‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 232 sur 397 · Amsi · texte numérisé non relu

Amsi

.3. P. 160. L'esprit du livre tient dans cette pensée : « L'infinité de la jns,(icc H ne consiste pas à punir à l'inftni. mais à être infiniment équitable, à entrer « dans un détail infini de ce ([ui peut rendre chaque créature plus ou moin» « coupable, plus ou moins panlonnable ».

4. Abraham Ruchat (1678-1750), pasteur, puis principal du collège de Lausanne (1721) et profcsse^ur de théologie (1733), est surtout connu par son Histoire de la réformalion de la Suisse, Genève 1727-28, 6 v. 12. L'ouvrage dont nous parlons ici est l'Examen de l'origénisme. Lond. 1731-37, 8°. La réponse de M. Huber est intitulée : Suite du système sur l'état des âmes séparées des corps. Lond. 1739, 12.

5. Amst. 1731, 2 v. 12 ; rééd. 171t. Criton est philosophe, Philon avocat, Eraste négociant.

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témoignage (1). Elle ne saurait nous égarer. « L'existence de la « conscience est prouvée par s(mi langage même. Elle se fait en- « tendre, donc elle est... son témoignage est infaillible, donc les « vérités particulières qu'il adopte sont indubitables, par cela « seul elles n'ont pas besoin d'autres preuves » (2). Parmi les « vérités » religieuses, il faut distinguer les vérités simples que la conscience avoue et les additions humaines. Vous demandez (pielle différence je mets entre l'Ecriture et la vérité, je demande à mon tour quelle différence il y a « entre un traité sur la lumière '( et la lumière elle-même... Un livre qui contiendrait le portrait « d'un prince... n'a jamais été pris i)our le prince et l'on a beau « dire que l'on a Louis XIV dans sa poche, personne ne s'avise « d'en rire » (3). La religion naturelle est « ce que les hommes « ont pu connaître de la vérité, au dehors par le témoignage de « la nature et au dedans i)ar celui de la conscience... La religion « chrétienne n'y ajoute rien quant au fond et à l'essentiel, mais « elle sert à la développer et à montrer aux hommes l'usage « qu'ils en peuvent faire » (4).

La révélation a une valeur pédagogique. C'est dire que la religion s'identifie à la morale. De là son i)rix, car une seule question importante se pose à l'homme : Que faire ? quel est le

1. Idée chc'ip aux déistes depuis Spinoza, et, dans un sens plus profond, aux mystiques de tous les temps. Le.i deux courants confluent chez M. Iluber. Dans un api)endice à Fides eil ratio collativ, (Anisl. 1708, 12) l'ami d'Antoinette de Bourignon, Poirel. disait qu'un livre est divin quand l'auteur a de la piété, de la sincérité et le dessein d'amener les âmes à Dieu. L'Ecriture n'est que pour rendre timoi(jna<ie à la lumière. Huber illustre cette idée par un apologue. Les habitants d'une catacombe n'ont pas voulu être éclairés par les messagers et le fils du roi de la lumière. Ceux-ci morts, on garda leurs écrits et l'on crut que les catacombes faisaient partie du royaume de la lumière. « Cela était évident 1 par les lettres de la lumière que l'on avait entre les mains et que l'on propo- ■ sait ]iour xmiquc règle de conduite à tous les habitants »' 11, 88. On leur distribue des lunettes pour qu'ils voient mieux cette lumière du livre. Malheureusement elles sont colorées et tous voient difl'éremment. Depuis 1000 ans ils se battent. Ça et là quelques esjjrits s'acheminent seuls vers la vraie lumière et ne laissent pas <■ de ressentir ])ar im je ^ne sais quoi ([ui est vme suite de leur origine qu'ils ont été faits pour le pays où elle éclaire >> 99.

2. I, 190. A l'objection tirée des variations de la conscience dans les divers pays et des ordres cruels (|u'elle donne aux persécuteurs, M. H. répond : ce sont les hommes qui varient vis à vis d'elle et non elle dans lesi hommes. Ils y font appel chez les autres, sachant) fort bien dans quel sens elle parlera. F,n tout cas, il n'y a pas de guide supérieur à elle qui puisse la redresser. I, 110.

4. L 221 sq. L'auteur explique : " Elle manifeste d'une manière jiarticulière < les dessoins du Créateur sur les ci-éatures, l'amour (|u'il a pour elles, les <• marques inouïes (ju'il leur en a données ; elle en api)orte des preuves ou des « témoignages sensibles ; ce sont des faits publics, «les exemples, des miracles, '. des préceptes développés ■> etc... Ou encore : /(/ retii/ion luilvrclle montre le but. la reliijion chrétienne le chentin >. Ih. (If. Lct. sur la reliij. essentielle, lit. .'>.

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but de la vie ? La « vérité » est pour Marie Huber uniquement la vérité pratique ; c'est pourquoi la conscience est source de vérité. C'est pourquoi aussi la volonté est l'origine du vrai et du faux, car c'est elle qui oblige l'esprit à écouter la voix de la conscience ou qui détourne son attention (1).

L'expression que Marie Huber donne à sa pensée reste parfois enveloppée d'une nébulosité féminine ; les tendances de cette philosophie de la volonté sont cependant assez nettes.

Elles se précisent dans les Lettres sur la religion essentielle à Le

l'homme, distinguée de ce qui n'en est que l'accessoire, que l'on moralisme peut considérer comme son meilleur ouvrage (2). pragmatiste

Ces Lettres, comme les « Pensées philosophiques » de Diderot, attestent le coup mortel que les convulsionnaires ont porté aux miracles. Impossibilité de discerner le surnaturel, facilité de l'illusion chez les témoins, contagion de la croyance chez la foule, les guérisons de St-Médard faisaient ressortir tout cela, et aussi l'impuissance où sont les contemporains d'établir l'historicité d'un fait arrivé dans le quartier voisin. Aussi « ce serait se « moquer que de prétendre leur faire passer pour bonnes des (< preuves jjrises de faits arrivés il y a 16 ou 17 siècles, tandis (c qu'ils ne les tiendraient pas pour valables quand même ils « auraient lieu de nos jours » (3). « Je pencherais fort à croire « que si la religion peut leur être présentée d'une manière qui la « leur rende respectable, ce ne sera pas en l'appuyant sur des «( preuves de nature étrangère, ce ne sera jamais que par une '( autorité prise d'elle-même » (4).

1. Pour juger d'un paysage il y a un point de vue plus avantageux que les autres ; c'est celui où la volonté doit nous placer. « C'est donc à proportion sf des démarches de la volonté que l'entendement ou l'intelligence sont mis à « portée de discerner le vrai ou de mettre le prix aux choses ». II, 174. « En « premier ressort la volonté décide secrètement de ce qu'elle veut que l'enten- « denr^nt lui persuade ; elle lui commande par une autorité qu'elle se cache « à elle-même de lui moiUrer le vrai et le juste dans ce qui lui parait le plus « avantageux >. II, 111.

2. Les 2 premières parties parurent à Amsterdam, 1738, 12 ; 2« éd. en 4 pavties Lond. 1739, 2 v. 8" ; 3" éd. complète avec Supplément et Lettres posthumes, Lond. 1756, 4 v. 8". C'est celle que nous citons..

3. V. l'Introduction. « On sait à n'en pouvoir douter que des faits prétendus, <■ attestés par des gens dignes de foi dont ils se disaient témoins oculaires, ont f. été reconnus faux après avoir été mieux approfondis par ceux-là même qui « en avaient produit des attestations... De semblables expériences ont produit « leur effet à un point que bien des gens ne savent plus s'ils en doivent croire, '< leurs propres yeu.v ; et il n'est pas douteux ([ue s'il s'agissait de (juelque effet • « qui parût tenir du merveilleux, ils ne s'en tiendraient pas à ce qu'ils « voient » .

4. Ib. « La différence est grande en effet enti-e acquiescer à la vérité jiar le poids que l'évidence lui donne, ou donner son acquiescement au témoignage que d'autres lui rendent ».

Or j'ai la faculté de discerner le vrai et le bon, comme celle de dire : ceci est du pain « sans qu'il soit nécessaire que d'autres « me le certifient » (1). Et tout caractère de vérité est un caractère de divinité, car d'où viendrait la vérité sinon de la cause suprême ? « Il y a des gens qui connaissent si peu le bon et le « vrai en lui-même que si vous leur demandez sur quoi ils jugent « que la doctrine évangélique est bonne, juste, véritable, ils ré- « pondront que c'est parce qu'elle est divine. Je prends une route « différente. De ce que cette même doctrine est bonne, juste, « véritable, je juge qu'elle est divine dans son origine « (2).

Mais avant d'instituer un entretien sur la religion, il faut répondre à l'objection préliminaire : si Dieu est l'être suffisant à soi, que lui importent les hommes ? il n'y a ni révélation, ni providence, ni rétributions. — Dieu n'a certes pas besoin des hommes, il ne les a créés que pour leur bonheur. Les obligations qu'il leur impose sont uniquement destinées à assurer ce bonheur (3) ; il faut persuader aux hommes (jue leur devoir est leur intérêt. Cette idée détruit la notion ridicule d'un Dieu tyran. Faite pour mener tous les hommes à la félicité, la religion essentielle doit être simple et sans mystère. Que trouvons-nous dans l'Ecriture ? des faits historiques, dont nous admettons le fond en réservant les détails choquants, — des vérités claires, — des préceptes durs qui ne sont qu'une discipline pour nous amener à réprimer nos mauvais instincts, — des mystères obscurs à laisser de côté, car la religion « doit être à la portée des idiots » (4). Elle consiste à aller au bonheur par la vertu. '

La seconde partie de l'ouvrage est une critique de la fausse spiritualité qui n'a pas pour but unique l'amour de soi bien entendu (5). L'auteur le distingue de l'amour-propre qui va contre nos intérêts, mais son analyse des sentiments altruistes est du pur Larochefoucauld (6).

1. Ib. C'est le tribunal sans appel aucjuel .T.-C. lui-même soumet sa doctilne. (Obs. sur les miracles. Œuv. posthumes t. IV, '.\).

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