GEOGRAPHIE DE LA WESTRILIE
celle heureuse propriété, commune du reste à tout l'inlérieur, qu'elle y est presque toujours sèche et par conséquent bien plus facile à supporter qu'une lempérature moins élevée maïs accompagnée d'humidité. En outre, les nuits sont généralement fraichcî et per-
Grotte naturelle servant d'abri sur U route de Yalgoo il Cue.
mettent de goûter un repos qu'on n'a pas toujours la chance de trouver dans les latitudes analogues.
Quand les mois chauds, qui sont en même temps les mois pluvieux, sont passés (c'est-à-dire décembre, janvier el février), le climal est excellent, particulièrement sur les plateaux de l'intérieur. On n'y constate que tout à fait exceptionnellement les fièvres paludéennes ou la malaria, si communes partout ailleurs dans les régions tropicales.
On a bien signalé quelques épidémies de fièvres muqueuses et typhoïdes dans les centres d'agglomération des mineurs, mais elles paraissent surtout imputables
â aoe mauvaise hygiène et à Tosage d*eaax de qualité saspecle.
En résamé, les mois de décembre, janvier et février »ont les pins chauds et les pins dors à passer, aussi bien dans le nord que dans le centre de la colonie. CVst un fait tellement bien établi que la législature westrali en ne vote tous les ans une exemption de travail pour toutes les mines pendant une période de six. semaines à deux mois, à dater du i5 décembre de chaque année.
Sur les champs d*or de Yalgoo, Murchison, Yilgarn, CoolgarJie, Hannan, etc., la température moyenne à cette époque varie de 35* à 4o* et 4^* à Tombre; mais il convient de dire qu'on la supporte plus facilement qu'on ne pourrait se le figurer tout d^abord, précisément à cause de la sécheresse de Pair; et on le ferait encore bien plus aisément si la moindre brise ne soulevait d'épais tourbillons d'une fine poussière sableuse rougeâtre, véritables willj-willies, contre lesquels on a bien de la peine à se garer, tant à l'extérieur que dans l'intérieur même des habitations.
En somme, la Weslralie jouit d'un climat très sain, on n'y contracte aucune des maladies des pays chauds quand on y vit sobrement, et beaucoup d'Anglais habitant les Indes viennent s'y remettre des fatigues que leur cause le séjour en zone tropicale.
La géographie d\in pays ne suffit pas pour en donner une idée surfisammenl exacte. Pour compléter, nous croyons utile de passer rapidement en revue ses productions naturelles.
Eu égard à Timmenslté de la Westralie, aux différences climatériques que nous venons de signaler, à l'abondance plus ou moins grande des pluies, on doit s'attendre à voir la végétation varier d'une manière très marquée en des points relativement peu éloignés les uns des autres.
Ce n'est réellement que dans la zone côlière que l'on trouve de la verdure. Le terrain d'origine plus récente y est aussi plus riche et plus fertile ; arbres, arbrisseaux et herbes s'y rencontrent en abondance. O'est la région des cultures et des pâturages; c'est là que sont localisées la majeure partie des stations d'élevage des chevaux, bestiaux et moutons. On peut même dire que l'élevage n'est possible que dans cette portion du pays, parce qu'en général l'eau n'y fait jamais défaut.
Quand on quitte la côte pour se diriger vers l'intérieur, les herbes deviennent de plus en plus rares; dans la partie centrale, elles n'existent plus pour ainsi dire. Le sol, presque uniformément sableux ou argileux dans les ctaypans, ne produit plus que des arbrisseaux de
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taille peu élevée; c'est ce qui cgnstitiie le biisk où tant de prospecteurs ont péri par suite du manque d'eau. Suivant les localités, on y trouve, mais le plus souvent très clairsemés, des arbres résiaeux et des eucBlj-ptus dont le bois peut être employé pour les travaux inlérieurs des mines, principalement pendant la période de
prospection» et de recherches. C'est la physionomie que présentent les champs d'or de Coolgardie, Han-
Quaud on voyage de Perth à Southern Cross et au delà de cette localité, eu se dirigeant vers Coolgardie, on rencontre le plus fréquemment d'immenses étendues, presque sans relief, où le bosh est uniquement composé de buissons, d'arbrisseaux de hauteur uniforme. Aucun arbre ne tranche sur cet ensemble d'une désespérante monotonie.
Il en est de même dans les goldfields d'Yalgoo et de
PHÏSIONOMIB DU PATS. FLORE. FAUNE. 6r
Murchison. Dans ce deroier, les grands arbres font défaut d'une manière presque absolue, et ce n'est pas une des moindres difficultés que présente cette régioa au point de vue du travail et du développement des mines.
Si nombre de cliamps d'or, en général, ne sont pas
Le bush entre Southern Cross et Goolgardie,
favorisés en ce qui regarde les bois de mines et autres, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit de même partout. La Westralie renferme, en effet, dans quelques-uns de ses districts d'énormes richesses en bois de grande valeur. Dans la partie' Sud-Ouest, entre les 3i° et 35° de latitude S., depuis le sommet du Darling Range jusqu'à une distance d'une vingtaine de kilomètres de la côte, s'étend une région forestière dont la superficie n'est pas évaluée à moins de 77000 kilomètres earrés. Les principales espèces qu'on y rencontre appartiennent presque toutes à la famille des eucalyptus. Ce
sont : le jarrah {Eucalyptus margmata)^ le karri ( Eucalyptus deversicolor)^ le white-gum {Eucalyptus î^dunca)^ le luart {Eucalyptus gomphocephala)^ le red-gum {Eucalyptus colophylia) et le york-gunn {Eucalyptus loxophleba).
Le jarrah commeace à être connu dans le monde entier. Quand il provient des collines ou des lieux secs, quand il a été coupé au moment où la sève est le moins active et quand il a été séché avec soin, et autant que possible à l'ombre, il est absolument inattaquable par les insecles xylophages, les tarets, etc., etc. Nous avons vu des pieux qui forment l'ossature de jetées depuis plus de trente ans; ils sont aussi sains et aussi intacts que le jour de leur mise en place.
En Westralie, on l'emploie pour travaux à la mer, pou«r pieux, poteaux, traverses de chemin de fei', planches et membrures de bateaux. 11 est surtout très précieux pour les charpentes et les boisages en lieux humides, la gomme ou résine qu'il renferme le rendant à peu près imputrescible. Enfin il a l'avantage qu'on peut Tobtenir en pièces d'aussi grandes dimensions que l'on veut.
Ce bois nous semble devoir être signalé d'une manière toute spéciale à l'attention des pouvoirs publics en France pour les travaux à la mer et en rivières, jetées, estacades, portes d'écluse, etc., etc. Dans ces dernières années, on a commencé à l'emplover pour les pavages dans les points où le trafic est très important et il paraît avoir donné des résultats bien supérieurs à tous les autres bois essaj'és jusqu'ici.
Le karri se plaît de préférence dans les terrains humides. Oj le rencontre principalement dans le voisinage des rivières Warren, Shanon, Donelly, Walpole et Gardner; à l'Est, il s'étend jusqu'au mont Marypeak et
à rOuest presque jusqu^au cap Leeuwln. De tous les arbres qui poussent en Weslralie, c'eslcelui qui présente les dimensions les plus considérables. On cite des karris dont la hauteur totale atteignait 120 mètres; on a mesuré des troncs dont les premières branches étaient à 90 mètres du sol; un en particulier avait 18 mètres de circonférence à la base. Quand ils croissent un peu près les uns des autres, ils se développent surtout en hauteur et Ton voit fréquemment des karris d'une quarantaine de mètres de hauteur dont la base n'a guère que de o"\35 à o'",4o de diamètre. C'est un bois très élastique et très durable, mais qui se travaille un peu plus difficilement que le jarrah.
Le red-gum est de tous les eucalyptus celui qui donne le plus d'ombrage; on l'emploie plus spécialement pour les constructions domestiques; il se pourrit rapidement en terre. Mais, par contre, il renferme une très grande quantité de matières tanniques qu'on emporte à l'état d'extrait sec ou liquide.
En dehors des eucalyptus auxquels nous avons consacré une mention spéciale, il existe beaucoup d'autres^ espèces différentes sur lesquelles nous ne nous étendrons pas. Un certain nombre d'entre eux laissent exsuder des gommes ou résines d'une assez grande valeur. Tous ou presque tous se prêtent à la fabrication de l'essence d'eucalyptus dont les emplois thérapeutiques se généralisent de plus en plus.
L'exploitation des jarrahs se fait actuellement sur une très grande échelle. Les deux principales compagnies sont : la West Australien Timber G**, de Lockeville, et la Rockingham ïimber G**. Il existe de plus, en un assez grand nombre de points, des exploitations particulières dont quelques-unes sont assez importantes.-
Forêt lie jarriih.
Les acacias sont également fort nombreux; avec les
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Enfin le bols de santal [Santalum cygnorum) se rencontre en assez grande abondance dans certaines localités. Par distillation, ce bois donne environ deux pour cent d'essence. 11 est Tobjet d'une exportation importante en Chine et dans les Détroits. On l'emploie comme encens dans les cérémonies religieuses ; il sert également aux sculpteurs sur bois qui le recherchent à cause de son odeur agréable, la finesse de son grain, la facilité avec laquelle il se travaille et se polit. Les expéditions annuelles se montent en moyenne à 6000 tonnes représentant une valeur d'environ gooooo'**.
Enfin le long des côtes, dans la partie centrale et septentrionale, on trouvé quelques palmiers. Une espèce particulière de petite taille, dont le bois fournit un excellent combustible, est fort répandue; elle porte le nom local de Black Boy (traduction : gamin noir) qu'elle doit à la couleur absolument noire de son tronc.
On voit, d'après le rapide exposé qui précède, que le bois ne manque pas enWestralie et que, quelles que soient les demandes, il sera facile d'y satisfaire. Il faut toutefois remarquer que, pour les mines, la question d'approvisionnement n'est pas résolue ipso facto. Actuellement il n'existe dans la colonie aucune route au sens que nous attachons à ce mot en Europe. Pour aller aux champs d'or, on n'a que le chemin de fer de Perth à Southern Cross, Coolgardie, Hannan, avec prolongement sur Menzies d'une part, et celui de Geraldton, Mulewa, Yalgoo, Mount Magnet et Cue, d'autre part. Quand on aura à supputer les dépenses à faire pour une mine en particulier, il faudra donc non seulement prévoir la dépense de transport par chemin de fer des lieux de production jusqu'à la station la plus voisine de la mine, mais encore celle bien plus onéreuse de cette station jusqu'au lieu d'emploi, les charrois devant être
effectués par des attelages de chevaux ou de bœufs sur les, tracks sablonneux qui sont les seules voies de communic£^tion. Pendant la période de prospection, on se contente le plus souvent du bois de faible dimension qu'on trouve dans le bush autour des nouveaux lieux de recherches. Mais, quand il s'agit de commencer une exploitation sérieuse, il n'en peut plus être ainsi. Il faut faire venir les bois nécessaires soit de l'étranger (Amérique du Nord), soit des autres parties plus favorisées de la colonie, et c'est un élément très important de dépenses qu'il convient de ne pas oublier.
En dehors de son utilisation comme éléments de charpente, pivits de mines, etc., le bois est emploj'é sur une vaste échelle pour le chauffage domestique et pour celui des machines à vapeur. On estime en Westralie que le bois du bdsh, principalement celui qu'on nomme le red-ivood, a une valeur calorifique moitié de celle de la houille, autrement dit que deux tonnes de bois produisent le même effet utile qu'une tonne de charbon. Comme il n'existe pas de houille dans le voisinage des champs d'or, et comme les gisements trouvés jusqu'ici en Westralie (dont nous parlerons plus loin) ne sont pas encore en exploitation, le chauffage des chaudières qui actionnent les machines de mines et les moulins, la distillation de l'eau salée pour l'obtention de l'eau douce, en un mot tout le chauffage industriel s'effectue au moyen du bois. Or le bush est généralement très clairsemé, et les conditions climatériques sont telles qu'il ne repousse qu'avec une très grande lenteur et souvent même assez mal. Il en résulte qu'autour des agglomérations minières, le bois à portée immédiate commence à se faire rare et qu'il faut aller le chercher de plus en plus loin. Son prix augmente rapidement et bientôt celte question de chauffage, à laquelle
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on ne semble pas avoir pris garde jusqu'ici, deviendra aussi importante, aussi aiguë dans son genre que celle de l'alimentation en eau des hommes, des machines à vapeur et des moulins.
Dans la partie centrale des champs d'or, la végétation herbacée est à peu près nulle. Au printemps, après les
Le bush à l'est de While Featber.
pluies, on trouve, dans le Murchison, une poussée d'herbes el de plantes diverses que les chevaux et les bestiaux mangent avec plaisir; mais, aiissitdl que les chaleurs surviennent, toijt cela meurt el ces pays se retrou vent dans les mêmes conditions que tous les autres goldfields. Il faut y faire venir de loin les fourrages et tes grains nécessaires à l'alimentation des animaux.
C'est seulement le long des côtes, où les conditions climatériques sont différentes et où les pluies sont plus fréquentes, que l'on trouve des pâturages à peu près permanents. C'est par conséquent aussi dans cette ré-
gion que se cantonnent Télevage des bestiaux, des moutons et des chevaux ainsi que les cultures agricoles, maraîchères et fruitières. C'est dire d'après cela que, pour leur alimentation, les champs d'or doivent tout faire venir de la côte. On conçoit que, dans ces conditions, les vivres de toute nature sont relativement chers, grevés qu'ils sont de longs transports par chemin de fer et par voiture. Il convient d'ajouter de plus que la population minière ayant augmenté considérablement dans un temps très court, les ressources locales sont complètement insuffisantes et qu'il faut tirer une grande partie de ce qui est nécessaire des colonies de l'Est plus anciennement cultivées et plus favorisées sous Je rapport des eaux et du régime des pluies.
La Weslralie n'offre même pas aux voyageurs la ressource de se nourrir de gibier. Quand on parle d'Australie en Europe, on associe immédiatement avec ce pays l'idée de l'énorme quantité de lapins qu'il contient et qui y sont devenus un fléau pour l'agriculture. Il serait bien à souhaiter, et pour la Westralie et pour ses sœurs de l'Est, qu'il s'établît entre elles un partage plus égal de la tribu de Jeannot Lapin; elles y gagneraient les unes et les autres.
La vérité est que le lapin n'existe pas pour compter en Westralie et qu'il en est à peu près de même pour tous les animaux de chasse. Il faut en chercher la cause, d'une part, dans la rareté de l'eau, d'autre part dans la présence sur de vastes étendues de ce qu'on appelle les plantes-poison (poison-plants) dont l'ingestion tue les moutons et les bestiaux et détruirait a fortiori les lapins.
La majeure partie des quadrupèdes sauvages appartiennent à l'espèce des kangourous. Il en existe un très grand nombre de variétés, depuis la plus grande
jusqu'à la plus petite taille. Dans les endroits où ils étaient quelque peu nombreux autrefois, on les a tellement chassés qu'ils sont devenus extrêmement rares. Leurs peaux ont donné lieu à un très grand commerce d'exportation; elles sont de plus très employées sur place pour faire de petites bennes pour l'extraction des déblais ou des minerais.
Les opossums sont encore relativement nombreux dans certaines régions et leurs peaux font ces couvertures chaudes, solides et légères qui constituent une partie indispensable du bagage du voyageur.
Les chiens sauvages ou dingos sont assez communs; mais, comme ils se nourrissent principalement aux dépens des troupeaux, on fait tout ce que l'on peut pour les exterminer et le Gouvernement paie une prime de dix shillings, sous certaines conditions, pour toute queue de dingo qui est apportée aux magistrats locaux.
Les principaux oiseaux de la Westralie sont : l'ému, le dindon sauvage, le gnow ou leiopa (une sorte de faisan), les cacatoès, les perroquets, des pigeons de diverses espèces, des tourterelles, des pies, des aigles et diverses variétés d'oiseaux de proie, etc., etc.
L'ému est une sorte d'autruche grise dont les plumes n'ont aucune valeur et dont la chair n'est mangeable (jue quand les sujets sont très jeunes. On peut en dire aulant pour les kangourous; chez les vieux, la queue seule est susceptible de servir. Les gnows sont remarquables par la manière dont se font les couvées. Un certain nombre de femelles creusent dans le sol un trou de quelques pieds de profondeur, elles le remplissent de feuilles mortes et viennent toutes y déposer leurs œufs en monceau conique qu'elles recouvrent de feuilles et de brindilles mortes, et c'est le soleil qui se charge de l'incubation.
On renconlre par endroits des bandes innombrables d'une sorte de petite poule sauvage (çvild fovvl) qui court aussi rapidement que nos perdrix et vole aussi bien qu'elles. Ces oiseaux sont très difficiles à approcher; quand on peut en tuer, ils donnent un manger délicieux.
Parmi les oiseaux d'eau, il convient de citer en première ligne les cygnes noirs qui ont donné à la colonie son premier nom : Établissement de la Rivière des Cygnes («Siva/i Riser Seulement). On les trouve en grand nombre dans les nombreux estuaires du Sud- Oiiest et quelquefois sur les grands lacs salés de l'intérieur. Les canards sauvages sont abondants en certains points, le long des côtes et sur les lacs ; il y en a de nombreuses variétés, mais toutes très difficiles à approcher. Oq trouve des oies sauvages dans les îles le long de la côte, à l'est d'Albany.
Le Gouvernement a fixé des époques pendant lesquelles la chasse est interdite; cette mesure est purement spéculative, car il n'existe pas de surveillance suffisante pour empêcher les prospecteurs et les mineurs de tuer du gibier quand ils peuvent et quand cela leur plaît.
On peut se livrer à la chasse par passe-temps; mais il ne faut pas compter sur le gibier qu'on peut tuer pour son alimentation.