‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 24 sur 397 · II. — Les Réfutations · texte numérisé non relu

II. — Les Réfutations

Le premier réfutateur français de Spinoza, YvôN, est aussi un Yvon des plus remarquables, non par la valeur de sa critique qui est médiocre, mais par sa position intellectuelle, qui sera celle de la plupart des antispinozistes et qui nous explique d'abord l'inefficacité de leurs ouvrages, — d'un autre côté, par son intelligence de l'apologétique moderne que Pascal venait d'inaugurer (6).

1. « Le Nouvel athéisme renversé. « Paris, 169f), 12. Avertissement.

2. « De l'Incrédulité >>, Amst., 1090, 8". l-"'' part., c. 2.

3. « Hililiothèque critique ., .\mst., 1708-10, 4 v. 12 ; t. IV, p. 91, n. 2.

4. « Sentiments de quelques théologiens de Hollande ', Amst., 1085, 2 v. 8». Let. 11 et 12.

5. « H n'y a personne qui ait attaque plus formellement l'inspiration des livres sacrés du N. T. que l'auteur des Sentiments de quelques théolof^iens de Hollande. Spinosa avait tracé le chemin de cette entreprise... Mais M. N. [Leclerc] a donné aux jiensées de Spinosa un tour plus subtil et plr.s dangereux. '. Grolesle de la Mollu- : .< Traité de l'inspiration », p. l.

6. Yvon, né à Monlauban (lOIOi, était le disciple et le successeur du mystique Luhadie. En 1078, il alla s'établir en l'rise avec son troupeau et devint par son mariage duc de Wlcwert.

32 D1-: PASCAL A CIIATKAUURIAND

Il V a deux parlies clans son œuvre, comme il l'indique luimême : « L'Impiété convaincue en deux traités, dont le premier établit clairement l'existence de Dieu comme la première et la l)ius certaine de toutes les vérités, et le second contient la défense de l'Kcriture sainte par l'entière réfutation du livre impie de Sj)inoza nommé Traité théologique-politique » (1).

J.a première partie, qui ne porte pas spécialement contre S|?inoza, découvre Dieu avec une clarté grandissante dans la nature, dans l'homme naturel, dans l'homme chrétien, dans la révélation, Yvon tire de l'examen de l'homme moral, esprit, volonté, amour, c'est-à-dire de l'analyse psychologique, sa preuve hi plus forte, et l'on sent qu'ici Pascal l'a aidé à voir clair en lui-même et à discerner la vraie source de sa certitude. L'homme constate que son entendement n'est pas satisfait par la connaissance des êtres et des choses matérielles, qu'il est fait pour Dieu en (|ui seul il se rei)ose, « Que notre esi)rit trouve bien en lui ce qu'il lui faut et qu'il est inq)ortant à l'homme qu'il y ait un être souverain ! » (2).

Si nous passons au cœur et à la volonté, qui sont le siège princi|)al de la vie spirituelle et le foyer supérieur de l'être, puisque la charité est supérieure à la connaissance, notre exi)érience se confirme. L'être infini et saint est le seul bien adéquat à notre faculté d'aimer. « Quand on n'a pas Dieu, on est dans de conti- « nuelles recherches de son pro])re contentement, ('ar on ne le " trouve (ju'en Dieu seul. Aussi quand nous renonçons à notre (( jjropre plaisir ])our le sien, il nous rend tellement satisfait de 0 ce qu'il est, de ce qu'il veut et de ce qu'il fait... que notre âme (I est i)ortée pleinement à dire : c'est assez, je ne veux que cela " seul ; c'est là toute ma joie... Voilà comme ton! ce qui est en •( Dieu répond à tout ce qui est dans nous. Kt voilà comme notre « cœur nous mène nécessairement à lui « (3).

Il est aussi seul capable de i)lier notre liberté i)ar la grâce. '< Ceux (|ui l'ont éprouvée savent bien qu'ils ont trouvé im être (' i)lus fort (|u'eux ([ui a été victorieux de leur cœur et a triomphé « hautement de toute la rébellion de leurs jjropres volontés. Cette " ])veuve n'est pas unioerselle, m(ns ceux à qui elle est propre (' s(u>enl combien elle est forte et tout à fait indubitable » (4).

Kt dans son chapitre III, ([ui serait tout entier à citer, Yvon développe avec la ])lus grande netteté cet ordre de « i)reuves

Page 1