposer leur venue contemporaine des mouvements orogéniques qui ont déterminé le modelé du plateau central australien, car leurs alignements sont sensiblement parallèles au plissement général du pays et ils sont presque toujours voisins de la direction Nord- Ouest-Nord, quand ils ne coïncident pas avec elle.
La puissance et l'étendue de ces dykes varient dans les limites les plus larges. Dans quelques points, leur puissance n'est que de quelques pieds, tandis que dans d'autres elle peut atteindre 60 et même jusqu'à 100 pieds (plus de 3o mètres). Leur continuité immédiate a été souvent constatée sur plusieurs kilomètres G. ' 14
de longueur. Le baron Sloet a pu. relever dans plusieurs districts successifs échelonnés en ligne droite, et sur une distance supérieure à i5o kilomètres, Pcxistence de gîtes complexes très similaires, qui lui semblent devoir faire partie d'un champ de fractures unique, dont les limites ne sont pas encore définies. Ces gîtes se présentent par groupes parallèles, et le même ingénieur a pu relever F existence de plusieurs de ces groupes parallèles dans une bande de près de 260 kilomètres de largeur. Nous avons fait nous- ,méme les mêmes constatations dans la région qui s'étend depuis Norsman au Sud jusqu'au 90* mille au Nord de Coolgardie. Bien entendu, ces gîtes ne sont pas tous assez riches pour pouvoir être exploités pratiquement. Mais la connaissance de leurs directions et de leur manière d'être a une grande importance, car elle pourra conduire ultérieurement à des découvertes d'un très haut intérêt.
Le groupe le mieux connu actuellement, et aussi le plus célèbre parmi eux, est celui de Hannan, auquel on donne localement le nom de Main Bell, C'est sur lui que sont situées les mines renommées du Great Boulder, Great Boulder Main Reef, Lake View, Brown Hill, Golden Horseshoe, Ivanohe, etc.
Les roches qui constituent ces dykes sont, en général, très facilement décomposables, et c'est dans leurs portions altérées que se trouvent pour la plupart les travaux des mines précitées. La zone de décomposition, de largeur très variable, descend souvent à des profondeurs supérieures à 3oo pieds. (En fait, pendant notre séjour en Weslralie, les puits avaient dépassé cette profondeur dans quelques mines et l'on se trouvait encore dans les produits de décomposition.) Elle ne paraît dépendre en rien du niveau hydrostatique et
elle semble avoir été uniquement produite par les actions résultant du passage, à travers certaines régions de la masse, des eaux météoriques chargées diacide carbonique et d'oxygène. (Nous verrons plus t(Hn que d'autres opinions différentes ont été émises sur ce sujet.) Les produits de la décomposition sont constitués, pour la majeure partie, par des matières kaolineuses ou argileuses, des oxydes de fer et de manganèse, de l« stéatite, du talc, de la serpentine, des sulfures et arsénio*sulfures, le tout en mélange abso* lument hétérogène. Cependant, les sulfures n'appa* raissent, en général, que lorsque Ton arrive très près de la roche primitive non décomposée ou peu altérée, dans laquelle ils sont abondants lorsque le d^ke décomposé est riche en or. Dans cet ensenuble, on rencontre très fréquemment du quartz, soit afTeclant la forme de veinules plus ou moins régulières et continues, soit en fragments qui ne montrent aucune relation apparente entre eux.
Les gîtes aurifères qu'on y exploite n'ont généralement pasd'épontes définies et leur remplissage passe le plus souvent par des gradations insensibles à la roche encaissante. Ce passage peut s'observer avec une très grande netteté dans les travers-bancs perpendiculaires aux galeries de la mine du Great Boulder. Quand on arrive soit en profondeur, soit latéralement, dans les zones non altérées, on trouve que les matières en place sont presque toujours constituées par des roches grises ou vertes, compactes, à grain fin, presque toujours magnésiennes et dans lesquelles dominent les éléments feldspathiques, et en particulier les plagioclases.
Dans Hannan, c'est à peu près partout un porphyre felsitique ou une diorite très altérée, qui renfçrme une grande quantité de pyrites ordinaires et arsenicales;
aia CHAPITRE VIII.
contenant une très notable proportion d'or. (Des analyses de cette roche, effectuées sur des échantillons recueillis en divers points, nous ont donné, comme mojenne, plus d'une once d'or à la tonne. ) Au Great Boulder, au Great Boulder Main Reef, à Lake View, au Bloc 45 et probablement encore en bien d'autres endroits, on y rencontre aussi des tellurures d'or, sous forme de sylvanite, de calaverite et en quantités assez considérables pour donner à cette roche une teneur élevée en or. Nous avons constaté aussi que le vanadium, sous forme de roscoélite, accompagne presque toujours les tellurures dans cette région.
Même lorsqu'elles paraissent le plus compactes, ces roches ont subi de profondes altérations intérieures. Souvent, en plaques minces, les feldspaths n'apparaissent plus que par leur squelette, et leur pâte se trouve remplacée par des substances mal définies auxquelles s'adjoignent des produits chloriteux et ferrugineux et de la calcite. On y remarque aussi de très minces filets de quartz dont l'origine paraît plus récente et qui sont probablement en relation avec les veinules {leaders) de quartz que nous avons signalées il y a un instant. Ces dernières sont quelquefois stériles, quelquefois plus ou moins riches en or, sans qu'il soit possible, pourtant, d'établir une relation entre leur teneur en métal précieux et celle des portions du dyke qu'elles traversent.
Comme le rapporte le baron Sloet et comme cela est maintenant connu de tous ceux qui ont séjourné pendant quelque temps à Hannan, ces leaders ont donné lieu à des surprises singulières et amené quelquefois la découverte de gisements importants qu'on ne soupçonnait pas. C'est ainsi qu'une des plus riches mines du Belt avait été déclarée sans valeur par un
LES CHAMPS Di*OR. 2l3
expert dont Topinioa a une grande autorité aujourd'hui, et qui suivait un de ces leaders à peu près stérile sans s'apercevoir que la formation au travers de laquelle il passait renfermait un nombre respectable d'onces d'or à la tonne. Il n'avait, paraît-il, jamais vu l'or que dans des filons de quartz et n'imaginait pas qu'il pût se trouver ailleurs. Il faut, toutefois, ajouter à sa décharge que ces gîtes sont souvent fort difficiles à reconnaître à premier^ vue et qu'il n'est pas le seul auquel pareille mésaventure soit arrivée.
On est encore loin d'être d'accord sur l'origine de l'or dans ces formations si complexes. Deux opinions principales ont été successivement mises en avant. D'après la première, des failles ou des fractures se seraient produites dans la masse rocheuse à une époque qu'il n'est guère possible de déterminer; ces fractures se seraient remplies des fragments des i^oches encaissantes qui y auraient été broyées, puis comprimées par (les mouvements tectoniques subséquents. Simultanément, ou, plus probablement, postérieurement, se seraient produites des venues hydro thermal es qui auraient amené avec elles les éléments de la minéralisation, les auraient déposés dans les chenaux qu'elles étaient obligées de suivre et auraient, en particulier, donné naissance aux leaders de quartz dont nous venons de parler.
P'après la seconde, ces gîtes complexes ne devraient pas être considérés comme des filons-fissures, ni comme des gîtes d'imprégnation hydrothermale; ils constitueraient, au contraire, des gîtes d'origine essentiellement plutonienne. Cette manière de voir, à laquelle nous nous rallions en principe, a été fort bien développée par le baron Sloet, dans le travail que nous avons cité et auquel nous avons déjà fait des emprunts.
3i4 caupfYBB nu.
Voici les raisons qa*il invoque ponr combattre la première hjpothèse et justifier la seconde :
I* Les remplissages des gîtes, quoique souvent d^une nature similaire à celle des roches qu'ils traversent, sont cependant parfois constitués de roches absolument différentes de celles des épontes. Nous Tavons constaté noos-méme è de nombreuses reprises ;
2* Ces remplissages , tout en étant le plus souvent schisteux et parfois foliacés, ont une structure d'écoulement des plus marquées, c'est-à-dire avec laminations ondulatoires rigoureusement parallèles aux sinuosités les plus capricieuses des épontes, tandis que si la schistosité était due exclusivement à l'effet d'une compression, elle serait avant tout normale à la direction de la poussée ;
3' Ces remplissages, sauf dans les failles et dans les rejets récents, ne présentent pas trace de brèches, et jusqu'à présent on n'a pas encore constaté de miroirs, ni de stries de friclioa à leurs épontes.
Le baron Sloet pense que cette hypothèse de failles minéralisées, qui a été acceptée d'abord par un certain nombre d'ingénieurs, a dû son origine au peu de cohésion et à la grande complication apparente des zones superficielles décomposées. Il fait remarquer, et cela est vrai dans un très grand nombre de cas, que ces remplissages sont compacts en profondeur; que même lorsqu'ils sont schisteux, leur dureté et leur ténacité y deviennent extrêmes et dépassent fréquemment celles des roches encaissantes; et que par suite ces faits ne sont pas compatibles avec l'hypothèse de roches broyées et agglutinées ensuite par compression;
4° Les coudes, parfois très brusques, que présentent ces gîtes, tant en direction qu'en pendagé, de même que leurs bifurcations parfois fort capricieuses, ne per-
mettent pas de les considérer comme des failles minéralisées, car les fractures de grandes dislocations ne peuvent présenter que des courbures à grand rajon et des bifurcations ou croisements à branches à peu près rectil ignés;
5^ Ces gîtes complexes sont le plus souvent accompagnés des produits des fumerolles propres aux éruptions plutoniques, en particulter de veines d'oligiste manganésifères , irrégulières de direction comme de puissance, compactes et dépourvues de quartz, et qu^on ne peut guère rapporter à des actions hydrotbermales pas plus qu'à la décomposition de pyrites. Ces veines contiennent presque toujours de l'or, quoique souvent en quantités inexploitables , et elles se présentent comme les produits de précipitations et de substitutions de fumerolles haloïdes émises par le magma luimême pendant les premières phases de sa consolidation.
Jamais ces veines ferrugineuses ne traversent les gîtes dont elles émanent; elles partent toujours d'une éponte pour pénétrer dans les roches encaissantes, ce qui montre bien que leurs magmas en sont les véritables centres d'émission. A leur contact, le dyke s'appauvrit le plus souvent d'une manière graduelle, comme si Vov que renferment ces veines avait été primitivement contenu dans la masse voisine et en avait été extrait par le départ de ses propres fumerolles ;
6® Les roches encaissantes des dykes qui nous occupent, bien que souvent très compactes, peu perméables et pas du tout décomposées, sont fréquemment imprégnées d'or, d'oligiste, de pyrites, etc., sur des épaisseurs considérables, et peuvent même dans certains cas être assez riches pour pouvoir être exploitées, sans que cependant on y puisse discerner la moindre trace
!ll6 CHAPITRE VIII.
de quartz. Ces faits tendent tout au moins à faire supposer que des agents minéralisateurs bien plus puissants que les actions hjdrothermales ont dû entrer ici en jeu;
7® Les parties les plus riches de ces gttes complexes et parfois de grandes pépites d'or natif, de même que des amas de tellurures, se trouvent souvent emprisonnés complètement dans la roche compacte, non décomposée , sans contact avec une veine de quartz quelconque. De même , les parties les plus riches se présentent quelquefois sous forme de minces placages dans les clivages microscopiques de la roche, sans être associés à du quartz. Dans Tun comme dans l'autre casy leur présence ne peut guère être attribuée à des actions bydro thermales.
Nous avons rapporté ici presque textuellement les raisons invoquées par le baron Sloet à l'appui de la seconde hypothèse sur la constitution de ces gites complexes.
Nous ajouterons que si nous sommes d'accord avec lui pour exclure l'idée de la constitution de la rainera* lisation par des venues hydro thermales, nous croyons que ces mêmes agents ont joué postérieurement un rôle probablement plus considérable que celui qu'on leur attribue généralement. Les filons secondaires de quartz qu'on rencontre tant dans l'intérieur des dykes que dans les roches encaissantes sont pour nous une première manifestation de leur activité. La formation des grandes zones de décomposition et la mise en liberté de l'or dans leur milieu en est probablement une seconde sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Entre les deux hypothèses que nous venons d'analyser, est venue prendre place une troisième : elle consiste à admettre que d'énormes fentes s'étant produites
dans la masse rocheuse (sur Torigine de laquelle on garde le silence), soit par suite de contraction due au refroidissement, soit pour toute autre cause, leurs lèvres se sont progressivement décomposées sous l'influence des agents atmosphériques et des eaux météoriques; la transformation des sulfures en oxjdes, des feldspaths en produits kaolineux ou argileux, etc., a donné naissance à des matières sans consistance qui se sont successivement éboulées en remplissant petit à petit les fentes en question, pendant que la décomposition se continuant sur les roches primitives, la zone altérée augmentait en largeur et en profondeur. Des mouvements postérieurs de fermeture (et probablement de réouverture) suivis de venues hydrothermales, expliqueraient la cohésion qu'ont, prise les produits de la décomposition et la formation des filons quartzeux susmentionnés.
Si cette hypothèse pour ainsi dire intermédiaire rend compte d^une bonne partie des faits que l'on a pu constater, elle ne les explique certainement pas tous, et, en tout cas, elle ne se prononce pas sur l'origine même des roches au sein desquelles se sont formées les zones de décomposition où Ton exploite actuellement l'or. Elle reste muette^ également sur la genèse des veines ferrugineuses dont nous avons parlé plus haut et dont la seconde hypothèse seule parait donner une explication rationnelle.
On conçoit, d'après ce qui précède, que la manière dont la décomposition des roches et la formation des dykes aurifères se sont effectuées a dû donner lieu de la part des ingénieurs à des interprétations un peu différentes, suivant l'hypothèse à laquelle ils se sont attachés. Pour les uns, les eaux météoriques seules ont agi ; pour les autres, ce sont les eaux thermales seules.
ai 8 GI1AI>ITRE Vllf.
On peut constater, quoi qu'il en soit, que les deux opinions s'accordent à voir dans les gîtes aurifères complexes qu'on exploite actuellement le produit d'une des décompositions des roches au milieu desquelles ils se trouvent. Pour nous, nous pensons que, pour se rendre un compte exact de ce qui se voit, il convient de faire intervenir les deux interprétations ci-dessus et d'admettre une reproduction successive de leurs effets , combinée fort probablement avec des mouvements de réouverture et de fermeture des fissures sous l'influence des mouvements postérieurs du sol. De la sorte on explique facilement comment les veines de quartz , assez souvent riches dans la traversée des dykes, se présentent tantôt à l'état individuel, tantôt comme une sorte de stockwerk , tantôt enfin comme des masses absolument isolées et sans aucune liaison entre elles. Ces dernières ne seraient que des fragments des premières , brisées et remaniées soit sous l'influence de nouveaux éboulements des parois décomposées, soit par suite des mouvements orogéniques subséquents.
Les eaux venant des profondeurs ont dû incontestablement avoir une part importante dans la constitution de ces formations aurifères. Il se peut, en conséquence, qu'au bas de la masse probablement cunéiforme qu'elles constituent, on puisse rencontrer des fiions de quartz plus importants et qui pourront bien être riches.
Les dykes dont il est ici question sont tous plus ou moins aurifères, mais le métal précieux est loin d'y être toujours uniformément réparti. Comme dans les filons de quartz proprement dits, on y constate la présence de colonnes riches , séparées par des parties plus pauvres ou même stériles. Mais ici les dimensions des colonnes riches sont souvent considérables : on en connaît qui
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ont des cenlaioes de pieds de largeur et qui ne sont séparées les unes des autres que par des zones stériles m peine appréciables. En général, le passage des unes aux autres n'est jamais brusque, mais s'opère par gradations insensibles.
Suivant les localités, la teneur moyenne des parties ricbes varie dans des limites assez étendues, depuis I once jusqu'à 9 et même 12 onces par tonne; mais, autant qu'on a pu le constater jusqu'ici, elle reste sensiblement constante quelle que soit la profondeur à laquelle on était parvenue au moment de notre visite.
Les colonnes riches sont le plus généralement à peu près verticales, avec tendance à s'élargir en profondeur. Dans les dykes parallèles , elles sont fréquemment en regard les unes des autres.
Les adleurements de ces gîtes complexes ne donnent que très rarement une idée de ce qu'ils pourront être en profondeur. Par suite de brouillages, de dérangements superficiels ou d'érosions ayant modifié le caractère réel de ces affleurements, ils sont le plus souvent peu apparents; parfois même on ne peut pas les distinguer des roches plus ou moins stériles qui les environnent sans recourir à d'assez nombreuses analyses. Presque toujours leur richesse moyenne à la surface est inférieure à ce qu'elle est réellement en profondeur.
Le métal précieux paraît avoir tendance à se concentrer vers ce qui peut correspondre aux épontes de la formation, mais il n'y a aucune règle bien nette à ce sujet. Il n'y en a pas davantage en ce qui concerne le rapport de la richesse des dykes à leur puissance. Dans Hannan, on en trouve qui ont des épaisseurs relativement considérables, où la teneur moyenne est à peu près partout la même , et Ton y compte un certain
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nombre de mines où la couche exploitable a des puissances de 3o à 4o pieds, avec des teneurs dépassant 3 à 4 onces dW à la tonne.
Ces dykes aurifères présentent fréquemment des bifurcations et des branches secondaires de directions quelconques, d^étendue et de richesse variables, mais de même nature que la masse principale. En général, rien ne peut faire soupçonner leur existence et ce n'est souvent qu'au moyen de travers-bancs exécutés pour définir le gîte principal qu'on a pu constater leur présence et se rendre compte de leur richesse, ou tout au moins de leur importance. Ce même moyen, employé systématiquement, permettra probablement dans certains cas de retrouver la continuation de gîtes qu'on a considérés comme interrompus, ou de découvrir la masse principale de certains gisements dont on ne connaît vraisemblablement que les parties pauvres, ou l'une des éponles.
La permanence de ces dykes ne paraît guère pouvoir être mise en doute, si l'on accepte la théorie que nous avons exposée sur leur origine probable. Dans bien des mines sans doute, à côté de la partie décomposée, facile à travailler, où l'or se présente à l'état libre, on trouvera la masse intrusive non altérée, dont la portion exploitée fait partie intégrante. Dans cette masse, bien entendu, l'or en général ne se trouvera plus dégagé de ses combinaisons et l'on ne pourra plus l'en retirer par amalgamation ; il n'en sera pas moins profitable, dans certains cas, d'exploiter la roche inaltérée; car des analyses effectuées sur des échantillons récoltés par nous, ainsi que nous l'avons dit précédemment, nous ont montré qu'à Hannan, par exemple, elle peut contenir plus d'une once d'or à la tonne. Il est toutefois bien entendu que, dans ce cas, les méthodes d'extraction du métal de-