éd., p
4. Leibniz accepte ou feint d'accepter pour sincère cette tactique de Bayle, mais il compare le triomphe de la foi chez le critique « aux feux de joie que l'on fait après avoir été battu » (p. 50).
6. Allusion à la jeune fille envoyée au bal. Ailleurs : « Il semble que « Dieu soit une mère, un tuteur, un gouverneur dont le soin presqu'unique « regarde l'éducation, la conservation, le bonheur de la personne dont s'agit « et qu'ils négligent leur devoir. Dieu a soin de l'univers, il ne néglige rien, « il choisit le meilleur absolument » (p. 257).
Il ne faut pas déclarer inexistant tout ce dont on n'a pas une idée adéquate, claire et distincte. Il y a des connaissances
obscures et confuses (1).
Leibniz touche ici au fond de Téternel conflit entre deux catégories d'esprits et deux grandes philosophies.
La première partie des Essais traite essentiellement du mal moral. Les affirmations choquantes de Naudé et les reproches faits par Bayle à Dieu viennent de ce que Tun et l'autre se « représen- « tent Dieu comme un prince absolu, usant d'un pouvoir despo- « tique, peu propre à être aimé et peu digne d'être imité » (2). Mais Dieu ne possède pas l'absurde liberté d'indiff'érence (3). S'il était indiff'érent entre plusieurs plans il ne créerait pas. Agissant suivant la suprême raison il a fait le meilleur des mondes possibles. Nions dès lors qu'un monde sans péché ni souff*rance eût été meilleur. Bayle objecte après Arnauld que sa puissance est donc bornée, ne pouvant pas réaliser un monde où le mal ne soit pas la condition du bien. — « On ne limite point la puissance de Dieu en disant qu'il ne saurait faire l'impossible. )> (4). Or il lui est impossible de ne pas choisir le meilleur, puisque c'est sa bonté qui le pousse à créer. Son choix, d'une nécessité morale, reste libre puisqu'il ne rend pas impossibles les autres plans.
Dans une deuxième partie, Leibniz défend les propositions de Jaquelot contre les 19 maximes de Bayle.
Ne pas vouloir de créatures libres ou ne les vouloir qu'infaillibles ce serait ne laisser au monde qu'une espèce d'êtres et lui ôter cette variété qui fait une des perfections du plan le meilleur. Et « de dire que Dieu ne devait point donner un bien dont il sait « qu'une mauvaise volonté abusera, lorsque le plan général des « choses demande qu'il le donne, ou bien de dire qu'il devait « donner des moyens sûrs pour l'empêcher contraires à ce même « ordre général, c'est vouloir que Dieu devienne blâmable lui- « même pour empêcher que l'homme ne le soit » (5). Toutes les comparaisons de Dieu avec un médecin, un bienfaiteur, un ministre, un prince, clochent parce qiVon connaît leurs devoirs.