‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 84 sur 397 · P. fiO · texte numérisé non relu

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3. C'est l'argument repris par Rousseau : '• L'inventeur en serait plus étonnant que le héros ». Emile, 1. 4. Ed. Mussay-Pathay, Paris, 1820, t. IX, p. 102. Sur les emprunts de Rousseau à Abbadie, V. Masson, o. c, t. I, p. 109, n. 1.

Aussi ne connaissons-nous pas de livre aussi excellent que le Nouveau Testament, mille fois plus exempt des faiblesses humaines que les plus sages livres des païens, très supérieur à tous les livres pieux écrits depuis, y compris les œuvres des Pères. Les miracles qu'il contient passent la puissance de l'Enfer, sa doctrine sainte prouve l'inspiration divine.

Qu'objecte-t-on ?

Jésus-Christ doit tout ce qu'il a de bon à la secte des Esscniens dont il était. — Afïirmation gratuite, puisqu'il a de simples pêcheurs, non des esséniens à sa suite et qu'il n'a en horreur ni le mariage ni les villes.

— Il doit ses lumières à son éducation. — Non, puisqu'il grandit chez un charpentier, et on le lui reproche.

— Sa haine des i)harisiens l'engagea à inventer une religion contraire à la leur. — Mais qu'aurait-il pu prétendre ? le fils de Marie n'a aucune concurrence avec les sacrificateurs et les lévites.

— Son ambition de passer pour prophète lui fait mal entendre certains oracles, et c'est de bonne foi qu'il se croit le Messie. — Sa morale et ses enseignements excluent l'ignorance et sa sainteté l'imposture.

— Mahomet cependant fut victime d'une erreur analogue.

— Ce parallèle ne tient pas. Mahomet ne prétend pas établir sa religion par des nîiracles, il ne fait pas de prophéties réalisées sous nos yeux, il n'était pas prédit, il s'établit par la violence sans changer les c(Purs corrompus ; il n'est pas ressuscité ; ses lois n'ont qu'une valeur régionale ; il tient de J.-C. sa connaissance du vrai Dieu.

— Les doutes les i)lus sérieux s'élèvent sur les miracles de J.-C. Il a pu guérir deux ou trois fois j)ar hasard ou par la vertu des causes secondes, de là sa réputation de i)roi)hète. — Non, ses miracles sont nombreux et variés et sa résurrection ne [)eut être l'effet des causes secondes.

— Il avait peut-être des témoins apostés pour attester des miracles fabuleux. — Mais il n'a ni argent ni crédit. — Il n'opérait ses prodiges qu'en ])résence de trois disciples. — La résurrection du fds de la veuve de Naïn, celle de Lazare eurent lieu devant une foule.

— P()ur<]ii()i onl-ils fait si peu d'impression ? Quel émoi si un mort revenait aujourd'hui ! — La i)lupart de ceux qui apprirent la résurrection de Lazare n'y crurent pas, d'autres l'attribuèrent à Béelzébuth, ou à la connivence de Lazare. Tout est possible avec des gens à préjugés. Mais on en revient toujours là : il n'est pas d'homme qui veuille mourir pour soutenir une imposture.

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— Pourquoi Josèphe ne parle-t-il pas de Jésus ? (1). — Il était pharisien. Ayant par courtisanerie appliqué à Vespasien les oracles de l'A. T. il se tait par politique, non par ignorance puisqu'il mentionne les plus petits agitateurs.

— Il est très commun de voir des gens accréditer de prétendus miracles, Vespasien par exemple. — Je crois vrais les miracles qui ont ces 10 caractères : 1. qui sont prédits ; 2. nombreux, divers et sensibles ; 3. opérés par des simples qui n'ont ni assez de lumières pour pouvoir tromper ni assez de malice pour vouloir ; 4. éprouvés par des habiles qui, ne pouvant les nier, les expliquent bizarrement ; 5. attestés par des martyrs ; 6. tendant à sanctifier les hommes ; 7. annoncés par des personnes qui croient le salut incompatible avec l'imposture ; 8. reproduits par ceux qui s'en •font les hérauts ; 9. impossibles à nier sans tomber dans des contradictions, sans admettre par exemple que les plus sages des hommes sont des fous et les ])lus constants des fourbes ; 10. étroitement liés ensemble et couronnés par la résurrection de leur auteur.

— Viennent ensuite les doutes sur les apôtres. — Pourquoi furent-ils si peu ? — Jésus en envo} a 70, et 500 frères furent témoins de sa résurrection.

Pourquoi étaient-ils pauvres et ignorants ? — Pour que la puissance de Dieu éclatât mieux dans leur faiblesse.

Pourquoi Jésus admet-il dans sa suite des péagers et des courtisanes ? — Pour mieux manifester son action régénératrice.

Pourquoi croire les disciples attestant la résurrection, plutôt que les envoyés de la synagogue attestant le contraire ? — Parce que les uns ont vu, les autres non. La rétractation de Juda et de Saul prouve la force de la vérité.

— Et le scandale de la croix? « Qui croira que la condamnation et l'infamie puissent être les caractères du Fils de Dieu ? » (2). — Nous y voyons une marque de divinité, car ces souffrances ont été prévues par Jésus et voulues par Dieu pour notre salut. Cette mort est « comme un miroir qui nous représente toutes les vertus de l'homme et tous les attributs de Dieu » (3), sa haine pour le péché, son amour pour ses créatures.

Dans la troisième section notre auteur fait encore un effort pour « pousser les preuves de fait et de sentiment jusqu'au degré de la démonstration ».

1. Abbadie, plus prudent ici que pour les Actes de Pihite, admet les rdserves des savants.

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Les préjugés des disciples élevaient un mur entre Jésus et eux. Ils attendaient un Messie qui rétablirait le royaume d'Israël, ils croyaient la Loi éternelle, ils jugeaient les païens exécrables et impurs. Il faut qu'ils aient trouvé dans J.-C. de quoi récompenser leur attente trompée. Comment expliquer sans cela que, déjà vieux, ils renoncent aux pratiques juives ? C'est qu'ils ont été frappés par ses miracles, surtout par sa résurrection.

La résurrection est étroitement liée aux miracles : si elle est vraie, les miracles le sont aussi et réciproquement. Jésus-Christ la prédit en instituant un mémorial de sa mort. Les précautions des juifs i)our qu'on n'en dise rien, le rapport des gardes, le langage assuré des apôtres qui la ])roclament dans leurs premiers discours, la conversion d'un grand nombre d'auditeurs sont autant de preuves de ce grand fait. Pourquoi les juifs ne poursuivent-ils pas, ne torturent-ils pas les disciples, s'ils croient vraiment que les disciples ont enlevé le corps ? Ils ne les en accusent même i)as ; c'est ultérieurement qu'ils répandront ce bruit. L'impossibilité d'une imposture concertée entre les apôtres et jamais démentie éclate, « vu surtout qu'à mentir on ne gagne que des prisons, les tour-' « ments et la mort, et qu'à dire la vérité on ])cut se concilier du « crédit, de l'appui et acquérir du bien en plaisant à ceux qui « sont les maîtres des richesses et des charges de l'état » (1).

Le récit de Vascension renferme, les preuves de la résurrection. A supposer que les api)aritions de Jésus soient une vision des disciples, ils ont -eu en 40 jours le temps de se ressaisir. « Ils ne « se peut qu'ai)rès avoir vu un fantôme, ils conversent avec lui « pendant 40 jours : que ce fantôme se fasse manier, qu'il leur « donne des préceptes, leur fasse des promesses et qu'ensuite il « soit enlevé dans le ciel, eux le voyant, le regardant, l'adorant (■ comme il monte au ciel... » Spinoza dit que si nous connaissions toutes les circonstances de ces événements extraordinaires nous n'y trouverions rien que de naturel. Mais les récils évangéliques sont suflisamment circonstanciés. « Et quel moyen de « s'imaginer qu'il soit naturel et selon le cours réglé des causes « secondes de voir un homme qui a été crucifié et mis dans un « tombeau avec des gardes pour le garder, se relever de ce tom- « beau, apparaître vivant à des hommes qui le touchent et le « manient et puis monter dans le ciel à leurs yeux ? » (2). L'ascension coupe court à rhyi)othèse d'une mort apparente qui aurait abusé les disciples : c'est « un fait sensible sur lequel ils

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n'ont pu souffrir d'illusion « (1). D'autre part, on peut bien enlever secrètement un corps, mais non pas l'élever sur les nuées. L'invention d'un tel prodige serait inutile, car une fiction pure ne trouve pas d'adeptes ; inhumaine, puisque l'annoncer serait s'attirer des coups par plaisir.

L'effusion du Saint-Esprit sur les disciples se prouve par ses effets. Ils disent : Jésus-Christ a fait des miracles, nous en faisons aussi, nous communiquons le pouvoir d'en faire. C'est un fait capital, car leur promesse de communiquer ce pouvoir prouve qu'ils croient vraiment le posséder, et l'épreuve en est bien facile. Nous sommes ici au cœur de l'apologétique. « Toute la démonstra- « tion de la vérité de la religion chrétienne roule sur cet argu- « ment. Les apôtres et les disciples de J.-C. ont cru de bonne foi c( les miracles, la résurrection, l'ascension de J.-C. et l'effusion « des dons de son esprit ; donc tous ces faits sont véritables. » (2). Car ces faits, au moins un, les dons surnaturels des apôtres, n'étaient pas susceptibles d'illusion, et, comme ils sont étroitement liés entre eux, en établir un c'est les établir tous (3).

Deux objections se dressent : Comment les ennemis de l'évangile ont-ils pu étouffer la connaissance de tant de miracles capables de convertir le genre humain ? — En les attribuant à la magie, — par les tourments, -^ en appelant à la rescousse les préjugés et les passions que ces miracles menaçaient.

Pourquoi les historiens païens n'en font-ils aucune mention? — Cette objection prouve trop. Si les écrits de ces historiens sont la mesure de la vérité, faut-il conclure d'un passage de Suétone que Jésus s'appelait Chrestus(4), qu'il n'y a point eu d'églises chrétiennes fondées à Ephèse, à Corinthe, puisque les écrivains profanes n'en disent mot ? Très ignorants des choses juives, ils ne s'accordent pas mieux avec Josèphe qu'avec l'évangile. Ils parlent peu de la religion judéo-chrétienne parce qu'ils la regardent comme une superstition détestable.

On dit encore : pourquoi les apôtres n'ont-ils pas ressuscité tous les morts de Judée ? Alors une lumière éclatante préviendrait toute discussion. — « C'est que Dieu ne veut pas être connu malgré nous i>, répond Abbadie, avec tous les apologistes. Il veut nous conduire par la foi, non par la vue, car la foi a une valeur morale, impliquant un effort de volonté et d'amour, un sacrifice et un acte de confiance envers notre Père. Un Père ne sait pas de gré

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