‹ De Paris aux mines d'or de l'Australie occidentaleChapitre 33 sur 34 · RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

RETOUR EN FRANCE

On reproche généralement aux Français de n'être pas voyageurs, de ne pas savoir quitter leurpa3^s. Est-ce vrai d^ine façon absolue? Nous laisserons à chaque lecteur le soin de répondre. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'après avoir mené pendant plus de sept mois une vie errante d'un bout à l'autre de la Westralie, nous avons fait, avec une véritable satisfaction, nos préparatifs de départ pour revenir en France.

Aussi bien nous entrons dans l'été australien (c'était le mois de novembre) et la chaleur commençait à devevenir accablante. De 34** à 87** à l'ombre, tous les jours, avec la perspective d'en avoir encore davantage, c'est une température qui ne laisse pas que de devenir fatigante, quand on n'y a pas été entraîné par une longue accoutumance préalable. Si l'on ajoute à cela que pour visiter la plupart des mines, il fallait faire une gymnastique enragée le long d'échelles verticales (et souvent quelles échelles! !), on comprendra tout le plaisir qu'on éprouve à sentir qu'on va rentrer chez soi.

Pour dire vrai, ce sentiment n'est cependant pas sans être mélangé de quelque touche de regret. Cette vie active, saine, fortifiante, toujours au grand air, avec toute la somme d'imprévu qu'elle comporte, cette vie, si différente de celle qu'on mène dans la vieille Europe,

RETOUR EN FRANCE. SSq

n'est pas sans avoir son charme particulier. Ajoutons aussi que Taccueil cordial que nous avons reçu partout, même des plus humbles prospecteurs, était de nature à nous faire voir le pays sous un tout autre aspect que celui qu'il peut avoir pour un voyageur qui ne fait que passer.

Nous quittons donc Coolgardie pour revenir d'abord à Penh. Un paquebot des Messageries Maritimes, venant de Nouvelle-Calédonie et des colonies austra** tiennes de l'Est, V Armand BéhiCj doit toucher sous quelques jours à Albany; c'est lui qui nous ramènera au bercail.

Une journée pour faire nos visites officielles, une autre pour boucler nos valises, emballer nos échantillons, et nous prenons le train pour le port du Sud.

A cette époque de l'année, Perth ne le cède guère pour la chaleur à Coolgardie ou Kalgoorlie. Sans le voisinage de la Swan et sans la brise de mer qui vient tous les jours rafraîchir l'atmosphère, le séjour y serait peut-être même plus pénible l'été. Il semble qu'on y respire moins bien. Par contre, on n'y a pas les wilties^ willies (tourbillons) de cette poussière rouge impalpable qui sont l'une des plaies des champs d'or pendant la saison sèche, c'est-à-dire la majeure partie de l'année. Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la gare de Perth, nous sentons que tout change. L'imagination ne joue-t-elle pas ici un grand rôle? C'est bien possible. Toutefois, ce qui est bien indiscutable, c'est qu'en arrivant à Albany nous trouvons une température délicieuse en comparaison de celle que nous venons de quitter. Le ciel d'un bleu intense est si pur, la mer si calme, la brise si douce et si fraîche que nous comprenons de suite pourquoi les Westraliens du Centre et du Nord en ont fait leur station d'été. Avec les bains de

Plongeurs indigènes k Colombo.

mer qu'on y peut prendre, c'est évidemment un climat

Baleau sortant du canal de Suei.

très sédatif et en même temps très tonique pour 1

malheureux qui ont longtemps affronté les fatigues de rintérieur et qui s'y sont surmenés.

Notre steamer n'est attendu que sous deux jours; nous nous livrons pendant ce temps aux douceurs du farniente et, pourquoi ne pas le dire, au plaisir de la pêche. Il est vrai que nous y sommes incités par un compatriote. Un Marseillais , un vrai Mocot, devine que nous sommes Français et nous interpelle dans notre langue. Par quelle série de mésaventures est-il venu s'échouer ici, si loin de la Cannebîère; dans au pays dont il ne connaît que très imparfaitemenl Tidiome? C'est ce qu'il nous raconte tout au long, pendant que, le boulenlin (la ligne) à la main, nous taquinons le poisson qui ne veut pas mordre. Devine-t-il aussi celuilà que nous sommes Français et par patriotisme réservet-il ses faveurs pour ses seigneurs et maîtres? Nous ne prenons pas grand' chose, il est vrai, mais quel calme, quelle quiétude réconfortante !

Enfin V Armand Béhic est signalé; il entre dans la baie et prend son mouillage. Esi;-il besoin de dire avec quelle joie émue nous saluons nos couleurs nationales? Un petit tug-boat vient nous chercher, nous et nos bagages, et quelques minutes après nous sommes en pays français. Nous nous présentons au commandant PoydenoL, lieutenant de vaisseau de la Marine de l'État, un homme charmant doublé d'un bon musicien, qui nous fait le plus aimable accueil. Avec les officiers du bâtiment la connaissance est bientôt faite; nous venons à peine d'arriver à bord et déjà nous nous sentons chez nous.

Un coup de sifflet, le paquebot largue ses amarres et nous voilà partis. Nous revoyons avec plaisir, mais, disons-le, sans regret, ce magnifique détroit du King George Sound qui réunit la baie d'Albany à la mer. Le

Page 1