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2. La vie paisible et vertueuse des sociétés de vrais chrétiens montre mieux que tous les miracles que Dieu y est présent. De même la mort chrétienne.
gieuse(l), Yvon ajoute les preuves d'authenticité que nous verrons mieux présentées par les grands apologistes. Ce sont des preuves externes tle la religion auxquelles un mystique n'attache jamais qu'une inqjortance secondaire.
Notons que les accents de l'intellectualiste mystique qu'est Spinoza ne .sont pas très différents de ceux du mystique chrétien. L'un parle plutôt <le Dieu en nous, l'autre de nous en Dieu, mais, que Dieu soit conçu personnel ou immanent, ces deux âmes qui se croient ennemies sont parentes au moins en un point.
La critique du Spinozisme débute par des considérations générales sur Dieu et ses attributs ; elle se poursuit par une réfutation pied à pied du Traité théologico-politique.
Les considérations métaphysicjues vont sans doute à prouver que Dieu est un être libre, mais leur longueur dénote l'intellectualisnie foncier du christianisme du xvir siècle, même chez les mystiques : les spéculations nourrissaient la piété des chrétiens de ce temps.
Elles font éclater l'opposition irréductible des deux notions de Dieu qui s'affrontent au cours de l'histoire : Dieu immanent, Dieu transcendant. Yvon dresse des allirmations contre des postulats. Le conflit est sans issue. L'emploi spinoziste des termes traditionnels : Dieu, puissance infinie, souveraine indépendance, lui paraît comme à tous ses contem])orains une perfidie et un ])iège.
Mais ce qui le scandalise le plus dans le Traité, c'est le i)ragmatisme injurieux de la thèse : la foi a pour objet l'action, non la connaissance. (2ar, à ses yeux, la fol ftmdée sur l'intuition atteint la vérité absolue.
La deuxième partie vaut peu, jjarcc qu'Yvon maïuiue d'érudition cl de conq)étence pour traiter les questions d'histoire et de critique. Là où le bon sens suffit, il lui arrive de relever justement des exagérations de Spinoza. Celui-ci consacre, par exemple, son 7' chajiitre à démontrer que l'Ecriture ne j^eut être entendue. — Sans doute faut-il (|ue la nature .de la langue soit connue, mais une coniiaissance ])arfaite n'est pas indispensable. On comprend les latins sans savoir à fond leur langue morte. Nous avons la tvaduclion des Septante, dans le Nouveau Testament des citations faites i)ar des écrivains (jui comprenaient l'hébreu, le secours de l'arabe, du syria(|ue, du chaldaïque. — Nous ignorons les noms de plusieurs auteurs. — Cela n'empêche pas de comprendre les livres ; surtout lorsqu'ils se confirment mutuellement.
1. C'est cp qiip Ifs protost.nnls appcliiii'iil le léinoiffiuine inlérioiir du Sainl-Ksprit, qui, dans la première pensf^e des Rérormateurs, éliiit le seul garant de la divinité des Eeriturcs.
Si sa science est bornée, sa position est assez forte parce qu'elle est large. Comme tous les mystiques qui tiennent non à la forme mais à l'esprit, il accepte facilement les chicanes sur l'authenticité, les interpolations, les dates. De quel intérêt sont ces disputes sur les dehors d'un livre s'il renferme l'esprit de Dieu ? Esdras a parfaitement pu fondre des ouvrages antérieurs de Moïse et y ajouter des éclaircissements. Toutes les étrangetés qu'Aben Esra et Spinoza exhument du texte comme autant de sentences de condamnation, s'atténuent alors d'elles-niènies.
Mais l'avant-dernier chapitre est fait pour ruiner dans les esprits philosophiques tout le bon effet de cette largeur de vues. D'un seul mot, il creuse à nouveau le fossé qui paraissait peut-être moins profond. Ce chapitre est une diatribe contre la raison corrompue : « De la raison humaine et de son assujettissement à la lumière de la grâce et de l'écriture sainte contre le sentiment impie de Spinoza qui l'élève au-dessus et la propose comme une reine et une souveraine. «
Nos concepts naturels doivent plier devant la foi, « soit parce qu'étant naturels et essentiels à l'homme ils sont proprement finis comme lui-même l'est, soit parce que par le péché ils sont falsifiés et corrompus « (1). Voilà le mot lâché, qui va pendant plus d'un siècle de luttes épuisantes séparer les deux camps. Spinoza demande si, quand l'Ecriture répugne à la raison, celle-ci doit se soumettre avec raison ou aveuglément. Le second est indigne d'un être intelligent, le premier est contradictoire, puisque nous ne recevons l'Ecriture que par le commandement de la raison. — Mais Spinoza parle comme si c'était notre raison qui crée la vérité, notre œil qui crée la lumière. « Si lorsque Dieu met devant « nous sa vérité, témoignant clairement d'elle en sa parole... nous « trouvons diverses choses en notre entendement de même qu'en « notre cœur qui y répugnent, n'en soyons pas surpris. Nos « pensées propres ne valent pas plus que nos propres affec- ('. tions » (2).
Malentendu fondamental. Si, pomL-S^pinoza, la pensée et l'être se confondent, oui la raison crée la vérité. La véritj Jl'.est pas hors de nous^ niais en nous, elle est notre esprit. La conception de la vérité bloc, objet extérieur à l'entendement suscitera toutes les révoltes ; pourquoi croire la raison quand elle nous dit : ceci est révélé de Dieu et ne pas la croire quand elle dit : ceci n'est pas admissible ? C'est un abus funeste de l'idée que l'esprit est obscurci par le cœur.
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En somme, Yvon ri-unit en lui le vieil homme, qui, selon la formule scolastique, bâtit avec sa raison au recto de la page une métaphysique intellectualiste et entonne au verso un couplet contre la raison, — et l'apologiste de l'avenir, qui fonde la justification de sa foi non sur des raisonnements, mais stir la psychol(.gie et rexi)érience, La seconde partie de son œuvre lui aliénera t(His ceux, de plus en plus nombreux, qui croient en la raison humaine et qui ne vont à Spinoza que parce qu'il l'a divinisée.
Après lui il y aura des réfutateurs philosophes, qui s'appliqueront à renverser le principe panthéiste de l'unité de substance, et des réfutateurs de la critique biblique. Les premiers sont Aiiberl de Versé, Lamij, Jaqiielot, Baijle, Malebranche, Fénelon. Les seconds : Levassor, Huet et, d'une manière générale, tous les apologètes proprement dits(l). Depuis le Traité, il est dillicile d'écrire une défense de la religion sans consacrer de longs chaj^ilres à l'authenticité des livres de l'Ancien Testament, et sans réfuter les objections contre le miracle et la prophétie sous la forme renouvelée que leur a donnée Spinoza. Nous ne comptons l)as Hichard Simon ])armi ses adversaires sérieux, bien qu'il l'ait attaqué sur l'inspiration des livres sacrés. 11 a beau doser son rationalisme, il est le meilleur auxiliaire du philosophe et c'est par lui (|ue le virus de la libre critique s'insinuera dans l'Eglise ; aucun orthodoxe ne s'y est trompé.
Nous retrouverons à propos de Simon et Leclerc ces apologistes généraux, (pii. dans l'examen des doutes modernes, visent à la fois Sjjinoza. le criticiue protestant et le catholi(|ue ; retenons ici seulement les philosophes antispinozistes.
Sauf les très grands esprits, Malebranche, Bayle, Fénelon, ils fondent leur réfutation sur un malentendu irrémédiable. Ils ne comprennent pas comment toutes les notions de l'Ethique doivent être transposées en pensée mathématicjue ])our devenir intelligiiiles. Que l'auteur traite de l'existence nécessaire, de la cause, la géométrie ne lui fournit pas seulement un jjrocédé d'exposition, elle est le moule même de sa pensée, la catégorie unlcjuc de son
1. .loan Graverai, .niifien p.TStPiir dp Lyon, titlciiit iiulirpctement S|)inoza (liiiis son •• Moscs vindicMtiis » (l(>!)li, rpfiilalioii do 1' c, Arrlipologia jjliilosophit-a .. <|p Hiirnpt (|iii voyait da?is la flpiipsc dps allpgorïps. On trouve aussi dps rpfutaipurs partiels de l'Htliiciue : ils n'apportent ripn de nouveau. L'ouvrage de Huet : - De coneordia rationis et (Idei ■• (l(i!H( est indireelenient aniispinoytiste. La l'iaccllc prouve In liberté \r.\r l'expérience intime, «lans ses « I->laircissemenls sur (|uel(|ues difficultés (|ui naisseiit de la considération de In liberté nécessaiie pour agir moralement ■. Amst. 1709, 12. Piclel coniliat ri<Iée tie la substance uni(iue par ses conséquences absurdes : ^ Traité contre l'indilTérence des religions >, éd. île 171fi, Amst. 12.
esprit. Pas d'autre causalité que la causalité mathématique, selon laquelle la définition de la circonférence est cause des théorèmes qui en découlent. Ils sortent d'elles sans rien lui ajouter de nouveau par ce déroulement intérieur qu'est la déduction ; chacun n'est qu'un aspect de la même réalité et pourrait aussi bien être considéré comme définition à son tour. Nos philosophes abordent les propositions spinozistes, préoccupés par la notion traditionnelle de la cause tirée de l'observation externe ou interne. De là leur désarroi, leur indignation, leur argumentation laborieuse qui tombe tout entière à faux.
AuBERT DE Versé, ci-devant ministre de la religion réformée (1), Aubert est un de ceux qui contiennent le plus mal leur rage philosophi- de Versé que. Il appelle Spinoza : " infâme, misérable, impertinent, fourbe, juif apostat »> (2). Il voit nettement la filiation du spinozisme par rapport au cartésianisme qu'il combat aussi. Il ne comprend pas l'identification fondamentale établie par Spinoza entre l'essence et l'existence, ni qu'en parlant de la nécessité de Dieu, Spinoza veut dire non seulement que Dieu existe nécessairement, mais que ses manières d'être sont aussi nécessaires que les théorèmes, une fois la définition posée. Il repousse l'idée d'une substance unique: deux substances pouvant différer par autre chose que par leurs attributs essentiels et leurs modifications, par exemple par le lieu. Dieu, souverainement parfait, travaille une matière éternelle comme lui, mais imparfaite. Aubert ne veut pas de la création ex nihilo, absurdité introduite par Tertullien, pas davantage d'un monde émané de Dieu : d'où viendrait notre imperfection ? Pour rendre possibles les rapports de la pensée et de l'étendue, Malebranche subtilisait l'étendue, Aubert fait l'esprit et Dieu corporels. Cette solution était trop en dehors des habitudes de pensée du temps, surtout chez les chrétiens, pour plaire.
Nous la voyons dédaigneusement jugée par le fervent disciple François de Malebranche, le bénédictin François Lamv, qui publia en Lamy
1. De Versé, né au Mans, mort à Paris en 1714, naquit et mourut catholique. II fut un temps calviniste, puis socinien, et est surtout connu connue adversaire de Jurieu. L'Impie convaincu, ou Dissertation contre Spinoza oit l'on réfute les fondements de son athéisme, parut à Amsterdam en 1681, 8".
2. La candeur des gens d'église imaginait volontiers la noirceur de son âme peinte sur son visage. Voir la calomnie du Ménagiana (Amst., 1695» réfuté par Colerus : " La vérité de la résurrection de J.-C. défendue contre B. de Spinosa et ses sectateurs, avec la vie de ce fameux i)hilosoplic' ■. Lîi Haye, Johnson, 1706, 8°, p. 158 : « Bien des personnes qui l'eut vu m'ont assuré qu'il était petit, jaunâtre, qu'il avait quelque chose de noir dans la physionomie et qu'il portait sur son visage uu caractère de réprobation. i>
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1696 << Le nouvel athcisme renverse, on réfutation du système de Spinoza tirée pour la ])lupart de la connaissance de la nature de l'hominc -> (1). Il avait donné deux ans auparavant un traité d'apologétique (2). résumé bref et superficiel des preuves classiques, par les témoignages rendus à Jésus-Christ dans l'évangile (par Dieu, par lui-même, par le Baptiste), par les prophéties et les miracles. Il y ajoutait deux arguments a priori : la religion chrétienne est la seule qui adore Dieu en esprit et en vérité et par un chef d'une dignité inlinie, sans lequel les êtres finis ne sauraient avoir aucun rapport avec l'infini (3). A l'exemple de St-Thomas, il distinguait avec force le contenu obscur de la religion et le contenant évident, c'est-à-dire le fait même de la révélation. Mais il ne prouvait le contenant que par les arguments les plus ordinaires. Son livre ne pouvait avoir aucun eftet sur les incrédules.
Son ouvrage contre Spinoza n'est pas plus efTicace. l'ne fois exprimés l'horreur cpie lui causent « les extravagances d'une cervelle renversée i> et rétonnement qu'il éprouve à entendre Si)inoza parler encore de connaître Dieu, l'aimer, se sauver, il ])romet une démonstration populaire de la religion, et une géométrique, dans le goût de l'Ethique, à l'usage des habiles.
Il annonce que la connaissance de l'homme est le grand écueil du spinozisme et nous attendons avec intérêt une critique fondée sur la psychologie qui est, en efTet, l'ennemie redoutable des systèmes logiques de la métaphysique <i priori. 11 nous fait même pressentir l'harmonie du christianisme avec nos besoins (4). Mais il entend surtout par là que la raison livrée à son cours naturel nous mène aux vérités du spiritualisme, que la .religion allirme avec autorité. Et voici sa réfutation :
C'est d'abord la criti(|uc des princi])es de Spinoza par les conséquences horribles qui en découlent, procédé contestable, conunun aux controversistes de tous les temi)s. Puisque Dieu est nécessité, il n'est ni législateur, ni rémunérateur. Pas de Providence, pas de miracles. Pas d'enfer ni de jjaradis. Le jjéché est inconcevable : l'impie fait aussi bien la volonté divine que le
1. Section I : Inipoilancc de la métaphysifiuc. V. sur les rapports de cet auteur avec Malebraiiche : Ollé-Laprune : ■• La philosophie de Malebranche », t. II, 179 sq. < Il était si occupé de la recherche de la vérité qu'il était devenu comme insensible à tout autre objet. » Dont Tassin : <• Hist. lit. de la congrégation de St-Maur ••, 1770, i". p. .3.")5.
2. Vérilè iDiilcnle de la rel. chrél.. ou vlile de ses preuves et de celles de sa liaison avec la divinité de J.-C. Paris, IfiOl, 12.