‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 5 sur 397 · LES PRECURSEURS · texte numérisé non relu

LES PRECURSEURS

parfois un peu forcée, nous aurait ramenés à deux reprises sur nos pas et aurait isolé les uns des autres des auteurs contemporains. Nous avons préféré l'ordre chronologique qui suit le mouvement des idées et celui de la production littéraire. La bataille se concentre autour de quelques ouvrages importants qui jalonnent les progrès de l'assaut. Le Traité de Spinoza, le Dictionnaire de Bayle, les Lettres anglaises, l'Esprit, etc.. sont des nœuds de la lutte. Dans les intervalles on escarmouche contre les menues impiétés, mais le gros effort se porte naturellement sur les livres qui marquent une pointe plus hardie de l'ennemi. Nous grouperons autour d'eux l'essaim des apologies. C'est le seul moyen de distribuer un peu de clarté dans ce panorama d'une bataille immense.

IL — Etat de l'apologétique en 1670

Au moment où Pascal préparait son apologie, les libertins fran- L'ennemi çais n'avaient encore attaqué le christianisme par aucun ouvrage à la fois systématique, direct et fort. Le Montaigne de 1695 était pour eux une école de scepticisme et d'épicurisme ; « la Sagesse » de Charron, manuel de morale laïque, apparaissait de plus en plus impie (1), mais ces œuvres ne sont pas des machines de guerre expressément dressées contre la foi. L'incrédulité n'est encore ni scientifique, ni érudite. L'exégèse libre est à naître, la philosophie à la mode est le spiritualisme cartésien. Au libertin débauché à la Des Barreaux a succédé le libertin « honnête homme » dont Méré{2), St-Evremcnd, Ninon {3), offrent des variétés intéressantes. Ces mondains radicalement incrédules et, qui pis est, indifférents, n'ont pas le mauvais goût de faire du scandale, ils sont bien trop amis de leur repos. Ils croient qu'on peut sans religion bien vivre, c'est-à-dire honnête et heureux, et quelques-uns d'entre eux le prouvent. C'est eux que Pascal veut Inquiéter et détromper.

Le siècle a déjà vu paraître plus d'une apologie. Sans parler de Etat de celle de Vanini (4), ouvrage intéressé qui vise une prébende, la défense. Garasse (5) a déchaîné contre les esprits forts de la régence sa Apologies

intellectua-

1. V. Strowski : « De Montaigne à Pascal •, Pion, 1907, p. 1G1 sii. listes

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