T. II
7. Il avait 69 ans. Le triomphe de la Providence et de la religion, Amst. 1723,
cherchant dans l'Apocalypse le programme de son action. Un doux croyant, Dcvellcs, ne voit qu'un remède à l'incrédulité grandissante, — il est digne de La Palisse, — c'est de « recourir à la simplicité de la foi » (1). On avait vu plus ridicule. Le déplorable auteur d'une apologie anonyme parue en 1701 prouvait la Trinité par les 3 dimensions de l'espace et par le fait que Dieu disait : « faisons l'homme à notre image » (2).
La critique A la fin de cette période où grandit la difficulté scientifique historique de croire, nous voyons poindre aussi la difficulté historique. De Croiisaz (3), qui est parmi les défenseurs du christianisme un des mieux informés des objections modernes sous leur aspect le plus récent, formule le problème historique fondamental, en des termes que nous ne retrouverons de longtemps ni chez les librespenseurs ni chez les chrétiens. Dans un sermon sur « la validité du témoif/naf/e des apôtres », il expose l'hypothèse actuelle sur la formation des évangiles, pour l'avoir sans doute entendue dans la conversation, car les livres les plus hardis, y compris celui de Collins, ne s'élèvent pas, que nous sachions, à une conception aussi nette (4). « Il se i)eut, diront les incrédules, qu'il y a eu un « homme chez les juifs qui s'appelait Jésus. Il s'est dit le Messie, tf il s'est fait des disciples... Les premiers disciples en font d'au-
'1 V. 12. C'est une explication des « 7 sceaux et des 7 révélations prophétiques » de l'Apocalypse par les grands événements de l'histoire de l'empire et de l'église, '- depuis le temps de S. Jean jusqu'à notre temps » (t. IV, C70). Ce nouveau Discours de l'histoire universelle s'écarte de l'intei-prctation de liossiiel, (jui suivait lui-même Grotius. V. Rossel : « Ilist. de la lui. fr. hors de France » p. 122. l'ait à noter, Abbadie observe que l'cauienii n'est plus l'athée, le spinoziste, mais le déiste qui, admettant Die-u, l'inunobilise.
1. Traité de la simplicité de la foi Paris Lamesle 1733, 12, p. 22. Nous n'avons à vrai dire aucune preuve que ce livre obscur ait eu un lecteur, il nous renseigne cependant sua' l'état d^esprit de certains combattants d'un côté de la barricade.
2. Histoire du christianisme où l'on fait voir l'oriyine et l'antiiinité de ses vérités. Paris 2 v. 12, c. (i. Trois journaux ont pris la peine dfcn parler. J. sav. 1702 p. 386 ; N. r. l. 1702, t. 2 p. 318 ; Mém. Trév. sept. 1702, p. IGO.
3. J. P. de Crousuz (101)3-1750 '!) professeur de philosophie et de mathématiques à l'Académie de I^usanne puis à Groninguc (1721), devint gouverneur du prince Frédéric de Hesse Casscl. Il publia un Traité du beau 171.5, un Examen du traité de la liberté de penser de Collins 1718, .5 Sermons sur la vérité de la rclifiion chrétienne, Amst. 1722, 8" d'où est tirée noire citation, un Examen du piirrhonisime ancien et moderne 1733. (^est un esprit ouvert, géiu'-reux, très peu clérical.
1. Dans son Traité de la liberté de penser (1713i, qui renferme I'atta(iue la idus poussée qu'on eût encore vue contre le N. T., Collins montre qu'on ne peut faire aucun fond sur ce document à cause de l'incertitude du Canon, des variantes du texte, des variations des interprètes ; mais il n'envisage pas clairenu-nt les évangiles comme un produit de la conscience collective des premiers chrétiens. Cette idée de création collective, avec toutes les modifications que les modernes lui ont fait subir, ne deviendra familière qu'oprès les Proletjomena ad Ilomerum de Fréd. Aug. Wolf.
« très. Les éloges de leur maître commun croissent de bouche en « bouche. A la fin quelqu'un s'avise de rassembler dans un livre « ce qu'on en a dit, et il y a des gens qui reçoivent ce livre sur « la foi d'une tradition qui a passé de main en main, mais à qui « il est arrivé comme à toutes les autres, de grossir et d'aller « au delà de la vérité. » (1).
A vrai dire, les difficultés historiques sont loin d'avoir encore l'importance capitale qu'elles paraissaient devoir prendre ai^rès Spinoza et Simon. Peut-être parce que le mouvement qu'ils avaient initié fut arrêté chez les Français par des ouvrages considérables d'auteurs respectés, qui faisaient l'opinion moyenne des ecclésiastiques sur ces questions. Or, jusqu'aux dernières années du xix" siècle, la critique biblique s'est faite par des hommes de foi. Pour passer une vie entière sur les textes sacrés, il fallait y trouver un intérêt vital. Peut-être aussi l'esprit du xviii* siècle, moins sérieux et moins ami de l'érudition, détournait-il les esprits laborieux vers des études plus en vogue.
Cependant les questions brûlantes sont posées (2), et si la masse des apologistes et des croyants retient les conceptions traditionnelles, nous pouvons noter un léger progrès de la critique biblique, plus chez les protestants que chez les catholiques, où Bossuet en réprimant Simon a tué la liberté naissante, où les Pezron restent dans les limites permises et où les Dupin sont condamnés.
Voici les idées nouvelles par lesquelles l'œuvre de Simon se continue et la notion des Ecritures se modifie.
Le ministre Souverain, en dévoilant le platonisme des Pères poursuit une démonstration dont on trouve çà et là l'esquisse dans les travaux du grand critique : le dogme de la Trinité est le fruit d'une élaboration théologique (3).
Basnage, dans son Histoire des juifs depuis J.-C. conteste que ce mystère ait été cru des anciens Israélites ou connu des païens.
1. O. c. 69. Crousaz repond faiblement que, s'il en était ainsi, jamais les chréti<>ns n'auraient reçu nos évangiles. — Mais pourquoi se seraient-ils défiés de livres confoi'nies à la tradition orale ? La réponse tirée des épitres, reconnues antérieures aux évangiles et qui en donnent l'essentiel, est plus solide. — Entr'autrcs objections assez nouvelles, Crousaz examine celle des « divisions des premiers chrétiens «, qu'il faut envisager, dit-il, du point de vue historique.
2. Dans sa critique de l'Apologie d'Houteville, Desfontaines lui reproche de n'avoir pas répondu à l'objection formidable : les évangiles sont-ils bien des auteurs nommés et non écrits sous leur nom, après leur mort ou après la ruine de Jérusalem. Lettres de M. l'abbé *** Paris 1722, 12, let. 10.
3. Son compte rendu de l'ouvrage de Maldonut sur la Trinité et la façon dont il se défend de l'accusation d'antitrinitarî:inisme mollirent qu'il n'avait pas une conception strictement orthodoxe de la Trinité. (Dibl. rrit. t. II. Ailleurs il examine si les juifs ont lu les livres des Grecs, s'ils ont emprunté d'eux c[uelquc chose, et n'a pas de peine à prouver que les juifs hellénistes ont beaucoup emprunté aux platoniciens (ib. t. II, c. 34).
Les juifs du temps de Jésus ne pensaient nullement que le Messie dût être Dieu (1). Voilà au moins deux erreurs que les apologistes devront rectifier dans leurs ouvrages.
L'orientaliste Foiirmont, professeur d'arabe au Collège royal et d'hébreu au collège d'Harcourt, reprend la thèse de l'inauthcnticité du Pentateuque dans ses Lettres à M. *** sur le Commentaire du P. Calmet sur la Genèse {2). Il s'élève contre les sens mystiques. 11 conteste que dans « Dieu eréa les cieux et la terre » le terme hébreu « bara » exprime le passage du néant à l'être : il signifie forma (3). Ces lettres n'eurent pas de suite, par ordre supérieur.
Mais i)lusieurs années après, Fourmont eut encore l'occasion de condiattre l'exégèse allégorique, si odieuse à Simon. Le pieux Duf/uet avait publié des Règles pour l'intelligence des Saintes Ecritures (4), ouvrage d'édification où il enseignait l'art de trouver J.-C. dans tout l'Ancien Testament. Le philologue en fit une Réfutation où il défendait « le sens littéral des histoires et des prophéties », et où il établissait « des principes fixes contre l'abus et les excès des allégories >i (5).
L'antiquité Dans un autre domaine, la tentative du P. Pezron (0) de donner
du monde un peu d'air à la chronologie en adoptant le calcul des Septante
Pezron pour les années des premiers i)atriarchcs, marque un désir timide
1. « Il est à craindre que des gens qui ne voient point la Tiini;é dans le N. T. où elle est clairement exprimée, n'aient encore plus de peine à la voir dans l'ancien où elle ne se trouve qu'obscurément » (L III, c. 4^ p. 58 et c. 24). Uasnuije est orthodoxe, mais il était incapiible d'atténuer la vérité.
2. 1" lellrc, Paris Delaulne 1709, 8" ; 2"^ ib. 1710. « Il est assez probable que le Pentateuquc ne porte le nom de Moïse que parce qu'il contient ses lois ; les titres des livres de la Bible marquent plutôt les histoires que les historiens. > ï" Ict., 25.
3. 2' lettre. Sur la manière do prouver la création par la Genèse.