‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 168 sur 397 · IV. — La chimérique distinction du contenant · texte numérisé non relu

IV. — La chimérique distinction du contenant

ET du contenu de LA FOI

La tendance à simplifier le débat et à donner le pas à la preuve des faits sur la démonstration des dogmes se retrouve chez presque tous les apologètes qui conservent l'illusion intellectualiste. Le principe intangible de l'accord de la foi avec la raison reçoit une application plus restreinte. Si la métaphysique n'est pas entièrement bannie, on tente de moins en moins, à la suite de Malebranche ou de Leibniz, de justifier rationnellement le contenu de la révélation. On se borne à fournir les titres du contenant à la confiance. des hommes.

Le représentant le plus radical de cette tendance est le cartésien Régis, qui fait consister l'accord de la raison et de la foi « en ce que la raison ne cherche pas à donner des démonstrations touchant le fond des mystères, mais seulement à faire voir qu'ils sont croyables » (5). Elle n'a pas à prouver la divinité de J.-C. ; son

■1. Ou pourrait ajouter que sacrifler la liberté pour sauver le miracle, — c'est à quoi revient l'ordre préétabli A'IIuuleville. — est une solution à la Gribouille, un remède pire quo le mal.

5. L'usage de la raison et de la foi, ou l'accord de la foi et de la raison, Paris 1704, i", p. 268. En interdisant à la raison l'examen des dogmes, Régis suit l'exemple de Descartes. Un disciple impénitent d'Arislotc, le P. de Valois, avait montré le cartésianisme contraire au dogme de la transubstantiation : l'essence des corps étant l'étendue, le corps du Christ ne peut pas être réelle-

rôle consiste à autoriser l'Ecriture et la tradition qui l'aflirment (1). La foi divine n'est pas la foi humaine. Celle-ci résulte de l'examen du fait et du droit : le fait s'est-il passé, est-il convenable ? La foi divine repose sur l'examen du fait seul : Dieu a-t-il parlé (2) ? Les scolastiqucs et certains philosophes modernes ont erré en voulant expliquer les mystères et ont prêté le flanc aux incrédules (3).

Tous les apologistes ne sont i)as aussi catégoriques. L'opinion de Régis est cependant celle qui tend à prévaloir (4). Nous serions porté à voir dans ce retour au principe cartésien de la séparation de la philosophie et de la foi un effet de la critique baylienne et de la mésaventure de Malcbranchc.

Le bénédictin François Lamij défend énergiqucment ce point de vue dans ses apologies superficielles : Ycritc évidente de la reliffion chrétienne (5) et l'Incrédule amené à la religion par la raison (0). Lui aussi distingue le contenant rationnellement démontré du contenu avoué obscur, et ne sent pas ([uc cette obscurité rend contenant et contenu inadmissibles aux esprits forts. La raison conduit l'esprit au seuil de la foi et s'efface en prouvant qu'elle doit s'effacer. Son premier ouvrage renferme les arguments communs. L'auteur fait grand état du témoignage que Jésus se rend à lui-même, sans envisager l'hypothèse de l'illusion innocente. Dans le second, formé de 9 entretiens et beaucoup plus

ment dans la petite hostie, car il y serait sans son essence, c'est-à-dire sans son être. De la Ville (pscud.) : Les sentiineiils de Descarles opposes à la doctrine de riùilise et conformes aux erreurs de Cali'in. 1(180. — .l;io;i;/;;u' ; " La philosophie de M. Descartes contraire à la foi calholiiiiie. avec la réfalal'ion d'un imprimé fait depuis peu pour sa défense », (intitulé: Eclaircissement sur le livre de M. de la Ville), Paris l(i82, 12. — C'e«t une de's raisons pour lesquelles les Cartésiens n'aiment pas philosopher sur les mystères.

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