‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 190 sur 397 · P. l.'kS · texte numérisé non relu

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4. Cette idée que la coiirorniité des doctrines viendrait moins d'une imitation que de la partieiijation de tous les homimes ù la lumière naturelle transjiaraît aussi chez le iiasleur réfugié lioniparl, auteur de l'arallela sacra et profana sivc noliv in (ienesiin. Am.st. 1()8!), 1", où il met en ]iai'allèle la Genèse, l>rise verset jiar verset, avec les écrivains i)roranes, selon le jjrocédé de Huet. M(iïs<' a rendu à la lumière ]>rimitive lout son éclat, mais elle n'élail qu'obscurcie chez les ])aïens. • Hinc t"! documeiila pliilosopliorum, ([ui sine Scrip-

La thèse de Huet, involontairement minée par Thomassin, est attaquée discrètement par Fontenelle quand, dans l'Histoire des oracles, il insinue que les chrétiens ont emprunté aux platoniciens leurs idées sur les démons. Elle est ouvertement menacée par l'ouvrage de Souverain dont le titre ne laisse pas soupçonner l'audace : le Platonisme dévoilé (1).

Chez cet auteur, Havet du xvii" siècle, la thèse traditionnelle est retournée : c'est le christianisme qui s'est inspiré de la philosophie païenne. Unitaire déclaré, Souverain veut combattre la confusion du Verbe de St-Jean avec le Logos de Platon, et démasquer les Pères qui, comme Origène et Augustin, ont brouillé la doctrine des apôtres avec leurs rêveries platoniciennes. Quelle est l'origine de la Trinité des anciens Pères ? « Dieu s'étant révélé « à sa créature par voie de manifestation au dehors et de com- « munication 'au-dedans, on a fait de ces deux dispensations « autant de personnes divines distinctes de Dieu le Père » (2).

Quelle est l'origine de la Trinité des philosophes ? La contemplation des ouvrages de Dieu leur a découvert son infinie Bonté, sa Sagesse et sa Puissance. Platon comprenant que le monde n'était pas éternel, mais que Dieu poussé par sa bonté l'avait engendré par sa sagesse et rempli de sa vertu, appela ces 3 principes : le Bon, la Raison, l'Ame du monde.

Comment s'opéra la fusion des deux conceptions ?

« Comme plusieurs des disciples de Platon embrassèrent le christianisme, « ils ne manquèrent pas d'attribuer à J.-C. tout ce que cette philosophie « attribuait au second Dieu et particulièrement la création du monde, soutc- (( nant... que ce Vcrljc était apparu depuis aux patriarches comme le minis- <( tre du souverain Dieu et qu'enfin ajant pris un corps dans le sein de « Marie il avait prêché l'évangile aux hommes. Ils ont cru par là relever « infiniment l'honneur du Messie et éblouir les platoniciens pour les attirer « plus facilement à la religion chrétienne ; joint qu'il leur aurait été fâcheux « qu'après avoir fait de si longues études et une si belle figure dans l'école « de Platon il fût dit qu'ils avaient étudié en vain. » (3).

Cette assimilation se fit en deux étapes. Les premiers Pères ont « théologisé » J.-C, non comme les Pères platoniciens qui sont venus ensuite, mais seulement par rapport à sa naissance miraculeuse et à son exaltation. Dans ces premiers temps c'était une hérésie de le dire Dieu souverain. Mais bientôt on eut recours

tura duce non pauca Scriptura; ad aniussini respondcntia protulerunl. Vestigîa namque in homiiie quecdam et scintillœ remanscrunt pristinœ liicis »... Préf., p. 5.

1. « ou Essai touchant le Verbe platonicien >, (lologiu- 1700. 8".

V une fraude pieuse, pour compenser l'ignominie de sa naissance obscure et de sa mort par sa préexistence, sur laquelle on préférait insister que sur son exaltation, trop proche des apothéoses. On usa de « l'économie », de sens mythologiques analogues à ces symboles par lesquels les païens sauvaient leurs fables ridicules, et les Pères platoniciens se mirent à théologiser dans les idées de Platon.

« Théologiser, c'est parler de quelqu'un sur le même ton qu'on « parle d'un Dieu ; s'il naît miraculeusement dire qu'il est desft cendu du ciel, s'il réforme les hommes, dire qu'il a créé le « monde, si Dieu l'élève à quelqu'extraordinaire dignité, dire que « Dieu l'a engendré » (1). Jeun leur en donnait l'exemple dans son « évangile contemplatif » : « personne n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel ». Fort bien, si l'on prend cela dans un sens métaphorique ; mais le malheur est qu'on l'a pris au pied de la lettre.

La véritable économie est celle des unitaires qui entendent avec les anciens hérétiques par « Verbe préexistant » la raison éternelle de Dieu, qui est Dieu même, — avec les juifs par « la Sagesse » (2) non une sagesse personnelle, mais « la sagesse en général telle qu'elle est en Dieu ou qu'il l'a communiquée aux hommes » (3).

Leclerc au 3" tome de VArs critica (170(5) dénonce, lui aussi, l'infdtration platonicienne et le rôle joué par Philon. Simon, examinant dans la Bibliothèque critique (1708-10) divers ouvrages modernes où il est traité de la Trinité (4) et parlant des livres apocryphes cités par les Pères, affirme les emprunts faits par les juifs hellénistes aux Platoniciens (5).

Dans les Orif/incs judaïav (170!)) Toland pousse une charge à fond contre Huet : presque toutes les citations d'auteurs païens où Huet croit saisir un écho de Moïse sont détournées de leur vrai sens. Par exemple il applique au Dieu du christianisme des vers de Manilius célébrant le Dieu panthéiste. Il cite un passage de Diodore d'après lequel Moïse a donné le premier des lois aux Egyi)tiens, mais le texte porte Mneuen et non Moijsen que Justin

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