‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 177 sur 397 · Paris · texte numérisé non relu

Paris

2. Amsf. 12, rèétl. 1711, 1710. Réiiédict Piclet nr).')5-172 1), pasteur cl i)iofcsspur de tln-olof^ie à Gpnr've, lie'- avec toul ce que le protestantisme fr.'inçais, anglais et Iiollaiidais comptait de distingué, refusa de remplacer F. Spanheini à l'Université de Leyde (1701i. Orthodoxe, il lutta sans succès jiour maintenir Uobligation où étaient les ministres de (ieneve de souscrire aux canons du synode de Dordrecht. Mais son orthodoxie était douce et CiJiaritahle. >8embre correspondant de la société anglaise poui- la propagation de la foi (1700) et assm-ié étranger de l'Académie des sciences de Ucrlin (1711), Pictet fut un pasteur excellent. Il se ruina pour venir en aide aux réfugiés français. Sa mort fut déplorée dans tous les pays protestants. Le principal de ses nom^ breux ouvrages est sa Thenlngiu chrisliana, Genève 1090, qu'il traduisit en français en 1701 et 1708, 3 v. 4°.

« rassure contre toutes les frayeurs que peuvent nous causer la « considération de nos péchés, la pensée de la mort et d'un juge- « ment à venir, et qui nous remplit d'une paix et d'une joie qu'on « ne peut ni exprimer ni concevoir ; — un livre dont la doctrine «. remplit tous les besoins de l'àme, satisfait à tous ses désirs, car « on ne saurait douter qu'un livre oii notre âme, dont les désirs (S sont infinis, trouve de quoi se satisfaire pleinement, ne soit la « production d'un Dieu qui pouvant lui seul connaître ce que « nous souhcntons, peut aussi nous contenter lui seul ; — un livre « dont la doctrine produit de si grands effets que dès qu'elle est {' une fois reçue dans nos cœurs rien n'est capable d'ébranler « notre constance et notre foi, non pas même les plus cruels « supplices » (1).

Dans un sermon sur « l'examen des religions du monde », c'est encore cette exacte proportion avec « tous les véritables besoins de l'àme » que le professeur de Genève invoque en preuve de la religion chrétienne : « elle nous éclaire, elle nous sanctifie, elle nous console, elle nous fortifie, elle nous réjouit » (2).

C'est à peu près le même langage que tient Basnage dans les Discours qui précèdent son Histoire du Vieux et du Nouveau Testament (3).

Mais l'idée s'approfondit chez ceux qui modifient plus consciemment la notion intellectualiste de la foi. La Placette, dans son Traité de la foi divine (4) estime la foi impossible sans la piété. 0 Episcopius (5) dit qu'on peut connaître Dieu sans l'aimer et

2. S Sermons sur l'Examen des relii/ions. Genève 1698. Serin. 2, p. 104. Rééd. 1701, 1710. V. -V. r. /.. nov. 1702, p, 508. La même idée est reprise dans la 1" de ses dissertations sur l'excellence de la religion chrétienne. Dissertatioiium theologicarum de rel. christ, preestantia ac divinitate decas. Genève 1719, 8•^ Fabricius qualifie cet ouvrage de « solidum ac nrirclariim scriptuin » {Delectus argumentorum, [14] c. 49). V. Nouv. lit., t. X, p. 32.

3. Amst. 1704, fol. La foi sera « inébranlable quand elle trouvera dans rE\angile des preufvcs de sa vérité par la lecture et par l'examen qu'on en fera •> (p. 69». Ces preuves sont bien supérieures à « toutes les preuves étrangères », car elles sont sensibles au cœur. « Dieu seul peut remplir tous les désirs de l'âme et nous rendre éternellement heureux comme lui. On trouve dans l'Ecriture ce Dieu qui pardonne au pécheur après sa rébellion et son crime, qui dissipe les remords et les agitations de la conscience, qui adoucit les frayeurs de la mort par une douce espérance d'un bonheur élernel ». 101.

4. Amst. 1697, 1717. < Il est assez difficile de dire si cette incompatibilité de la foi et du vice vient de l'efltcace de la foi qui détruit lo vice dans ceux qu'elle éclaire, ou de l'obstacle que le vice met à la production de la foi «.

.5. Episcopius nJiscop) 158.)-1643, professeur au collège arminien d'Amsterdam, fut le plus célèbre représentant de Varminianisme, réaction contre la prédestination calviniste au nom de la liberté humaine. Il ne faut ;pas le juger sur ce fragment de citation. Il considérait, lui aussi, le christianisme « moins comme un ensemble de doctrines que comme un nouveau principe de vie, et la foi comme une puissance essentiellement morale .. — Encycl. Lichtcnberyer, [30] art. Episcopius, t. IV, 449.

« sans observer ses commandements... St-Jean ne se contente pas « de dire que celui qui viole les coniniandements de Dieu ne le i< connaît point... Il dit qu'un tel lionune serait un menteur si « n'observant point les commandements de Dieu, il se vantait de « le connaître (1). N'est-ce pas dire formellement non que cette « connaissance séparée de la sanctification est inutile, mais qu';7 « est impossible de l'en séparer ? » (2).

C'est donc la vertu sanctifiante du christianisme éprouvée par l'âme docile qui fait naître la persuasion. Celui qui veut faire connaît : la croyance jaillit de l'obéissance confiante. Dès lors la foi repose sur l'évidence intrinsèque et, si l'on peut dire, expérimentale de la religion. Il n'est même pas besoin de l'Ecriture pour croire ; les illettrés, les peuples exotiques évangélisés par les missionnaires ne l'ont pas (3). Cette évidence ressort particulièrement des expériences de joie et de force que fait le fidèle : « la religion « remplit nos vides et pourvoit à toutes nos nécessités » (4). Elle chasse la peur de la mort et du châtiment, console des soufi'rances, enseigne le devoir et donne la force de l'accomplir. « On dira « que tout cela serait beau pourvu qu'il fût véritable. Et moi je « dis qu'/7 parait qu'il est véritable de cela même qu'il est si « beau » (5).

On ne sera pas surpris de trouver la preuve interne dans les Lettres du mystique Fénelon ((>), car là plus qu'ailleurs il réduit la religion à l'amour. C'est toujours à un état d'amour (|ue l'état de foi se ramène. La preuve essentielle à ses yeux du christianisme, c'est qu'il remplit la fin de l'honiine : « Dieu nous a faits pour vivre de lui et de son amour ». « L'amour ])ersuadc, console, anime, jjossède toute l'âme ». « Ne raisonnez point, croyez votre propre cœur à cpii Dieu, si longtemps oublié, se fait sentir amoureusement » (7).

1. Jean 8, 'i'). V. aussi 7, 17. ■< Si (luclqu'iin veut faire la volonté de Dieu, il connaîtra si ma docliinc est de Dieu ». On sait comment Pascal tire de i-elte vérité psycholoj^icjue la méthode qui a scainlalisé : plie/ la maehine, faites dire des messes. Nous avons avec Lti Plucelle une appilealion plus <' spirituelle ■> de cette loi. Il s'agit de changer non ses praliuncs mais ses actes.

3. Ceci satisfait à la forte objection que les eatholi(iues adi-essaient aux j)rotestants : le elirislianisme existait avant le Nouveau Testament.

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