Continuât, dos Pensées, c. 12t. ()., III. :m) h
5. Au sens biblique et complet du mot : toutes les vertus du juste.
nation » ; or la rclij»ion a pour but la justice, — Mais il y a eu (les états païens florissants. — Probablement parce cpie les plus fausses religions ont certains principes de droiture communs avec la vraie. La religion qui prescrit l'amour mutuel soutient la société en général, formée pour l'aide mutuelle, soutient chaque gouveri!enient particulier puisqu'elle rend le monarque juste, ôtc à l'aristocrate le désir de primer, éteint dans les démocraties la haine des supériorités et le goût des factions.
Voilà qui va bien et Saurin prouve agréablement que la vie intérieure d'une société chrétienne serait en effet bien réglée. Puisque les devoirs civiques coïncident ou voisinent avec les lois morales, une religion qui rend l'homme moral en fera un bon citoyen. Mais les difficultés commencent avec les relations extérieures d'un peuple, la société des nations, surtout au temps de Bayle, étant livrée à l'anarchie. Si, à la rigueur, une société non menacée n'a pas besoin d'avares et d'andjitieux pour prospérer, une société entourée de rivaux ne peut pas mépriser ses intérêts temporels. De plus Saurin glisse sur une difficulté capitale, celle de la guerre. Il dit que les membres de cette société chrétienne se battront pour être agréables à Dieu. Mais la résistance violente est-elle compatible avec le vrai christianisme ? — Enfin les exemjjles de nations religieuses et prospères qu'il invoque : Egyptiens, Perses et Romains, ne sont guère valables puisque leur religion ne leur prescrivait pas les vertus de renoncement i)roprement chrétiennes.
Ainsi le prédicateur passe à côté de l'obstacle. D'autres plus Ohardis s'y briseront.
Bernard Jac.quf.s liKiiXAnn avait consacré plusieurs articles des Xoii-
velli's (le la république des lettres {D aux prétendus méfaits des religions en général et particulièrement du christianisme. Ses réponses sont intéressantes et assez fortes. Mais la source des « paradoxes » de Bayle est l'idée que la morale n'est pas fondée sur l'idée de Dieu. 11 lui suffisait de confirmer son principe, pour ruiner la réfutation de Bernard (|ui supi)ose le i)rincii)e contraire. Les deux thèses discutées sont : l'athéisme est moins funeste que In superstition ; — une société de vrais chrétiens ne pourrait pas se défendre. La i)remière met en conflit les deux i)rincipes de la morale (2), la seconde l'interprétation littérale de certains i)réceptes (le .lésus et celle (|ui cherche l'esprit sous la lettre.
1. 17n:>, p. 12.^, 289, ."îl" ; — 1707, janv.. p. H, jiiil. 00, août 108, sept. 280.
2. lUtfile |)i('t('n(l <|u'il on psf de In vorlii et du vice comme du bon Pt du iniuiviiis liiisoiinniicnt. Los atlii'cs croifiit qu'on doit raisonnor juslp parer (/lie r'esl cnuforuie ù lu luiliire de l'hinnnie ; ilr. jiratiqupiont la vertu par la même raison.
Les athées sont si convaincus que la religion moralise, qu'ils accusent les politiques de l'avoir inventée pour servir de frein (1). Le 6" livre de l'Enéide prouve que l'idolâtrie elle-même réprimait les vices. Bayle devait comparer à l'athéisme le mélange de bien et de mal qu'elle offrait « et non un extrait pur et simple de tout ce qu'il y avait chez les païens d'erreurs et de crimes » (2). A côté de Vénus est Diane. En revanche il suppose bien gratuitement que « les athées ne seraient jamais qu'un cœur et qu'une âme » (3), comme si les passions humaines ne savaient trouver d'autres prétextes de discorde que les prétextes religieux ! L'athéisme donne à un malade un pur poison, le paganisme un poison mêlé d'antidote, qui tuera moins sûrement.
Quant à la résignation qui ferait la faiblesse d'une société chrétienne, elle n'est recommandée que par certaines expressions manifestement outrées de Jésus. Il reprit celui qui l'avait frappé. En tout cas « ce serait très mal entendre ses préceptes que de pré- « tendre que ce qu'il a dit des vengeances particulières doive « s'étendre jusques aux souverains et aux Etats » (4). Un état chrétien serait fort, ayant moins de guerres qu'un autre, une armée saine et faisant bon marché des biens terrestres et de sa vie, le prestige que donne un gouvernement vertueux. La bonne foi de sa diplomatie le rendrait-elle inférieur ? non, la meilleure finesse est de n'en pas avoir. Jusque là Bernard fait bonne figure. Mais quand Bayle détaille avec complaisance toutes les variétés d'immoralité que la guerre résume et dont un vrai chrétien serait incapable, notre auteur ne trouve rien à opposer que ce principe malsonnant : les devoirs des états ne sont pas ceux des particuliers, ce qui revient à dire : un état ne peut pas vivre conformément aux préceptes du Christ pris même dans leur sens le plus métaphorique, et c'est tout ce que Bayle voulait démontrer.
Elie Bexoist (5) qui réfute à son tour Bayle à travers Toland, Benoist conteste l'existence de peuples athées que le sceptique accepte