Abrégé de la controverse, 2"= objection
Leibniz paraît satisfaire à la fois 1' « orgueil » philosophique et riuiiiiilité religieuse (1), le sentiment moral et le sentiment chrétien. Pour traiter la question de la Providenee, les apologètes du xviir' siècle s'appuieront désormais sur lui (2). En 1759 à l'occasion du désastre de Lisbonne, Kant, encore endormi du sommeil dogmati(iue, écrivait ces mots leibniziens : « L'honune « est si éi)ris de lui-même qu'il se considère purement et simple- « ment comme l'unique but des arrangements de Dieu... Nous « sonunes une partie de la nature et nous voulons être le <i Tout. » (3).
Mais il ne pouvait pas désarmer la critique (1). Il déforme sans le vouloir le Dieu personnel du christianisme. 11 innocente bien l'Auteur des choses, mais celui-ci n'est plus le Père, le Père tout piiissdiiL H a trop répété : ne le comparez pas à un tuteur, à une mère. Ce Dieu qui n'est pas maître de son entendement, ([ui obéit à un fatalisme, moral sans doute, mais en fait aussi déterminant (pie le géométrique, apparaît nécessité. La création du monde est une mathématique divine en action (ô). Dieu est i)ar-dessus tout le Calculateur, l'Archjtccte : << Ciiin Dciis calculai cl cof/ilalionem cxercel fit miindiis » (G). Cherchez-vous le Dieu d'Ksaïe au cœur miséricordieux, ou celui de Jésus qui prend souci des asphodèles et des passereaux, à plus forte raison de chaque homme, vous trouvez un excellent mécanicien (7). Sur un point ca])ital Leibniz, par sa notion de la liberté, aggrave les ditïicultés, loin de les résoudre. La punition de l'humanité pécheresse, ici-bas par le mal ])hysique, plus tard par la damnation, devient une injustice plus criante quand on réduit notre liberté à la si)onlanéité (8). Le damné dont la volonté fut déterminée à un mauvais choix se plaindrait à bon droit qu'on lui vînt dire : votre volonté n'était
1. Il dirait volontiers avec l'ami de Job : « Veux-tu donc disputer avec Dieu i)arce qu'il ne rend aucun compte de ses actes ? » (Job 33, l'.l).
2. Dès 1711, il est cité dans des tlièses soutenues à Cienève sous la présidence de Tiirrettin. V. Bibliogi-.
ii. Sammlliche Werke, éd. Hartenstein, I, 443, « Considérations sur l'opllmisnie », c. p. Delbos : « PliiIoso]ihie pratique de Kant », 190."), p. 80.
1. ■■ La résolution de ces difficultés, disait \(iii<tè. n toujouis été regardée en tliéologie comme la pierre philosojjhale en chimie, la (juadraturc du cercle en géométrie, le mouvement perpétuel en mécanique. » — La Souveraine per- Irction, p. .3.3.
,"). " l-^x liis jam miriflce intelligitur, quomodo in ipsa originatione rerum Matliesis qii;i'(lain divlna seu Mecanisnius metapliysicus exercealur. " IMiil. Schrif., éd. cit. VII, .301. V. Couturat, [88], p. 220.