V. à la
dont rànie si peu chrétienne s'arrête à la surface du mystère, — et, retrouvant le mysticisme, ils retrouvent aussi Pascal.
Le Chris- « La vertu est nécessaire au bien tant public que particulier : tianisme „ or la religion chrétienne est l'institution où la vertu est le plus est vrai « parfaitement enseignée ; donc, cette religion est nécessaire au parce qu'il „ bien tant public que particulier ». Ainsi parle le P. Hayeril), est bon ^i Sic/aud ajoute (2) : elle est le lien social parfait. Or, explique un troisième (3), le vrai et l'utile se joignent nécessairement, car i( se conformer au vrai c'est agir d'une manière conforme à la nature et à la disposition des choses ». Celui qui agit ainsi «doit parvenir à ses fins », et parvenir à ses fins «. c'est en quoi consiste l'utilité ou le bonheur ».
Telles sont les idées que les apologistes vont presqu'exclusivement développer ; non seulement parce qu'ils savent moins la théologie, mais parce qu'ils sont fds de Rousseau et que le siècle, obsédé par le malaise social, ne peut plus écouter et aimer que les idées utiles (4).
L'abbé Gérard (5), qui avait eu une jeunesse dissipée et qui s-'était converti sous l'influence de l'abbé Legros, chanoine de la Sainte Chapelle, montra dans un de ces romans ])ar lettres si goûtés depuis Héloïse, le christianisme à l'œuvre dans la vie d'un homme du monde exposé à mille traverses.
Le Comte de Valmont ou les égarements de la raison, qui parurent en 1774 (G) en 3 volumes élégants illustrés de vignettes
1. L'Utilité temporelle de la religion chrétienne, Paris 1771, 12, p. XV. Le Journal historique loue dans cet ouvraf^e « une certaine théologie de sentiment qui captive le cœur eu même temps qu'elle éclaire l'esprit ■". [43] oct. 1775, p. 482.
2. Economie de la Providence dans l'éitabllssement de la religion, Paris 1787, 2 V. 12. L'auteur était chirurgien. V. J. eccl. [55], janv. 1788. p, 7.
3. Duvoisin : « Essai polémi<iuc sur la rcliijion naturelle », Paris 1780, 12, p. 355 ; citation de Silhouette qui a pris l'idée à Warburton.
4. Ajoutons que tous les ouvrages philosophiques contemporains montrent le christianisme inutile ou nuisihle aux étals^ notamment VEssai sur les prijugés, le Systcme social, la Politique naturelle, d'Holbach. Masson a suraboiidammont démontre le pragmatisme des « disciples involontaires » de Rousseau [1G6], III, c. 3 et 4. Nous abrégeons ce développement pour ne pas tomber dans des redites ou exploiter les mêmes textes.
5. Né à Paris en 1737 d'une famiille modeste, il étudia à Louis-lc-Grand. Il fut chanoine de St-Louis du Louvre. L'Assemblée du clergé de 1775 le félicita pour son ouvrage. ICmprisonné sous la Révolution, il mourut en 1813.
G. Paris, 12. Le succès lui fit ajouter 2 volumes. Cela n'empêche pas Grimni de i)rophélis('r ■ (pi'il n'a pu exécuter son i>lan de manière à se faire lire... « Je lui promets (|ue Mme la Dauphine n'aura pas la patience d'en lire une « ligne et j'en suis fâché, car ce M. ***, qui écrit d'ailleurs très bien, est si « méchamment pieux etc.. Tout cela est d'un ennui à périr ». X, 407.
exquises, eut vingt éditions et fut l'apologie la plus lue depuis Abbadie.
La première partie est plus théorique ; dans la seconde on voit comment la foi est le meilleur ressort personnel. Les péripéties du roman ne sont pas uniquement prétexte à disserter, elles sont attachantes. Et puis la psychologie reparaît : si les lettres du comte à son fils sont apologétiques, les lettres à sa bru sont des lettres de direction morale et pédagogique où éclate l'influence de Rousseau. Le souci de la vie morale et de l'éducation développé par les sentiments de famille conduit à considérer la sainteté des dogmes et de la morale comme la plus forte preuve du christianisme et « la plus sensible » (1). Les vertus qu'il nous inspire, la paix et les douceurs qu'il procure font éclater l'insuffisance de tout autre secours que le sien pour résister au mal.
A tout cela se mêle le sentiment de cette harmonie de la Nature, que les anciens apologistes concevaient. La paix du soir, les travaux des champs, l'éveil de la vie au matin (2) font un cadre virgilien, c'est-à-dire déjà religieux, à une œuvre qui nous transporte bien loin des arguties grammaticales de Moïse et de Bullet.
27 ans plus tard, l'abbé mettra à la portée de tous les hommes « l'art de se rendre heureux » : c'est la piété (3).
L'Assemblée du Clergé de 1775 elle-même omettait, dans son Avertissement aux fidèles {i), tout appel à l'Ecriture, au dogme, à la métaphysique. Plus encore que celle de 1770, elle invoquait les effets bienfaisants de la foi : repos de l'esprit et de la conscience, consolation, ordre public ; et l'archevêque de Lyon, Malvin de Montazet, commentant cet Avertissement à ses ouailles, développait cette idée qu' « avant J.-C. les malheurs du genre humain étaient le scandale de la Providence ». « Il était réservé à l'évangile de nous apprendre le grand art de savoir être malheureux » (5).
En même temps que le clergé modernisait officiellement l'apologétique, nous avons vu qu'il mettait encore à l'épreuve la vertu des premiers docteurs vainqueurs du paganisme. 11 chargea l'abbé