‹ De Paris aux mines d'or de l'Australie occidentaleChapitre 25 sur 34 · CONGLOMÉRATS · texte numérisé non relu

CONGLOMÉRATS

Les allaitions ou, pour mieux dire, les gîtes détritiques de nature et d'origine très diverses qu'on désigne par ce nom dans la Westralie, ont joué un rôle considérable dans l'histoire de l'or en cette colonie. Par ce que nous avons dit des champs d'or de Kimberley, Pilbarra et Ashburton, on a pu voir que l'activité minière a débuté partout par l'exploitation des placers et que ceux-ci, à leur tour, ont tout naturellement conduit à la recherche et au travail des reefs qui leur avaient donné naissance*

Si Ton a présente à l'esprit l'énorme étendue des formations aurifères dans l'Australie occidentale, on peut et l'on doit s'attendre à y trouver un grand nombre de gîtes détritiques; et, de fait, la liste de ceux qu'on a découverts est déjà assez longue. Il s'en faut néanmoins de beaucoup qu'on connaisse tous ceux qui peuvent exister dans les régions qu'il a été possible de prospecter, et il est facile d'en donner les raisons.

Noas avons vu précédemment que le remplissage des vallées intérieures de la Westralie centrale s'est effectué et s'effectue encore actuellement soit par l'action fort restreinte des précipitations atmosphériques, soit par le jeu de la dénuda tion éolienne. La désagré- C. i5

galion des roches et le transport de leurs détritus par les pluies ne se produisent pour ainsi dire plus dans le centre soumis à un climat semi-désertique. Mais dans le Nord, où la saison d'hiver amène des chutes d'eau très importantes, leur effet est resté très manifeste. Les placers étant d'origine essentiellement détritique, ils doivent donc se présenter avec des caractères différents suivant les régions où on les découvre, et c'est ce que l'expérience confirme, au moins en ce qui concerne les alluvions qu'on peut qualifier de contemporaines.

Dans le centre, on ne trouve que des ruisseaux à régime torrentiel, presque toujours à sec, profondément ravinés, qui écoulent, quatre ou cinq fois par an, les eaux pluviales dans les lacs salés et les claypans. On ne peut guère trouver dans leurs lits que de l'or gros ou des pépites, tandis que l'or fin a dû être entraîné avec les matières limoneuses dans les lacs.

L'or d'alluvion proprement dit a donc pu exister en certaine quantité au moment des premières découvertes et par suite de son accumulation pendant de très longues années; mais on peut dire qu'actuellement il ne se forme plus en quantité exploitable.

Il n'en est pas de même pour ce qui regarde les actions éoliennes. La décomposition des roches, qui renferment les dépôts primaires de l'or, a déterminé la fragmentation aussi bien de ces roches que de leurs dépôts primaires et produit Taccumulation des détritus qui en sont résultés. Les vents, qui régnent d'un bout de l'année à l'autre, sont alors venus enlever les particules les plus légères provenant tant de la dissociation des formations encaissantes que de leur dislocation. Les matières les plus pesantes et les moins altérables sont restées en place, ou tout au moins n'ont été portées qu'à de faibles distances où elles se sont amassées,

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et c'est dans leur sein qu'on trouve l'or soit libre, soit inclus dans les fragments du dépôt primaire qui le contenait. Les placers ainsi formés sont donc essentiellement superficiels ou, en tout cas, n'ont qu'une très faible profondeur. Quand ils sont ensuite cimentés par des eaux incrustantes, ils constituent ces conglomérats aurifères qui existent souvent dans le voisinage immédiat des aHleurements des reefs.

Quand on étudie avec soin leur position, Jeur étendue et leur richesse, ils peuvent souvent fournir des indications précieuses sur les affections des dépôts primaires, sur la situation des colonnes riches dans un même reef ou sur Templacemenl des reefs les plus riches dans une série de reefs connu»^ Comme nous l'avons déjà dit, c'est le plus souvent en les suivant et en cherchant à remonter à leur origine que l'on a pu parvenir à découvrir ces dépôts primaires.

Au fur et à mesure que l'on remonte vers le Nord l'action des pluies devient plus active et aussi plus apparente; et elle vient ajouter ses effets à ceux de 1% dénudation éolienne. Le caractère des gîtes détritiques se modifie en conséquence: ils deviennent de plus en plus profonds, l'or qu'ils renferment montre des traces plus visibles d'usure et de transport, et, au lieu d'un grattage superficiel, il faut souvent une prospection sérieuse pour trouver les chenaux plus ou moins anciens où l'or s'est accumulé. C'est le cas qui se présente à Pilbarra et à Ashburlon.

Quand nous avons parlé de la configuration du centre et du remplissage de ses vallées, nous avons été amené à constater que les phénomènes actuels et les actions éoliennes seules ne pouvaient pas rendre compte des érosions et des dénudations énormes auxquelles les roches archéennes et cristallines ont été

soumises, et quMl fallait admettre qu'à une époque très antérieure les précipitations atmosphériques avaient dû jouer un rôle bien plus prépondérant qu'aujourd'hui. On en trouve du reste encore la trace en bien des points et, s'il était possible de connaître la constitution exacte du remplissage des lacs salés, claypans et autres dépressions du même genre, on y trouverait fort probablement la confirmation de ces vues.

Si les actions éoliennes ont été assez intenses pour engendrer les placers de surface dont nous venons de parler, a/ortioriles dénudations hydrauliques ont-elles dû agir dans le même sens et avec bien plus d'ampleur. Mais au lieu de laisser en place les produits de la désagrégation des roches, elles les ont vraisemblablement transportés assez loin et déposés dans des chenaux anciens qui sont actuellement recouverts tant par les alluvions contemporaines de cette époque que par les matières plus récentes dues à l'accumulation et à la classification par le vent. D'après cela, on est en droit de conclure qu'il doit exister en bien des points actuellement inconnus des placers anciens, probablement beaucoup plus riches que ceux que l'on a exploités jusqu'ici, et dont les conditions de formation et de situation doivent être comparables à celles des gîtes détritiques qu'on a rencontrés dans les autres pays, et, en particulier, dans les colonies de l'Est de l'Australie. Leur découverte sera probablement le résultat d'un hasard heureux, car rien jusqu'à présent n'a pu révéler leur existence. Tout au plus pourrait-on la soupçonner dans les lacs que traversent des reefs de quartz riches, comme nous l'avons dit précédemment, et où l'on a déjà, dans bien des cas, exploité des alluvions de surface. Des sondages de profondeur, conduits méthodiquement, y auraient vraisemblablement

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quelques chances de succès. Dans Télat actuel des choses, surtout en présence du discrédit qui s'est attaché depuis quelque temps aux mines d'or, des entreprises de ce genre ne seront probablement pas tentées de si tôt.

Nous signalerons enfin que, dans les environs des dykes aurifères et souvent jusque sur les points les plus élevés de la contrée, le sol, composé d'argile rouge, est presque généralement aurifère. Le métal précieux s'y trouve sous forme d'une poussière très fine, quelquefois en grains plus gros qui ont été exploités par les machines pneumatiques {dry blowers) à main. Les Compagnies ne se sont pas encore préoccupées d'en tirer parti. Cependant, dans le voisinage immédiat des gîtes complexes, on a parfois trouvé des pépites assez grosses; quelques-unes auraient, rapporte-t-on, atteint le poids d'un kilogramme. Elles provenaient, sans nul doute, des parties supérieures dénudées dans lesquelles s'était opérée une sorte de concentration, comme celle qu'on a fréquemment signalée dans les placers d'autres pays, et en particulier de la Californie et des colonies orientales de l'Australie.

Aux alluvions proprement dites, nous rattacherons ici les dépôts qui, sans être toujours d'origine complètement alluvionnaire, paraissent néanmoins de provenance détritique bien caractérisée. Nous voulons parler de ces conglomérats tout spéciaux connus sous le nom local de ciments {céments). Ces conglomérais existent dans un certain nombre de points de la Westralie. Nous avons déjà signalé ceux du champ d'or de Pilbarra. On en a également trouvé dans les régions aurifères du centre, à Hannan, à Kanowna {White Feather's Golden Céments)^ au 25® Mille {Cément

a3o CUAPITAE l?(.

Claims)^ elc. Ces derniers sont particulièrement intéressants en raison de leur étendue.

Situés à i4 milles environ du 25^ Mille proprement dit, ils recouvrent une intrusion de granit qui constitue le fond d'un pli anticlinal, dont les formations latérales sont des roches du groupe de la diorite.

Le ciment se trouve par plaques d'étendue très variable, quelquefois isolées les unes des autres, quelquefois aussi se rejoignant d'une manière irrégulière. Son épaisseur est essentiellement différente d'un point à un autre et peut varier d'une manière continue depuis quelques centimètres jusqu'à r",5o au maximum. 11 est recouvert d'une couche de formation détritique récente dont l'épaisseur va de o",3o jusqu'à i™,6o, suivant les endroits. Il repose sur le granit, dont il n'est séparé que par une couche kaolineuse blanchâtre de o",i5 à o™, aS d'épaisseur provenant de la décomposition de ce dernier.

11 se compose de fragments de quartz, plus ou moins volumineux, à aréles généralement assez vives, provenant de la roche environnante, et de petits galets arrondis de quartz blanc. Le tout est lié et comme maçonné, soit par de la silice crypto-cristalline, soit par une sorte de felsile ou pâte euritique; le fer intervient assez souvent dans la constitution de cette espèce de mortier. Physiquement, les couches passent des brèches proprement dites aux conglomérats et même aux quartzites, suivant les points où on les considère. Ce passage se manifeste quelquefois d'une manière très tranchée; d'autres fois, la transition a lieu par degrés insensibles. Dans la plupart des brèches et des conglomérats, le quartz paraît provenir de deux roches différentes. Ce qui est surtout caractéristique, c'est que ces fragments de quartz, qui constituent la ma-

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jeure partie de la masse, ne contiennent pas d'or et que ce métal se trouve seulement dans la matière cimentante proprement dite. Le métal précieux s'y rencontre en grains de toutes grosseurs; au microscope, ces grains se présentent soit en cristaux assez bien définis, soit en fragments ayant une tendance marquée à la: forme cristalline. Mais on li'j constate jamais de contours arrondis ou usés comme ceux que leur aurait donnés Peau en leur faisant subir un certain parcours. On se trouve, de la sorte, conduit à supposer que l'or et le ciment ont été apportés par une seule et même solution et que leur dépôt s'est probablement effectué d'une manière simultanée.

Ces diverses particularités sont bien nettement visibles dans les ciments des daims Hilton et Ophelia, propriété de la Compagnie des Cernent Claims du 25* Mille. En général, les couches inférieures y sont plus riches que celles qui sont plus voisines de la surface. Dans les premières, il n'est pas rare de trouver de 3 à 5 onces d'or à la tonne, tandis que, dans les bonnes parties, l'analyse d'échantillons prélevés sur toute la hauteur de la formation donne seulement de 2 onces à 2 onces et demie à la tonne. Comme teneur moyenne, ce rendement serait plus que satisfaisant s'il s'appliquait à toute l'étendue des formations, car il convient de faire remarquer ici que l'extraction se fait à ciel ouvert avec un découvert insignifiant; qu'elle est, par conséquent, peu coûteuse et que le broyage se fait facilement et économiquement avec le nouveau système de batterie breveté récemment par M, C. W. Thompson et appliqué actuellement par la Compagnie.

La formation de ces conglomérats peut s'expliquer de la manière la plus simple. Le granit sous-jacent.

en se décomposant, a abandonné une partie de sa silice sous forme de grains irréguliers; à celle-ci est venue s'en adjoindre d'autre amenée probablement par tes eaux superficielles. Le dépôt ainsi constitué s'est ensuite trouvé remanié et le quartz arrondi et usé par les eaux thermales qui sont venues le traverser à un moment donné et qui y ont ensuite abandonné la silice (ou la matière cimentante) et For qu'elles pouvaient contenir. Dans le terrain sous-jacent, on trouve de nombreuses veinules de quartz qui ont vraisemblablement la même origine, et Ton peut assez fréquemment remarquer que le ciment commence près des afQeurements de l'une d'elles, s'étend en descendant au-dessous, mais qu'on ne le trouve pour ainsi dire jamais au-dessus. En général, ces veinules contiennent de l'or, mais pas en quantité payante. Néanmoins, on a découvert sur le Sugar Loaf, claim voisin des deux précédents et situé à un niveau un peu supérieur au leur, un reef dont les aiBeurements sont, nous dit-on, d'une grande richesse.

Le ciment ne présente pas partout la même teneur moyenne. Ainsi, à côté de points contenant beaucoup d'or, on en rencontre où le métal précieux fait à peu près complètement défaut. Dans une même plaque, la matière cimentante n'a pas non plus la même nature. Ces faits sembleraient indiquer, sans qu'on puisse toutefois le prouver, que la formation de ces ciments a dû se produire en plusieurs temps, ou sous l'action d'eaux dont la minéralisation a dû être variable.

En se fondant sur leur ressemblance plus ou moins approximative avec des conglomérats analogues ren* contrés au Queensland et rapportés à la période tertiaire, quelques géologues ont voulu les rattacher à la même époque, mais sans autre justification bien plau-

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sible. La roche qui les supporte est très probablement archéenne; mais, en Tabsence de données relatives aux derniers épancheraents thermaux dont cette région a pu être le siège, il paraît sinon absolument impossible, au moins très risqué de leur fixer quant à présent un âge même approximatif,

D^une manière générale, la nature de la substance qui constitue le ciment proprement dit parait toujours en relation intime avec celle des formations environnantes. C'est ce qu'on peut notamment remarquer à Hannan et à While Feather, où cet élément plus basique provient manifestement de la décomposition des roches sous-jacentes. Dans ces derniers points, on a trouvé à la fois des placers et des ciments ; les premiers provenaient probablement de la désagrégation et du remaniement de la partie supérieure des seconds.

On rencontre souvent aussi, sur de très vastes étendues, une sorte de brèche ferrugineuse située généralement à peu de profondeur au-dessous de la surface des vallées du centre et à laquelle les mineurs donnent également le nom de ciment. Cette formation est d'origine toute superficielle et, malgré sa grande dureté en certains points, ne semble pas pouvoir être rattachée à des venues hydro thermales, comme les précédentes. Elle s'est montrée aurifère dans certaines régions; mais, au contraire des formations que nous venons d'étudier plus haut, l'or ne paraît pas exister dans la matière cimentante, mais seulement dans les fragments de roches quartzeuses ou ferrugineuses qui en forment la plus grande masse. C'est ainsi une sorte de placer aggloméré, à gros éléments d'origine vraisemblablement récente, où la décomposition des roches n'a pas été poussée assez loin pour que l'or qu'elles contiennent ait pu être dégagé et passer à l'état libre.

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Ces ciments ne donnent généralement pas lieu à des exploitations qui soient rémunératrices.

En raison du manque d'eau, les placers n^ont pu être exploités jusquMci que par le vannage à Tair (dry bloiving) et encore d'une manière bien imparfaite. Ce sont presque toujours des mineurs isolés, ou par couples, qui se livrent à ce genre de travail. On a successivement perfectionne les instruments ultra-primitifs dont ils se servaient à Porigine; on a pu, de la sorte, exploiter à nouveau, quelquefois même à plusieurs reprises, des gîtes détritiques d'où une première opération n'avait enlevé que les particules d'or les plus grosses. C'est ce qui se faisait encore autour de Coolgardie pendant notre séjour en Australie.

Les recherches auxquelles on se livre actuellement pour enrichir pneumatiquement les produits du broyage des reefs et faire des concentrés sans l'intervention de l'eau, permettront peut-être, à un moment donné, de reprendre encore les résidus de ces opérations précédentes où l'or très fin est resté et dont la valeur est notablement supérieure à celle de bien des alluvions que l'on exploite avec avantage par les méthodes hydrauliques.

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