‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 283 sur 397 · Avignon 1736, 3 v. 12 ; 2' part. c · texte numérisé non relu

Avignon 1736, 3 v. 12 ; 2' part. c

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« lui obéissons assez dès que nous savons jouir de la vie. Nos « désirs sont les interprètes de ses volontés et nos sens ses insc truments » (1). L'indécence des arts grandit, le divorce, la stérilité, l'adultère. Mais pourquoi craindre un Dieu vengeur ? « Nos frayeurs feraient injure à sa bénigne clémence » (2). « Si « le chrétien se trompe, il faut dire que le mensonge est la source « des vertus et la vérité celle des vices » (3). Jugeons l'arbre à ses fruits, poursuit l'abbé Pichox (4). La doctrine des philosophes est fausse puisque leur morale est antisociale, le christianisme est vrai puisqu'il a fait la force des peuples chrétiens en les liant par le grand lien social : l'amour.

On combat sa morale au nom de la nature et du bien de la société, parce que cette morale proscrit la polygamie, lie les époux indissolublement, interdit le mariage entre proches, prescrit la chasteté. Dans un excellent chapitre sur « la dignité du christianisme dans l'ordre de la nature », Pichon serre le débat et, pour la première fois à notre connaissance, montre la haute valeur sociale de ces lois si gênantes pour l'individu.

La polygamie, qu'on vante de confiance, fait l'infériorité des peuples asiatiques. Les peuples supérieurs, comme les Romains, se sont élevés à la monogamie pour en déchoir au temps de leur décadence. Elle ne remédie pas à l'adultère car le voluptueux est comme l'avare. On ne pense pas à l'avilissement de l'homme par l'injustice habituelle qui résulte de l'inégalité des sexes, à l'avilissement des femmes esclaves, aux jalousies, aux fureurs de

1. Pensées philosophiques d'un citoyen de Montmartre (an.). La Haye 1756, 12. C'est un original petit livre, mordant : « Le public connaisseur est révolié de voir un académicien parler esprit pendant demi heure sans dire un petit mot du bon Dieu, ne fût-ce que pour rire » (c. 56). Il singe les procédés de la critique : « Il est faux que les impiétés de Théophile [Voltaire] l'aient fait « enfermer 2 ans à la Conciergerie et enfin condaniner au bannissement. 1" les « auteurs qui le rapportent étaient des gens crédules et prévenus... 2» aucun '« historien danois ni moscovite n'en parle... 7° en 1800 ce sera 10 degrés au « dessous de la probabilité » (c, 74). Le P. Sennemaud, jésuite, né à Limoges en l()9îi. enseigna les humanités et la philosophie et fut 7 ans supérieur. — « L.T montagne de Montmartre s'appelle la Cilé des ânes à cause du grand nombre de moulins à vent qui s'y trouvent ■>. C'est bien là que devait se placer « ce redoutable athlète à longues oreilles ». Grimm III, 208.

4. « La raison triomphante des nouveautés, ou Essai sur les moeurs et l'incrédulité, par M. l'abbé P"* D. en T.. Paris 1756, 12. C'est le 1'"' ouvrage de cet auteur, né au Majis en 1731 mort en 1812, chanoine supérieur des communautés de filles du diocèse du Mans, historiographe de Monsieur. II refusa en 1791 l'évêché constitutionnel de sa ville natale. Cet essai est supérieur à ses autres écrits apologétiques : Cartel aux philosophes à h pattes 1763 ; Les arfiumenls de la raison en faveur de la relifiion et du sacerdoce, ou E.ramen de l'Homme, d'IIelvélius. 1776. « C'est une chose bien malheureuse pour la religion d'avoir de pareils défenseurs », dit Grimm, ce bon apôtre. III, 224.

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rninour non satisfait. Enfin la polygamie, contrairement à l'opinion de ces messieurs, ne favorise pas la fécondité de l'homme (1). Le sérail d'un roi de Maroc donna 182 enfants de 1.400 femmes. Contre le divorce IMchon dresse les enfants. Sur la chasteté il tient un langage ])eut-ètre mal intelligible à ses adversaires : là où il y a plus de force d'âme, « il y a par une suite ordinaire (' plus de bonne foi, plus d'humanité, plus de vrais et d'honnê- (. tes citoyens », car dévelopi)er la vertu personnelle, c'est donner une nouvelle force aux vertus sociales.

A ceux qui objecteraient qu'il y a beaucoup d'incrédules honnêtes, Tricalet répond qu'on est beaucoup moins exigeant pour la vertu des incrédules que pour celle des croyants. On se contente avec eux de l'honnêteté la jjlus banale, on ne s'attend pas qu'ils soignent les malades ou visitent les prisonniers (2).

Après l'immoralité, l'afTaiblissement du patriotisme. Les ])hilosophes ravalent nos plus grands princes, Charlemngne, Louis XIV (3). « Nous ne sommes plus citoyens. Un misérable « intérêt personnel a saisi la plupart des esprits et a totalement t( éteint cet amour patriotique qui mérita jadis à nos pères le « précieux titre de Conservateurs, de Restaurateurs et de Héros. « Quand on secoue le .joug de la religion, on secoue insensible- <' ment tout autre joug » (1).

Si l'incrédulité relâche le sentiment moral et national, elle livre les libertins aux frayeurs de la mort. Certains écrivains agitent ce spectre. L'un évoque la félicité trompeuse d'Ariste qui, saisi de colique dans un festin, devient infirme et se convertit (.5), l'autre nous convie au lit de mort d'un philosophe (G). Un appel à la

1. Sans (loutp, mais les apologistes soutenaient que Dieu l'avait i)einiisc aux patriarehcs pour peujiler la terre.

2. Les motifs de crcdibilité. Paris 17(1;?, 2 v. 12, t. I, 1' part. Triealet (1096- 1761) fut directeur et professeur dans la conununaulé de St-Nicolas du Chardonnet.

.3. Le Prévôt d'Exines : « Réflexions sur le système des nouveaux philosophes », Francfort 1761, 16. « Si ce militaire ne fait pas mieux la guerre aux ennemis du roi qu'aux philosophes, il est à craindre qu'il ne soit jamais maréchal de l'rance ». Grinnm IV. 470.

i. CaruccioU : « Le Uimiaiie de la raison », Paris 176.1, 12 p. 180. C'est un recueil de réflexions morales tl'un conservateur brave homme, naïvement intolérant, injurieux, dont le bon sens se manifeste çà et là par quelques couips de boutoir bien donnés : (juc les philosoi^hes cessent de prêcher, ou de fronder les missionnaires (pii ne font pas autre chose ([u'eux.

."5. Jolicart : « Le faux heureux détrompé, ou l'impie fortuné devenu imalheureux » (an.). Bruxelles (Besançon) 17.58, 12.

6. Gros de Resplas : « Le rituel des esprits forts, ou le voyage d'outre monde en forme de dialogue », Paris 1759, 12 ; rééd. 1762 avec le sous titre : « ou le tableau des incrédules modernes au lit de la mort ». L'auteair, prêtre de la communauté de St-Sulpice, voyait beaucoup mourir, car il assistait les suppliciés. Il obtint, par un sermon pathétique prêche devant Louis XV, la supprcs-

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peur, c'est à quoi se réduit poui- ces apologistes médiocres la preuve psychologique, l'appui qu'apporte l'expérience à une foi qui seconde la nature, aide l'homme à remplir sa destinée et à gagner la sagesse suprême où aboutissent toutes les religions et toutes les philosophies : accepter.

Ce genre de réfutation devait tourner insensiblement à la satire personnelle. On s'en est aperçu, la lutte prend fréquemment ce caractère, mais aucun défenseur de l'autel ne pourra disputer à Voltaire la maîtrise de l'injure et de l'ironie.

De fades allusions et de grossières accusations d'improbité ne parviennent pas à rendre plaisante la comédie de Palissot, à laquelle le public bien pensant fît un succès après la tourmente de 1759 (1). Cydalise, mère philosophe, veut faire épouser à sa fille Rosalie non Dainis qu'elle aime et que son père lui promit avant de mourir, mais le philosophe Valère, flatteur intéressé. Mépris de l'autorité paternelle, apologie de l'intérêt personnel (2), amour égoïste du genre humain (3), hypocrisie des philosophes,

sion de cachots infects où pourrissaient les prisonniers. — La démonstration du « Rituel » repose sur une équivoque. Ce n'est pas de sa doctrine qu'on représente le mourant inquiet mais de ses péchés. Il faudrait représenter un incrédule vertueux tourmenté cependant par sa mauvaise doctrine. Tout ce qu'on peut conclure d'un tel ouvrage, c'est qu'il faut bien vivre. — « J'observai, dit Fréror. que quelques réponses aux objections des prétendus esprits forts étaient trop faibles ». An. lit. [53] 1762, t. IV. « L'auteur n'est pas un esprit mais un esprit plat ». Grimm V, 13. — Cf. Touron : « Parallèle de l'incrédule et du vrai fidèle, ou l'impie en contraste avec le juste pendant la vie et à la mort ». Paris 1758, 12. « Comme on ne connaît point de fidèle qui veuille se ranger parmi les « impies à la mort, il n'est point aussi de libertin, s'il n'est dans le délire, qui « ne voulût alors avoir vécu en chrétien et pouvoir mourir en vrai fidèle ■». 47.

1. Les Philosophes, comédie en 3 actes, en vers, Avignon 1760, 8°. Pompignan avait flétri les philosophes le 10 mars à l'Académie ; le 2 mai Palissot les ridiculisa sur la scène. La « personnalité » la plus forte visait Rousseau, à quatre pattes. La cour encouragea les représentations et Fréron déclara l'ouvrage : « d'un homme de beaucoup d'esprit et d'un bon citoj-en ». An. lit. 6 mai 1760 t. III, 216. Collé constate que la pièce «' fait beaucoup d'impression sur la plupart des gens qui la voient »» elle est approuvée par les pères de famille, la noblesse de robe, « beaucoup de gens du monde qui sans être dévots sont croyants et que les Encyclopédistes dans leurs ouvrages ont confondus avec les sots... Le vulgaire des hommes fortifie encore le parti de ces derniers et pense que l'on défend celui de la vertu en attaquant les nouveaux philosophes ». Journal [72], mai 1760 t. II, 240 sq. Grimm exprima son dégoût, IV, 238.

2. « L'homme est toujours conduit par l'attrait du bonheur C'est dans ses passions qu'il en trouve la source ».

Aussitôt le philosophe Carondas fouille la poche de Valère.

3. « Je ne m'attendris plus que sur l'humanité », dit Cydalise. A quoi Damis riposte : ...« ma foi je les soupçonne

D'aimer le genre humain, mais pour n'aimer personne ».26. L'abbé Coyer blâma Palissot dans son « Discours sur la satire ». 1760. Les Petites lettres sur de grands philosophes de Palissot, Paris 1757, 12, accusent les philosophes de vanité et combattent l'idée de progrès, mais sont d'un intérêt bien mince. « L'auteur est un bon di.Tbh-, malgré tout ce qu'il fait jiour être méchant ». Grimm III, 447.

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tels sont les thèmes que l'auteur croit développer à la honte d'Helvétius et de Diderot.

Lif/nac, dans son Examen sérieux et comique, caricature Helvétius, président des lettrés de France : il devient fou quand un singe parlant lui saute sur les épaules, car il ne peut pas raisonnablement admettre que les animaux parlent. Caruccioli leur interdit de blâmer le célibat des moines : « Nos déclamateurs a contre le célibat seraient-ils bien aises qu'on les contraignît de « prendre une femme, eux qui, pour l'ordinaire, n'en veulent <> connaître que d'une manière illégitime ? » et, poursuivant sur le ton d'un prolétaire malthusien moderne, le colonel marquis ajoute : « il faudra apparemment peupler l'Univers pour leur « fournir de jolies maîtresses et pour offrir des victimes aux <' conquérants qui se plaisent à détruire l'espèce humaine » (1).

Linguet stigmatise leur lâcheté. Un apôtre prêche avec une noble hardiesse, « Mais le philosophe ménage avec soin ses « expressions. Amoureux tout à la fois de son bien-être et de .ses <( o])inions, il ne découvre les unes ({u'autant (pi'il le faut pour « les répandre sans exposer l'autre. Vil hypocrite, il se met à « genoux dans les temples du Dieu qu'il apprend à mé])riser... (' Il se vante même de ce lâche subterfuge » (2).

On le voit, nous sommes loin du tem])s où Bayle faisait illusion. Le mal éclate à tous les yeux. Il gagne la jjrovince par les jeunes gens retour de Paris (3). Les compagnies s'y divisent déjà en

1. L'Univers énigmatiqiie. Avignon 1759 et 1761, 8". Le litre s'explique ainsi : le mystère est partout dans le monde, pourquoi s'étonner q\i'il soit dans la révélation ?

2. Le Fanatisme des philosophes. Londi'es et Abbeville 1761, 8" (V. Grimm t. VI, août 1764). C'est une diatribe, vraie parodie du « Discours sur les sciences et les arts », qui iniputr à la ])liilosophie tous les méfaits de. la civilisation. — Malgré sa grossièreté, Lin(juet a malheureusement ici raison ; Jios philosophes,

Diderot mis à part, ont très exceptionnellement brillé parle coarpge. Bayle avait donné l'exemple de celte prudence, Toland l'avait conseillée dans son « Paniheisticon «. Vo//aire présentant sa langue à l'hostie ou extorquant l'absolution à un capucin (J)esnoireterres V, 27 ; VII, 230'», Ilelvétius rédigeant la plus afïligeanle palinodie que la peur ait dictk'C à un brave homme, ne faisaient guère honneur à la Pensée. Le dernier historien d'Helvétius s'est donné un mal infini pour améliorer la chose par les mois. Disons en bon français que son caractère n'était pas à la hauteur de son talent. Ce divorce est fréquent partout, en France, au wiii" siècle, chez les philosoi)hes. Les ricanements de leurs ennemis, l'embarras de leurs amis prouvent que les normes du jugement moral étaient, sur ce point ,particulier, assez sensiblement les mêmes que les nôtres. — // fallait que la Chine fût évangélisée, tel est le fond de la pensée chez ceux qui excusaient les dissimulations des missionnaires jésuites. // fallait que la raison et l'humanité triomphassent de l'intolérance et de la superstition, tel est le sentiment qui nous rend indulgents aux défaillances d'hommes que nous aimons Soit, mais un malaise subsiste, à voir le mensonge au service de la vérité.

.'?. V. le P. Valois : . Lettre d'un père à son fils sur rincrédulité » s. 1. n .d. 17:.r., Ifi et 1707. ' r.omme il n'a pas inventé la poudre, dit (irimm, ses coups

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esprits forts et esprits faibles ; Homais y règne faute de savants, un Homais dans le goût du siècle, impertinent et libertin. A Paris « les Savoyards commencent à penser dans le grand et les Décroteurs parlent d'humanité » (1).

Aussi voit-on pour la première fois quelques apologistes marquer du découragement. Le P. Toiiron dit qu'il faut se borner à préserver les fidèles. Pour les autres « leur parti est pris » (2). Fiimel, évêque de Lodève, l'auteur du mandement le mieux documenté (3), prescrit de s'informer au confessionnal si les fidèles ne lisent pas les productions des philosophes. Il montre la foi, les mœurs, le gouvernement (4) menacés. Les évêques imputent naturellement à la seule impiété la démoralisation publique aux multiples causes (5). Aussi des hommes, personnellement peu dévots, comme Mirabeau, estiment-ils qu'il faut une religion pour le peuple et pour ceux qui pensent comme le vulgaire (G).

Maintenant les prédicateurs s'émeuvent. Ils ont pu cons- La prédication apolo-

ne feront mal à personne ». III, 281. Pichon écrit : <- Le crédule provincial com- ffétiaue

mence à les recevoir (les incrédules) comme des divinités subalteraes ». — La Raison triomphante, 23.

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