‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 343 sur 397 · V. supra p. 2tr> sq · texte numérisé non relu

V. supra p. 2tr> sq

.'■). Sermon sur la ftn. (I-.nv. poslh.. Paris Le Clère 1820, .3 v. 8". I, 209.

« que de vous faire sentir combien elle est aimable. Xous ne « donnerons ici d'autre preuve de sa vérité que sa beauté ». Elle est la plus sublime dans ses dogmes, la plus sainte dans ses préceptes, la plus auguste dans ses rites que l'esprit puisse concevoir (1).

On se moque de notre culte, mais « le culte extérieur n'est prescrit que pour établir, fortifier, animer le culte intérieur » (2). Chaque cérémonie comme chaque sacrement nous aide à remplir un devoir. « Combien de fois la sainte confusion que la confes- « sion inspire a-t-elle ramené la pudeur prête à s'égarer ? La c honte d'avoir un crime à dévoiler eut souvent plus de force '( que celle de le commettre » (3). Duvoisin s'attendrit sur la douceur des fêtes chrétiennes qui marquent les étapes de la vie (4), Lamourette sur le spectacle du peuple à l'église : « Com- « me tout parlait en eux de la douce révolution que la pensée et « l'espoir d'une meilleure vie produisaient dans leurs cœurs ! (' Quelle avidité d'attention ! quel maintien, quels regards ! quels « soupirs ! quelles larmes délicieuses ! que la foi paraissait alors « un flambeau auguste et adorable ! » (5).

Ce développement exclamatif baigné de larmes délicieuses date de 1786. C'est déjà l'apologétique parlant à l'imagination par l'évocation d'une scène, d'une silhouette, d'un geste harmonieux, — de « cette croix plantée sur la colline et qu'un bouquet d'arbres « touffus couronne de ses épais rameaux » (6), de l'église au

1. De la Luzerne : « Instruction pastorale sur l'excellence de la religion ■>, Paris 1786. 12 ; rééd. 1793. 96 etc. — V. Génie du christianisme, Préface : « On « l'avait séduit en lui disant que le christianisme était un culte né du sein de « la barbarie, absurde dans ses dogmes, ridicule dans ses cérémonies... On u devait montrer qu'il n'y a rien de plus divin que sa morale, rien de plus « aimable, de plus pompeux que ses dogmes, sa doctrine et son culte... Le « christiainisme sera t'il moins vrai quand il paraîtra plus beau ? a

4. Démonstration évangélique, 1800, c. 10. C'est le thème développé par Chateaubriand 1" part. 1. I, c. 6 à 11 : ^ La connaissance de l'homme civil et moral est renfermée tout entière dans ces institutions », éd. Didot 1874, 2 v 12 ; t. I, p. .30.

5. Pensées sur la philosophie de l'incrédulité, Paris 1786, 8° p. 143. Cf. les développements de Chateaubriand sur la foi « aJles de l'âme » et sur l'espérance « nourrice des infortunés » l'« p. 1, II, c. 2 et 3. Lamourette (1742-94), ancien lazariste acquis aux idées nouvelles, servit à Mirabeau de conseil théologique, rédigea le projet d'Adresse au peuple français sur la constitution civile du clergé, fut nommé évêque de Lyon. >rais il s'éleva courageusement contre les terroristes et périt sur l'échafaud. Plus sincère que Chateaubriand, plus fervent que Bernardin, Lamourette a déjà le ton de 1808, celui des ouvrages édifiants qui vont foisonner pendant la renaissance religieuse.

6. Les Délices de la religion ou le pouvoir de l'évangile pour nous rendre heureux, Paris 1788, 12, p. 290 Masson cite largement cet auteur, o. c. IH, 198, 218 sq.

crépuscule avec « quelques personnes dispersées et agenouillées « loin les unes des autres ».

« Il y en avait qui ne proféraient aucun mot et dont les yeux fermés et « humides de pleurs ne s'ouvraient pas même lorsque marchant près d'elles « j'essayais d'interrompre leur recueillement. On aurait dit que ces créatu- « res sublimes ne se doutaient pas qu'il y eût autre chose que Dieu au « monde... Voilà la preuve de la ilivinité du christianisme la pins capable de « déconcerter toutes les forces de l'irréligion » (1).

Laniourette s'est essayé à penser dans un livre illisible sur la philosophie de la foi (2). Vraiment le temps n'est plus. Qu'il fasse son métier, qu'il nous enchante ! dirions-nous volontiers à l'imitation de Joubert. L'ignorance et la faiblesse logique de Chateaubriand ne lui sont pas des défauts propres. Les chrétiens n'étaient déjà plus que des âmes sensibles.

En 1780, Rondet publiait des opuscules de l'abbé Flciinj (3) pour servir de suite à son « Histoire ecclésiastique ». Il s'y trouve un Discours sur l'Ecriture sainte qui, avec le Discours sur la poésie des Hébreux, pouvait encourager les avocats du christianisme à proclamer hardiment la beauté littéraire des Ecritures. Pourquoi, quand on admire Homère, trouver Moïse grossier ? La simplicité est un art ; il n'échappe qu'à ceux dont le goût est gâté par la rhétorique.

L'idée était si bien dans l'air que V Académie de la Conception à Rouen avait proposé la question suivante : << Quels sont, outre « l'inspiration, les caractères qui assurent aux livres saints la « supériorité sur les livres profanes ? » Le mémoire couronné en 1778 est largement cité par l'abbé Brunet qui, en pleine révolution, poursuivit calmement cette étude comparée des religions que Rousseau jugeait au-dessus des forces d'un homme (4).

1. P. 7."). Barruel abonde dans son sens : « De toutes les preuves de la reli- « gion chrétienne, celle-ci est... la plus humiliante pour cette espèce d'hommes o rjui ont osé se dire philosophes en combattant avec tout rachanienient possi- « ble une religion si bien faite ))our établir partout l'empire de la vertu et II celui du bonheur ». « Je connais peu d'ouvrages qui m'aient montré la reli- « gion sons un jour plus vrai, plus rui'issanl... cent l'ois j'ai remercié l'auteur « des sentiments qu'il m'inspirait ». .7. ceci. [5.")] nov. 1788 p. 218 et 380.

2. Pensées sur la philosophie de la foi. ou le systhne du christianisme entrevu dans son analogie avec les idées naturelles de l'endendemenl humaiu.\ Paris 1789, 12.

."5. Nîmes, 5 v. 8".

4. C'est une terrifiante compilation en 5 v. in-t". Parallèle des relifiions (an.) Paris 1792. Ix'S 2 premiers volumes Turent imprimés à ChAlons en 178.'). d'jqjrès Barbier. L'auteur donne Ve.rposé, l'histoire et Ve.rplirution du paganisme mo<lcrne ot iincien, du mahométisme, du judaïsme, du christianisme, puis les compare entre eux. Le christianisme est ainsi conTronté au déisme ; c'est la seule partie nécessaire de l'ouvrage, c'est aussi la plus banale. Brunet, assistant général des lazaristes, professa la philosophie au séminaire de Toul et dirigea celui de

Pour la peinture de la vie antique, « des arts, des mœurs, des villes », l'Ecriture est incomparable. « Gédéon dans sa grange et « Saiil derrière ses bœufs iraient à côté de Nausicaa puisant de « l'eau à la rivière (1)... Et finirions-nous sur les portraits, les uns « bizarres et terribles... les autres gracieux ?... Le monde intellec- « tuel et moral est encore dans l'Ecriture plus riche et plus varié « que le monde physique. Toutes les vertus, tous les vices s'y « présentent... vices et vertus des nations,... vices et vertus des « états et des conditions » (2).

Aime-t-on l'éloquence ? « La mère des 7 Macchabées exhortant « le dernier de ses fils à suivre ses frères au martyre, c'est Yétu- « rie et Coriolan, c'est plus encore. Que l'on compare le discours « que Dieu tient à Job avec celui que Sénèque met dans la « bouche de la Providence parlant à l'homme malheureux et l'on « sentira la différence » (3).

Pour la poésie, l'épopée de l'homme et le plan du salut enferment la plus grandiose. Et « dans la supposition qui ne souffre (. les miracles et les prophéties que comme cette intervention des « causes supérieures évoquées par le génie créateur du poète, cf quelle machine d'un merveilleux nouveau et seul digne de ce « nom ! » (4).

Chàlons. Il mourut à Paris en 180G. Son érudition est indéniable. Son œuvre, très médiocre, se rattache à ces vastes enquêtes que l'on poursuit ambitieusement de tous côtés à la fin du xviii« siècle.

1. V. un développement analogue de Fauchet, sur les patriarches, c. p. Masson III, 217 et le Parallèle de la Bible et d'Homère dans le « Génie », 2^ p. 1. V, particulièrement c. 3, 1° et 2° : simplicité, antiquité des mœurs.

2. 8" part., p. 1071. Il en «st de même, d'après Chateaubriand, dans la littérature chrétienne. « Une telle religion doit être plus favorable à la peinture des « caractères qu'un culte qui n'entre point dans le secret des passions ». 2^ p. 1. II, c. 1. « Le polythéisme ne s'occupait point des vices et des vertus ; il était « totalement séparé de la morale » 1. IV, c. 1. « La religion chrétienne est un « vent céleste qui enfle les voiles de la vertu et multiplie les orages de la « conscience autour du vice » 1. III, c. 1.

4. Ib. 1076. « Ces enfants de la vision (les prophètes) feraient d'assez beaux groupes sur les nuées... Après la peinture des tourments des marti/rs. nous dirions ce que Dieu fit pour ces victimes et le don des miracles donti U honora leurs tombeaux >. Génie 2" p. I. TV, c. 7. — V. dans les Mémoires historiques et critiques de 1801 un article capital sur les droits du christianisme à la reconnaissance des gens de lettres. Lui seul a conservé quelques étincelles des sciences. Savants et beaux esprits batVent aujourd'hui leur nourrice. « Pourquoi donc « l'influence que les religions même fausses ont eue sur les arts s'est-elle succes- « sivemcnt affaiblie et enfin totalement éclipsée depuis l'existence de la religion « véritable ? C'est l'intéressant problème que propose l'Université de Cambridge... « Depuis plusieurs siècles les sciences et les beaux arts n'ont été en vigueur « que dans les contrées du globe où le christianisme est établi ». 57 sq. C'est que la religion chrétienne élève l'âme, attendrit le cœur, occupe les hommes de Dieu et les attache les uns aux autres. « Partout l'impiété fut l'ennemi le plus dangereux des sciences et des arts. Depuis 10 ans toutes les têtes fermentent.

Ailleurs, on rend la religion recomniandable en montrant qu'elle est l'unique remède au mal nouveau dont une partie de la jeunesse souffre depuis Werther.

L'abbé de Grillon, ancien agent général du clergé, nous présente un jeune allemand à l'âme tourmentée, venu en France pour fixer ses idées et son inquiétude. « Je ne savais ce que je pensais, « ce que je devais croire, ni même ce que je pourrais penser un « Jour. La philosophie... ne produisait que des doutes séduisants « dans l'ivresse du plaisir mais meurtriers dans la douleur » (1). Il se jette dans la débauche et fréquente les philosophes. Mais un ami chrétien le dégoûte de leurs leçons. Or, ce ne sont pas des arguments dogmatiques qui le ramènent à la foi (2), mais des raisons sentimentales. La morale philosophique lui répugne moins quand elle choque la raison que quand elle froisse la sensibilité, en relâchant l'amour filial, les liens de la reconnaissance. « Je ne « puis sans horreur envisager la justice et la douce amitié comme « des fantômes qui trompent nos coeurs un moment et s'éva- « nouissent » (3). Il ne veut plus d'une doctrine désespérante ; il s'attache à la religion consolante qui aide à traverser la vie, religion d'un Dieu indulgent et bon, — qui date lui aussi, — et qui plaint la faiblesse.

Il se convertit à la mort d'une femme aimée. « J'aimais un objet périssable. Il meurt... la vérité m'attendait sur sa tombe » (4).

Ainsi les ouvrages apologétiques se transforment insensiblement en ouvrages d'édification. Ce n'est « pas tant la preuve que l'éloge du christianisme » (5). Le regain déjà marqué de la littérature

tous les aiis s'évertuent, qu'ont-ils produit ? » 03. L'Institut gémit. Puisse t'il reconnaître la cause de cette stérilité. — La même année paraissait l'ouvrage de Ballanche qac Giraud a rapproché du « Génie » : Fia xentimeni considéré dans ses rapports avec la littérature et les arts. Lyon Ballanche et Barrct, Paris Volland 1801, 8". V. Giraud: <• Chateaubriand •. [1111, !):? sq.

1. Mémoires philosophiques du baron de *** chambellan de S. M. l'impératrice reine. Vienne et Paris 1777y 8" p. .T. Rééd. 1770. Grillon mourut à Avignon sa patrie en 1789. Il écrit avec agrément.

2. L'objection tirée des mystères est à peine elTleurée : il faut qu'ils soient bien vrais pour qu'on les ait admis (p. 200 sq.).

.3. P. 2.'19. Voltaire était déjà de cet avis et Collé avait jugé sévèrement les « extravagances d'IIelvéiius sur l'amour, l'amitié, les sentiments ». « J'aime mieux mes illusions... et que le diable emporte tous les philosophes qui ne m'éclairent que pour m'aflliger ». Journal II, l.'i.'î et t^i.

4. P. 201. Cf. le « j'ai pleuré et j'ai cru » de Chateaubriand. — Tous les ouvrages religieux du temps offrent déjà ce « style empire » aucpiel Chateaubriand donnera l'ampleur du génie. On recherche la musique du nombre : « Vertus que la grâce a semées, vertus pleines d'appas et inconnues jus([ues alors, fleurissez, régnez toujours. Quel éclat ne donnez-vous pas à notre religion ? vous appuyez notre certitude ». Abbé Louis : « Discours sur la vérité de la reliqion chrétienne et catholique >< 1770, p. .323.

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