En
DE BAYLE A VOLTAIRE
de certains évêques a éloignés de la foi. Dans le Discours sur Vexistence de Dieu par lequel Basnage ouvre son « Histoire du Vieux et du Nouveau Testament » (1) l'auteur estime qu'il est de véritables provocations à l'athéisme : « On a de la peine à ne « rire pas lorsqu'on voit un homme qui croit servir Dieu en « baisant l'os décharné de quelque homme mort depuis longtemps « ou bien en encensant une image insensible et morte. Le nombre « prodigieux de miracles non seulement inutiles mais badins, « ridicules, imaginés avec peu d'esprit et qu'on ne laisse pas de i< soutenir avec chaleur et avec des anathèmes, dégoûte les esprits « solides. » (2).
Leclerc relève aussi une idée commune aux apologistes de tous les bords et inutilement choquante : celle que la religion est faite pour Dieu, un Dieu glorieux qui aurait besoin d'hommages. La religion est faite pour les hommes, pour les rendre heureux, non ^ pour Dieu qui peut se passer de nos temples (3).
Enfin, pour la première fois apparaît sous une forme nette le principe déterministe comme obstacle à croire : ce qui a été est et sera Vavenir. Un savant a réfuté les mensonges des poètes sur les Centaures et les Géants. L'esprit plein de ce principe, il tiendra qu' « on ne peut pas croire ce dont on n'a point vu « d'exemple et dont on n'a pas de témoins oculaires et dignes de « foi, de qui l'on puisse s'informer » (4). C'est la plus grande nouveauté de l'âge où nous entrons. Jusque-là les difficultés étaient ^ philosophiques, les difïïcultés d'ordre scientifique ont surgi.
On n'en est pas surpris quand on voit à quel point l'engouement L'initiation pour les sciences va répandre dans le public cultivé et le public scientifique mondain Vétat d'esprit déterministe. Dès 1681 on saisit dans et déterl'ouvrage bizarre d'un chimiste amateur, où quelques hardiesses ministe fumeuses alternent avec des chapitres de théologie orthodoxe, la soudure entre le déterminisme philosophique de Malebranche et le déterminisme scientifique auquel ses recherches personnelles introduisent l'auteur. Le sieur Parisot, maître ordinaire en la Chambre des comptes, veut démontrer Dieu par la chimie, la Trinité par les 3 éléments chimiques du monde, la résurrection par l'immortalité de ce;s 3 principes. Peu importent ces divagations, mais ce qui est intéressant ce sont les tendances détermi-