‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 265 sur 397 · Préjugés léyitimes. t. III et IV · texte numérisé non relu

Préjugés léyitimes. t. III et IV

4. Le robuste Helvétius n'était pas, on le sait, ennemi d'Aphrodite. C'est toujours avec une allégresse dionysiaque qu'il parle des choses de l'amour.

5. En cherchant un peu, on trou^-crait, même au xviii<" siècle, des hommes politiques dont l'ambition eut un autre objeli : Washington, Xecker, quelques autres.

6. Helvétius entend par là : ce que la religion appelle corruption.

patrie n'a pu se déterminer « que par l'examen des divers degrés de bien » (1), soit par la notion du bien moral. Mais il calomnie l'honnètc auteur de l'Esprit dans un long procès de tendance. Un homme qui n'est point fou n'a jamais projeté de substituer le vice à la vertu.

« Ridiculum L'abbé Gaiichat fit un clTort pour adapter sa critique aux faacri » cultes d'attention limitées des contemporains. Dans son Caté-

chisme du livre de l'Esprit (2) il donne un extrait de sa substance (3). Quand un auteur a, comme Jansen, Helvétius, des opinions paradoxales et extrêmes, un pareil ])rocédé de concentration a i)our effet d'en augmenter l'àcreté singulière. On croit donner un exposé des principes enguirlandés dans l'ouvrage, on aggrave leur difformité ; l'auteur crie justement à la caricature.

Voici quelques principes isolés par l'abbé : Il n'y a pas d'autre différence entre la femme chaste et la galante que la différence de beauté. — Les Chinois qui tuent les filles ne sont pas plus cruels que les Européens qui les mettent au couvent. — Recommander la modération des désirs c'est vouloir la ruine de sa patrie. — Le patriotisme est exclusif de l'amour de l'humanité, — Manger un naufragé tiré au sort est légitime, car le salut public est la suprême loi.

Le procédé eut du succès. L'abbé de St-Cyr, sous-précepteur du Dauphin, le reprit, bien décidé à mettre les rieurs de son côté (4), i'our cela il réj)on(lrait aux questions du catéchisme par des citations bien choisies et isolées de leur contexte, il érigerait en lois des constatations de fait, tirerait les conséquences extrêmes des

1. III, .'Î2."). riehiètius répoiulrail pout être que Bniliis est un autre ,l(/(/7iic;/itwn : il fait coïncider l'intérêt général avec l'intérêt de sa gloire ; tout est bien.

2. « ou Eléments de la philosophie de ■< l'Hsprit » mis à la portée de tout le monde « 1758, t. 12 des Lettres critiques ou Analyse et réfutation de divertf écrits contraires à la religion. Paris 175r)-().'i, 19 v. 12. Né à Loulians (Saône-ct- Loirot en 1709, (iaurhaf fit partie (piel([ue temps de la société des prêtres des missions étrangères. Abbé connnendataire de St-.Iean de l'alaise, ordie de Prémonlré, il écrivit plusieurs ouvrages d'édification et d'a]îologélique, clairs et plats. Ses Lettres critiques sont le plus prolixe et le plus Taible.

.'1. « Peut-être une bonne manière de répondre aux libelles pliiIosojîhi(|ues « serait de les présenter tels qu'ils sont. Dépouillés de ce jarç/on systématique, •' philosophique, politique, patriotique, historique, poétique etc.. analysés, quin- « tessenciés, on ne verrait plus dans le creuset ([Ue l'erreur et l'inconséquence » P 2.

4. Odet-Joseph de Vaux-du Giry de St-Cyr (1094-1761) avait dû sa fortune à son zèle pour la Bulle. Successivement élève de St-Sulpice, grand vicairci dci Tours, sous précepteur du Dauiihln <l()nt « l'âne tle Mirepoix », Tioyer, était le jirécepteur, aumônier de la Dauphine, il i)rit à l'Académie la i)lace du cardinal de Polignac (1712). D'Memhert ne lui pardonna ))as d'avoir éloigné son élève de la philosophie (IJist. des membres de rAcadémie). C'était un homme estimable et modeste.

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principes posés, transporterait enfin clans la pratique les opinions théoriques d'un logicien de cabinet. Une fille a du penchant au libertinage, alors que sa mère lui donne l'exemple d'une vie sainte. Que doit-elle faire ? — Réponse : la vie sainte n'est pas utile à la société ; au contraire elle entretient la mendicité par l'aumône. La prostitution fait marcher le commerce. Sortons tout nus, etc..

Tel est le genre du Catéchisme et décisions des cas de conscience à l'usage des Cacoiiacs (1). St-Cyr reprend une allégorie que l'avocat Moreaii avait exploitée dans deux mémoires. Le premier faisait le portrait des philosophes affublés d'un nom croassant (2). Le second révélait leur caractère : l'orgueil, leur code : l'athéisme destructeur de toute loi, leur tactique : livres, conversations, flatteries et plaisirs, la manière de les combattre : cette simple question, de quel droit remplacez-vous les mystères chrétiens par vos propres mystères ? « J'ai vu des Cacouacs qui. montés sur « des tréteaux, criaient à tous les passants jusqu'à en être enroués: « vertu de la Chine, vertu des Indes, vertu d'Espagne, vérités du « Mexique, vérités de la grande Tartarie, à peu près comme nos « charlatans crient Baume du Pérou, Baume de la Mecque » (3).

Ils décident dans chaque pays d'après la nature du terrain, la qualité des eaux « si l'on doit être bienfaisant ou cruel, fidèle à « ses engagements ou perfide, attaché à sa femme ou adul- « tère » (4). L'auteur est introduit dans leur tabernacle. L'amour (( brisait les chaînes de l'hymen et lui attachait des ailes ;... et « sous ses pieds on voyait écrit en lettres de feu : il n'y a de bon « que le physique » (5).

Pour que les néophytes de la secte ne désertent pas, St-Cyr recueille dans son catéchisme l'élixir de la doctrine. Si Vénus doit

1. « avec un discours du patriarche des Cacouacs pour la réception d'um nouveau disciple » (an.). Cacopolis (Paris) 1758, 16 V. Keim [97] 405. C'est le seul ou\Tage de l'auteur, qui s'en prend aussi à VEncyclopédie et à Vlnterpré- (ation de la Xature.

2. Il parut dans le Mercure {oct. 1757). « Toutes leurs armes consistent dans " un venin caché sous leur langue ; à chaque parole qu'ils prononcent, même « du ton le plus doux et le plus riant, ce venin coule... Comme ils ne sont pas « moins lâches que méchants, ils n'attaquent en face que ceux dont ils croient « n'avoir rien à craindre » p. 104.

3. Nouveau mémoire pour servir à l'histoire des Cwouacs, Amst. 1757, 12

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