Théodicée, préface
2. Trois dialogues mystiques inédits (R. métaph., janv. 1905). M. Baruzi a mis en lumière le mysticisme latent de ce grand esprit ; o. c, p. 445 sq.
3. Sur cette constante préoccupation d'union ecclésiastique, voir la 2« partie et la conclusion de l'ouvrage de Baruzi.
4. L'expression et l'idée sont de Couturat, qui a ingénieusement montré l'origine mathématique de l'optimisme leibnizien. « De toutes les combinai- « sons séparément possibles, celle-là se réalise infailliblement qui réunit en « elle la plus grande somme d'essence... La détermination de la conibinaison « qui doit prévaloir se ramène à un de ces problèmes de maximum et de « minimum pour lesquels Leibniz avait justement inventé son Calcul inflni- « tésimal. » — La Logique de Leibniz, Alcan, 1901, 8«», p. 225 sq.
incompréhensible et faux. Parmi les vérités de la raison il faut distinguer les vérités éternelles dont le contraire implique contradiction et les vérités positives, les lois naturelles par exemple, que Dieu a librement choisies en vertu du principe de convenance. La foi ne peut pas être contraire à une vérité de la première classe, mais la nécessité physique des secondes n'est fondée que sur une nécessité morale « qui peut manquer, si Dieu le trouve bon » (1). Cette distinction de la nécessité métaphysique et de la nécessité physique fonde la distinction traditionnelle. « Ce qui « est contre la raison est contre les vérités absolument certaines « et indispensables, et ce qui est au-dessus de la raison est con- « traire seulement à ce qu'on a coutume, d'expérimenter ou de « comprendre. » (2). Dans les mystères nous trouvons « une explication suffisante pour croire et jamais autant qu'il en faut pour comprendre » (3) xh oTt non to Btoxi, mais on peut réfuter démonstrativement les objections. « Nous n'avons pas besoin de « renoncer à la raison pour écouter la foi (4), ni de nous crever « les yeux pour voir plus clair, comme disait la reine Christine ; « il suffit de rejeter les apparences ordinaires quand elles sont « contraires aux mystères ; — ce qui n'est point contraire à la « raison, puisque même dans les choses naturelles nous sortîmes « bien souvent désabusés des apparences par l'expérience ou par « des raisons supérieures » (5).
Le tort de Bayle dans le procès qu'il fait à Dieu est précisément de s'en tenir aux apparences. On peut avoir permis le péché sans en être complice, malgré toutes les présomptions du monde. Un tuteur n'a que sa pupille à diriger (6). Le maître de l'Univers « a eu une infinité d'égards dont le résultat lui a fait juger qu'il « n'était pas à propos d'empêcher certains maux » (7). Nous ferions crédit à un homme qui couvrirait un pays de bienfaits, si on l'accusait d'un larcin, nous ne le jugerions pas d'après les vraisemblances ordinaires ; a fortiori Dieu qui nous a fait tant de bien.