‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 124 sur 397 · P. fifi · texte numérisé non relu

P. fifi

4. Leibniz accepte ou feint d'accepter pour sincère cette tactique de TIaiiIe. mais il compare le triomphe de la foi chez le critique « aux feux de joie que l'on fait après avoir été battu >> (p. 50).

6. Allusion à la jeune flile envoyée au bal. Ailleurs : « Il semble que « Dieu soit une mère, un tuteur, un gouverneur dont le soin presqu'unique « regarde l'éducation, la conservation, le bonheur de la personne dont s'agit « et qu'ils négligent leur devoir. Dieu a soin de l'univers, il ne néglige rien, « il choisit le meilleui- absolument < (p. 2')~).

Il ne faut pas (k'clarer inexistant tout ee dont on n'a i)as une idée adéquate, claire et distincte. II y a des connaissances obscures et confuses (1).

Leibniz touche ici au fond de l'éternel conflit entre deux catégories d'esprits et deux grandes philosophies.

La i)reniière partie des Essais traite essentiellement du mal nif)ral. Les adimuitions chociuantcs de Naudé et les reproches faits par Bayle à Dieu viennent de ce que l'un et l'autre se « représcn- « tent Dieu comme un ])rince absolu, usant d'un ijouvoir despo- « tique, peu i)ropre à être aimé et peu digne d'être imité » (2). Mais Dieu ne possède pas l'absurde liberté d'indifférence (3). S'il était indifférent entre plusieurs plans il ne créerait pas. Agissant suivant la suprême raison il a fait le meilleur des mondes possibles. Nions dès lors qu'un monde sans i)éché ni souifrance eût été meilleur. Bayle objecte après Arnauld que sa jîuissance est donc bornée, ne pouvant i)as réaliser un monde où le mal ne soit pas la condition du bien. — « On ne limite point la puissance de Dieu en disant qu'il ne saurait faire l'impossible. » (4), Or il lui est impossible de ne pas choisir le meilleur, i)uisque c'est sa bonté qui le i)oussc à créer. Son choix, d'une nécessité morale, reste libre puisqu'il ne rend pas impossibles les autres plans.

Dans une deuxième partie, Leibniz défend les propositions de Ja(|uelot contre les 19 maximes de Bayle.

Ne pas vouloir de créatures libres ou ne les vouloir qu'infaillibles ce serait ne laisser au monde qu'une espèce d'êtres et lui ôter cette variété qui fait une des perfections du plan le meilleur. Et « de dire que Dieu ne devait point donner un bien dont il sait « qu'une mauvaise volonté abusera, lorsque le plan général des « choses demande qu'il le donne, ou bien de dire qu'il devait « donner des moyens sûrs pour l'empêcher contraires à ce même (( ordre général, c'est vouloir que Dieu devienne blâmable lui- « même ])our empêcher que l'homme ne le soit » (.')). Toutes les comparaisons de Dieu avec un médecin, un bienfaiteur, un ministre, un prince, clochent parce qu'on connail leurs devoirs.

.3. Elle supposcrnif un cITrt sans cause.

.■>. P. 210. On voit le lapport avec la doctrine de Malebranchc sur l'inconvenance (|u"il y aurait à ce ([ue Dieu déi-of^e aux lois génri-ales. Malcl)i-anche dit subtilement : Dieu n'a pas voulu faire le nion<le le plus jiarfait ]>()ssil)Ie, «' mais seulement le plus jiarl'ait ])ar rapjiorl aux voies les jjIus dignes de lu,I >• (Entret. sur la mélaph., KISS, )i. I.')!), savoir : un petit uonilu-e de lois uniformes el féc«>ndes dont le jeu iieiinellrait <pu'l(pies désordres parmi beaucoun de merveilles et de bienfaits.

Nous ne connaissons pas ceux de Dieu. De même qu'il ne faut pas isoler l'homme du monde pour juger équitablement sa destinée, il ne faut pas considérer isolément les attributs de Dieu et séparer sa sainteté de sa sagesse (1).

La troisième partie traite du mal physique. Mais, dit Leibniz, « les souffrances, les misères nous embarrasseront moins, étant des suites du mal moral » (2). Dieu qui veut antécédemment le bien et conséquemment le meilleur ne veut pas d'une manière absolue le mal i^hysique, mais comme peine, amendement, exemple. Il est dans l'ordre et conforme à des lois générales que nous ne démêlons pas, comme dans les mathématiques les irrégularités apparentes de certaines séries qui cependant obéissent à une loi, comme une ligne capricieuse dont l'équation nous échappe.

La Théodicée offre une des principales solutions que la pensée chrétienne ait données au problème du mal (3). Au philosophe, Leibniz montre Dieu déterminé à créer le monde par la perfection de sa nature, auteur de tout ce qu'il y a de positif en nous, le mal n'étant que négation et venant des limites originelles de la créature, des idées des possibles que Dieu ii'a point faites puisqu'il n'est pas auteur de son entendement. Au grand public il fait sentir l'injustice de ceux qui tantôt démontrent c[ue l'homme n'est pas le roi de la création, tantôt somment Dieu de tout organiser pour son bien. Lui, utilise l'élargissement récent du monde pour noyer le mal humain dans l'immense bonheur du cosmos. Qui nous dit que toutes ces planètes ne sont pas remplies de félicité alors que la nôtre seule est malheureuse, à titre d'exemple ? Il y a dans les machines les plus parfaites des parties « souffrantes » ; pourquoi ne serions-nous pas celle-là ? « Il ne faut pas que les tuyaux d'un jeu d'orgue soient égaux. » (4). Le surplus de bonheur des bienheureux, des créatures non intelligentes pourrait largement compenser nos maux (5). Et s'il faut considérer le meilleur dans l'espace, il faut aussi l'envisager dans le temps, avoir égard aux états à venir de l'homme comme des autres créatures. Omnin omnium causa, non hominis solum causa.

1. Suivent des considérations sans valeur, parce qu'elles portent sur des impondérables, touchant la quantité comparée des biens et des maux sur la terre. Il y a plus de maisons que d'hôpitaux et de prisons. — Sans doute, mais tous les malades ne sont pas à l'hôpital, et la prison ne contient pas tous les pécheurs ni tous les esclaves.

.3. On y « trouve les meilleures solutions qui eussent encore été données sur l'épineuse question de l'origine du mal. » Fonmeij : « Hist. abrégée de la philos. », 17(;0, p. 281. Formcy est wolfTlen. V. N. r. l.. 1710, t, II, 314, ."ÎC? : '( Ouvrage excellent ».

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