En
•L /. encycl. [66] févr. 1790, t. I, 456 et II, 98 ; réimpr, dans l'Esprit des journaux avr. 1790.
5. Daunou avait prononcé à l'Oratoire un Discours sur le patriotisme en l'honneur des morts du 11 juillet.
6. I^)nd. 8". W'arburton avait soutenu quelques idées analogues dans un livre très différent : The Alliance befween Church and State, Lond. 17.'?6, tr. en français en 1742.
naturel que la religion. Necker n'en fait pas comme Napoléon un simple gendarme, son âme plus humaine s'attendrit sur le rôle consolateur de la foi. Il montre son action, puissante sur la volonté, bienfaisante sur le cœur, capable de s'exercer chez tous les hommes.
L'erreur des incrédules est de méconnaître le rôle du sentiment. Leurs raisonnements sont ceux « avec lesquels on décourage tous les sentiments passionnés » (1), Or, « au milieu des « ténèbres dont l'idée d'un Dieu se trouve environnée, le senti- <( ment devient notre meilleur guide : il est, j'en conviens, la « partie de nous-mêmes la moins réfléchie, mais c'est aussi la « plus innée et celle qui, sous ce rapport, semble communiquer {( de plus près avec l'auteur de la nature » (2). « Je me remets « avec confiance à la protection de cet être que je crois bon et « puissant, comme je m'abandonnerais au bras d'un ami qui, au (i milieu d'une nuit profonde et tandis que j'ai le pied dans <( l'abîme me retirerait à lui et calmerait mon épouvante » (3).
C'est toujours la pensée de l'avenir qui nous rend heureux. En perdant les splendides perspectives de la religion nous perdrions ambition et joie. « Il n'y a rien d'indifférent lorsque l'exercice « et la perfection de nos facultés paraissent le commencement « d'une existence dont le dernier terme nous est inconnu » (4).
C'est à établir le déisme que Necker borne son effort (5), tout en laissant entendre qu'il a personnellement foi au Christ rédemjjteur ; mais il ne fait pas une œuvre confessionnelle. Moins habile à manier les arguments traditionnels que les raisons de
1. P. T. On sait quel rôle joue « l'enthousiasme >• dans les idées de Mme de Staël.
2. P. 207. " On ne peut l'aimer sans le découvrir » 208. La principale preuve de son existence est « le penchant de notre cœur ».
.5. L'abbé liréinonl le lui reprocha, sur un ton de mr.gisler, et lui apprit le catéchisme dans ses Heprvuentadions adre.ssccs à M. A'*** (an.) Genève et Paris 1788, 8". Ainsi les orthodoxes liraient dans le dos des apologistes le mieux adaptés à leur temps, (irimrn dit du chapitre sur la Tolérance : « Je crains bien que « beaucoup de docteurs de Sorbonne ne pensent en secret que c'est là de la « j)hiIosophie toute pure ; mais le moyen d'attaquer une si grande vérité, lors- <. qu'on hi voit entourée de toutes les étioiles d'Herschel ? » XIV, 235 {\ecker fondait la tolérance sur la petitesse de notre grain de sable). — Le Journal enciiclopvdiijue fait le bon apôtre : « peut être ce chapitre pouvait-il être omis pour la gloire de M. N. Nous doutons qu'il y ajoute » avr. 1788 p. 202, « Auraitil oublié, dit l'abbé Uarruel, que ce grain de sable a été habité par un Dieu ? » Mais il reconnaît • tout le courage dont M. Necker avait besoin pour se déclarer si haufemeni contre nos incrédules et surtout contre ce projet également antireligieux et aniipolitique de donner aux peuples un catéchisme de morale indépendant de tout molif religieux ». /. ecc\. fôô] mai 1788 p. 42 et .'■)2.
sentiment, il a quelques remarques ingénieuses (1) et, s'il ne convainc pas toujours, il plaît et touche par la générosité de son accent (2). C'est cette générosité de l'homme et du livre que vint récompenser le prix Monthyon.
Il n'y a aucune différence essentielle entre les écrivains chré- Les précurtiens que nous rassemblons sous ce titre et ceux du groupe pré- saurs
cèdent. Mais chez eux le sentiment domine, et avec lui le souci "® Chateaude réhabiliter le christianisme, de trouver des raisons d'estimer briand ce qu'on aime et, après l'avoir montré utile, de le rendre honorable à tous les yeux (3). Ajoutons que chez quelques-uns non seulement le cœur se satisfait à croire, mais la sensibilité esthétique commence à goûter la beauté de la Bible avant de percevoir celle des cathédrales gothiques et des orgues aux grandes voix.
C'est une façon de réhabiliter la religion que de réhabiliter l'homme pour lequel elle est faite. S'il mérite que Dieu s'occupe de lui, la trace de ces soins de Dieu, à savoir la révélation, est suffisamment vénérable.
De Villiers, prêtre et avocat, protesta contre l'appétit d'avilissement holbachique, dans un petit ouvrage qui est un hymne à la Dignité de la nature humaine (4).
D'autres montraient la dignité d'une opinion que tant de grands hommes ont eue. Les éditeurs de Daguessean publient ses opus-
1. L'athéisme ne nous affranchit de la crainte que s'il nous garantit l'anéantissement. Sinon, pourquoi l'évolution du monde aveugle ne nous mènerait-elle pas à une vie de tortures ? (c. 14).
2. On dit que le repos dominical appauvrit les ouvriers, mais la multiplication des jours de travail occasionnerait une baisse des salaires. Les riches, de par le droit du plus fort, s'arrangeraient pour payer 7 journées au prix de 6 (p. 117). — I La charité rend seule tolérahle le droit de propriété. Elle comhle les lacunes des lois, faites généralement par les riches (c. 17). « En lisant cet « ouvrage de M. X., dit un journaliste, nous nous étions souvent demandé... 1' d'où pouvait, après une vie passée dans une carrière si peu faite pour la '< méditation des principes religieux, lui venir cette foule de raisonnements par « lesquels il démontre leur importance ; mais lorsqu'il développe ainsi ses sen- « timents, il est aisé de voir qu'il les puisait dans les affections de son cœur « autant que dans les ressources de son génie ». J. encycL. 1. c. 204, Grimm écrit que, traitant un sujet rebattu, l'auteur a cru devoir « s'adresser encore « plus souvent au cœur, à l'imagination, à la conscience de ses lecteul-s qu'à « leur esprit et à leur réflexion » 1. c. 231.
.3. o A l'en croire (Raynal), la religion ne présente qu'une morale barbare, abjecte, extravagante, superstitieuse, puéxile, indécente ». Réquisit. de l'avocat (jénéral Séijuier contre l'Histoire philosophique, 2ô mai 1781. (V. J. hisl. [4.3], juil. 1781, p. .3821.
4. « considérée en vrai philosophe et en chrétien », Paris 1778, 8". Necker remarque de son côté que les mêmes personnes qui croient l'esprit humain capable de tout entendre, « sont néanmoins les plus ardentes à dépouiller notre âme de sa véritable dignité », o. c. 1.54.
Cilles religieux (1) pour monlrer que la foi n'est pas incompatible avec de grandes lumières et de hautes fonctions. Nonnotte rend l'honneur aux Pères, présentés par Voltaire comme les grotesques de l'antiquité. Pour cela il les analyse et les cite, car « il suffit de <( mettre sous les yeux... la manière de penser de ces grands « hommes pour faire connaître toute leur supériorité sur les « ennemis qu'avait alors la religion et sur ceux qu'elle a encore « aujourd'hui » (2). L'abbé Baiidisson montre chez de grands hommes du xvii" et du xviii" siècles, c'est-à-dire dans la vie et non dans la spéculation, « l'union du christianisme avec la philoso- I>hie ». « Qui pourra hésiter entre des philosophes subalternes et les plus illustres coryphées ? » (3).
L'apoloffie par la bonté de la religion semble ramener Boulogne au langage d'un La Placette ou d'un Pictet(4). « Les consolations « qu'elle nous procure, les remèdes qu'elle nous ofTre, nos maux (' qu'elle soulage, nos besoins qu'elle sastisfait, nos désirs qu'elle « remplit, notre infirmité qu'elle soutient, voilà, m. f., les plus « beaux titres de notre foi et la base inaltérable de ses véritables « lumières ». Mais ces lumières sont peu mystiques encore dans Pâme de ce fils du siècle qui laisse échapper tôt après l'aveu de toute sa génération : « On n'est peut-être pas convaincu, mais on est persuadé » (5).
Le passage à l'apologie par la beauté est sensible chez Vévèque de Langres. « Pour vous éloigner plus sûrement de la religion, « dit-il, on s'efforce de vous la rendre odieuse ; on vous peint sa « doctrine absurde, sa morale outrée, son culte minutieux. Notre « but est moins de vous faire voir combien la religion est vraie
1. Œuvres, Paris 1759-89, 13 v. 4<"- « Méditations 7nétaphijsi(iues > t. XI, 1179 rV. Ol lé-La prit ne: Malobraiiclie [172], II, 207) k Lettres sur divers sujets », t. XII, 178.3. " Réflexions diverses sur J.-C. >- ih. 2.'Î7, V. p. 401 n. 1 et 410.
2. Les philosophes des 3 premiers siècles de l'Eglise, Paris 1789, 12, p. 42. V. l'ouvrage analogue de Rose : « L'esprit des PP. comparés aux plus célèbres écrivains sur les matières les plus intéressantes de la philosophie et de la reliçiion », Besançon 1790, ,3 v. 12.
.■?. Kssai sur l'union du christianisme avec la philosophie, Paris 1787, 12, p. 41.3. L'auteur étail Docteur en théologie et premier vicaire de Stc-Marguerite de Paris. C'est l'apologie la plus complète que nous connaissions par l'argument d'autorité. Au xviii" siècle nous relevons les noms de Linné, Mauperluis. Pluchc. Formel}, Robertson, Bonnet, Huiler, Van Sivietcn. Mably. Condillac. Au xvii" Pascal est omis. L'abbé Emerij, l'ancien supéininir de St-Sulpice, flt un travail analogue pour Leibniz : « Esprit de Leibniz « 1772 et 180.3, liacon : « Le christianisme de François Bacon » 1799, Descartes : « Pensées de Descarles sur la reliijion et la morale », 1811. II voulait y joindre Newton et montrer ainsi que les 4 plus grands jibilosophes modernes ont été chrétiens, notamment le prophète de la science tant vantée par les incrédules. V. Roulonne, Art. sur le christianisme de Bacon, .\nnales philosophiques 1800-1801.